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Opération « délocalisation » ?

Comment les comptes-rendus concernant la capture des soldats de Tsahal, le 12 juillet 2006, ont déplacé le lieu de l’opération du Liban vers Israël


Une équipe d'avocats israéliens poursuivra en justice le gouvernement libanais, responsable selon eux d'avoir commencé la guerre. L'affaire, qui sera présentée devant un tribunal civil usaméricain, réclamera des compensations pour les dommages subis par les résidents et les entreprises israéliennes, en conséquence de la guerre. Les avocats Yehudah Talmon, Yoram Dantziger et Nitzah Libai prétendent que le gouvernement libanais a violé le droit international pour ne pas avoir empêché le Hezbollah d’effectuer un raid sur le territoire israélien, ce qu’Israël désigne comme le « casus belli ».


Trish Schuh
Mardi 12 Septembre 2006

Opération « délocalisation » ?



par Trish Schuh
Traduit par Indymédia, Xavier Rabilloud et Fausto Giudice


La justification avancée par Israël pour son attaque « d’autodéfense » contre le Liban, et la localisation de la « provocation » initiale, acquerront une importance juridique nouvelle dans les prochains mois. Qui a pénétré sur le territoire de qui, sur quel territoire a eu lieu la première capture des soldats de Tsahal ? Les différents comptes-rendus de presse qui déclarent que la capture a eu lieu au Liban, et non pas en Israël, sont à présent largement connus : les sources les plus fréquemment citées sont l’AFP, le Hindustan Times, la Deutsche Presse Agentur, le Asia Times, la Bahrain News Agency et et le réseau Voltairenet. D'autres sources marquent des retournements dans la consignation écrite ou orale des données factuelles de base.
Le 12 juillet, Michael Hirsh de Newsweek/MSNBC.com, disait : « En conséquence, les choses évoluent tellement vite qu'il est difficile désormais de savoir où se focaliser. Après l'enlèvement des deux soldats israéliens au Liban mercredi par le Hezbollah – que le groupe radical relie à l'enlèvement par le Hamas d'un soldat israélien la semaine précédente - le Proche-Orient semble s'approcher d'une guerre totale. »
Le 13 juillet, l'histoire émanant du bureau de Jérusalem de MSNBC.com avait changé. Dans un article intitulé « La crise permet à Israël de poursuivre ses objectifs stratégiques - les enlèvements donnent à Israël un prétexte pour neutraliser le Hamas et le Hezbollah », le chef de bureau de Jérusalem Sten Gutkin avait écrit : « Les enlèvements de mercredi, quand les combattants du Hezbollah ont traversé la frontière, capturé Goldwasser et Regev, et tué huit autres soldats dans l'affrontement qui a suivi, ont changé toute la donne. ».
Associated Press a également diffusé des versions fluctuantes. Le 12 juillet, à 5h41, Joseph Panossian écrivait : « Le groupe militant Hezbollah a capturé deux soldats israéliens au cours de heurts mercredi, de l'autre côté de la frontière, au Sud-Liban, ce qui a provoqué une réaction rapide de la part d'Israël, qui a envoyé des forces terrestres chez son voisin pour les rechercher. »
À 7h09, Panossian avait changé son rapport : « Le groupe militant Hezbollah a capturé mercredi deux soldats israéliens au cours de heurts le long de la frontière libanaise. »
À 16h13, le même jour, Panossian de l'Associated Press avait complètement modifié la localisation : « Les militants du Hezbollah ont franchi mercredi la frontière avec Israël et capturé deux soldats israéliens. Israël a répliqué dans le Sud-Liban avec des avions de combat, des chars et des navires de guerre, et confirmé que huit de ses soldats avaient été tués dans l’affrontement. »
Des sources israéliennes sont passées inaperçues. Le 12 juillet, Cybercast News Service (CNSNew.com) rapportait : « L'enlèvement des deux soldats israéliens par des militants du Hezbollah au Sud-Liban n'était pas un acte terroriste mais un acte de guerre, a déclaré ce mercredi le Premier ministre, Ehud Olmert ».
Le 13 juillet, ABC News (Reuters) d'Australie citait Tsahal : « Des sources affirment que les soldats israéliens ont été pris autour de 9h00, heure locale, de l'autre côté de la frontière au niveau du village d’Aït al Shaab et à quelque 15 kilomètres de la côte méditerranéenne. L'Armée israélienne a confirmé que deux soldats israéliens avaient été capturés à la frontière libanaise. Les forces terrestres israéliennes ont franchi la frontière et pénétré au Liban à la recherche des soldats enlevés, informait la Radio de l'Armée israélienne. »
Le 12 juillet, la radio Voice of America, à Jérusalem, informait : « Parlant à des journalistes à la sortie du ministère des Affaires étrangères, le porte-parole du ministère Mark Regev déclare que le Hezbollah porte la responsabilité des violences. « Il semble, a-t-il dit, que nous sommes confrontés à une escalade au Nord. Il est bien clair, a-t-il ajouté, que cette escalade a commencé du côté libanais de la frontière, et Israël réagira en conséquence ».
