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Pas de duel Bush - Ahmadinejad à l'ONU


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L'intervention du président iranien à la 62e session de l'Assemblée générale de l'Organisation des Nations Unies était attendue avec impatience par tous ceux qui s'étaient réunis au siège de l'ONU ce jour-là. Son apparition à la tribune a été accueillie par des applaudissements, qui sont plutôt rares. Et la veille, quand Mahmoud Ahmadinejad s'exprimait devant la prestigieuse université new-yorkaise de Columbia, on a appris que tous les billets pour cette manifestation avaient été vendus en une heure et demie, soit avec la même rapidité que ceux du concert de Bruce Springsteen qui se déroulait en même temps. C'étaient essentiellement des opposants d'Ahmadinejad qui se sont réunis à l'entrée de l'université. Beaucoup y étaient allés comme à un film d'horreur, pour se titiller les nerfs. Mais ils y sont venus quand même.


Dmitri Kossyrev
Vendredi 28 Septembre 2007

Pas de duel Bush - Ahmadinejad à l'ONU
Par Dmitri Kossyrev, RIA Novosti



Quoi qu'il en soit, Mahmoud Ahmadinejad n'a évidemment rien de Bruce Springsteen. Ce serait plutôt une édition, modèle réduit, du grand Luciano Pavarotti. Quand ce dernier faisait son apparition sur scène, par exemple, dans le rôle de Turridu de la Cavalleria Rusticana, tout le monde savait qu'il chanterait exactement la même chose que les autres ténors dans le même rôle et que l'histoire se terminerait de la même façon - Turridu serait poignardé. Néanmoins, "avec Pavarotti", le public sortait de la salle en larmes, transportés d'émotion. Les autres ténors n'arrivaient jamais à produire un tel effet. Or, il faut toujours que quelqu'un soit le premier.

Quand Mahmoud Ahmadinejad est intervenu cette fois à l'Assemblée générale, il a en fait interprété la même partie qu'il y a un an ou deux. En effet, il n'a dit rien qu'il n'ait déjà déclaré dans ses deux premières interventions (sauf qu'il a qualifié les Etats-Unis de "puissance voyou"). Il n'en reste pas moins que l'impression produite par cette partie déjà connue n'a pas faibli.

Beaucoup s'attendaient à ce que le premier jour de la session soit celui d'un duel entre le président des Etats-Unis, George W. Bush (par tradition, il est intervenu le premier, à 9 heures du matin), et le président de la République islamique d'Iran, Mahmoud Ahmadinejad (qui est intervenu dans l'après-midi, à 17 heures). Mais il n'y a pas eu de duel parce que ces deux hommes évoluaient sur des plans différents et dans des dimensions différentes.

Bush se comportait en vrai politique. La première partie de son discours était consacrée à la lutte globale pour la liberté et contenait des listes plutôt incertaines de pays où la démocratie était étouffée et d'autres où des progrès avaient été enregistrés. Cette classification montre on ne peut mieux pourquoi l'Amérique n'est pas aimée dans le monde. C'est aussi un concentré de cette philosophie politique à laquelle la future administration américaine ferait mieux de renoncer. L'administration en place aura sans doute du mal à renoncer à l'approche qui lui est habituelle.

Le président américain a consacré le second volet de son discours aux bonnes actions de son pays partout dans le monde. Il a, par exemple, évoqué le doublement du financement américain de la lutte contre le SIDA - de 15 à 30 milliards de dollars. Et la lutte contre le paludisme pour laquelle Washington dépense 1,2 milliard de dollars. Il a aussi rappelé qu'en partenariat avec d'autres pays, les Etats-Unis avaient formé quelque 600.000 enseignants et administrateurs. Tout cela n'a été en fait qu'un passage progressif de Bush à la présentation de cette Amérique qui est effectivement nécessaire aujourd'hui au monde et le sera encore longtemps après qu'elle aura renoncé au rôle de "démocratisateur" universel. Somme toute, le discours a été très bien rédigé.

