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Vendredi 2 Février 2007


La sixième conférence de presse de Vladimir Poutine n'a pas donné lieu à des révélations extraordinaires. Ce qui en soit est une bonne chose, puisque cela témoigne d'un degré relativement élevé de stabilité économique. Il a pu, par moments, sembler que l'on assistait à la retransmission d'une rencontre de citoyens avec un juriste, tant certaines questions, posées tout au long des 3h32mn de cette conférence, étaient pointues et très spécifiques. L'un des mots-clés a été le concept de "diversification", dans un contexte de remise en cause d'une structure économique reposant essentiellement sur les matières premières et de recherche de voies alternatives pour les fournitures d'hydrocarbures. La première a été qualifiée par Vladimir Poutine comme étant la voie magistrale du développement économique, la seconde lui a permis d'évoquer les "pays-transitaires" auxquels la Russie a payé 4,2 milliards de dollars. Ces sujets amenant, à leur tour, à la question de la diversification des voies de livraison du gaz russe à ses principaux consommateurs européens.



Economie



Les sujets économiques ont naturellement occupé une grande place. Le principal problème qu'il convient de résoudre, estime le Président, est celui des trop grands écarts de revenus de la population. Et ce, malgré des progrès notables et statistiquement confirmés dans la sphère sociale (augmentation du salaire moyen, des revenus, des retraites). Le moyen le plus naturel pour résoudre ce problème est d'assurer une croissance économique élevée. Il est apparu clairement que Vladimir Poutine n'a pas abandonné l'idée du doublement du PIB : il a fortement insisté sur la nécessité d'une croissance annuelle moyenne d'environ 7 %.



Le Président n'a pas approfondi la question de l'utilisation du Fonds de stabilisation, mais il a défini la principale fonction de cet instrument de la politique économique et financière : créer une "réserve de résistance", au cas où les prix du pétrole chuteraient. Ce qui signifie que pour l'instant, il se range à la position du ministère des Finances qui préconise de ne pas toucher au Fonds de stabilisation.



De l'avis du Président, avis largement partagé par les économistes, la principale réussite dans le domaine économique est d'avoir une croissance proche de 7 %, générée non plus par la conjoncture économique extérieure mais par la demande interne en investissements et consommation. Ce dont témoigne notamment le renouvellement accéléré des fonds fixes, la croissance des investissements dans le capital social (de l'ordre de 13 % en 2006) et l'afflux massif de capitaux privés (31 milliards de dollars pour les seuls investissements directs étrangers).



Tout cela a permis à Vladimir Poutine de formuler l'idéologème économique de base suivant : la Russie est passée d'une politique de stabilisation et d'accumulation à une politique de développement.



Complexe énergétique



Les questions énergétiques constituent un volet des problèmes économiques. Mais compte tenu de l'importance que revêt la sécurité énergétique en Russie et dans le monde, ce sujet mérite d'être traité à part.



On a pu se rendre compte non seulement que Vladimir Poutine prenait plaisir à répondre aux questions relatives à ce sujet, mais aussi qu'il le maîtrisait parfaitement.



C'est pourquoi, le chef de l'Etat a pu se montrer offensif lorsqu'il répondait aux questions "difficiles" des journalistes. Ainsi, à propos des accusations de l'Occident sur le manque de fiabilité des livraisons russes d'hydrocarbures et la recherche par les Européens de fournisseurs alternatifs, le Président a laissé entendre que c'était en partie pour répondre à ces accusations que la Russie avait choisi de construire à un rythme accéléré des conduites vers l'Est et qu'elle recherchait une alternative aux anciens destinataires sur les nouveaux marchés en développement des pays tiers. Poutine a même exprimé l'espoir de voir, à brève échéance, le gaz russe arriver dans les pays du Sud de l'Europe et même en Israël avec la deuxième tranche du Blue Stream. Parmi les "anciens" partenaires, il a fait une exception pour les compagnies énergétiques d'Allemagne et d'Italie, avec lesquelles la Russie construit ses relations sur le long terme, 30-35 ans.



