Proche et Moyen-Orient

POURQUOI L’AMERIQUE S’ATTAQUE À L’IRAN ?


Attention. D. Trump n'est un clown, ni un demeuré.
Il sait parfaitement ce qu'il fait pourquoi il le fait et au service de qui il le fait.


Djeha
Samedi 18 Mai 2019

POURQUOI L’AMERIQUE S’ATTAQUE À L’IRAN ?

Abdelhak Benelhadj, Le Quotidien d’Oran, J. 16 mai 2019

L’histoire bégaye.

* Prenant prétexte de l'« attaque » de deux de ses destroyers dans le golfe du Tonkin en août 1964, le président américain Lyndon Johnson lance dès le 4 août les premiers raids américains sur les positions communistes au Sud-Vietnam et obtient du Congrès les pleins pouvoirs militaires pour un engagement contre le Nord-Vietnam.

Le 7 février 1965, Américains et Sud-vietnamiens commencent à bombarder le Nord-Vietnam.[1]

* Le « 11 septembre » a été attribué très vite à Oussama Ben Laden résident en Afghanistan ce qui a autorisé Washington à frapper ce pays. Les confusions américaines sur les buts de guerre ont retenu l’attention de nombreux observateurs perplexes.

Ce fut le cas par exemple de François Géré, alors directeur de l'institut Diplomatie et Défense, qui, dans un article publié par Libération le 16 octobre 2001, soulignait les incohérences de la Maison Blanche et de ses « faucons » (qui savaient parfaitement ce qu’ils faisaient[2]) : vengeance ? Guerre préventive ? Antiterroriste ?... Il montrait que si El Qaïda était visé, ce devait alors à tout le Proche et le lointain Orient qu’il faudrait faire la guerre. Et au-delà...

Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz, envisageaient déjà des frappes contre l’Irak et achever l’offensive de janvier 1991, « Desert Storm ». Ils parlaient également du Yémen et du Soudan.

* On était loin de la vérité, à observer ce qui suivit après mars 2003 et le déclenchement de la guerre contre l’Irak en « violation des lois internationales » (disait alors J. Chirac qui opposait son veto à toute résolution autorisant les Etats-Unis à aller guerroyer sur les rives du Tigre et de l’Euphrate).

Tout le monde savait que les preuves de projet irakien de fabrication d’une bombe atomique (ADM) ont été bricolées de toutes pièces -à la va-vite- pour justifier l’agression américaine.

Entre-temps, les légions occidentales ont fait des centaines de milliers de victimes, démembré des nations et assassiné un président un jour d’Aïd à la suite d’un simulacre de procès. Pour Humilier, plus que pour punir. La destruction de l’Irak se poursuit... Plus personne ne s’en émeut. Le Grand Moyen Orient allait devenir la Grande Boucherie que les médias ne suivent même plus, les tueries en masse en Afghanistan ou en Irak, ce n’est plus de l’information.

* Par la suite, on eut droit à « l’abominable dictateur libyen » qui menaçait d’exterminer sa propre population et qu’il fallait impérativement arrêter, aux « bombardements chimiques » par le régime syrien contre son opposition dont il faut urgemment « neutraliser » le président...[3]

Plus c’est gros, plus c’est invraisemblable et plus ça passe.

Aujourd’hui, en totale impunité, la conscience tranquille, G. W. Bush s’adonne paisiblement au golf sur les parcours du Texas et ni ses anciens spin doctor, ni même « Dear Henri » (Kissinger), l’organisateur du « 11 septembre 1973 » assassin de la démocratie chilienne[4], n’ont jamais été inquiétés par la justice de leur pays ou par la moindre cour internationale.

L’Iran, un vieil ennemi.

La chute du Shah en 1979 a fait l’effet d’un tremblement de terre à Washington. Car Téhéran était une pièce essentiel d’un puzzle géoéconomique et géostratégique aux frontières de l’OPEP de l’ex-Union Soviétique et de trois continents. Cela s’est aggravé par l’occupation de l’ambassade des Etats-Unis et la mise aux arrêts de ses occupants qu’une malheureuse et maladroite tentative de sauvetage a définitivement achevé d’abaisser la présidence Carter.

