Saïd Siyam, ministre de l'intérieur dans le cabinet palestinien dirigé par Ismaël Haniyeh, insiste à dire que l'accalmie ne signifie jamais accepter les agissements de l'occupant israélien. La résistance reste un droit. Le droit de toujours répliquer à son agression.
Le gouvernement de Haniyeh a officiellement demandé à l'Egypte d'ouvrir le passage, dans le cas où l'occupant n'accepte pas l'accalmie, une initiative égyptienne, dit Siyam. Il affirme que Omer Solyman a confirmé avoir dit aux Israéliens des propos allant dans ce sens.
Par ailleurs, beaucoup d'Européens, officiels comme officieux, contactent le Hamas. Ils se rendent de plus en plus compte qu'on ne peut se passer de ce mouvement. Il n'y aura pas d’opération de paix dans la région sans que le Hamas n'y joue un rôle principal. Plus d'un croient aussi que le blocus a déjà montré ses limites.
Ces propos et d’autres encore ont été évoqués dans l'interview donnée par Saïd Siyam à notre Centre Palestinien d'Information (CPI), dont ci-dessous le résumé traduit par le soin du département français du Centre.
L'accalmie ou l'escalade
CPI : La situation va-t-elle plutôt vers l'accalmie ou vers l'escalade ?
Saïd Siyam : L'accalmie n'est pas encore de mise. Et les efforts donnés pour une accalmie ne signifient guère que nous resterons silencieux devant les agissements de l'occupant. Notre peuple palestinien a toujours le droit de répliquer à toute agression. Et il est maintenant connu que l'occupant persistera, comme à sa coutume, à donner quelques coups, question de sauver la face.
CPI : Y aura-t-il une réponse israélienne à l'initiative d'accalmie ?
Saïd Siyam : Cette affaire est actuellement aux mains du ministre égyptien, et nous attendons la réponse.
La position israélienne
CPI : La position israélienne de l'accalmie est dans un état de confusion totale, alors ?
Saïd Siyam : Nous ne pouvons compter que sur la position égyptienne. Par ailleurs, même si le gouvernement de l'occupation cherche l'accalmie, elle est dans l'intérêt de notre peuple. Très longue est notre guerre avec l'occupation.
CPI : Certains ricanent en disant que l'accalmie ne sera qu'un recul ?
Saïd Siyam : C'est le Hamas qui gouverne Gaza. Il constitue la tête de lance de la résistance. C'est lui qui voit où réside l'intérêt du peuple palestinien. Celui qui ricane et possède une solution pour alléger la souffrance de notre peuple, qu'il se présente.
Les choix
CPI : L'accalmie pourrait ne pas réussir. Plus d'un parlent d'un été chaud, d'une escalade à Gaza, d’une volonté de l'occupant d'assassiner les chefs du Hamas... Comment lisez-vous la scène avec toutes ces menaces ?
Saïd Siyam :
Tous les scénarios sont possibles. Si l'accalmie réussit, la résistance s'y engagera. Si elle échoue, les factions continueront toujours la résistance.
CPI : Y a-t-il une promesse égyptienne d'ouvrir le passage de Rafah, si nécessaire ?
Saïd Siyam : Le ministre égyptien nous a informé que l'affaire sera ainsi. Mais concrètement, nous ne pouvons pas connaître l'étendue de cette ouverture.
CPI : Pourquoi cette attaque de quelques médias égyptiens ?
Saïd Siyam : La dernière visite en Egypte était une vraie réussite. Et l'escalade médiatique fait partie du passé.
CPI : On parle de contacts du Hamas et du gouvernement avec des Européens ?
Saïd Siyam : Oui, depuis quelques temps, des Européens contactent le Hamas, sur les niveaux officiel et officieux. Ils se rendent de plus en plus compte qu'on ne peut se passer de ce mouvement. Il n'y aura pas d’opération de paix dans la région sans que le Hamas n'y joue un rôle principal. Plus d'un croient aussi que le blocus a déjà montré ses limites. Le problème était ce que des étrangers se renseignaient sur le Hamas auprès de ses ennemis ! L'ancien président américain Jimmy Carter a été très étonné quand il a pris connaissance des principes du Hamas, que c’est mouvement national cherchant la libération de sa patrie, qu'il possède une vision politique de premier ordre.