Répondant à une question sur les intentions de la Russie de créer un cartel du gaz avec l'Iran, Poutine a relevé : "Avoir une OPEC du gaz est une idée intéressante, à laquelle nous réfléchirons". Cela est une nouveauté, car il y a à peine quelques jours, le ministère du Développement économique et du Commerce rejetait l'idée de la création d'une telle structure. Or, aux dires de Vladimir Poutine, la coordination des actions entre les plus gros fournisseurs de gaz pourrait résoudre la question des livraisons inconditionnelles et fiables pour les principaux consommateurs. Mais pour l'instant, selon le Président, "nous ne pouvons créer un cartel".



A la question d'un journaliste grec sur le devenir de l'oléoduc Bourgas-Alexandropolis, dont la construction est annoncée depuis une quinzaine d'années, le président russe a clairement dénoncé le coupable de ce retard : "les clients européens du pétrole russe" que des livraisons garanties n'intéressent apparemment pas.



Politique intérieure



Bien entendu, le thème central, qui intéresse tout le monde : l'élite, la population, les journalistes et l'opinion internationale, est de savoir qui sera le prochain président de la Russie. Les réponses de Poutine aux nombreuses questions concernant directement ou indirectement ce sujet pouvaient paraître fuyantes ("Toutes les personnes concernées travaillent à leur poste", "Il n'y aura aucun successeur"), mais l'observateur attentif pouvait relever un détail intéressant : le chef de l'Etat a promis de révéler ses préférences "au cours de la campagne électorale". Le plus probable est qu'il s'agissait de la campagne pour l'élection présidentielle et non des législatives. Ainsi, un nom sera donné, mais il faudra patienter encore un bon moment. De plus, selon l'expression de Vladimir Poutine : "Pourquoi me poussez-vous dehors avant terme ? Je partirai de moi-même".



Parmi les principales réussites de ces sept-huit années, le président a cité le rétablissement de l'intégrité territoriale de l'Etat (il avait en vue aussi bien la question tchétchène que la gouvernance des régions) et le renforcement du système politique. Ce dernier, du point de vue du Président, concerne la mise en place d'institutions politiques et l'affirmation du système de partis. D'après ses réponses, on peut en tout cas dire qu'il ne considère pas la course électorale des deux partis "officiels", à savoir Russie Unie et Russie Juste, comme un simulacre et qu'il aurait tendance à considérer le premier comme étant plus libéral et le second plus socialiste. "La maturité de la bataille politique dépend de la maturité des sujets qui y participent", a constaté le Président à propos des batailles entre partis et laissant entendre par là qu'il restait encore des choses à faire concernant la "maturité" du système politique.



Parmi les thèmes de politique intérieure soulevés, la montée de la xénophobie en Russie figurait aussi en bonne place. Pour le Président, au moins deux raisons sont à la source de ce problème : "les douleurs fantômes" de la population après l'effondrement de l'Union soviétique, qui a provoqué une blessure chez les groupes nationaux numériquement les plus forts, et une mauvaise régulation du marché du travail, ayant parfois créé une situation "qui n'était pas toujours à l'avantage de la population native". Le Président n'a pas proposé de recette pour soigner ce mal, mais il a réaffirmé la nécessité de le combattre.



Politique extérieure et image de marque de la Russie



Vladimir Poutine a écarté de manière relativement sereine la traditionnelle critique à l'égard de Moscou qui utiliserait ses ressources énergétiques à des fins politiques. Rappelant que la Russie a toujours rempli consciencieusement ses engagements concernant les livraisons de gaz et de pétrole à ses clients étrangers, le Président a décrit les récents conflits avec l'Ukraine et la Biélorussie comme étant uniquement une réaction injustifiée au passage de la Russie à des rapports de marché avec ceux qui souhaiteraient subventionner leur économie aux frais de l'Etat russe.



Le Président russe a repoussé les sous-entendus à propos d'un prétendu encerclement de la Russie par un nombre de plus en plus grand de pays "malveillants". Lorsque l'on trahit les intérêts nationaux de son pays, on reçoit immédiatement des félicitations, a-t-il souligné, mais si l'on commence à construire des rapports objectivement fondés, internationalement équilibrés, alors on vous critique. La réussite, entre autres, de l'organisation du Sommet du G-8, qui s'est déroulé l'été dernier à Saint-Pétersbourg, a convaincu Poutine que "nos relations ne sont pas mauvaises, au contraire elles deviennent plus stables et plus sûres".



