Palestine occupée

Palestine: SUR LE TERME Genocide (SUITE) –


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Samedi 8 Mars 2008

Palestine: SUR LE TERME Genocide (SUITE) –
SUR LE TERME Genocide (SUITE) –

pour Vincent, François, Paul et BIEN d’autres…

Merci à Paul Delmotte pour son grain de sel apporté au débat sur l’opportunité d’utiliser ou non le terme « génocide » dans le conflit israélo-palestinien. En citant mon nom dans son commentaire, il me permet d’y ajouter un peu de poivre, au risque d’épicer le débat…

D’emblée, je voudrais rectifier une chose : je ne m’autorise le terme « génocide » (cela figure en toutes lettres dans mon texte initial), qu’accompagné de la nuance qu’y apporte Ilan Pappé, le qualifiant de génocide lent. Dans une société surmédiatisée comme la nôtre où la caricature grossière l’emporte souvent sur la finesse du trait, et où il est devenu fréquent de se faire réduire voire enfermer dans l’interprétation de ses propres propos, je pense que cette nuance n’est pas rien. Particulièrement quand il s’agit d’un sujet d’une telle gravité.

Ensuite, plutôt que d’estimer vicelard de demander si l’on attendra que le dernier Palestinien ait été assassiné pour utiliser le mot « génocide », ne faudrait-il pas saisir l’occasion pour pointer que dans l’évolution souvent agitée de l’histoire des peuples, cette définition arrive toujours « après » les drames ? Soulignant par-là même, notre incapacité à les prévoir ! Si certains semblent dès lors très compétents dans leur analyse des faits qu’ils commentent a posteriori, ils paraissent dans le même temps bien incapables d’éclairer de leur science les évènements qui se préparent… Ressentir cette question comme vicelarde, ne renvoie-t-il pas à cette part de nous-mêmes dont je parlais, quand j’évoquais le non règlement d’une certaine culpabilité de ceux-là tellement attachés à la cause qu’ils servent ? Et renvoyer la question à ceux qui l’ont formulée sous forme de métaphore en les chargeant de soupçonner de trahison tous ces dévoués à la cause qu’ils défendent, n’est-il pas précisément un moyen subtil de l’esquiver ? Penser que cette question ne relèverait que d’une simple problématique de culpabilité me paraît quelque peu léger voire sommaire dans l’approche…quand on sait le travail complexe à produire sur soi parfois pendant de longues années, pour résoudre ces questions à tiroirs, et que beaucoup n’ont probablement jamais effectué, ni même entamé… Lors des préparations des candidats aux Missions d’observation dans les Territoires palestiniens, la première démarche que je leur proposais était de s’interroger sur leurs motivations profondes d’un tel choix. Et de ne pas se satisfaire de réponses toutes faites…

En outre, il ne suffit pas de suivre une cause (et le terme suivre, mis entre guillemets dans le texte, me laisse perplexe), même depuis 30 ans, pour se penser à l’abri de tout sentiment de culpabilité, quand on sait comment celle-ci peut parfois se nicher en des endroits insoupçonnés de l’individu. De même, le recours à un tel argument, serait-il LE critère de référence, quand il est régulièrement repris dans tout débat où l’expérience le dispute au changement, un peu comme entre H. Clinton et B. Obama aujourd’hui ? N’illustrerait-il pas plutôt l’ultime argutie… quand l’on manque d’éléments probants ? Pas davantage, me semble-t-il, cette durée n’autorise-t-elle à se penser exonéré de toute responsabilité quant aux résultats que l’on peut vérifier sur le terrain, de l’amélioration ou non de la cause que l’on défend… Evidemment, une telle démarche nous renvoie une nouvelle fois à nous-mêmes, et à notre aptitude à remettre certains de nos choix en question. Mais devant la dégradation continuelle de la situation palestinienne, n’est-il pas temps de se demander si les formes de soutiens actuels y sont encore adaptées, et particulièrement face à l’adversité qui ne lésine pas sur les moyens ? Autrement dit, n’est-il pas urgent de reconsidérer nos manières de penser, d’agir et nos protestations… souvent sans lendemains ?