Depuis, l’hostilité américaine n’a jamais cessé et le renversement du régime des mollahs a toujours été d’actualité. Nous laisserons de côté la propagande universelle sur les querelles religieuses, les « Empires du Mal » et les balivernes qui occupe les chalands et fabriquent les votes extrêmes dans les contrées fières de leur démocratie.

Accusé d’entretenir un programme devant le doter d’un armement atomique, l’Iran a accepté de signer un Accord le 14 juillet 2015 assurant à la « communauté internationale » que Téhéran ne visait qu’une maîtrise civile de l’atome et plaçait ses équipements sous le contrôle de l’AIEA.

En contrepartie, les pays contractant, c’est-à-dire en réalité les Etats-unis, acceptaient début 2016 de lever les sanctions qui étouffaient l’économie et la société iraniennes. Les entreprises occidentales libres dès lors de commercer et d’investir en Iran, s’en étaient réjouies.

Ce ne fut qu’un court répit.

Le 08 mai 2018. D. Trump dénonce cet Accord, sans même consulter ses propres « alliés ».[5] Les Etats-Unis rétablissent unilatéralement les sanctions contre l’Iran.

Pourtant, toutes les parties à l’Accord le reconnaissent, les Iraniens s’étaient scrupuleusement acquittés de leurs obligations. Désappointé, le responsable des inspections au sein de (AIEA), le Finlandais Tero Varjoranta démissionne trois jours après, le vendredi 11 mai.

D. 28 avril 2019. Le Président D. Trump, mécontent de voir l’Iran (économie et société durement affectées, mais toujours stables) résister à ses sanctions annonce que plus aucun pays ne pourrait acheter de pétrole iranien à partir du 2 mai, dans le but « de porter à zéro » les exportations de Téhéran et « de priver le régime de sa principale source de revenus ».

En clair, Washington décide de mettre fin au régime des dérogations qui permettaient encore à 8 pays, Chine, Inde, Turquie, Japon, Corée du sud, Taiwan, Italie et Grèce d’importer du brut iranien. Une décision qui a fait grimper les cours du pétrole à leur plus haut niveau de l’année.

Une phase nouvelle de pression sur Téhéran. D. Trump voulait mettre l’Iran à genoux en frappant le secteur clef de son économie, une stratégie de pression maximale dans le but de faire revenir les Iraniens à la table des négociations.

Mercredi 08 mai 2019 les Etats-Unis remettent ça et durcissent encore leurs sanctions économiques contre l'Iran. Des gestes hostiles, une déclaration de guerre qui n’est justifiée par aucune Convention ou Charte internationale. Seulement la loi de la force exercée par un pays sur un autre, contraignant ce qu’il appelle ses « alliés » à le suivre et qui obéissent sans rechigner.

D’abord limités aux deux secteurs pétrolier et bancaire iraniens, les mesures punitives américaines s’étendent à ceux du fer, de l'acier, de l’aluminium et du cuivre. Les menaces sont aussi adressées à tout contrevenant « allié ». C’est dire à quel point les mesures américaines sont universellement approuvées. « Autoriser l’acier et d'autres métaux iraniens dans vos ports ne sera plus toléré », a martelé Donald Trump à l’intention des autres pays, dans l’espoir de couper les « principales sources de revenus d’exportation du régime après le pétrole », soit 10% de ses exportations.

Le 10 mai, aux sanctions économiques, Washington va ajouter une pression militaire, comme si les armadas déjà là ne suffisaient pas. « Nous sommes en position et prêts à défendre les forces et intérêts américains dans la région » lance la Maison Blanche.

Face aux menaces d'attaques « imminentes » attribuées à l'Iran, le Pentagone a ainsi annoncé, le 10 mai, l'envoi au Moyen-Orient d'un navire de guerre. L’USS Arlington, avec à son bord des Marines, des véhicules amphibie ainsi que des équipements de débarquement et des hélicoptères et un système de défense aérienne Patriot, a pris la direction du Moyen-Orient.

« Ces équipements vont se joindre au groupe de frappe du porte-avions USS Abraham Lincoln et au détachement spécial de bombardiers de l'US Air Force dans la région du Moyen-Orient en réaction à des indications sur une amélioration des préparatifs des Iraniens pour mener des opérations offensives contre les forces américaines et nos intérêts », a justifié le ministère américain de la défense dans un communiqué.

