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Partie d’échecs géopolitique: toile de fond d’une mini-guerre dans le Caucase


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Mercredi 7 Décembre 2016 - 15:38 OBAMA VEUT À TOUT PRIX LA GUERRE


Le monde a été témoin ce mois-ci d’une mini-guerre dans le Caucase, qui a suscité une rhétorique passionnée mais sans grande pertinence. La géopolitique est une gigantesque série de jeux d'échecs à deux joueurs, dans lesquels chaque joueur cherchent à se positionner de manière avantageuse. Dans ces jeux, il est essentiel de connaître les règles d’usage qui régissent les coups. Les cavaliers ne sont pas autorisés à se déplacer en diagonale.

De 1945 à 1989, le principal jeu d'échecs s’est joué entre les USA et l'Union soviétique. On l’a appelé la Guerre froide, et les règles de base ont été appelées métaphoriquement "Yalta." La plus importante règle concernait une ligne qui divisait l'Europe en deux zones d'influence. Elle fut appelée par Winston Churchill le «Rideau de fer» et courait de Stettin à Trieste. C’était la règle et peu importaient les trubles agitant l’Europe à l’instigation des pions, il n,’était pas question qu’une guerre éclatât entre les USA et l'Union soviétique. Et à la fin de chaque séquence de troubles, les pièces devaient être replacées là où elles s’étaient trouvées au départ. Cette règle a été observée méticuleusement jusqu'à l'effondrement des communismes en 1989, dont l’aspect le plus marquant a été la destruction du mur de Berlin.



AUTEUR: Immanuel WALLERSTEIN

Traduit par Fausto Giudice


Mercredi 20 Août 2008

Partie d’échecs géopolitique: toile de fond d’une mini-guerre dans le Caucase
Il est tout à fait vrai, comme tout le monde l’a observé à l'époque, que les règles de Yalta ont été abrogées en 1989 et que le jeu entre les USA et (à partir de 1991) la Russie a changé radicalement. Le problème majeur depuis lors est que les USA ont compris les nouvelles règles du jeu de travers. Ils se sont autoproclamés, et ont été proclamés par beaucoup d'autres, la seule superpuissance. En termes de règles d'échecs, cela a été interprété comme signifiant que les USA étaient libre de se déplacer sur l'échiquier comme ils l'entendaient, et en particulier de transférer des pions de l'ex-Union soviétique à leur sphère d'influence. Sous Clinton, et de façon encore plus spectaculaire sous George W. Bush, les États-Unis ont continué à jouer le jeu de cette façon.

Il n’y avait là qu’un problème: les USA n’étaient pas la seule superpuissance, ils n'étaient même plus une superpuissance du tout. La fin de la guerre froide signifie que les USA ont été rétrogradés de leur position comme l'une des deux superpuissances à celle d’un État fort dans une distribution véritablement multilatérale du pouvoir réel dans le système interétatique. De nombreux grands pays étaient désormais en mesure de jouer leur propre jeu d'échecs sans avoir à coordonner leurs coups avec l’une des deux anciennes superpuissances. Et ils ont commencé à le faire.

Deux grandes décisions géopolitiques ont été prises dans les années Clinton. Tout d'abord, les USA ont poussé à la roue, avec plus ou moins de succès, pour l'intégration des anciens satellites soviétiques dans l'OTAN. Ces pays eux-mêmes étaient impatients de rejoindre le groupe, même si les principaux pays d'Europe occidentale - Allemagne et la France - étaient quelque peu réticents à emprunter ce chemin. Ils voyaient les manœuvres US comme les visant partiellement, pour chercher à limiter leur liberté d'action géopolitique récemment acquise.

La deuxième décision US était de devenir un joueur actif dans les réajustements de frontières dans l'ex-République fédérale de Yougoslavie. Cela a abouti à une décision de sanctionner, et de faire appliquer avec leurs troupes, la sécession de facto du Kosovo de la Serbie.

La Russie, même sous Eltsine, a été très mécontent de ces deux actions US. Toutefois, le désarroi politique et économique de la Russie des années Eltsine était tel que le plus qu’elle pouvait faire, c’était de se plaindre, et, soit dit en passant, assez faiblement.

