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Ossétie du Sud: le danger d'un nouveau précédent


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Ce qui s'est produit ces derniers jours en Ossétie du Sud suscite des sentiments partagés. Avant tout, de la compassion. Mais en regardant les images à la télévision, qui rappellent la Tchétchénie, elles suscitent l'irritation, parfois même la hargne. Mais il ne s'agit que d'émotions. Il est bien plus important d'essayer de comprendre la logique de ce qui s'est produit. Il est vrai, il est difficile même de reconstituer un schéma et d'établir qui a appuyé en premier sur la détente. Je suppose que les émotions ont joué ici un rôle meurtrier. En tout cas, en ce qui concerne Mikhaïl Saakachvili. A un certain moment, il a senti qu'il pouvait, qu'il était capable de le faire, qu'il avait suffisamment de forces pour cela. Il me semble même qu'il n'a pas demandé conseil au "grand frère". La réaction de ce dernier est longtemps restée incompréhensible. Il semble que les Etats-Unis n'étaient pas préparés à cela. La Russie non plus d'ailleurs. S'en est suivi un certain ajournement de la réaction musclée du voisin du nord. Il y avait une forme de désarroi: comment ont-ils pu oser attaquer avec des chars et des lance-roquettes multiples Grad... Par la suite, le choc est passé. Une décision a été prise et, autant que je puisse en juger, par les répercussions qu'elle a eues, toute la société russe, ou du moins la majorité écrasante de la population, s'est ralliée au pouvoir qui a agi si durement.


Mercredi 13 Août 2008

Ossétie du Sud: le danger d'un nouveau précédent
Par Alexeï Malachenko, pour RIA Novosti



Mais, au fur et à mesure du déroulement des événements, d'autres questions se posent: existe-t-il une opinion alternative, ou bien, comme jadis, faudra-t-il la prendre de la "bouche" d'autrui? Lorsque cette idée vient à l'esprit, il semble aussitôt que tout n'est pas si simple et évident. La guerre est reflétée d'une façon particulière dans les médias occidentaux: pour la plupart d'entre eux, la Russie est coupable de tout. Quant aux milieux officiels occidentaux, ils s'en tiennent comme toujours à des doubles standards. La situation actuelle dans le Caucase du Sud rappelle immanquablement celle du Kosovo et de la Yougoslavie. Une conclusion s'impose: ce qui est permis à certains est interdit à d'autres. Par conséquent, je ne peux qualifier la position des Européens et des Américains d'adéquate. Il me semble qu'en plus de leurs doubles standards ils ont aussi un double fond. Premièrement, tout en sermonnant la Russie, personne n'a néanmoins l'intention d'entreprendre de puissantes actions décisives contre elle. Deuxièmement, l'accent est mis, comme avant, sur la nécessité de négocier. Troisièmement, dans une déclaration à propos des événements en Ossétie du Sud, le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier a affirmé qu'il était pour l'instant impossible de savoir qui en portait la responsabilité. Si la position était nettement antirusse, personne n'aurait tenu de tels propos.

Par ailleurs, les services de renseignement travaillent partout, et des experts indépendants agissent aussi bien en Europe qu'en Amérique. Je vous assure que leur appréciation de Mikhaïl Saakachvili n'est nullement positive. Il me semble que George W. Bush lui-même a été irrité en apprenant la nouvelle. Mais, dans cette situation, chaque homme politique joue un rôle déterminé qu'il ne peut refuser, car ce rôle s'inscrit, pour ainsi dire, dans le contexte de sa position politique globale. En l'occurrence, ce contexte est constitué par les critiques adressées à la Russie, tant à un niveau informel qu'officiel. Et cela est compréhensible. Effectivement, la Russie mène une guerre sur le territoire d'autrui. D'ailleurs, je dirais que la Russie s'est quelque peu emportée. Espérons que son engouement pour la guerre ne relève que de l'émotion. En tout cas, à mon avis, il est temps de négocier. Il est temps de s'arrêter. Sinon, la position de l'Occident se durcira.

Quelques mots à propos des médias. Nos reportages retransmis à la télévision sont très probants: ils ne sont pas cyniques, ils sont effectués, même sur le plan de la propagande, de façon objective et compétente. Il serait utile que ces reportages parviennent aux spectateurs occidentaux. En effet, les images retransmises en Géorgie et au public occidental sont moins impressionnantes que les nôtres. Mais saurons-nous porter ce point de vue à la connaissance de la communauté mondiale? A mon avis, c'est très important à l'heure actuelle. Mais l'essentiel est de mettre fin à la guerre.

Comme on le sait, toutes les guerres se terminent tôt ou tard par une paix. La question est de savoir qui en retirera quels bénéfices. Pour l'instant, on ne peut que supputer. Je ne pense pas que les rapports entre l'Occident et la Russie puissent se détériorer sérieusement, surtout si Moscou est déjà prêt à négocier. Selon ma version, l'adhésion de la Géorgie à l'OTAN est sérieusement remise en question. L'Alliance a-t-elle réellement besoin de d'un pays qui lui coûtera très cher? C'est pourquoi, en ce sens, Mikhaïl Saakachvili a perdu. Mais le règlement du problème géorgo-osséto-abkhazo-russe est également ajourné, et ce, pour une durée indéterminée, surtout si l'on prend en compte le fait que des négociations intenses sur les médiateurs et les possibilités d'atténuer les positions des parties avaient eu lieu au printemps dernier. Les espoirs étaient parfaitement justifiés. A présent, hélas, le processus de négociations est mis de côté.

J'estime qu'après cette guerre il sera également impossible de parler sérieusement de CEI (Communauté des Etats indépendants). Quelles que soient les images montrées par la Russie et la réalité du cauchemar qui a eu lieu à Tskhinvali et autour, on restera prudent à l'égard de la Russie non seulement en Ukraine, mais partout dans la CEI. L'époque postsoviétique a pris fin. A mon avis, ce qui vient d'arriver met un point final à cette époque.

Autre point, dont on ne peut parler, pour l'instant, qu'entre parenthèses: j'estime que les Jeux olympiques de 2014 sont en danger. Espérons que la situation s'améliorera pour la Russie d'ici là.

Ce qui est fâcheux, c'est la création d'un précédent. Des négociations ont eu lieu, mais il s'avère à présent que, lorsqu'il s'agit de séparatisme, une des parties opposées peut prendre le risque de tout aggraver. Par bêtise, ou pour d'autres considérations, mais elle peut le faire. On pense alors immédiatement aux voisins, l'Arménie et l'Azerbaïdjan: un précédent est apparu... On a donc l'impression que les négociations ne servent absolument à rien.

Alexeï Malachenko est membre du Conseil scientifique du Centre Carnegie de Moscou.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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Mercredi 13 Août 2008

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