Le 13 juillet, dans son article « Casus Belli » publié par le New Republic, le Général de brigade israélien Moshe Yaalon écrivait : « La présente crise a été initiée - à Gaza par le Hamas et au Sud-Liban par le Hezbollah - à partir de territoires qui ne sont pas sous occupation israélienne ».
Le 13 juillet, l'édition de Haaretz citait Mohammad Nazzal, membre du bureau politique du Hamas : « C’est une opération héroïque, qui a été menée contre des cibles militaires ; elle est donc légitime, d'autant plus qu'elle a eu lieu en territoire libanais occupé. »
Un officiel du gouvernement libanais a confirmé à l'auteur que la première information, concernant la capture des soldats israéliens au Sud-Liban, provenait de la police militaire libanaise, source qui est également citée par de nombreux médias. « Au départ, l'Armée libanaise a déclaré que c'était sur le territoire libanais » selon l'officiel. Le communiqué de l'Armée faisant part au gouvernement de l'enlèvement disait textuellement ceci : « à 9h03 ou à 9h05, à proximité ou devant le village de Aït Al Shaab, les membres de la résistance ont enlevé deux soldats. À 9h15, la résistance a bombardé la position ennemie en territoire occupé. À 10h10, la Résistance et les forces israéliennes se sont heurtées à proximité de Naqoura, du côté libanais de la frontière ».
Le 12 juillet 2006, l'ambassadeur libanais aux USA Farid Abboud discutait les événements publiquement. À cause de son attitude devant la CNN, Abboud a été réprimandé, et rappelé au Liban.
Michael Holmes, CNN International : « Vous dites que vous ne voulez pas d'escalade, mais…
Farid Abboud : Non, nous n'en voulons pas.
Holmes : …. mais en traversant la frontière en Israël, tuant et en enlevant des soldats, qu'attendiez vous qu'il arrive ?
Abboud : Je ne suis pas sûr du lieu où l'attaque s’est produite. D'après ce que j'ai appris, il y a eu aussi une autre bataille pendant laquelle les Israéliens ont traversé la frontière de notre côté, et les victimes sont tombées sur le territoire libanais.
… Nous ne voulons pas d'escalade, et je ne pense pas que nous ayons jamais attaqué Israël. Je veux dire que c’est Israël qui a toujours occupé notre territoire, et que nous nous sommes toujours bornés à le défendre. Notre position a toujours été très réactive, défensive.
L'auteur a alors parlé au chef du Cabinet de la Défense, le général Edmond Fadel, à Beyrouth, pour avoir des éclaircissements. Il a répondu qu'il n'était pas autorisé à s’exprimer sur la position du Hezbollah.
La position du Hezbollah a été citée par le Jerusalem Post du 12 juillet : « Le chef du Hezbollah, le Cheikh Hassan Nasrallah a dit que la capture des prisonniers israéliens au Sud-Liban mercredi, étant donné le moment opportunément choisi [le « timing »], renforcera la position des Palestiniens à Gaza. »
C'était le point de vue réitéré auprès de l’auteur par le porte-parole du Hezbollah le 16 juillet, au téléphone. Il a insisté sur le fait que le combat avait bien eu lieu du côté libanais de la frontière « devant le village de Aït Al Shaab », adjacent à un poste de contrôle militaire.
Le 2 août j'ai discuté de nouveau de l'enlèvement avec Moussaoui, du Hezbollah, à Beyrouth.
Q : Nous avons déjà parlé le 16 juillet 2006 de cette question et je voudrais l'officialiser. L'Armée libanaise a affirmé que les soldats israéliens capturés le 12 juillet 2006 l'avaient été au Liban et non pas en Israël, idée couramment répandue aux USA. Ont-ils été pris en Israël ou au Liban ?
Moussaoui : Comment pouvez-vous dire Israël ? C'est une terre occupée, c'est la Palestine occupée.
Q : D'accord. Etait-ce en Palestine occupée ou au Liban ?
Moussaoui : C'était au Liban, à la frontière.
Q : Sur la frontière – Dans, ou à proximité de, quelle ville ?
Moussaoui : Il n'y a pas de ville. C'était un poste militaire.
Q : Le Hezbollah a-t-il traversé la frontière et pénétré en Israël ?
Moussaoui : Cela n'a jamais été revendiqué par le Hezbollah - seulement sur la frontière. Et ne dites pas Israël - c'est la Palestine occupée.
Q : Et les soldats des Forces de défense israéliennes tués dans le char qui a sauté sur une mine ?
Moussaoui : Ces incidents ont eu lieu en terres libanaises quand ils ont voulu pénétrer - pour pourchasser la Résistance… Personne ne croit plus que ce qui se passe est à cause des deux soldats. Personne ne le croit plus avec la destruction des infrastructures libanaises. Par ailleurs, le Hezbollah a été informé qu'Israël avait planifié cette agression pour septembre ou octobre…[1]
Selon l’avocat Yehudah Talmon, les Israéliens vont aussi demander comme réparations de l'argent provenant des avoirs et des propriétés libanaises aux USA. « Aucun groupe associé de quelque façon que ce soit au Hezbollah n’est à l'abri de ces revendications ». Tant pis, si ces demandes sont basées sur des frontières à géométrie variable.