L’annonce du déploiement dans le Golfe du porte-avions « Abraham Lincoln » et d’une force de bombardiers B-52 par un communiqué de la Maison Blanche. Le conseiller à la sécurité nationale John Bolton y évoquait de manière très vague une « réponse à des indications et à des avertissements inquiétants qui ont engendré une escalade », avant d’adresser « un message clair et sans équivoque au régime iranien : nous répondrons de manière implacable à toute attaque contre les intérêts des Etats-Unis ou de nos alliés ». (Le Monde S. 11 mai 2019)

Même si l’on devine que la dimension électorale et communication à usage purement interne suffirait à expliquer ce déploiement on peut se poser naïvement la question : Pourquoi cela ?

Les événements se précipitent dans le flou et l’énigmatique.

Dimanche 12 mai. Deux pétroliers saoudiens, un norvégien et un cargo émirati ont été visés par de mystérieux « actes de sabotage » au large de l'émirat de Fujairah, membre de la Fédération des Emirats arabes unis, selon le gouvernement d’Abou Dhabi.

Mardi 14 mai. Une attaque de drones revendiquée par les Houthis accroît la tension sur le front yéménite et dans l’ensemble de la région. Du pain béni pour Washington qui peut s’en prévaloir pour créditer ses déclamations alarmistes et ses préparatifs militaires contre Téhéran. La planète médiatique se déchaîne, dominée par ses porte-voix amplifiés à un tel degré et échelle que toute nuance ou contradiction est inaudible. Encore une mise en scène prélude à une agression ?

L’Iran représentait-il vraiment un danger pour la paix internationale ?

Ce n’est ni dans ses moyens, ni dans ses intérêts, ni dans ses objectifs.

Si l’Iran reconnaît soutenir les Houthis, il dément leur fournir des armes comme l’en accuse Ryad. L’Iran cherche à sauver la face et réplique timidement : Sans réponse satisfaisante sous soixante jours, « nous cesserons d'observer » les restrictions consenties sur le degré d'enrichissement de l'uranium et l'Iran reprendra son projet de construction d'un réacteur à eau lourde à Arak, dans le centre du pays, mis en sommeil conformément à l’accord de Vienne, prévient sans illusions M. Rohani.

Le président Hassan Rohani a comparé ces mesures à une « opération chirurgicale » destinée à « sauver » l’accord, « pas à le détruire ». Il a assuré qu'elles étaient conformes à l’accord qui permet de suspendre certains engagements en cas de manquements imputés à une autre partie.

Pour Robert Kelley, de l’Institut international de Stockholm pour la recherche sur la paix (Sipri) et ancien inspecteur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), ces annonces n’ont pas « de portée stratégique ».

L’ouverture d’un front contre l’Iran, à bien y réfléchir, n’est pas davantage dans les intérêts US. Mais quand donc, depuis sa fondation, les intérêts du peuple américain ont-ils été un paramètre et pris en compte dans les campagnes militaires extérieures de ses dirigeants ?

Les moutons européens suivent à reculons.

Coincés entre le droit et la force, occupés à ce qui reste de l’Union, les Européens en ordre dispersé tergiversent. Un bric-à-brac diplomatique à la Prévert.

La déclaration iranienne : Londres l’a jugée « inopportune », Berlin a appelé Téhéran à respecter l'accord « dans sa totalité » n'excluant pas de nouvelles sanctions de l’Union européenne.

Le président français lui biaise et reprend insidieusement les arguments américains : « nous sommes pour un accord à renégocier » La position française depuis mai 2018 est sibylline, louvoyante et pour tout dire visiblement incohérente, compte tenu des éléments suivants :

1.- Lorsque Washington avait décidé de remettre en cause les accords 5+1 sur le nucléaire iranien, Paris - et d’autres pays européens, tel l’Allemagne, a exprimé sa réprobation.