Il a, en retour, critiqué l'administration bruxelloise de l'Union européenne d'accorder des subventions importantes à la production agricole de ses nouveaux membres, par exemple la Hongrie, qui ensuite essaient de revendre leurs produits en Russie. Une concurrence tout aussi déloyale découle, selon lui, des sanctions appliquées périodiquement par Washington contre les producteurs d'armement russes.



Concernant le déploiement d'un système de défense anti-missiles dans les pays d'Europe de l'Est prévu par les Etats-Unis, Poutine a souligné que cela "n'était aucunement lié à la puissance militaire grandissante de la Russie". Les dépenses d'armement de la Russie sont 25 fois inférieures à celles des Etats-Unis, a-t-il rappelé. Cependant, le déploiement de radars et de missiles ABM en Pologne et en République tchèque "concerne directement la Russie". "L'Iran et les terroristes auraient-ils des missiles balistiques ?", s'est interrogé de manière rhétorique Vladimir Poutine. Et il a prévenu : la réponse de Moscou sera asymétrique et efficace.



Le Président n'a pas éludé les questions difficiles, concernant les retentissants assassinats - dont celui de Anna Politkovskaïa - qui ont ternis l'image de marque du pays. La Russie est consciente de ses responsabilités dans l'élucidation de ces crimes et elle est prête à tout pour protéger les journalistes de toute violence, a déclaré Poutine. Il a cité comme événement encourageant l'élucidation d'un autre assassinat, celui du vice-président de la Banque centrale de Russie, Andréï Kozlov.



Concernant l'affaire Litvinenko, le Président a rappelé que cet ancien officier des troupes de convoiement et ex-collaborateur du FSB, par ailleurs condamné en son temps pour avoir frappé des détenus, "a, depuis longtemps déjà, dit tout ce qu'il voulait dire sur les services secrets russes". Ce n'est pas l'enquête, mais le jugement qui dira qui est le coupable.



Vladimir Poutine continue de penser que ceux qui cherchent à nuire à la Russie, ce sont les oligarques qui ont fui le pays et se cachent en Europe occidentale ou en Israël. Allusion on ne peut plus directe à Boris Bérézovski qui se trouve à Londres et à Léonide Nevzline, en Israël. Cependant le Président a dit ne pas croire en la thèse d'un complot international visant à discréditer la Russie. Plus exactement, il a dit que celle-ci ne l'inquiétait pas trop.



"La stabilité de notre Etat permet de regarder cela de haut", cette phrase semble bien traduire le sentiment de Vladimir Poutine d'être le dirigeant d'un pays relativement prospère compte tenu de la spécificité de son développement.



Conclusions



Contrairement aux attentes de certains observateurs, Poutine n'a pas formulé de testament politique lors de sa conférence de presse. Il reste encore un an et demi avant la fin de son mandat, et il est trop tôt pour un testament, même provisoire. Le Président est un homme politique expérimenté et il n'a pas l'intention de dévoiler au grand public ses projets. Cela serait d'ailleurs contraire à la logique de sa stratégie politique.



La conférence de presse doit donc être considérée comme un événement ordinaire, "de travail", tant au niveau des questions des journalistes que des réponses du Président. Dans le même temps, le chef de l'Etat a cité les réussites, les plus significatives de son point de vue, dans le domaine politique, économique et social ainsi que les points forts les plus évidents de ces dernières années. Ainsi, répétons-le, a-t-il rappelé le passage à une nouvelle qualité de croissance économique. Le passage à une croissance plus diversifiée de par sa structure et soutenue par une demande interne.



La diversification de l'économie et la compétitivité de la Russie sont les mots-clés qui ressortent de la conférence de presse. Ils peuvent aussi servir de bilan intermédiaire des sept années de présidence de Vladimir Poutine.


Vendredi 2 Février 2007

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