Politique Nationale/Internationale

POUVOIR DES «SERVICES» La règle des «moukhabarate» arabes


Véritables garants de la pérennité des régimes arabes en place, notamment dans les pays du Moyen-Orient, les tout puissants services de renseignement «moukhabarate» (police secrète) continuent d’asseoir leur règne, bien soutenus en cela par les décideurs arabes en mal d’une perte de pouvoir.


Farid@evhr.net
Dimanche 2 Avril 2006


Les pressions américaines pour une plus grande ouverture démocratique et moins encore les exigences des populations, ne semblent pas avoir influencé leur pouvoir qui les place généralement, un cran seulement au-dessous des principaux décideurs.

De Damas au Caire, en passant par Baghdad et certains pays des monarchies du Golfe où le seul terme de «moukhabarate» fait toujours frissonner, leur sphère d’influence dépasse le cadre de la sécurité.

Leurs chefs se placent aujourd’hui comme de véritables numéros deux des régimes en place. Les noms d’Assef Shawkat, le beau-frère du président syrien Bachar El-Assad, Omar Souleiman en Egypte, ou Jamil Sayyed au Liban avant son arrestation, sont tout aussi réputés au sein des populations que ceux de leurs chefs d’Etat.

Souvent qualifiée de bras invisible du pouvoir en place, agissant au-dessus des lois, la police secrète de certains pays arabes ne se contente plus d’écouter au téléphone ou d’éplucher le courrier. Elle dispose aujourd’hui de ses propres contrôles aux aéroports et aux frontières terrestres. Certains chefs disposeraient même de leurs propres prisons clandestines. Selon des experts cités par le quotidien français «Le Figaro», ce sont les Français et les Anglais qui ont donné des pouvoirs étendus à la police secrète au Moyen-Orient. Cela s’est passé à l’époque de leur mandat sur le Levant dans les années 40. Le relais a été ensuite pris par les Américains qui ont tout fait pour maintenir cette influence des «moukhabarate» sur les populations, pour se prémunir des risques d’une contagion communiste, ensuite de la déferlante islamique.

Les Etats-Unis de Bush dans leur lutte contre le terrorisme, n’ont pas hésité à recourir aux «oreilles» très attentives, prêtées aux «moukhabarate» arabes, même dans les pays où le courant ne passait plus. «Même après avoir été placée sur l’axe du mal, la Syrie a collaboré avec la CIA, livrant une information qui permit de déjouer un attentat terroriste anti-américain à Bahreïn», rapporte «Le Figaro».

Pour confirmer cette influence de plus en plus grandissante de certains chefs des «moukhabarate», «Le Figaro» cite l’exemple de la Jordanie. Après les attentats d’Amman en novembre 2005, le roi Abdallah n’a pas hésité à nommer un ancien chef de la police secrète, Marouf Bakhit, au poste de Premier ministre, «avec comme priorité d’infiltrer les cellules dormantes djihadistes revenues d’Irak et d’Afghanistan et accroître la coopération avec les services saoudiens et pakistanais, mais aussi américains et israéliens».

Même si dans certains pays arabes, les citoyens, longtemps confinés dans leur angoisse, laissent transparaître le sentiment d’être un peu libérés de cette peur des «moukhabarate», il n’en demeure pas moins que la police secrète garde toujours son «statut» de rempart contre toute atteinte aux symboles du pouvoir, notamment pour les régimes de fer. Les «concessions démocratiques», souvent acquises à coups de grands sacrifices, n’échappent toujours pas à leur au contrôle.

Bien que ce statut n’ait guère changé, le citoyen dans certains pays arabes réputés par la sévérité et la poigne de fer de leurs «moukhabarate», n’a plus cette crainte à critiquer à voix haute le régime. Il y a quelques années seulement, il était impensable de chuchoter son amertume envers ce même régime.

Dans ces pays, la peur du pouvoir abusif des «moukhabarate» n’a pas encore totalement disparu. Mais force est de constater l’émergence d’un modeste courage dans la rue. Les pressions internationales sur ces régimes, notamment les régimes baatistes, connus pour le rôle «répressif» de leurs «moukhabarate», auraient finalement eu des répercussions sur leur influence dans la société. Ces régimes ont perdu de leur prestige et ne font plus peur à leur population de la même manière.

Mais aussi, et pour faire preuve d’objectivité, il y aurait une certaine volonté de la part de certains régimes à limiter l’intervention des services de sécurité dans la vie quotidienne, à l’image de ce qui se passe par exemple en Syrie.

L’ouverture médiatique aurait également contribué à l’amplification d’une modeste liberté de parole qui se développe. Elle aurait permis aux populations de certains pays arabes, longtemps sous la tenaille des «moukhabarate», d’avoir une image de leur pays autre que celle diffusée par le régime. Les paraboles implantées sur tous les toits ont permis à la majorité écrasante de se libérer de l’influence de leur télévision nationale. Presque personne ne regarde la télévision officielle, tous ont en revanche les yeux rivés sur les chaînes satellites arabes et étrangères. Ils observent toutes les mutations politiques dans le monde, dans la région et dans leur propre pays. En Irak, la police secrète était l’institution la plus détestée du régime de Saddam, elle le demeure toujours. Elle était la quintessence même de l’arbitraire. On a torturé dans ses officines. On a dénoncé dans ses bureaux et exécuté dans ses prisons. Jusqu’ici, les agents des centres de harcèlement se terraient dans leurs maisons pour se soustraire à la vengeance d’une population qui les maudissait et aux arrestations des Américains. Le sentiment de haine de la population irakienne vis-à-vis de leur ancien «tortionnaire» est légitime, car les ex-»moukhabarate» du président déchu gardent toujours cet espoir de revenir un jour et de reprendre leur place. Dans cet Irak chaotique de l’après-guerre, de nombreux ex-chefs de la police secrète irakienne savent qu’ils restent à la merci d’une de ces dénonciations qui continuent de pleuvoir au QG des forces américaines, mais ils n’en désespèrent pas autrement, car ils ont toujours cette conviction d’être les seuls aptes à rétablir l’ordre. Au sein des «moukhabarate», beaucoup continuent de considérer Saddam comme un leader avec un grand espoir: le retour du président déchu.

Djamel B.
Le Quotidien d'Oran


Dimanche 2 Avril 2006

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