2.- L’objectif de Washington, le même que celui d’Israël, est d’amender l’accord en ajoutant deux conditions supplémentaires. Premièrement, que les Iraniens cessent d’apporter leur aide au régime syrien, pour le faire tomber, et affaiblir l’axe Sud-Liban-Damas-Téhéran. Deuxièmement exiger qu’il démantèle leurs programmes des missiles qu’Israël tient pour dangereux pour sa sécurité.

3.- Le problème est qu’Israël a une conception très singulière de sa sécurité ainsi entendue comme satisfaite si tous ses voisins sont dépourvus de toute capacité de défense, soit pour se protéger contre Israël et les armadas américaines qui mouillent dans les mers et océans de la région, soit pour répliquer si les Israéliens s’avisaient de les attaquer.

Une situation similaire à celle de la Syrie lorsque Moscou avait livré à Damas en octobre 2018 des missiles S-300 antiaériens qui réduisent les capacités de nuisance israélienne.

4.- La position française est d’autant moins compréhensible qu’elle s’aligne sur la position israélienne (soutenue par les Etats-Unis) en exigeant à son tour que l’Iran satisfasse aux nouvelles demandes américaines.

5.- Evidemment, ni Israël, ni les Etats-Unis s’ils devaient intervenir militairement n’ont besoin de l’aide militaire de Paris (dont l’appui n’a qu’une valeur médiatique, à peu près la seule que les Français ont à offrir à leurs « alliés »). Le poids opérationnel des forces françaises, au demeurant symbolique, ne peut être mené à bien sans l’aide logistique américaine, comme on l’a vu récemment à l’occasion de la libérations (coûteuse) d’otages au Burkina Faso.

6.- Pendant que les Français se préoccupent de la dangerosité iranienne, en ayant bien du mal à éclaircir sa ligne politique, les Israéliens et les Américains ont terminé la mise au point de leur système antimissile Arrow 3. Mardi 22 janvier 2019 Israël a annoncé avoir procédé, avec les Etats-Unis et avec succès, à un test du système développé et conjointement financé par les deux pays destiné à contrer des missiles de longue portée (iraniens).[6]

Co-financé par les Etats-Unis, le système Arrow a été conçu et réalisé par Israeli Aerospace Industries en partenariat avec l'Américain Boeing.

En tout état de cause, la position iranienne elle n’a pas bougé d’un pouce.

« Nous parlons de dossiers régionaux et politiques avec la France (...) mais notre potentiel balistique n'est pas négociable (...). Nous l'avons dit à maintes reprises au cours de nos discussions politiques avec la France. » Reuters, L. 28/01/2019 à 09:56

Il importe ici de récapituler les événements et de s’interroger sur les véritables objectifs poursuivis par Washington.

Quelles sont les raisons de tout ce pataquès ?

Ce sont les mêmes qui ont motivé la volte-face de D. Trump en mai 2018.

Le but de la Maison blanche, sous influence israélienne : obtenir de Téhéran, comme nous le soulignons plus haut, un nouvel accord global qui, outre le nucléaire, traiterait du programme balistique iranien, ainsi que du soutien (d’importance variable selon les cas) de la République islamique aux groupes et pays hostiles aux intérêts américains au Moyen Orient, milices chiites en Irak, rebelles houtis au Yémen, régime Syrien de Bachar, Hezbollah libanais et Hamas palestinien.

Tout cela n’a évidemment rien à voir avec la supposée bombe atomique iranienne à laquelle personne n’a jamais vraiment cru.

Toutefois, l’Iran n’est qu’une première étape, un premier objectif. Cette affaire va bien au-delà de l’Iran.

Les vrais objectifs se résument ainsi :

1.- Pour Israël, il s’agit de casser l’axe Téhéran-Damas-Hezbollah pour consolider les derniers acquis de sa politique :

1.1.- Judaïser Israël pour le mettre à l’abri du déséquilibre démographique qui le menace.

1.2.- Reconnaissance internationale de Jérusalem, « capitale éternelle d’Israël »...

1.3.- Obtenir le même résultat pour le Gholan

1.4.- Dissoudre définitivement l’idée d’un Etat palestinien transformé en Bantoustans


2.- Pour les Etats-Unis :

2.1.- Chasser la Russie de Méditerranée (et de ses bases en Syrie)

2.2.- Chasser tous les Poutine du pouvoir à Moscou

2.3.- Mettre la main sur les richesses naturelles de cet immense pays.