Pour ce qui est de Mahmoud Ahmadinejad, il ne parlait pas comme politique, mais plutôt comme prophète, comme défenseur du bien et de la justice. Il a prétendu, par exemple, que la noble institution du mariage et la nature même de la femme, en tant que manifestation sublime de la beauté divine, seraient humiliés dans notre monde. Dans ce monde, a-t-il dit, les droits de l'homme sont bafoués, quand on coupe, par exemple, l'eau courante et l'électricité à des peuples entiers (il s'agissait, en l'occurrence, des Palestiniens) et qu'on les prive de leur terre. Mahmoud Ahmadinejad n'a pas oublié de mentionner dans son discours les quelque 900 millions de personnes sur terre qui ne vivent qu'avec un dollar par jour. Il a affirmé, en outre, que l'hypocrisie et le mensonge régnaient de nos jours dans les relations entre les peuples. Il a déclaré que les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale suivaient toujours la "feuille de route" de leur domination globale, qu'ils avaient davantage de droits que les autres pays, alors que des organisations du type Conseil de sécurité de l'ONU tenaient à la fois le rôle d'accusateur, de juge et de bourreau.

Répétons-le, Mahmoud Ahmadinejad n'a absolument rien dit de nouveau. Il n'a, par exemple, rien dit du scandale autour des programmes nucléaires iraniens et, en général, il n'a dit rien qui puisse être considéré comme une nouvelle politique. Il est vrai, cependant, qu'il a exhorté les Etats-Unis à abandonner enfin la voie de l'arrogance et de soumission à Satan, à se secouer de la saleté qui les recouvre. Il a rappelé que l'heure du déclin de l'empire approchait, comme celle de la perte par l'Occident de la possibilité de diriger le monde. Mais il avait déjà dit auparavant tout cela ou quelque chose d'approchant. Par ailleurs, l'ONU est justement cet endroit où l'on prononce, en règle générale, ce genre de discours. Du moins on en prononçait à l'époque où on avait l'impression que l'ONU pourrait faire changer le monde.

L'un des mérites du grand Pavarotti est qu'il a fait de l'opéra une distraction relativement de masse, en lui épargnant le sort de passe-temps rétro pour des élus. Ses concerts remplissaient non seulement des salles aux fauteuils de velours, mais aussi des stades immenses. Quant à Ahmadinejad, il restitue à la politique internationale ce dont elle ne peut guère se passer, à savoir la foi d'une certaine partie de l'humanité en la possibilité d'un monde équitable et d'une politique honnête. Qui plus est, Mahmoud Ahmadinejad rétablit le caractère public et le dramatisme théâtral en quelque sorte à l'ONU elle-même qui ressemble parfois trop à une organisation pour les bureaucrates top niveau, faisant lecture de discours diplomatiques et évasifs qui ne s'adressent qu'à eux. Pour la plupart du monde, l'Organisation des Nations Unies est un endroit où des leaders, tels que Fidel Castro, Hugo Chavez et Mahmoud Ahmadinejad, disent ce que beaucoup d'autres pensent. Et ce, même si ces fameux "autres" savent parfaitement que ce spectacle archaïque, cet opéra, finira forcément et que le rideau tombera.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.


Jeudi 27 Septembre 2007


Commentaires

1.Posté par thegroove le 28/09/2007 06:38 | Alerter
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J'aime bien l'idée de proposer a l'amérique d'arrêter de se soumettre a satan de plus que sa vision des femmes est très réaliste en ce qui est de l'occident!!!

2.Posté par perceuse le 28/09/2007 16:27 | Alerter
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je ne suis on ne peut plus d'accord. entre une femme voilée et sacralisée comme une relique, et une femme ultra-sensualisée au centre d'une mentalité de seduction, le choix du moins fou est evident.

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