Par ailleurs, Paul Delmotte s’appuie bien sur des chiffres (150.000 devenus plus d’un million) pour justifier son choix de ne pas utiliser le terme « génocide ». Il y a donc bien une notion quantitative qui s’insinue dans cette approche, comme je l’évoquais aussi dans mon texte original. Je reviens donc à la question posée alors : combien de victimes faut-il aux yeux des plus frileux quant à son utilisation pour « accéder » à ce terme, voire pour le « mériter » ? Ou encore, si l’usage de ce mot n’est pas lié à une question de nombre de victimes, le serait-il à une question de moyens utilisés ? Et dans ce cas, à partir de l’emploi de quelles sordides techniques osera-t-on utiliser ce mot réservé, voire tabou au vu des réactions qu’il suscite ? Faut-il nécessairement des chambres à gaz ou des fosses communes ? Quand celles-ci prennent les formes insidieuses d’une asphyxie organisée d’un peuple à genoux par privation progressive de tout (et aujourd’hui, eau, énergies, médicaments compris), négation identitaire et transferts de populations, usage de technologies militaires sophistiquées pour massacrer délibérément des civils exténués dont nombre de femmes et d’enfants, cela n’est-il pas suffisant pour craindre qu’un « lent génocide » se déroule sous nos yeux ?

Et dès lors, pourquoi la vraie question à se poser serait-elle de s’interroger sur les raisons qui poussent certains à l’utilisation du terme « génocide », et ne serait-elle pas de se demander pourquoi d’autres s’en interdisent l’usage ? Ce n’est pas parce que ce terme est utilisé qu’il empêche de parler dans le même temps de nettoyage ethnique, de crime contre l’humanité, d’extermination d’innocents préalablement emprisonnés collectivement dans un camp géant ou encore de sociocide… Une nouvelle fois, dans mon texte initial j’utilise avec prudence certains de ces termes pour marquer l’escalade dans la répression imposée aux Palestiniens. Mais pourquoi s’arrêter en chemin ? L’armée et le gouvernement d’Israël s’arrêtent-ils dans leurs techniques toujours plus mortifères infligées aux populations occupées ? Si certains en doutent, je les renvoie aux statistiques macabres du nombre de victimes dont la liste n’a de cesse de s’allonger furieusement… et particulièrement, ces derniers mois (l’Etat major israélien vient de se féliciter de l’augmentation du nombre de victimes palestiniennes d’une année à l’autre !)

D’autre part, et pour répondre plus directement à la question, si certains utilisent le terme de « génocide », c’est peut-être pour tenter de réveiller une Communauté internationale apathique depuis 60 ans que dure une Naqba dont beaucoup (même chez les militants) ne comprennent pas qu’elle n’a jamais cessé ! Et pour ainsi, en alerter l’opinion… Le rappel cette année de ce lugubre 60è anniversaire risque bien d’oblitérer le fait que cette catastrophe, même si elle a connu quelques plages de rémission toute relative, n’a jamais quitté l’esprit de l’administration israélienne qui entend bien la poursuivre, puisque justement, le manque de courage (y compris dans la sémantique) et l’indifférence de cette même Communauté internationale lui ont démontré à maintes reprises, la totale impunité dont elle bénéficiait ! Dès lors, appréhendée sur une aussi longue période, peut-être que le terme arabe Naqba pourrait-il s’enrichir d’une signification supplémentaire, genre génocide

Ainsi, nonobstant quelques remarques judicieuses dans la réflexion de Paul Delmotte, et avec les réserves que l’on peut émettre sur certaines positions de l’ONU, je ne peux m’empêcher de souligner que les références onusiennes auxquelles je renvoie permettent un consensus sur la question, en lieu et place de l’avis d’untel ou d’un autre sur un sujet aussi grave que délicat. Et si je me permets d’insister autant sur la chose, c’est pour rappeler que ces références ont pour objet non seulement la Répression du Crime de génocide, mais aussi sa Prévention. Ce qui me paraît tout à fait essentiel. *

Dans une société de plus en plus infantilisée (et infantilisante) où nombre de parents et  d’éducateurs ont souvent démissionné face aux jeunes dont ils sont pourtant responsables, l’on assiste aujourd’hui à la généralisation (et bientôt la banalisation) d’une seule forme d’attitude (bien misérable) quant à son organisation : la répression. Il n’est de semaine ou de mois qui passe sans subir de nouvelles mesures répressives censées apporter plus de sécurité à une population… dépassée sur bien des fronts par le résultat des démissions successives des adultes qui la constitue. Mais dans le même temps, ne conviendrait-il pas d’expliquer que toute nouvelle répression en guise de solution sécuritaire comporte en elle son propre aveu d’échec ? Et qu’il est regrettable qu’en lieu et place d’une société qui multiplie les lois liberticides, elle ne soit plus capable d’initier des politiques de prévention, à tous niveaux… Cela nous renvoie une fois encore à nous-mêmes… et à notre incapacité de plus en plus avérée d’assumer nos responsabilités, dans tous les domaines, y compris semble-t-il, dans celui du vocabulaire utilisé dans certaines des circonstances de la vie…

Ne préfère-t-on pas « demandeurs d’emploi » à chômeurs, « mal entendants » à sourds, « pays en voie de développement » à tiers-monde, « collaborateurs » à salariés, et ainsi de suite… dans cette sémantique aseptisante, mielleuse et combien démagogique.