2.4.- Remodeler la carte géographique de l’Europe, de l’Atlantique à Vladivostok

2.5.- S’occuper enfin et définitivement du défi chinois.


Depuis l’effondrement de l’Union soviétique, les Etats-Unis ont décrété la « fin de l’histoire » et se posent en « hyperpuissance » n’ayant plus aucun compte à rendre à qui que ce soit et ne souffrent donc aucune limite à ce qu’ils estiment être leurs intérêts et leur bon droit.

Au lendemain de la dernière guerre mondiale, ils ont décidé d’héberger chez eux le concert des nations (San Francisco, juin 1945). Aujourd’hui, le multilatéralisme les encombre et n’ont plus besoin ni de Nations Unies, ni de pactes, de résolutions, d’accords ou de conventions.

Leur justice est universalisée et ses arrêts et jugements sont rendus à l’ombre d’armadas (sans précédents dans l’histoire) contre quiconque ose se dresser devant eux fut-ce seulement pour se défendre.

Le nombre de ce qu’ils tiennent pour « ennemis » se multiplie et, tout azimut, arrêtent unilatéralement des sanctions : contre la Russie, contre la Chine, contre Cuba, le Venezuela, la Bolivie, l’Iran, la Palestine, la Corée du Nord... et même contre leurs alliés dont ils rançonnent les entreprises, espionnent les gouvernants, bousculent sans ménagement les échanges extérieurs et les finances, malmènent la diplomatie (quand elle existe), subordonnent leurs forces armées...

Cela, au vu et au su de tous.

B. Obama signe un Traité que D. Trump déchire. L’arbitraire yankee dans toute la splendeur de son hubris et aussi de sa vulgarité (que Kennedy, Nixon ou Reagan prenaient soin de ne laisser poindre que lors d’entretiens off the record).

Personne n’échappe à l’extraterritorialisation de leur justice, pour peu que leur monnaie soit utilisée, qu’un de leur ressortissant impliqué, que leurs technologies matérielle ou immatérielles incorporée, de quelque manière que ce soit, dans les processus de production...

Au reste, nous l’avons vu plus haut, les prétextes ne manquent pas pour qu’ils décrètent ce qu’il en est selon leur bon vouloir.

On aurait tort de croire qu’il s’agit d’une manie, d’une outrance caractérielle, d’un parti pris philosophique, d’un combat idéologique opiniâtre, d’une défense civilisationnelle principielle que prisent les Européens fourvoyés et amputés de l’essentiel.

Non. Derrière la Maison Blanche, D. Trump et tous ceux qui l’ont précédés (y compris D. Eisenhower prévenu pourtant contre le monstre qui grandissait sous ses yeux) il y a des machines économiques et financières implacables dont l’espace de vie, le « lebensraum » ne se limite pas aux Etats-Unis, mais désormais à toute la planète.

Le concept même d’Empire, tant rivé à la spatialité euclidienne, serait obsolète à en dévoiler la nature.

Les dimensions idéologiques, politiques, culturelles nationales n’ont ici aucune importance, sauf quand elles constituent des normes liées aux produits et aux marchés.

Les Etats-Unis (monolingues) n’ont pas de ministère chargé de la défense de leur langue ou de leur culture. Cela n’importe que lorsqu’il s’agit de remporter des contrats, de réduire les coûts ou d’accroître les marges.

Seuls comptent les bilans, les ratios de gestion et le cours des actions à la cote.

Tout le reste c’est du bavardage à l’usage d’intellectuels en mal de tréteaux.

N’ai-je pas déjà signalé que l’on ferait fausse route à tenir les Etats-Unis pour un pays ?

Pas plus « Etat » que son protecteur, c’est sous les ailes de ce « système » que prospère un Israël multidimensionnel, dont la géographie et la science politique ne rendent que très imparfaitement comptent de ce qu’il représente.

Post Scriptum. Le retour de l’Algérie sur la scène internationale.

