Croyances et société

Pas de retour dans la zone d’exclusion de Fukushima officiellement inhabitable. Pour l’instant, le rayonnement est 29 fois supérieur à Hiroshima



Heidi Stevenson
Jeudi 25 Août 2011

Pas de retour dans la zone d’exclusion de Fukushima officiellement inhabitable. Pour l’instant, le rayonnement est 29 fois supérieur à Hiroshima


      Le gouvernement japonais va enfin admettre que les radiations ont rendu inhabitable la région entourant Fukushima. Mais ce n'est qu’un élément d'un tableau bien plus désastreux.


Gaia Health, Heidi Stevenson, 24 août 2011


      Personne ne pourra revenir dans la zone d'exclusion autour de la centrale nucléaire de Fukushima qui a subi trois fusions de cœur de réacteurs et crache toujours des rayonnements. Le New York Times rapporte que le gouvernement annoncera bientôt que la zone d'exclusion est inhabitable, et pourrait le rester des décennies durant.


      Le premier ministre devrait se rendre à Fukushima ce samedi pour annoncer officiellement aux anciens habitants que leurs maisons sont perdues. Ils ne peuvent pas retourner dans le périmètre de 12 miles (20 km) de rayon autour de la centrale nucléaire de Fukushima.


      Ce qui a pris tant de temps peut seulement être décrit comme une machination politique. Les habitants ont dû partir à cause des radiations, dont on sait qu’elles contamineront pendant au moins des dizaines d'années. Il n’y avait aucune possibilité que les habitants puissent revenir. Pourtant, la fiction a été entretenue – la vie des gens a été suspendue pendant des mois – simplement pour que l'énormité de la catastrophe nucléaire de Fukushima puisse être cachée en attendant que les carrières politiques soient sécurisées et que les magouilles puissent assurer qu'il y aurait peu de résistance publique au projet de maintien de l'énergie nucléaire.



Les niveaux de radiation au Japon


      Al Jazeera rapporte que des scientifiques japonais et les médecins veulent un mandat national pour tester dans les aliments, l’eau, le sol et l'air, la radioactivité qui est actuellement toujours crachée par la centrale nucléaire polluée de TEPCO. Le Dr Tatsuhiko Kodama, professeur au Centre de recherche en sciences et technologies avancées et directeur du Centre des radio-isotopes de l'université de Tokyo, veut savoir :

      Quelle quantité de matières radioactives a été libérée par la centrale ? Le gouvernement et TEPCO n’ont pas encore indiqué la quantité totale de radioactivité libérée.


      Les installations de Kodama ont mesuré le rayonnement dans toute la nation japonaise. Leurs résultats sont effrayants. Ils ont constaté que, depuis le séisme, il y a plus de cinq mois, la quantité totale de radiation émise est supérieure à celle de 29 « bombes atomiques de type Hiroshima » ! La quantité d'uranium libéré équivaut à environ 20 bombes d'Hiroshima.


      Il ne surprendra guère que Kodama pense que la réponse du gouvernement n'a pas été adéquate.


      Considérez aussi que des niveaux de rayonnement supérieurs à 10.000 millisieverts [*] par heure ont été trouvés il y a juste quelques semaines. Jusqu’où se monte leur intensité est inconnu, car les compteurs Geiger ne peuvent pas enregistrer au-delà.
[* Ndt : Comme le montre ce graphique, 10.000 mSv est une dose mortelle. Je profite de cette note pour rajouter un truc scrogneugneu sur le dossier « médecine du cancer. » Selon cette révélation de Mike Adams, les rayonnements ionisants servant à « traiter le cancer » (comme ceux qui transforment les patients en bombes sales ambulantes) sont de l’ordre de 20.000 mSv. Mais, comme la grosse carambouille pharmaceutique a le bras long, elle a réussi à faire censurer son crime dans le graphique original des rayonnements.]


