Palestine occupée

Palestine: Embrasser la solution à un Etat


Alors qu'Israël continue avec arrogance à détruire la "solution à deux Etats" par l'expansion sans répit des colonies en Cisjordanie, en particulier à Jérusalem Est, un nombre grandissant de Palestiniens, dont des intellectuels, des professeurs et des citoyens ordinaires, abandonnent l'objectif d'un "Etat palestinien". Leur nouvelle stratégie est la création d'un Etat démocratique, unitaire et laïque sur toute la Palestine-Israël, dans lequel les Juifs et les Arabes vivraient égaux, et en paix.

Par Khaled Amayreh


Khaled Amayreh
Dimanche 23 Mars 2008

Les partisans de la solution à Un Etat argumentent que la solution à deux Etats est déjà morte, et que tout Etat palestinien qui découlerait du processus de paix actuel serait difforme et non viable, et perpétuerait le conflit et la violence dans la région. "Un tel Etat constituerait la garantie assurée de futures guerres, d'instabilité et d'agitation", a affirmé un supporter pendant un symposium récent sur le sujet à Ramallah.

Il faut dire que le soutien à la solution à un Etat n'est pas neuf parmi les Palestiniens. Depuis de nombreuses années, l'Organisation de Libération de la Palestine a plaidé pour la création d'un Etat laïque, non confessionnel sur l'ensemble de la Palestine mandataire, où les Juifs, les Musulmans et les Chrétiens auraient des droits égaux.

Des voix en faveur d'une patrie juive-arabe commune en Palestine se sont faites entendre parmi les Palestiniens – en particulier dans les cercles de gauche et communistes – même avant la création d'Israël en 1948.

Cependant, les récents développements, dont l'échec apparent des efforts de paix qui ont récemment occupés le devant de la scène, comme la Conférence d'Annapolis, couplés avec le refus inflexible d'Israël de mettre un terme à ses activités de construction de colonies et l'incapacité et/ou la réticence des USA à stopper l'expansion coloniale, convainquent un important segment des élites palestiniennes que la stratégie de la solution à deux Etats est futile, irréaliste, et contraire aux intérêts nationaux palestiniens.

Cette semaine, un dirigeant éminent du Fatah en Cisjordanie, Ziad Abu Ein, prône l'abandon des tentatives de création d'un Etat palestinien en Cisjordanie, Jérusalem Est et la Bande de Gaza, et estime qu'il est probablement trop tard pour que les Palestiniens y arrivent, étant donné les réalités démographiques et politiques. "Notre peuple doit se préparer à vivre en paix avec les Juifs, sans fanatisme ni intolérance, et sur la base de principes d'égalité, de vivre et de laissez-vivre, et de respect mutuel", écrit Abu Ein dans un article publié samedi sur le site web qu'il a créé pour exposer ses idées.

Abu Ein exhorte "les nations du monde", les Nations Unies comme les Juifs israéliens, à soutenir et accueillir "le désir de leurs frères et soeurs palestiniens à vivre en paix" dans un Etat unitaire s'étendant de la Méditerranée au Jourdain. Un tel Etat, argumente Abu Ein, serait exempt de violence, de racisme et de tentatives d'un bord pour nier et saper les intérêts de l'autre.

Il n'est pas certain que les idées d'Abu Ein aient été coordonnées avec la direction du Fatah à Ramallah. Cependant, il est intéressant que ces idées émergent au moment où un nombre grandissant de Palestiniens regardent, désabusés, les pourparlers de paix avec Israël, qui n'ont apporté jusqu'ici aucun résultat tangible. Et il est sûr que la frustration est manifeste à tous les niveaux du Fatah.

Cette semaine, un organe médiatique pro-Fatah a cité "des sources proches de Mahmoud Abbas" disant qu'Abbas était d'ores et déjà convaincu de la futilité des pourparlers de paix avec Israël et qu'il était en train de réfléchir à des alternatives aux discussions vouées à l'échec.

Aucun détail n'a été donné sur la nature des "alternatives" recherchées, mais des Palestiniens bien informés prédisent que les options pourraient inclure la décision d'Abbas de démissionner et de déclarer mort le processus de paix, de démanteler l'Autorité Palestinienne ou d'abandonner la stratégie de la solution à deux Etats et d'adopter une lutte selon le modèle sud-africain pour l'égalité raciale et religieuse dans un Etat démocratique basé sur la formule "un homme, un vote".

Abbas, conscient des répercussions négatives sur ses relations avec l'administration Bush, s'est empressé de nier ces informations, disant qu'il était toujours engagé dans le processus de paix et la solution à deux Etats.

