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PHILIPPE SEGUIN : Un gaulliste social


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«Nous devons entrer dans le traité de Rome debout ; L’histoire n’est écrite que par les hommes qui se tiennent debout»
Le général de Gaulle


Chems Eddine CHITOUR
Samedi 9 Janvier 2010

PHILIPPE SEGUIN : Un gaulliste social
Le 21 avril 1943, Philippe Seguin voit le jour à Tunis. En 1944. Son père, Robert Seguin, meurt en oeuvrant pour la libération de la France. Philippe Seguin a plus d’un an. Sa mère, Denyse Daniele Seguin, demeure en Tunisie jusqu’à l’indépendance, en 1956. En 1986. Philippe Seguin fait son entrée dans le gouvernement de Jacques Chirac, en pleine cohabitation. Il est nommé ministre des Affaires sociales et de l’Emploi et le reste jusqu’en 1988. En 1992. Philippe Seguin prend position contre le traité de Maastricht. En 1993, il devient président de l’Assemblée nationale jusqu’en 1997.
 
 Unanimement saluée par la classe politique, cette figure emblématique marqua de sa singularité passionnée et fougueuse l’histoire de la République.
Nicolas Sarkozy a salué jeudi un homme qui ne transigeait pas avec ses convictions et une «grande voix» de la vie nationale française en Philippe Seguin, qui a incarné sa vie durant, le gaullisme social. Jacques Chirac a fait part de son «infinie tristesse», disant perdre «un ami» et rendant hommage à «un homme d’honneur, un homme d’Etat d’une exceptionnelle intelligence». Dans un communiqué du Front National, Jean-Marie Le Pen salue en Philippe Seguin, «un homme de caractère, pupille de la nation», comme lui, et «un patriote qui condamnait le traité de Maastricht».
 
 Un parcours exemplaire
 
 Pour Dupont Agnan interrogé par Julien Martin de «Rue 89», Philippe Seguin incarnait le gaullisme social. C’était quelqu’un de très grand dans un monde politique très petit. Parce qu’il faisait passer d’abord ses convictions avant ses intérêts, il voyait toujours le fond des choses. (...) Il était dans une période politique où le zapping et la com» l’emportent, et c’était quelqu’un de «fond». Il avait une exigence pour la France.
(...) Son histoire personnelle, son extrême sensibilité, sa générosité, son mauvais caractère aussi étaient le fruit de tout ça. Il était très exigeant, il ne supportait pas le compromis et la compromission. La politique de Nicolas Sarkozy est anti-gaulliste sur tous les sujets : politique étrangère, retour dans l’Otan, politique européenne, traité de Lisbonne, discrimination positive contre l’égalité républicaine, poids de l’argent, poids des intérêts... C’est une politique anti-gaulliste dans toute son horreur ou sa splendeur. Il n’y a rien de commun, bien évidemment.(1)
 
 « En 1994, écrit Jean Marie Colombani, dans un discours rédigé par Henri Guaino, aujourd’hui conseiller à l’Elysée, Philippe Seguin dénonce la politique du gouvernement en matière de chômage, un «Munich social», déclare-t-il. Cette petite phrase lui vaut d’être courtisé par Jacques Chirac auprès duquel il fera campagne pour la présidentielle de 1995. Mais c’est Alain Juppé, son rival, qui devient Premier ministre. Quelques années plus tard, Philippe Seguin confiera son amertume envers le président. Philippe Seguin avait été le concepteur de la campagne présidentielle de Chirac en 1995, c’est lui qui a introduit le thème de la fracture sociale ; il ne fut pas récompensé car c’est Juppé qui devient Premier ministre. Pour Jean-Marc Colombani, Philippe Seguin a marqué la vie politique française d’un pas singulier. Parcours exemplaire de la méritocratie à la française, né pauvre, orphelin très jeune, exilé de sa Tunisie natale et franchissant, via l’ENA puis la vie publique, tous les échelons dont un «petit chose» peut rêver. Le grand parlementaire qu’il fut et président de l’Assemblée nationale unanimement loué, a pu en effet cohabiter avec le gaulliste viscéral qu’il a été ; le chiraquien avec le mendésiste ; l’homme de gauche dans sa jeunesse, dont le premier engagement méritoire - pour un pied-noir de Tunisie - avait été la décolonisation. (...) Et son discours à l’Assemblée nationale contre ce traité, avant le référendum qui fut gagné de justesse par François Mitterrand, restera bien sûr dans les annales »
 