      Al Jazeera rapporte que des médecins japonais soignent maintenant des patients pour des maux qu'ils pensent causés par les radiations. Le Dr Yuko Yanagisawa, de l’hôpital de Funabashi Futawa dans la préfecture de Chiba, a déclaré :

      Nous avons commencé à voir des saignements nasals aigus, des cas de diarrhées rebelles, et des symptômes de type grippal chez des enfants. Nous sommes face à des situations nouvelles que nous ne pouvons expliquer avec le corps de connaissances sur lequel nous comptions sur jusqu'à présent.

      La situation à l’installation nucléaire de Daiichi à Fukushima n'a pas encore été totalement stabilisée, et nous sommes incapables d’en voir la fin. Comme les matières nucléaires n'ont pas encore été fixées (encapsulated), le rayonnement continue à se propager dans l'environnement.


      Les médecins sont consternés par la réponse du gouvernement : relever de 1 millisievert par an à 20 millisieverts par an la limite de rayonnement admise pour les enfants. Yanagisawa déclaré calmement :

      Du point de vue médical, cela a provoqué une controverse. C'est certainement une question qui implique à la fois les expositions personnelles internes ainsi que les expositions à de faibles doses.


      Kodama, un expert sur les effets internes du rayonnement, est consterné par le manque de réaction du gouvernement face à la radioactivité des aliments :

      Bien que trois mois se soient déjà écoulés depuis l'accident, pourquoi même les choses élémentaires n'ont pas encore été faites ? Je suis très en colère et ça me met en rage.

      Les radiations sont un grand danger pour les embryons chez des femmes enceintes, pour les jeunes, et les cellules très proliférantes des gens dont l'âge augmente. Même pour les adultes, les cellules très proliférantes, comme les cheveux, le sang et les cellules épithéliales de l’intestin, sont sensibles aux radiations.


      Le directeur exécutif de Greenpeace Japon est catégorique :

      Il est absolument scandaleux d'augmenter le niveau d'exposition pour enfants à vingt fois la limite maximale pour adultes. Le gouvernement japonais ne peut pas tout bonnement augmenter les limites de sécurité pour des raisons de commodité politique ou pour donner l'impression de normalité.


      Mais, naturellement, c'est exactement ce que le gouvernement japonais a fait.


      Le Dr Helen Caldicott, fondatrice et présidente de Physicians for Social Responsibility, lauréat du prix Nobel en 1985, est citée par Al-Jazira à propos de son inquiétude pour les générations futures :

      Les éléments radioactifs pénètrent dans les testicules et les ovaires, et cela cause de maladies génétiques comme le diabète, la fibrose kystique, et l'arriération mentale. Il y a 2600 de ces maladies qui entrent dans nos gènes et sont transmises de générations en générations, pour toujours.


      Le Dr Yanagisawa rajoute :

      L’incidence du cancer augmentera sans aucun doute. Dans le cas des enfants, des cancers de la thyroïde et des leucémies peuvent commencer à apparaître après plusieurs années. Dans le cas des adultes, l'incidence des divers types de cancer augmentera sur plusieurs décennies.

      L’exposition aux radiations est dite être sans effet immédiat, et après un cancer frappe – ce qu'est souffrir pendant longtemps de cette façon, seuls les survivants des bombardements atomiques peuvent vraiment le comprendre.


      Déjà, quelques rescapés de Fukushima commencent aussi à comprendre.


      Je suppose que citer la réaction du gouvernement japonais à tout ça sera considéré correct. Mais il ne s’agit pas d’une question de bord [politique]. C'est une question vitale et le gouvernement du Japon traite la vie de ses citoyens comme s’il s’agissait de pions sur un jeu d'échecs. La vie des générations futures est en danger, et ils répondent par des faux-fuyants, sans même tenter des solutions. En fait, ils n'ont même pas répondu au rapport de Kodama sur les niveaux de rayonnement ; ils l’ont tout bonnement ignoré.



L’ampleur de la dissimulation


      Personne ne pense même aux rejets radioactifs dans l'océan et la nappe phréatique, ni aux nuages [radioactifs] qui ont voyagé autour de la Terre. En fait, où sont les rapports sur l'endroit où se dirige la radioactivité ? La vérité, c’est que le Japon n'est pas le seul impliqué dans la dissimulation. Toutes les nations industrielles du monde le sont.