Néanmoins, il est clair qu'un nombre de plus en plus important de Palestiniens ne donnent même plus à la stratégie de deux Etats le bénéfice du doute. On estime qu'entre 25 et 35% des Palestiniens soutiennent la solution à un Etat. Et ce pourcentage augmentera considérablement si les pourparlers de paix entre Israël et Abbas restent dans l'impasse.

Cette semaine, un sondage conduit par le Centre for Policy and Survey Research de Ramallah, organisme fiable, montre que si de nouvelles élections présidentielles étaient tenues maintenant, Ismail Haniyeh, du Hamas, obtiendrait 47% des voix, et Abbas 46%. Les chiffres représentent une augmentation importante de la popularité d'Haniyeh. Un sondage précédent conduit par le même organisme en décembre dernier ne donnait que 37% à Haniyeh, comparé à 56% pour Abbas.

Le sondage indique que la fermeté du Hamas en face du blocus israélien drastique, aussi bien que l'échec continu du processus de paix Israël-Abbas, ont conduit davantage de Palestiniens à donner leur soutien au Hamas. Ce sont, par nature, de mauvaises nouvelles pour les avocats de la solution à deux Etats.

Plus tôt ce mois-ci, un symposium a eu lieu à Ramallah, au cours duquel plusieurs partisans de la solution à un Etat ont présenté leur opinion. Ils ont argumenté, de façon convaincante, qu'à la lumière des orientations idéologiques et politiques répandues dans la société juive israélienne, les chances d'un retrait d'Israël aux frontières d'avant 1967, l'abandon de Jérusalem Est et le démantèlement des principales colonies juives en Cisjordanie sont très minces.

Les participants ont plaidé qu'Israël était encore moins susceptible de permettre à un nombre significatif de réfugiés palestiniens de revenir dans leurs maisons et villages d'origine dans ce qui est appelé actuellement Israël, comme partie d'un marché de la solution à deux Etats.

Al-Ahram Weekly a discuté avec Hazem Al-Kawsmi, un des principaux organisateurs du colloque. Il a souligné que la solution à deux Etats ne pouvait pas marcher, ni maintenant, ni à l'avenir.

"Elle ne peut pas marcher parce que le sionisme ne veut aucune solution avec les Palestiniens. Ils veulent la totalité de la terre de Palestine. Ils veulent garder le contrôle des vies des Palestiniens sur chaque mètre de la Palestine historique. Ils veulent contrôler l'oxygène que respirent les Palestiniens, l'eau qu'ils boivent et la nourriture qu'ils mangent. Ils veulent contrôler les frontières, maintenir un nombre considérable de checkpoints, et ils veulent nous laisser vivre à l'intérieur de murs, de grilles électrifiées, et dans un emprisonnement total."

Kawsmi dit que le concept de solution à un Etat est un "anathème" pour Israël et le sionisme.

"Aujourd'hui, Israël n'accepte aucune solution, ni la solution à deux Etats, ni la solution à un Etat. Les sionistes ne sont tout simplement prêts à aucune solution qui apportera la paix dans la région. Ils veulent la paix seulement avec les Israéliens, et l'enfer avec les autres. Ils veulent imposer une situation qui ne s'occupera que des intérêts sionistes, et ils se foutent des autres qui sont impliqués dans le conflit et vivent dans la région.

"Donc, si les sionistes n'acceptent aucune solution aujourd'hui, sauf à continuer leurs projets coloniaux, pourquoi nous inquièterions-nous de ce qu'ils acceptent ou rejettent ? Les Palestiniens, avec leurs supporters pour la liberté partout dans le monde, devraient initier une stratégie basée sur une solution à un Etat, et aller dans ce sens en confiance.

"Le sionisme va se terminer, et la région sera témoin d'une nouvelle ère où les droits de l'homme seront respectés et où la justice se réalisera. L'alternative à un Etat, qui est une solution gagnant-gagnant pour les Israéliens comme pour les Palestiniens, sera une guerre ouverte éternelle à la situation actuelle gagnant-perdant."

Quelques intellectuels palestiniens croient qu'Israël, si et quand il sera obligé à choisir entre le moindre des deux maux, choisira la solution à deux Etats, puisque la solution à un Etat mettra fin au sionisme et réduira en fin de compte les Juifs en Israël-Palestine à une minorité numérique. La question se résume donc à ces deux solutions, si Israël en veut une, à part une solution militaire par laquelle il éradiquerait la cause nationale palestinienne.

Source : Al-Ahram
Traduction : MR pour ISM


Dimanche 23 Mars 2008

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