Néolibéralisme et conséquences

On ne parle que du déficit de la Grèce



Mardi 9 Février 2010

On ne parle que du déficit de la Grèce

Que le poète me pardonne de sortir si honteusement ses vers de leur contexte:
O toi, vierge encore, épouse du repos,
Enfant nourrie par le silence et les lentes années,
Sylvestre conteuse qui sais en ta langue exprimer
Un récit tout fleuri plus suavement
que nos poèmes. […]
John Keats, Ode sur une urne grecque

Je souhaiterais qu’il en soit ainsi, mais ce n’est pas le cas. Ce n’est pas d’une manière aussi poétique que CNNMoney intitulait un article le 18 janvier dernier: «Greece is the Word».
C’est bien ce qui apparaît dans les commentaires financiers à propos de la Grèce depuis que Fitch, une des plus importantes agences de notation des Etats-Unis a réévalué à la hausse sa dette le 18 décembre dernier. Comme c’est le cas lors de toutes les rétrogradations, la dette de la Grèce n’est pas devenue insupportable d’un coup le 8 dé­cembre, mais l’Agence Fitch savait précisément ce qu’elle faisait.
Durant la seconde semaine de janvier, le gouvernement grec a vendu aux enchères pour 1,6 milliard d’euros de créances d’Etat. Leur rendement a augmenté, passant à 1,38%. En novembre 2009, un mois avant la réévaluation, il était de 0,95%. Le rendement à dix ans des créances grecques atteignait 6,0%, ce qui représente 270 points de base (2,7%) de plus que celui des créances allemandes de durée équivalente. Avant la réévaluation, la «dispersion» était de 155 points de base. La courbe de rendement des créances grecques s’aplatit, les taux à court terme augmentant plus rapidement que les taux à long terme. Pendant la totalité du mois de décembre, le volume des créances grecques négociées sur le marché secondaire a chuté de plus de 65% tandis que le rendement des obligations à trois ans a augmenté de 94 points de base (24,2%), passant de 2, 94% à 3,88%).
Le gouvernement grec est dans une situation financière très difficile. Le déficit budgétaire de 2009 représentait 12,7% du PIB et la dette publique 113% du PIB. En temps «normal», ces chiffres seraient catastrophiques, mais nous ne vivons naturellement pas des temps normaux. Pourtant les chiffres grecs ne sont qu’un peu plus élevés que les chiffres américains et un peu inférieurs à ceux de la Grande-Bretagne.
Maintenant, on blâme la Grèce d’avoir laissé filer son déficit au-dessus du maximum de 3% imposé à tous les pays de la zone euro. C’est absurde car il n’y a pas un seul pays européen (y compris l’Allemagne) qui n’ait pas depuis longtemps franchi cette limite. Sous la contrainte, alors que les taux de tous les types de dettes, y compris la dette publique, montent en flèche, le gouvernement grec a promis de ramener son déficit public annuel sous la barre des 3%, mais aucun autre pays d’Europe ne l’a fait.
Le plan présenté à l’UE par le Premier ministre Papandreou est censé lutter contre la plus grande menace pesant sur la solvabilité de la Grèce: institutions fiscales chroniquement faibles, lente érosion de sa compétiti­vité et population vieillissante. Il y a peu de pays au monde qui ne partagent pas tous ces pro­blèmes. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne les partagent tous sans conteste.
Peu importe, la Grèce est aujourd’hui le pays qui fait la une des journaux. Le FIM était là-bas il y a deux semaines et a fait état de ce dont on n’a pas discuté, c’est-à-dire d’un prêt. M. Trichet, président de la Banque centrale européenne, a écarté toute forme de sauvetage de la Grèce. Les politiques européens se sont montrés horrifiés lorsqu’ils ont appris que le précédent gouvernement grec avait «truqué les chiffres» et considérablement mini­misé l’importance des déficits annuels. Naturellement, aucun autre gouvernement n’aurait l’idée de faire une chose pareille !
Bon, qu’est-ce qui se passe? CNNMoney l’a révélé dans son article intitulé «Greece is the Word». «Le dollar a commencé de remonter par rapport à l’euro en décembre juste au moment où les agences de notation étaient rétrogradées.» Quel joli lapsus freudien! Mais qu’importe, ces agences ont fait leur boulot.
D’un côté, la Grèce promet solennellement de réduire son déficit budgétaire annuel en le ramenant de près de 13% à 3% du PIB en trois ans. C’est tout à fait impossible à moins de démanteler l’actuel gouvernement. D’un autre côté, la Chine fait tout ce que la Grèce a fait pour se mettre dans sa situation fâcheuse et tous les éminents économistes et analystes financiers qui blâment la Grèce considèrent l’Empire du Milieu avec espoir et reconnaissance. Ce dernier, après tout, est universellement considéré comme le pays qui ramènera le monde vers les hauteurs ensoleillées de la «croissance» économique.
Et entre les deux, il y a le FMI. Souvenez-vous que c’est un enfant de l’Accord de Bretton Woods qui a élevé le dollar au statut de monnaie de réserve mondiale. Rappelez-vous que le FMI a son siège à Washington et finalement rappelez-vous que les Etats-Unis ont toujours été le seul pays à pouvoir opposer son veto à toutes les décisions prises par le FMI, lesquelles requièrent une majorité de 85% lors des votes. Les Etats-Unis contrôlent 17,9% des votes. Le deuxième «quota» le plus élevé est détenu par le Japon: 6,12%.
Or que dit le FMI de la récente panique financière déclenchée à propos de la Grèce (et des autres pays de l’UE) ainsi que de la Chine? Son directeur Dominique Strauss-Kahn a récemment assuré au monde qu’alors que le problème budgétaire grec était «sérieux», il «ne pensait pas qu’il provoquerait une fragmentation de la zone euro.»
En ce qui concerne la Chine, le FMI répète comme un perroquet ce que dit le Parti: «Comme le rôle de la Chine dans l’économie mondiale gagne en importance, il est juste de s’attendre à ce que la monnaie chinoise joue un rôle plus important.» Le 19 janvier, le gouvernement chinois a ordonné aux principales banques d’Etat de ne plus accorder de prêts jusqu’à la fin du mois. En l’espace de 48 heures, le Dow Jones avait chuté de plus de 300 points avec des répercussions sur tous les grands marchés financiers. Il semblerait que «le rôle de la Chine dans l’économie mondiale» soit devenu vraiment très important.
Et qu’en est-il du reste du monde (qui comprend les Etats-Unis)? Strauss-Kahn a déclaré qu’il n’allait pas déployer ses mesures de relance trop tôt car cela pourrait faire retomber les économies dans la récession. On s’attend à ce que la Grèce réduise son déficit budgétaire de plus de 75% en trois ans – en commençant dès maintenant – afin d’empêcher «une fragmentation de la zone euro». On compte que la Chine (et l’Asie continentale) continueront à absorber les dettes contractées pour «stimuler» les économies dans le reste du monde et qu’elles laissent «flotter» leur monnaie afin que le reste du monde ait un endroit où se replier si les mesures de relance étaient sans effet. 



Source: The Privateer no 646 


(Traduction Horizons et débats)



Mardi 9 Février 2010


Commentaires

1.Posté par Guy le 09/02/2010 15:03 | Alerter
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La Belgique est dans le même état!

L'UE est finie par sa monnaie.

2.Posté par mohd le 10/02/2010 15:38 | Alerter
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heraldsun reunion discrete des 24 banques à sidney du 08 au 10 fev 2010 à verifier amicalement mohd

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