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PESSACH CONTRE LE SIONISME


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Jeudi 17 Avril 2008

PESSACH CONTRE LE SIONISME
A partir du 19 avril au soir jusqu’au 27 avril 2008 à la tombée de la nuit, nous célébrons Péssach, la Pâque Juive.


Notre Fête illustre parfaitement l’antagonisme entre le Judaïsme de la Torah et le Sionisme.

Nos ancêtres esclaves en Mitsraïm [Egypte ancienne] n’en sont pas sortis par une révolte nationale et par la voie militaire, mais uniquement par la Rédemption divine. Ils n’ont pas été libérés de l’esclavage en vue de constituer une « nation comme les autres » avec un territoire, un Etat, une économie, un drapeau, une armée, une culture... Mais ils ont été conduits dans le Désert pour y recevoir la Loi Divine, la Torah. La présence Juive en Terre Sainte sans sainteté, hors de l’application de la Torah, est contraire à la volonté divine. Enfreindre la Thora en Terre Sainte amène à l’Exil. L’Exil et la sortie d’Egypte sont à la base de l’identité juive. Nous illustrons cela avec l’argumentation d’une école rabbinique autre que la nôtre, la tradition lithuanienne :

« En soulignant que tout retour à la Terre sainte ne se ferait que par la volonté divine, le rabbin WASSERMAN[1], disciple de ‘Hafets Haïm[2], rappelle lui aussi, que le nationalisme juif ne serait pas vraiment une innovation mais plutôt une imitation d’un original balkanique (que connaissait bien le rabbin ALKALAÏ[3] d’origine serbe) ou allemand (qui entourait le rabbin KALISCHER[4] en Prusse). Ceux pour qui est familière l’histoire européenne n’auraient guère besoin de ce rappel de WASSERMAN ; il est plutôt destiné à la majorité des juifs dont la naïveté et la foi messianique pourraient, selon lui, facilement induire en erreur face à la propagande sioniste qui faisait usage de termes traditionnels du judaïsme. Ce genre d’usage est pourtant courant. Le nationalisme italien s’inspire de l’histoire romaine, la formation d’un Etat grec se légitime par des références à la Grèce antique.

Un autre commentaire de WASSERMAN vise également à faciliter la compréhension du sionisme. D’abord il met en relief l’importance que la Torah attribue au respect du non-juif. Il rapporte trente-six citations dans lesquelles la Torah enjoint les Juifs de bien traiter, voire gâter tout étranger, même descendants de Haman, le personnage sinistre du Livre d’Esther. Par contre, la Torah est assez sévère à l’égard d’un juif apostat ou d’un juif qui ne pratique pas les préceptes. « Il est pire qu’un chien […] Nous voyons en conséquence que l’origine sans la Torah n’a pas de valeur, ce qui montre que l’idée nationale n’est rien d’autre qu’une idole moderne […] » Cette condamnation du sionisme formulée quelques années avant la Shoah vise la nature même de l’entreprise sioniste.

La stratégie du retour à la Terre que privilégie Haféts Haim est constamment celle dont les contours se retrouvent chez Ezéchiel :

Et je vous retirerai d’entre les nations, je vous rassemblerai de tous les pays et vous ramener sur votre sol. Et j’épancherai sur vous des eaux pures afin que vous deveniez purs ; de toutes vos souillures et de toutes vos abominations je vous purifierai. Je vous donnerai un cœur nouveau et je vous inspirerai un esprit nouveau ; j’enlèverai le cœur de pierre de votre sein et je ferai en sorte que vos observiez mes statuts et pratiquiez mes lois. Vous demeurerez dans le pays que j’ai donné à vos pères, vous serez pour moi un peuple, et je serai pour vous un Dieu. (Ezéchiel 36, 24-28)

Une transformation morale, un rapprochement à Dieu serait donc à la fois le moyen et l’objectif du retour à la Terre. C’est dans ces termes-là que la tradition classique du judaïsme entrevoit le rassemblement des juifs en Terre Sainte, et Hafets Haïm ne fait que le rappeler aux masses juives de l’Europe de l’Est tout en soulignant que la tentation sioniste serait un piège qui en réalité prolongerait l’exil plutôt qu’y mettre fin.

Hafets Haïm illustre ce point à l’aide du texte de la Haggada de Pâque, un des textes les plus connus des juifs. Le repas pascal est conclu avec des chansons qui louent la providence divine et sa générosité. Ainsi la chanson « Dayénou » (« Il nous aurait suffi » proclame : « Cela nous aurait suffi si tu nous avais donné la Torah et ne nous avais pas amené en Terre d’Israël ». Hafets Haïm souligne que la Haggada ne dit pas « cela nous aurait suffi si tu nous avais amenés en Terre d’Israël et ne nous avais pas donné la Torah ». Il conclut que quels que soient les efforts des sionistes, il sera impossible de s’installer et de se maintenir en Terre d’Israël sans pratiquer la Torah. Plusieurs de ses élèves ne manquent point de remarquer que la violence chronique qu’engendre l’entreprise sioniste depuis plus d’un siècle s’explique par cette impossibilité foncière qu’avait décelé leur maître. Cette vision du sionisme comme une entrave sur le chemin de la rédemption précède de quelques décennies l’essor du sentiment d’impasse de l’entreprise sioniste qui plane actuellement sur Isra-l. »


(Citations dans l’ouvrage du professeur Yakov M. RABKIN Au nom de la Torah Une histoire de l’opposition juive au sionisme Les Presses de l’Université Laval, Montréal 2004 pp.98-99

Voir revue de cet ouvrage dans notre bloc en dates du 24 mars ‘08)



[1] (1875-1941) porte-parole du rabbin Chofets Chaïm

[2] KAGAN, Israël Meïr (1838-1933), connu en tant que Choféts Chaïm, rabbin législateur , auteur du compendium légiste Michna Broure et de Haféts Haïm (Celui qui aime la vie), ouvrage dirigé contre la médisance.

[3] ALKALAÏ, Yehuda, (1798-1878) réputé kabbaliste, proto-sioniste

[4] KALISCHER, Zwi Hirsch (1795-1874) rabbin de Thorn ( de nos jours Torun, Pologne), opposant au « judaïsme réformé, libéral » , proto-sioniste

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Vendredi 18 Avril 2008

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