Le peuple algérien a décidé massivement et fermement depuis le 22 février dernier de vouloir prendre en main son destin et en dessaisir des oligarques qui avaient pris leurs aises. La politique étrangère du pays, si on laisse de côté les avertissement adressés à tous ceux qui seraient tentés (et qui n’ont sûrement pas renoncé à le faire, eu égard à l’importance de leurs intérêts dans le pays) d’interférer dans les affaires intérieures de l’Algérie, a été dans l’ensemble marginalisée par les débats.

Que ceux qui seront en charge de la nation demain prennent garde à ne pas jeter l’enfant avec l’eau du bain.

Certes, abusant d’un vieux principe, emprunté au cardinal de Retz (« On ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment »), les responsables des Affaires étrangères se sont appliqués à passer entre les gouttes et faire en sorte que tous des intérêts en jeu soient épargnés par les désordres alentour.

Cependant, de grands principes ont gouverné les relations extérieures du pays, notamment en sa politique africaine en strict respect des Chartes et Accords de non intervention militaire dans les pays voisins et des contraintes héritées de l’histoire, alors que de toutes parts diverses pressions l’y incitaient. Discrètement, l’Algérie a maintenu ses liens avec les pays du Proche-Orient aujourd’hui menacés et n’a pas cédé aux injonctions « fraternelles » et « amicales » de les rompre.

Il est salutaire de noter qu’en compagnie du drapeau national, les couleurs de la Palestine aient flotté au-dessus les manifestants dans les rues des villes algériennes, marquant ainsi de manière très éclatante le sens de la marche et la continuité dans le changement.

L’Algérie nouvelle doit sortir de l’ambiguïté, décliner très vite sa politique internationale et préciser qui sont ses ennemis et qui sont ses amis. On ne peut se dire souverain sans cela.

C’est dans ce cadre qu’il faudrait rappeler le pacte historique conclu entre le peuple et sa défense. La sécurité de la nation est à ce prix.

Quelques références pour aller plus loin :

1.- ATTAC (2004) : L’empire de la guerre permanente. Etats-Unis et mondialisation. Mille et une nuits. 185 p.

2.- BRZEZINSKI Zbigniew (2010) : Le grand échiquier. L’Amérique et le reste du monde. Fayard, Pluriel. 273 p. Ed. orig. 1997.

3.- CHOMSKY Noam (2001) : De la guerre comme politique étrangère des Etats-Unis. Agone, Contre-feux. 203 p. Ed. orig. 2000.

4.- FUKUYAMA Francis (1992) : La fin de l’histoire et le dernier homme. Flammarion, Champs. 444 p.

5.- KAGAN Robert 2003) : La puissance et la faiblesse. Les Etats-Unis et l’Europe dans le nouvel ordre mondial. Plon, Pluriel, 160 p.

[1] Un rapport rendu public en 2005 par la National Security Agency, indique qu'il n'y a pas eu d'attaque nord-vietnamienne le 4 août. Cette révélation a mis au jour le mensonge du Président des États-Unis, Lyndon Johnson, qui cherchait un prétexte pour déclencher la guerre contre Vietnam qui fit -côté vietnamien- 1,5 million de morts dont plus de 500 000 au Nord-Viet-Nam, des millions de réfugiés et un pays ruiné.

[2] Début 1998, Madeleine Albright assimilait Saddam Hussein à Hitler et 38 anciens responsables de la défense et de la diplomatie américaine rendaient publique une lettre ouverte appelant B. Clinton à engager les Etats-Unis dans action militaire contre l’Irak.

[3] Lire Abdelhak Benelhadj : « La violation du droit au nom du droit ». Le Quotidien d’Oran. J. 19 avril 2018.

[4] HITCHENS Christopher (2001) : « Les crimes de monsieur Kissinger » Saint-Simon. 203 p.

[5] Il est possible qu’il l’ait fait ou qu’il les ait informés après coup de ses décisions. En tout état de cause, à l’exception d’Israël qui dispose aux Etats-Unis des leviers de commande nécessaires à la défense de ses intérêts (l’AIPAC n’est qu’un des atouts publiquement en sa faveur), Washington n’a que peu d’égard pour ses partenaires européens qu’il s’applique à humilier régulièrement dans la plus grande indifférence des opinions publiques du « vieux » continent.

[6] AFP, mardi 22/01/2019 à 16:03



Vendredi 17 Mai 2019


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