L'arrivée au pouvoir de George W. Bush et Vladimir Poutine a été plus ou moins simultanée. Bush a décidé de pousser la tactique  de l’unique superpuissance (les USA décident tout seuls comment déplacer leurs  pièces) beaucoup plus loin que ce que Clinton avait fait. Tout d'abord, Bush s’est retiré en 2001 du Traité soviéto-US de 1972 sur les missiles antibalistiques. Ensuite, il a annoncé que les USA il ne ratifieraient pas les deux nouveaux traités signés dans les années Clinton: la Traité d’interdiction complète des essais de 1996 et les changements convenus dans le Traité de désarmement nucléaire SALT II. Ensuite, Bush a annoncé que les USA allaient poursuivre l’édification de leur Système national de défense antimissiles.

Et bien sûr, Bush a envahi l'Irak en 2003. Dans le cadre de cet engagement, les USA ont recherché et obtenu des droits sur des bases militaires et des droits de survol dans et sur les républiques d'Asie centrale qui faisaient partie auparavant de l'Union soviétique. En outre, les USA ont promu la construction d’oléoducs et de gazoducs contournant la Russie pour  le pétrole et le gaz naturel de l'Asie centrale et du Caucase. Et enfin, les USA ont conclu un accord avec la Pologne et la République tchèque pour mettre en place des sites de missiles de défense, soi-disant pour se prémunir contre les missiles iraniens. Russie, toutefois, considère que c’est elle qui est visée par.

Poutine a décidé de riposter beaucoup plus efficacement que Eltsine. Mais en joueur prudent, il s’est d'abord attelé à renforcer sa base intérieure - en restaurant une autorité centrale efficace et en requinquant l’armée russe. À ce moment-là, le cours de l'économie-monde a changé, et la Russie est devenue subitement un contrôleur riche et puissant de la production non seulement  de pétrole, mais du gaz naturel si nécessaire pour les pays d'Europe occidentale.

Poutine a alors commencé à agir. Il est entré en relations contractuelles avec la Chine. Il a maintenu des relations étroites avec l'Iran. Il a commencé à pousser les USA hors de leurs bases d'Asie centrale. Et il a pris une position très ferme sur l'extension de l'OTAN à deux zones-clé : l’Ukraine et la Géorgie.

L'éclatement de l'Union soviétique avait conduit à des mouvements de sécession ethnique dans de nombreuses ex-républiques, dont la Géorgie. Lorsque la Géorgie en 1990 a cherché à mettre fin au statut d'autonomie de ses zones ethniques non-géorgiennes, celles-ci se sont rapidement proclamées États indépendants. Personne ne les a reconnues mais la Russie garantissait de fait leur autonomie.

Les déclencheurs de cette mini-guerre ont été de deux ordres. En Février, le Kossovo a officiellement transformé son autonomie de facto en indépendance de jure (de droit). Son initiative a été soutenue et reconnu par les USA et de nombreux pays d'Europe occidentale. La Russie a alors averti que la logique de cette démarche valait également pour la sécession de facto dans les anciennes républiques soviétiques. En Géorgie, la Russie a immédiatement, pour la première fois, reconnu  l'indépendance  de l'Ossétie du Sud de jure en réponse directe à celle du Kosovo [la Russie, même si elle a appuyé l'autonomie de l'Ossétie du Sud, n'a pas reconnu formellement son indépendance, NdT].

Et en avril de cette année, les USA ont proposé à la réunion de l'OTAN [de Bucarest, NdT] que la Géorgie et l'Ukraine soient accueillies dans « Plan d'action pour l'adhésion » (Membership Action Plan). L’Allemagne, la France et le Royaume-Uni se sont tous opposés à cette action, disant qu’elle provoquerait la Russie.

Le président néo-libéral et fortement pro-usaméricain de Géorgie, Mikhaïl Saakachvili, était alors désespéré. Il voyait la perspective d’une réaffirmation de l'autorité géorgienne en Ossétie du Sud (et en Abkhazie) disparaître de l’horizon. Il  a donc choisi un moment d'inattention russe (Poutine aux Jeux olympiques, Medvedev en vacances) pour envahir l'Ossétie du Sud. Bien sûr, la piètre force militaire d'Ossétie du Sud s'est effondrée complètement. Saakachvili prévoyait qu'il pourrait forcer la main des USA (et, de fait, de l'Allemagne et la France également).

Au lieu de cela, il s’est heurté à une réponse militaire russe immédiate, qui a écrasé la petite armée géorgienne. Ce qu'il a obtenu de George W. Bush a été rhétorique. Après tout, que pouvait bien faire Bush? Les USA n'étaient pas une superpuissance. Leurs forces armées étaient embourbées dans deux guerres qu’elles étaient en train de perdre au Moyen-Orient. Et, le plus important de tout, les USA avaient besoin de la Russie beaucoup plus que la Russie avait besoin d’eux. Le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov, a fort justement noté dans une tribune publiée par le Financial Times que la Russie était un "partenaire de l’Occident sur le ... Moyen-Orient, l'Iran et la Corée du Nord."