En outre, s’il me paraît évident qu’il faille refuser tout rapprochement avec une quelconque forme de racisme et de négationnisme, et s’il me paraît tout aussi évident qu’il faille poursuivre le travail d’un vrai devoir de mémoire par rapport aux multiples tragédies qui balisent la marche du monde, il convient dans le même temps de refuser de se prêter à une quelconque hiérarchisation des victimes, même et y compris dans la stratégie utilisée pour en parler. Ce que la dernière initiative du Président Sarkozy en terme de mémoire, risque bien de provoquer… Et s’il est hors de question de mettre un signe d’égalité entre Auschwitz et Abou Ghraïb, cela devrait valoir également entre la machine de guerre israélienne et la résistance palestinienne que chaque déclaration officielle, même de la part de ces fervents défenseurs de la cause, n’oublie jamais de condamner au nom d’une équidistance de salon, à travers l’une ou l’autre petite phrase empreinte de repentir. L’aliénation (consciente ou non) dont je parlais n’est peut-être pas si éloignée que d’aucuns l’affirment !

Enfin, à la question posée par Enzo Traverso à travers le texte de Paul Delmotte de «…se demander si, après Auschwitz, nous pouvons encore tolérer Guantanamo et Abou-Ghraïb », il conviendrait surtout de concéder la seule réponse dont nous sommes encore capables : l’amer constat que ces lieux existent, perdurent, et sont l’antre de déshumanisations et de tortures dont certains de nos gouvernements légalisent aujourd’hui l’usage ! Retour à la case départ, ou en d’autres mots, encore et toujours à nous-mêmes et à notre incapacité actuelle à empêcher ce genre de dérive…

Pour terminer, restons sérieux en effet, et devant le constat de tels échecs, réduisons quelque peu nos prétentions à nous présenter aux yeux du monde comme modèles d’Etats démocratiques (en avouant qu’ils sont bien malades) ; arrêtons de donner des leçons d’éthique aux différents pays dont nous persistons à garder le contrôle (les exemples sont multiples) ; reconnaissons qu’après 60 ans d’inefficacité à améliorer le sort du peuple palestinien, nous sommes vraiment mal placés pour leur accorder ou non le droit à se défendre comme ils l’entendent (même par l’usage de roquettes Qassam faisant plus de peur que de mal) ; travaillons plus et mieux à dénoncer et empêcher que perdure encore ces 60 années de meurtrière Naqba (qui, avec ce recul s’apparente bien à un lent génocide) ; apprenons à anticiper au lieu de suivre (ce qui permettrait peut-être d’agir avant et non de ré-agir après) ; et en attendant, évitons définitivement le genre de formule plus jamais ça (aussi simplistes qu’inopérantes) !

Enfin, je voudrais rappeler que tout non-violent qu’il fut, lorsqu’un journaliste demanda un jour à Gandhi quelle eut été sa position face à la seule alternative possible entre la violence et la lâcheté, celui-ci répondit : « La violence, sans hésiter ! »

* Dans la Convention des Nations Unies du 9 décembre 1948 pour la Prévention et la Répression du Crime de génocide, celui-ci s'entend lorsque l'un des actes ci-après est commis dans l'intention de détruire, tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :
a - Meurtre de membres du groupe ;

b - Atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe ;

c - Soumission intentionnelle  du groupe à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction   physique totale ou partielle ;

d - Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ;

e - Transfert forcé d'enfants du groupe à un autre groupe.

Daniel Vanhove –

Observateur civil

07.03.03

lire aussi : Sur l’utilisation du terme « génocide » dans le conflit israélo-palestinien.

UN PEUPLE à L’AGONIE… DANS L’INDIFFéRENCE QUASI GéNéRALE !

                        UN BIEN SINISTRE RAPPEL D’UNE NAQBA QUI DURE DEPUIS 60 ANNEES !

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