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Pakistan: une femme pour ôter l'uniforme de Musharraf


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Le retour au pays de l'ancien premier ministre pakistanais Nawaz Sharif à la veille des élections législatives peut modifier considérablement le rapport entre les forces politiques dans le pays. On ne sait pas, il est vrai, comment cela se répercutera sur l'avenir du président Pervez Musharraf, qui n'est pas formellement concerné par ces élections.


Piotr Gontcharov
Mercredi 28 Novembre 2007

Pakistan: une femme pour ôter l'uniforme de Musharraf
Par Piotr Gontcharov, RIA Novosti


Rappelons que les élections législatives sont prévues pour le 8 janvier. La Commission électorale du Pakistan examinera prochainement les demandes de participation de tous les candidats. Mais le principal dilemme est probablement posé par deux personnages politiques, les ex-premiers ministres Benazir Bhutto et Nawaz Sharif.

Bhutto et Sharif sont tous deux leaders de forces politiques influentes, le Parti du peuple du Pakistan et la Ligue musulmane. Ils briguent tous deux également le poste de premier ministre auquel ils peuvent accéder en cas d'obtention de la majorité au parlement. Mais l'intrigue est ailleurs. Benazir Bhutto et Nawaz Sharif formeront-ils une coalition en vue de boycotter les élections législatives? Dans ce cas, le président Pervez Musharraf récemment réélu ne risque plus seulement de se retrouver isolé politiquement. Le pays sera menacé de crise et Bhutto et Sharif auront alors toutes les raisons de poser la question de la réélection du président.

Ce scénario est possible, surtout en prenant en considération la situation dans le pays après l'introduction de l'état d'urgence. Pervez Musharraf explique cette mesure d'exception par le regain d'activité des rebelles islamistes dans les régions limitrophes de l'Afghanistan et par l'accroissement du nombre d'actes terroristes. Cependant, l'opposition l'accuse de violation des principes démocratiques. A présent, Benazir Bhutto, alliée d'hier de Pervez Musharraf, et Nawaz Sharif ont rejoint l'opposition, ce qui a renforcé considérablement ses rangs.

En fait, la lutte pour le pouvoir au Pakistan entre l'élite militaire et l'opposition civile a atteint aujourd'hui un point culminant. A qui reviendra cette fois-ci le pouvoir? Beaucoup dépend de la question de savoir si Benazir Bhutto acceptera une coalition avec Nawaz Sharif, coalition que ce dernier lui a déjà proposée, et quelle position sera occupée par les Etats-Unis, principal "sponsor" du Pakistan.

Bien que les Etats-Unis aient adressé à Pervez Musharraf des reproches en matière de violation de la démocratie, ils ne lui ont pas jusqu'à maintenant retiré leur soutien. Bien plus, on a l'impression que les Etats-Unis sont même prêts à sacrifier une parcelle de démocratisme en vue de soutenir Pervez Musharraf. La raison en est évidente. Pour les Etats-Unis (et l'Europe), aujourd'hui, le Pakistan est avant tout une république islamique possédant un potentiel militaire nucléaire, un pays où la vague de démocratie peut amener au pouvoir des forces qui en sont aux antipodes, des radicaux islamiques ou, pire, des extrémistes islamistes. Après ce qui s'est produit aux élections en Palestine et ailleurs, ce paradoxe semble parfaitement réaliste.

Il suffit d'examiner l'opposition politique actuelle à Pervez Musharraf. En plus des partis politiques ordinaires, des radicaux et extrémistes islamiques sont aujourd'hui largement représentés au Pakistan. Ils ont déjà annoncé le renversement prochain du président Musharraf par la violence. Ils contrôlent une partie de la province frontalière du Nord-Ouest et insistent pour que la charia y soit introduite. Les récents événements de l'été autour de la Mosquée rouge donnent une fois de plus à réfléchir: qu'arrivera-t-il si les autorités pakistanaises fléchissent?

Pour l'instant, Pervez Musharraf et l'élite militaire qu'il représente n'ont donné aucune raison de douter de leur volonté de faire face aux radicaux islamiques. Quant à Washington, il a déjà laissé entendre qu'il préférerait voir au pouvoir au Pakistan, à la suite des élections législatives, un triumvirat: le président Pervez Musharraf, Benazir Bhutto au poste de premier ministre et l'actuel commandant en chef de l'armée, Ashfaq Kayani, qui a déjà été désigné par Pervez Musharraf comme son successeur au poste de président.

Ce scénario est le plus probable. Benazir Bhutto ne peut pas refuser de prêter l'oreille à l'opinion des Etats-Unis. C'est sous la pression de Washington que Pervez Musharraf a donné à Mme Bhutto la chance non seulement de revenir au Pakistan, mais aussi d'occuper peut-être - à la suite des élections - le poste de premier ministre.

Benazir Bhutto apportera probablement des corrections à son programme aussi bien en faveur de ses fonctions de premier ministre qu'en faveur de Pervez Musharraf, certes, non sans avoir obtenu un certain compromis de la part de ce dernier. Ce compromis est connu d'avance. Pervez Musharraf ôtera son uniforme de général et deviendra un président civil.

(Mercredi 28 novembre, le président Musharraf a effectivement quitté ses fonctions de chef d'Etat-major, ndlr.)

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.


Mercredi 28 Novembre 2007

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