      En Zunie, il y a eu un tremblement de terre d'intensité 6,0 environ. Ne pensez pas que les centrales nucléaires s’en sont tirées les doigts dans le nez, car ce n’est pas le cas. Bloomberg a signalé que la centrale nucléaire de North Anna, exploitée par Dominion Resources, est passée sur les générateurs électriques diesel de secours quand l'alimentation à l’extérieur du site est tombée en rade le 23 août. L’un des quatre générateurs n'était pas opérationnel, car le séisme avait rompu la tubulure du liquide de refroidissement.


      La centrale a été soi-disant construite pour résister à un séisme de précisément cette magnitude, et elle s’en est assez mal tirée. Et la réalité de l’histoire est pire que ça. Le tremblement de terre à Charleston en 1886, un séisme d'environ 7,0, fut bien plus fort. Pourtant, aucun projet n'a été fait pour qu’une centrale nucléaire résiste à un séisme supérieur à 6,0 – et, de toute façon, elle n'a pas vraiment pu le gérer.


      Les capteurs sismiques ont été retirés de la centrale nucléaire de North Anna dans les années 90. Pour raison de compressions budgétaires. Ah ? Et Dominion Virginia Power, le propriétaire de la centrale, a prévu de rajouter un troisième réacteur sur le site. Il sera intéressant de voir si leur projet est accepté.


      En juin, une centrale nucléaire située le long du Mississippi, est presque passée en situation de catastrophe, au moment où une inondation a presque submergé les piscines de barres de combustible usagé. L’eau a pu arriver à quelques centimètres. Si l’inondation avait recouvert les piscines, la radioactivité se serait répandue dans le Mississippi.


      Par expérience personnelle, je puis rapporter qu’une autre centrale, Rancho Seco, près de Sacramento, en Californie, a été il y a 30 ans très près d’une fusion de cœur de réacteur. La cause n'avait pourtant rien à voir avec les catastrophes naturelles. La simple cupidité en était la raison. La compagnie propriétaire de la centrale avait choisi de ne pas faire la maintenance routinière nécessaire, de sorte qu'elle a pu présenter un plus grand profit. La responsabilité a été attribuée avec succès à la conception de la centrale, qui, assurément imparfaite, a rendu le manque d'entretien encore plus grave (egregious). Le public n'a jamais su l'ampleur de l'incident.


      Manifestement, l'industrie nucléaire de Zunie est en proie à exactement le même genre de problèmes que le Japon.


      L'industrie nucléaire est complètement dévoyée – et nos gouvernements sont complices de leurs crimes. La population japonaise commence à souffrir de la catastrophe de Fukushima, ainsi que les gens partout dans le monde. Bien sûr, nos gouvernements tenteront presque à coup sûr de le cacher, tout comme ils l’ont fait partout. Tchernobyl. Fukushima. Près de Three Mile Island et au moins en trois autres endroits de Zunie.



      ...



Original : www.gaia-health.com/articles501/000517-fukushima-no-return-home.shtml
Traduction copyleft de Pétrus Lombard



Note du traducteur : Pour se rendre compte du problème budgétaire et pratique dans lequel nous a fourré l’industrie nucléaire, il suffit de constater les difficultés quasi insurmontables du démantèlement des vieilles centrales. Le site cartoradiations diffuse cet article hallucinant du Canard enchaîné : Le super délire du démantèlement de Superphénix.

      Même avec des chantiers ruineux durant des décennies ou même des siècles, le démantèlement de centrales est une autre utopie irréalisable, puisqu’il faudra bien mettre quelque part les montagnes de débris dont certains restent radioactifs quasiment pour l’éternité.

      La seule solution logique qu’imposera l’urgence consistera à enterrer les centrales sous une montagne de béton en faisant mine d’oublier le danger d’irradiation des nappes phréatiques.




Jeudi 25 Août 2011


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