 « De même, Philippe Seguin n’avait pas son pareil pour enflammer une salle avec un verbe aussi brutal qu’inspiré, comme il le fit à de nombreuses reprises au bénéfice de Jacques Chirac, mais en même temps il était capable de la plus grande suavité et de déférence, comme lorsqu’il fut opposé à la télévision à François Mitterrand, à la veille du référendum sur Maastricht. Voilà donc un homme qui a constamment hésité entre une nature brillante, parfois agressive, et un esprit nuancé. Un dialoguiste avisé comme ce fut le cas face à François Mitterrand. Le Philippe Seguin, ministre des Affaires sociales, était le plus souvent d’accord avec les syndicats ; et le Seguin, historien intellectuel, séduisait bien au-delà du cercle des gaullistes disparus.(...) Gardien vigilant du temple de la puissance publique, il avait en somme un peu le désespoir de ceux qui sont grands par l’originalité de leurs pensées, mais qui ont du mal à se couler dans le moule, nécessairement plus petit, de la vie politique et partisane. Lorsque placé à la tête de la Cour des comptes, il se transforma en gardien vigilant du temple de la puissance publique, rappelant sans cesse les gouvernants à leurs devoirs d’éthique et de responsabilité dans la gestion de l’Etat ».
(2)
 
 Son discours contre le traité de Maastricht et pour la souveraineté de la France est un morceau d’anthologie. Ecoutons-le : «Il existe en effet, au-dessus même de la charte constitutionnelle, des droits naturels, inaliénables et sacrés, à savoir pour nous les droits de l’homme et du citoyen tels qu’ils ont été définis par la Déclaration de 1789. Et quand l’article 3 de la Constitution du 4 octobre 1958 rappelle que «la souveraineté nationale appartient au peuple», il ne fait que reconnaître le pacte originel qui est, depuis plus de deux cents ans. Je le proclame donc d’emblée : dès lors que l’entrée de la France dans l’Europe de Maastricht constitue bien l’acte historique qu’a évoqué le président de la République, il serait normal, nécessaire, légitime, indispensable que la parole soit donnée au peuple..) Non point que je conteste la légitimité de cette assemblée. Je ne me suis pas associé au coeur de ceux qui, il y a quelques semaines, ne trouvaient pas de mots assez durs pour l’abaisser, pour réclamer sa dissolution, voire proposer son auto-dissolution.» (3)
 
 « Voilà trente-cinq ans que toute une oligarchie d’experts, de juges, de fonctionnaires, de gouvernants prend, au nom des peuples, sans en avoir reçu mandat, des décisions dont une formidable conspiration du silence dissimule les enjeux et minimise les conséquences. (...) A la décharge des absents, je reconnais bien volontiers que le conformisme ambiant, pour ne pas dire le véritable terrorisme intellectuel qui règne aujourd’hui, disqualifie par avance quiconque n’adhère pas à la nouvelle croyance, et l’expose littéralement à l’invective. Qui veut se démarquer du culte fédéral est aussitôt tenu par les faiseurs d’opinion (...) au mieux pour un contempteur de la modernité, un nostalgique ou un primaire, au pire pour un nationaliste forcené tout prêt à renvoyer l’Europe aux vieux démons qui ont si souvent fait son malheur. (...)» (3) «Il ne peut plus être question de la droite et de la gauche, l’enjeu, au-delà des partis, des clivages les plus naturels, des oppositions les plus légitimes, des querelles les plus anciennes, n’est rien de moins que notre communauté de destin. Et cette communauté de destin est gravement mise en péril par les accords, alors que ceux-ci ne sont ni la condition de la prospérité, ni la condition de la paix. »
 
 « Dans le monde tel qu’il est, l’idéal comme le réalisme commandaient de faire prévaloir une tout autre conception de l’Europe, voilà ce que je je sais, bien que l’on veut à tout prix minimiser les enjeux et nous faire croire que nous ne cédons rien d’essentiel en ce qui concerne notre indépendance ! Il est de bon ton, aujourd’hui, de disserter à l’infini sur la signification même du concept de souveraineté, de le décomposer en menus morceaux, d’affirmer qu’il admet de multiples exceptions, que la souveraineté monétaire, ce n’est pas du tout la même chose que l’identité collective, laquelle ne courrait aucun risque. (...) Le procédé n’est pas nouveau. Il y a 2500 ans déjà, de demi-longueur en demi-longueur, Achille se rapprochait en courant de la tortue de Zénon sans jamais la rattraper.., Seulement, ce n’est là que paradoxe. Dans la réalité, Achille gagne bel et bien la course ; de même, à force de renoncements, aussi ténu que soit chacun d’eux, on va bel et bien finir par vider la souveraineté de son contenu. Car il s’agit là d’une notion globale, indivisible comme un nombre premier. On est souverain ou on ne l’est pas ! Mais on ne l’est jamais à demi. Par essence, la souveraineté est un absolu qui exclut toute idée de subordination et de compromission. Un peuple souverain n’a de comptes à rendre à personne et n’a, vis-à-vis des autres, que les devoirs et les obligations qu’il choisit librement de s’imposer à lui-même.» (3)
 