En ce qui concerne l'Europe occidentale, la Russie contrôle de manière essentielle ses approvisionnements en gaz naturel. Ce n'est pas un hasard que ce soit le président français Sarkozy, et non Condoleezza Rice, qui a négocié la trêve entre la Géorgie et la Russie. La trêve contenait deux concessions de taille de la Géorgie. Celle-ci s'est engagée à ne recourir à la force en Ossétie du Sud, et l'accord ne contient aucune référence à l'intégrité territoriale géorgienne.

Ainsi, la Russie est sortie plus forte qu'auparavant. Saakachvili a parié toute sa mise et il est maintenant en faillite géopolitique. Et, ironie du sort, la Géorgie, l'un des derniers alliés des USA dans la coalition en Irak, a retiré ses 2000 hommes d'Irak. Ces troupes jouaient un rôle crucial dans les zones chiites, et doivent maintenant être remplacées par des soldats usaméricains, qui devront être retirés d'autres secteurs.

Si l'on joue aux échecs géopolitiques, il est préférable de connaître les règles, sous peine de se faire éliminer.


Martin Kimeldorf


Source : http://fbc.binghamton.edu/commentr.htm

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immanuel.wallerstein@yale.edu]

Article original publié le 15 Août 2008

Sur l’auteur

Fausto Giudice est membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=5719&lg=fr

 



Mercredi 20 Août 2008


Commentaires

1.Posté par le marchand de sable le 20/08/2008 17:16 | Alerter
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Quelle langue de bois cet auteur. Le conte de fée perdure, malgré les faits qui le contredisent sans cesse.
La guerre froide n’a jamais été une opposition URSS USA, mais une opposition virtuelle où les maitres du jeu étaient les sionistes, et tous leurs appendices médiatiques et autres. De part et d’autre.

Ce qui s’est passé en 1990 c’est que les sionistes ont perdu la main sur l’URSS du fait de l’émergence d’une classe sociale éduquée en Russie, d'où leur tentative de piller le pays avant de le quitter, la queue entre les jambes.

Et ils sont aussi en train de la perdre aux USA du fait de la circulation de l’information, d'où la même tentative d'en pomper la richesse au travers de ce que les crédules nomment une crise économique.

D’où cette précipitation à provoquer par tous les moyens des conflits tous azimuts qui seuls leurs permettraient d’inverser cette perte d’influence globale. Dans le chaos ils demeurent les maitres. Et malgré qu’ils soient de plus en plus visibles, beaucoup d’auteurs continuent de nier le réel et de lui attribuer une apparence trompeuse.
Voir deux joueurs là où il y en a un troisième essentiel, de caché dénote soit d’un aveuglement, soit de mauvaises intentions. Surtout que la Géorgie est la terre d’origine des sionistes qui ont phagocyté le monde. Et que la participation des Israéliens est plus qu’évidente.

Mais peu importe, puisque le vrai perdant c’est le sionisme, qui est enfin face à son destin. Une destruction imparable, de toutes parts.

Mais c’était un joli conte, qui nous a longtemps bercé, et endormi avec succès. Maintenant il faut que le dormeur s’éveille, pour qu’enfin cesse l’illusion.



2.Posté par loup bave vite le 21/08/2008 00:02 | Alerter
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Merci Marchand de sable, d'autant que les sionistes auront du mal à faire avaler la pilule qu'ils sont le recours des Juifs contre la barbarie, qu'ils ont fomenté eux-mêmes, qui était dans l'ombre d'Hitler ?, à l'heure où ils viennent d'interdire du droit au retour les Juifs éthiopiens qui sont les descendants directs des hébreux originels. Les Hébreux sont originaires de Nubie , du côté du rocher Ibrim d'où ils tirent leur nom, l'alphabet Hébreu étant en tout point identique à l'alphabet abyssinien.

Mais à toute chose malheur est bon, si nous savions déjà depuis longtemps qu'on pouvait être Hébreu sans être Juif aujourd'hui ce n'est pas un droit mais un devoir de nous éloigner des tenants de cette religion qui viennent d'infliger à notre origine une telle humiliation : quelle libération !
ET ce n'en déplaisent à tous les petits crédules, petits idolâtres juifs chrétiens ou musulman qui préfèrent croire que voir que dans leur civilisation monothéiste s'est inscrit le verbe de finale solution et que leur petite terre promise et surtout la terre promise de toutes les abjections.


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