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Offensive israélienne contre Gaza : une mise en perspective (2°)


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Dès les premières semaines qui suivent le vote, un boycott économique, politique et diplomatique se met en place, qui va considérablement renforcer l’isolement international des Palestiniens et aggraver leurs conditions de vie. Ce boycott est organisé conjointement par l’Union européenne, les Etats-Unis, Israël et la plupart des régimes arabes, et sera doublé à l’été 2006 d’une offensive israélienne contre la Bande de Gaza, place-forte du Hamas


Mercredi 14 Janvier 2009

Famille palestinienne blessée par un bombardement israélien sur le camps de réfugiés de Beit Lahiya au nord de la bande de Gaza - Photo : AP
Famille palestinienne blessée par un bombardement israélien sur le camps de réfugiés de Beit Lahiya au nord de la bande de Gaza - Photo : AP

Julien Salingue

Consultez la première partie

Dès les premières semaines qui suivent le vote, un boycott économique, politique et diplomatique se met en place, qui va considérablement renforcer l’isolement international des Palestiniens et aggraver leurs conditions de vie. Ce boycott est organisé conjointement par l’Union européenne, les Etats-Unis, Israël et la plupart des régimes arabes, et sera doublé à l’été 2006 d’une offensive israélienne contre la Bande de Gaza, place-forte du Hamas.

Du boycott au putsch

Il s’agit d’isoler ce dernier et de le désigner comme responsable de la dégradation de la situation, afin d’encourager la population à se soulever contre lui. Mais la manœuvre échoue puisque la popularité du Hamas, loin de diminuer, a tendance à s’accroître.

Israël et ses alliés passent donc au « Plan B » : renverser militairement le Hamas. Un plan est élaboré à Washington, par le Département d’Etat, la CIA, les services israéliens et la fraction pustchiste de l’AP, dirigée par le député Fatah Mohammad Dahlan, qui bénéficie du soutien du Président Abbas. Il s’agit, en armant et en formant plusieurs centaines d’hommes de Dahlan en Egypte et en Jordanie, en les introduisant progressivement dans la Bande de Gaza et en armant les milices de Dahlan déjà implantées sur place, de renverser militairement le Hamas et de rendre le pouvoir aux « amis » des Etats-Unis et d’Israël. En juin 2007, le Hamas, qui a pressenti la menace, décide de prendre les devants et inflige en à peine 48 heures une défaite aux putschistes qui sont contraints de fuir la Bande de Gaza(6).

Les territoires palestiniens sont alors divisés politiquement : le Hamas assure son emprise sur la Bande de Gaza, assiégée et coupée du monde. Ce contrôle du territoire va s’accompagner de mesures répressives (arrestations, interdiction de journaux...) à l’égard des autres forces politiques et d’un refus de partager le pouvoir, y compris avec les organisations déterminées à poursuivre la résistance. En Cisjordanie, Abbas nomme Salam Fayyad, ancien haut fonctionnaire du FMI et de la Banque Mondiale, Premier Ministre : ils mènent, en échange du retour des aides internationales, une politique alliant normalisation des relations économiques et sécuritaires avec Israël, répression contre le Hamas, désarmement des combattants et purge au sein des appareils de sécurité.(7).

Malgré le retour des aides internationales, Abbas et Fayyad ne sont pas en mesure d’imposer les « plans de paix » israéliens à l’ensemble de la population palestinienne, a fortiori à Gaza. Qui plus est, une date butoir approche, que nombre de commentateurs semblent avoir oubliée : le mandat présidentiel d’Abu Mazen prend fin le 9 janvier 2009, et selon les termes de la loi palestinienne, c’est le Président du Conseil Législatif Palestinien (8) qui devient Président de l’AP en l’absence de nouvelles élections. Or le Président du CLP n’est autre qu’Abdel Aziz Duwaik, membre du Hamas, qui pourrait dès lors prétendre être le seul parti représentant légitimement le peuple palestinien.