CPI : Ces contacts-là auront-ils un quelconque résultat ?
Saïd Siyam : On ne peut pas encore parler de résultats concrets. Mais ils sont dans le bon chemin pour briser l'embargo imposé sur le mouvement.
CPI : Jimmy Carter, on dit que le Hamas lui a donné trop d'importance ?
Saïd Siyam : Nous n'avions pas demandé de le rencontrer. Cependant, si cette rencontre n'avait pas eu d'importance, elle n'aurait pas suscité cette colère violente de la part des Sionistes et des Américains. En tout cas, ses déclarations sont au profit du mouvement.
CPI : Des Européens intercèdent pour le soldat Chalitt, quoi de neuf quant à ce dossier ?
Saïd Siyam : Les Européens interviennent dans le dossier du soldat captif Chalitt. Mais rien de neuf, sachant la capacité des Sionistes à manoeuvrer. Nous exigeons la libération des captifs palestiniens condamnés à de longues peines.
Le dialogue avec le Fatah
CPI :
Y a-t-il un espoir de réconciliation entre le Hamas et le Fatah ?
Saïd Siyam : Il faut poser cette question au président Abbas. Il devra respecter l'accord signé au Yémen. Etant revenu très déçu après sa rencontre avec Bush, il a dû se réconcilier avec son peuple. Pour sa part, Michaal s'est montré prêt à rencontrer le président Abbas.
Menaces
CPI : On dirait que la ministre israélienne des affaires étrangères a menacé le Hamas, ainsi que Michaal ?
Saïd Siyam : Khaled Michaal sa déjà échappé à une tentative d'assassinat en 1997. Ce qui est étonnant, c’est qu'une telle menace se fait dans un pays arabe.
Dialogue, élections, cabinet élargi
CPI : On parle de contacts non déclarés entre les mouvements du Hamas et du Fatah ?
Saïd Siyam : C'est vrai qu'il y a une grande tendance au Fatah qui veut traiter avec le Hamas. Mais il n'y a pas de dialogues avancés.
CPI : Bientôt, des élections présidentielles doivent être organisées. Vous y participerez ?
Saïd Siyam : Jusqu'à ce moment, nous avons respecté la présidence. Mais il est trop tôt pour parler de la participation du mouvement dans de telles élections.
CPI : Le Hamas veut élargir le gouvernement palestinien de Gaza. Cela n'élargira pas encore plus la division de la scène palestinienne ?
Saïd Siyam : Le Hamas dirige la bande de Gaza. Il a besoin d'élargir le cabinet, pour des raisons administratives uniquement.
La sécurité intérieure
CPI : Quelle est votre lecture de la situation sécuritaire ?
Saïd Siyam : Après la date fatidique du 14 juin dernier, la sécurité dans la Bande a tout à fait changé. Tous les citoyens et les visiteurs sont témoins de la situation qui s’est ô combien améliorée.
CPI :
On a beaucoup parlé d'un réseau qui voulait assassiner le premier ministre Haniyeh. Quel est le sort de ses membres ?
Saïd Siyam : Les vrais organisateurs sont dernière les barreaux, attendant leur jugement. Cependant, les jeunes qui avaient refusé d'exécuter l'assassinat, même sous contraintes, ont été relâchés.
Les traîtres
CPI : L'occupant n'était-il pas pour quelque chose dans ces tentatives assassinat ?
Saïd Siyam : Il n'est pas impossible que l'occupant tente de pratiquer des crimes en engageant des traîtres. Mais dans cette affaire, tous les aveux s'orientent vers Ramallah.
CPI : Apparemment, vous avez mis la main sur des traîtres. A quel stade se trouve ce dossier ?
Saïd Siyam : Les grands traîtres ont reçu de grands coups, en dépit du travail très difficile. C'est une guerre ouverte. Même les appareils de sécurité sont visés par l'occupant. Il y a tout de même des avancées considérables.