Note
1 - Ce qui a été révélé par le San Francisco Chronicle. Voir les citations qu’en fait le journaliste anglais George Montbiot dans son article du Guardian du 8 août 2006 : "more than a year ago, a senior Israeli army officer began giving PowerPoint presentations, on an off-the-record basis, to US and other diplomats, journalists and thinktanks, setting out the plan for the current operation in revealing detail". The attack, he said, would last for three weeks. It would begin with bombing and culminate in a ground invasion. Gerald Steinberg, professor of political science at Bar-Ilan University, told the paper that "of all of Israel's wars since 1948, this was the one for which Israel was most prepared ... By 2004, the military campaign scheduled to last about three weeks that we're seeing now had already been blocked out and, in the last year or two, it's been simulated and rehearsed across the board". A "senior Israeli official" told the Washington Post that the raid by Hezbollah provided Israel with a "unique moment" for wiping out the organisation. The New Statesman's editor, John Kampfner, says he was told by more than one official source that the US government knew in advance of Israel's intention to take military action in Lebanon. The Bush administration told the British government.





Original : Counterpunch

Traduction Indymédia Paris-IDF révisée par Xavier Rabilloud et Fausto Giudice, membres de Tlaxcala, à partir de l’original en anglais



Photo de titre : Ehud Goldwasser, Eldad Regev, les deux soldats capturés par le Hezbollah et Gilad Shalit, le caporal capturé par le Hamas à Gaza, célébrés comme des héros par la propagande israélienne


Mardi 12 Septembre 2006



Commentaires

1.Posté par 613 Camp le 27/01/2007 20:54 | Alerter
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