L’offensive contre Gaza

Malgré la bonne volonté dont le Hamas a fait preuve durant la trêve (en ne tirant aucune roquette et en décourageant nombre d’actions militaires des autres organisations, y compris par des arrestations), Israël refuse que le mouvement acquière une trop grande capacité de nuisance, et a donc décidé de passer à l’offensive, avec un timing et des objectifs précis :

Le choix de la date n’est pas anodin : vacance de pouvoir aux Etats-Unis (qui laisse les mains libres à Israël pendant 3 semaines), période de congés pour nombre de journalistes occidentaux (qui ont quitté la Bande de Gaza et qui ne peuvent plus y retourner), campagne électorale en Israël (le duo Livni-Barak tente de prouver qu’il est au moins aussi « dur » que Netanyahu (9) et terme du mandat d’Abu Mazen. La fin du mois de décembre et le début du mois de janvier étaient donc la fenêtre de tir idéale et logique pour Israël.

Mais personne ne peut penser sérieusement que l’Etat sioniste espère détruire politiquement et militairement le Hamas. Il s’agit plutôt de l’affaiblir, pour l’empêcher de contester le pouvoir à Abu Mazen au terme de son mandat et pour renégocier une « trêve » selon des termes fixés par Israël (10), qui pourraient inclure, hypothèse de plus en plus souvent évoquée, l’envoi d’une force internationale sous commandement égyptien chargée de « maintenir le calme » à Gaza, entendre « mettre le Hamas hors d’état de nuire ».

Derrière les faux prétextes (les tirs de roquettes ont fait moins de 20 morts depuis septembre 2000), le but d’Israël est donc clair : à défaut de pouvoir se Attaques à Gazadébarrasser du peuple palestinien, les dirigeants sionistes peuvent les tolérer dans des cantons isolés, à condition que ces cantons ne soient pas contrôlés par des forces hostiles à Israël. L’offensive actuelle est donc un sanglant « coup de pression » sur le Hamas et sur la population palestinienne : capitulez ou vous connaîtrez l’enfer.

L’offensive contre Gaza se situe donc dans la continuité des politiques israéliennes depuis plus de 60 ans : il s’agit de démontrer au peuple palestinien et à leurs dirigeants que s’ils sont tolérés dans des réserves entourées de murs, ils ne peuvent espérer obtenir davantage. Il s’agit de rappeler que c’est Israël qui fixe les règles du jeu, qui choisit les dirigeants, qui assassine ou menace de mort ceux qui ne sont pas assez conciliants, qui arme et désarme les forces de sécurité selon son bon vouloir, qui ouvre et ferme les portes d’entrée des cantons.

Un retour aux contradictions fondamentales

La Bande de Gaza est très majoritairement peuplée de familles de réfugiés qui ont été expulsés de leur terre en 1947-49. Ce petit bout de terre, berceau de la Première Intifada, bastion de la résistance armée, est un miroir qui renvoie l’image de la véritable nature et les contradictions inhérentes au projet d’établissement d’un Etat juif en Palestine : l’expulsion, la répression et l’enfermement, consubstantielles à l’établissement et à la survie de l’Etat d’Israël ne peuvent faire disparaître un peuple et ses aspirations. Des opérations comme celle menée actuellement contre la Bande de Gaza sont l’expression de la nécessaire fuite en avant d’Israël face à ses contradictions : Israël est né de la négation des droits du peuple palestinien et ne peut dès lors survivre qu’en continuant de les nier, chaque jour davantage, jalonnant son avenir d’autant de bombes à retardement qui, tôt ou tard, exploseront (11).

Depuis sa victoire électorale, une fraction significative de la direction du Hamas semblait prête à faire preuve de sa « bonne volonté » et de sa capacité à réussir là où l’AP avait échoué : contrôler les zones palestiniennes et faire respecter une trêve malgré la poursuite du siège et de la colonisation. Ceux qui se prenaient à rêver de diriger les futurs bantoustans palestiniens en sont pour leurs frais : Israël ne partagera pas le pouvoir avec un mouvement ou des individus qui ont la moindre velléité de poursuivre la lutte contre l’oppression coloniale. Les premières déclarations d’Abu Mazen sont à ce titre exemplaires : il a pointé les responsabilités du Hamas dans l’offensive israélienne à Gaza, à l’image du clan Hariri lors de la guerre au Liban en 2006, qui avait accusé le Hezbollah d’être responsable de la guerre israélienne. L’AP et le Fatah ont tenté d’encadrer et de canaliser les manifestations de solidarité avec Gaza organisées en Cisjordanie, n’hésitant pas à empêcher les manifestants de marcher en direction des positions de l’armée israélienne et multipliant les arrestations. Quitte à se délégitimer encore un peu plus (12).