 «(..) Monsieur le président, madame, messieurs les ministres, mes chers collègues, que l’on ne s’y trompe pas, la logique du processus de l’engrenage économique et politique mis au point à Maastricht est celle d’un fédéralisme au rabais fondamentalement antidémocratique, faussement libéral et résolument technocratique. L’Europe qu’on nous propose n’est ni libre, ni juste, ni efficace. Elle enterre la conception de la souveraineté nationale et les grands principes issus de la Révolution : 1992 est littéralement l’anti-1789. Beau cadeau d’anniversaire que lui font, pour ses 200 ans, les pharisiens de cette République qu’ils encensent dans leurs discours et risquent de ruiner par leurs actes !» (3)
 
 Un souverainiste convaincu
 
 On le voit, Philippe Seguin avait une haute idée de son pays et défendait par-dessus tout la souveraineté comme son maître spirituel, le général de Gaulle qui eut à se battre à partir de Yalta - lors du partage du Monde- où il a été oublié par les trois grands de l’époque : Roosevelt, Staline et Churchill. Le retrait de l’Otan, le programme nucléaire de dissuasion étaient autant de réponses à la dilution de la France. Philippe Seguin sans avoir eu son «18 juin», représentait le dernier des Mohicans. Il ne faut pas rêver, écrit Philippe Seguin. «Sans monnaie, demain, sans défense, sans diplomatie, peut-être, après-demain, la France, au mieux, n’aurait pas plus de marge de manoeuvre que n’en ont aujourd’hui l’Ukraine et l’Azerbaïdjan.»
 
 Que dire de Philippe Seguin le « Maghrébin », sinon qu’il garda une tendresse profonde à la Tunisie où il vit le jour? Il eut aussi à défendre les régiments de tirailleurs. Philippe Seguin est, dit-on, le «père des tirailleurs». L’armée française lui doit la présence dans son ordre de bataille actuel d’un régiment de tirailleurs, héritiers des traditions de toutes les unités de tirailleurs algériens, tunisiens et marocains, qui avaient été dissoutes, en 1964, après la guerre d’Algérie. Philippe Seguin était le fils de l’aspirant Robert Seguin, tué le 7 septembre 1944, alors qu’il combattait au sein du 4e régiment de tirailleurs tunisiens pour la Libération de la France. (...) Un demi-siècle plus tard, maire d’Epinal et député des Vosges, il parvint à convaincre le ministre de la Défense, François Léotard, de rebaptiser le 170e régiment d’infanterie, qui tient garnison à Epinal, en 1er régiment de tirailleurs. Ce fut fait le 1er mai 1994. Les traditions de l’Armée d’Afrique étaient relevées et le 1er Tir possède sa nouba, ses tenues de tradition nord-africaines et son bélier. A l’époque, les régiments d’infanterie mécanisée possédaient des chars AMX-30 et l’un d’entre eux portait le nom d’Aspirant Seguin.
Personnellement hostile à la suppression du Service national voulu par Jacques Chirac, il tenta, en vain, de maintenir une forme de formation militaire obligatoire.
 
 Seul bémol. On peut s’interroger sur le silence assourdissant de Philippe Seguin lors du vote de la loi de février 2005. sur la révolte des quartiers en 2005, 2007. Où était Philippe Seguin lors de l’opération «Plomb Durci» en 2009, quand l’ensemble de la classe politique adoptait la politique de l’autruche? et plus récemment encore pour dénoncer l’instrumentalisation de la burqa et de l’identité nationale à des fins politiques et racistes? En définitive, Philippe Seguin était à coup sûr un homme entier, avec des convictions et avec des colères homériques qui lui portèrent préjudice dans son activité politique.
 