L’AP est une structure qui a été conçue, lors des Accords d’Oslo, pour neutraliser la résistance et la population palestiniennes, et pour donner l’illusion d’une autonomie et d’interlocuteurs légitimes pour « négocier ». La création de l’AP est une vaine tentative du mouvement sioniste de résoudre la contradiction entre l’existence de l’Etat juif et la présence des Palestiniens. Ceux qui ont cru, comme le Hamas, pouvoir transformer l’AP « de l’intérieur », savent désormais ce qu’il en est : le problème n’était pas tant celui d’individus peu scrupuleux et enclins à la collaboration que celui d’une pseudo-autonomie qui n’est que la poursuite de l’occupation par d’autres moyens. Nombre de voix lucides en Palestine s’élèvent aujourd’hui : l’heure est la reconstruction de la résistance (création de structures militantes unitaires à la base, d’un commandement unifié de la lutte, de syndicats indépendants de l’AP, de coopératives agricoles, de comités de village...)(13) et non à la lutte stérile pour le contrôle d’un pseudo-appareil d’Etat prêt à signer un accord entérinant la cantonisation et voué à n’être qu’un sous-traitant des basses œuvres de l’armée israélienne, ou à être liquidé s’il ose revendiquer des droits pour les Palestiniens.

Julien Salingue*, 6 janvier 2009

*Julien Salingue est enseignant et doctorant en Science Politique à l’Université Paris 8. Ses recherches portent notamment sur les élites palestiniennes. Articles consultables surhttp://juliensalingue.over-blog.com/

Notes :

6) Sur la tentative de putsch, cf. « Comment les Etats-Unis ont organisé une tentative de putsch contre le Hamas » sur http://juliensalingue.over-blog.com...

7) On pourra se reporter ici à « L’échec programmé du plan silence contre nourriture : où va le gouvernement de Salam Fayyad ? » sur http://juliensalingue.over-blog.com...

8) Le Conseil Législatif Palestinien (CLP) a été créé par les Accords d’Oslo. Il est la représentation parlementaire des territoires occupés (Gaza et Cisjordanie), avec des pouvoirs très limités en raison du nombre élevé d’attributions présidentielles. Il a été élu une première fois en 1996 (88 députés, dont 64 membres du Fatah ou affiliés) et une seconde fois en 2006 (132 députés, dont 74 membres du Hamas et 45 membres du Fatah).

9) Voir notamment Jonathan Cook, « Israeli electioneering with bombs », Electronic Intifada, 30 décembre 2008, sur http://electronicintifada.net/v2/ar... et Neve Gordon, « What, Exactly, is Israel’s Mission ? », Couterpunch, 29 décembre 2008, sur http://www.counterpunch.org/gordon1...

10) Voir notamment Barak Ravid, « Shin Bet Chief : Hamas has eased its demands for truce with Israel », Haaretz, 4 janvier 2009, sur http://www.haaretz.com/hasen/spages...

11) Voir Oren Ben-Dor, « The Self-Defense of Suicide », Counterpunch, 1er janvier 2009, sur http://www.counterpunch.org/dor0101...

12) Voir Tobias Buck, « Abbas risks becoming biggest political casualty », Financial Times, 30 décembre 2008, sur http://www.ft.com/cms/s/0/ca86af50-...

13 Voir à ce sujet la dernière partie de mon article « La situation en Palestine : exposé réalisé lors de l’Université d’été de la LCR/NPA », sur http://juliensalingue.over-blog.com...

Julien Salingue

6 janvier 2009 - Article publié ici :
http://contretemps.eu/interventions...




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