 1.Julien Martin : L’histoire de Philippe Seguin, c’est aussi l’échec du gaullisme Rue89 07/01/2010
 
 2.Philippe Seguin, le «petit chose». 7 Janvier 2010 http://www.slate.fr/story/15337/philippe-seguin-disparition-chirac-gaullisme-mendes-football

 
 3.Philippe Seguin et l’Europe : Discours du 5 mai 1992
 
 Pr Chems Eddine CHITOUR
 
 Ecole Polytechnique enp-edu.dz



Samedi 9 Janvier 2010


Commentaires

1.Posté par redk le 09/01/2010 12:42 | Alerter
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Philippe Seguin, celui qui a abroger la loi instaurant l’autorisation administrative de licenciement, votée en octobre 1974?, offrant par la, le plus beaux des cadeaux au patronat?, oui il a dit non a Maastricht, mais le mal était déjà fait, l'ex président de la cours des comptes (qui n'en demander jamais au dispendieux de l'Élysée), un grand serviteur de l'État, qui avait des convictions, mais il ne fit qu'avaler des couleuvres, c'est dommage!!

2.Posté par guillon le 09/01/2010 18:15 | Alerter
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Philippe Seguin est mort ce 07/01/2010….. (keg)

Philippe, reçoit mon hommage discret de compagnon de galère et en guise de respect, je me permets de dénoncer tous les hypocrites qui viennent chanter ta gloire, en mettant en avant ta qualité de « Pupille de la Nation », car tu étais effectivement « sous-Pupille de la Nation de 4éme catégorie de 39/45 », par décret, depuis 2000 et 2004.
Un parmi les 120 000 « oubliés », dont la souffrance a été ignorée, même si toi, tu t’en es mieux sorti que tes compagnons, « sous-Pupilles de 39/45 », répartis parmi les 15 catégories existantes…….., moins bien lotis
b[
Lettre ouverte et indignée aux hypocrites,
politiques, parlementaires, gouvernants,
médias et autres …. élus
]b


Tels des charognards, vous vous jetez sur la dépouille à peine froide de celui que vous reconnaissez à grands renforts médiatiques et dont vous utilisez médiocrement mais prioritairement la qualité de « Pupille de la Nation » ou comme vous dites si bien « d’enfant de la République ».

Vous vous souvenez brutalement de ce qu’est un « Pupille de la Nation » …….
La suite sur http://www.marcfievet.com/article-adieu-philippe-seguin-toi-le-sous-pupille-de-la-nation-de-4eme-categorie--42570876.html://

Kelly-Eric Guillon
« sous-Pupille de la Nation de 4éme Catégorie de 39/45 » par décrets, depuis 2000 et 2004 »
b[

3.Posté par damien le 09/01/2010 19:58 | Alerter
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ce seguin était contre la création de l'UMP.

Il avait affirmé que la création de l'UMP entrainerait la disparition du gaullisme :
la fin de la souveraineté nationale et de l'indépendance de la france.

Et il avait raison

4.Posté par Orange le 09/01/2010 20:15 | Alerter
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Bye Bye Mr Seguin, on vous aimait bien !


Que laisserez-vous de plus marquant dans nos mémoires ?

Hommage sous forme de sondage original vu sur Pnyx:

http://www.pnyx.com/fr_fr/poll/486

associant les événements de sa carrière politique à ses traits de caractère: son gaullisme social et populaire, son soutien à Chirac contre Balladur et Sarkozy, son débat télévisé contre Mitterand, mais aussi sa barbe à la gainsbarre, ses clopes, etc

Qu'est-ce qui, de ces "grandes et petites choses", restera gravé, pour chacun d'entre nous ?

A l'instant où je poste ce commentaire, parmi les 8 options de réponse, les trois premières choisies sont:

- son gaullisme social et populaire (25%)
- ses coups de gueule, sa voix de baryton (21%)
- sont opposition au Traité de Maastricht (18%)




5.Posté par Momo le vosgien le 10/01/2010 17:09 | Alerter
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Il me semble bien que ce brave défunt maire d'Épinal avait fait refaire en son temps la route qui le menait à l'aéroport, afin de pouvoir aller faire le ministre à Paris. Ses fonctions de président du conseil général avaient aidé à dégager ce budget paillasson. Mais le reste de la route (tout aussi endommagé par les gels et dégels propres au climat vosgien ) n'a pas eu l'heur d'être refaite, le gros Phil ne l'empruntant jamais, les amortisseurs de sa bagnole de fonction n'avaient pas à subir les conséquences des nids de poules et autres déformations qui rendaient la vie difficile à ses administrés.

Celui qu'on appelle aujourd'hui "grand serviteur de l'État" avait un sens tout particulier du service de lui-même. Ce qui n'empêchait pas les andouilles de son coin de continuer de voter pour celui qui assurait grâce à leurs impôts la santé de ses fesses bien dodues.

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