Politique Nationale/Internationale

Obama vit dans une bulle d’ignorance


"Obama's Bubble of Ignorance"
Obama vit dans une bulle d’ignorance : il veut trouver une solution pour la Palestine , lui, au moment même où Israël est en train de la détruire ?
par Kathleen et Bill Christison
on counterpunch.org, 15 avril 2009
http://www.counterpunch.org/christison04152009.html
traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier


Jeudi 16 Avril 2009

Obama vit dans une bulle d’ignorance
Sans doute davantage que cela n’a jamais encore été le cas, Washington est aujourd’hui enferrée dans le déni en ce qui concerne Israël et son comportement sidérant, avec sa politique assassine à l’encontre des Palestiniens, avec les efforts qu’il déploie, ainsi que ses partisans américains, pour nous contraindre à ignorer les atrocités qu’il perpètre. Les œillères ont de tout temps fait partie de l’équipement des décideurs et des hommes politiques américains, dès lors qu’il est question d’Israël et des agissements de ce pays. Mais au lendemain de l’agression israélienne, qui a dévasté trois semaines durant le minuscule territoire de Gaza – une offensive terminée, de manière expédiente, juste avant l’intronisation d’Obama, si bien que celui-ci a pu se comporter comme si de rien n’était –, la perspective à partir de laquelle Washington opère est obstruée d’une façon encore bien plus frappante que cela n’avait jamais encore été le cas.

Lors d’un symposium sponsorisé par le Middle East Policy Council, organisé à Capitol Hill (à Washington) quelques jours seulement avant la prise de fonctions d’Obama, Ali Abunimah, un commentateur palestino-américain avisé, qui dirige le site ouèbe ElectronicIntifada.net, a déclaré sans ambages que Washington est au centre d’une bulle d’ignorance et de déni. Alors que le reste du monde, en particulier au niveau des sociétés civiles, débat de la nécessité de traîner les dirigeants israéliens devant des tribunaux chargés de juger leurs crimes de guerre et d’imposer des sanctions à Israël, M. Abunimah a fait observer que Washington et ceux des leaders mondiaux qui lui sont liges essaient d’aller de l’avant comme si absolument rien n’avait changé.

« Nous devons nous attendre », a dit M. Abunimah, « à ce que l’appareil officiel de l’industrie du processus de paix – les Hillary Clinton, les Quartette, les Tony Blair, les Javier Solana, les Ban Ki-Moon, bref, toute la panoplie des boîtes à idées officielles et officieuses de Washington – vont continuer leur business as usual, en s’efforçant de faire croire que, grâce à leurs diligences, un Etat palestinien verra le jour ». « Mais, dans le monde réel, cet Etat n’existera pas », a-t-il poursuivi, « et le temps est venu de parler franchement de ce qui est en train de se passer ».

Jusqu’ici, après trois mois d’administration Obama, rien n’indique vraiment que celui-ci y voie clair ou soit prêt à parler franchement. Un autre commentateur politique et militant palestinien très avisé, M. Haidar Eid, qui vit et subit les incessants châtiments collectifs d’Israël à Gaza, a dit récemment, lors d’une interview, que la réaction internationale à l’agression israélienne contre Gaza s’apparentait à une réaction à une quelconque catastrophe naturelle, à croire qu’aucun être humain n’aurait eu de rôle dans la destruction et que les seules choses dont ont aurait besoin pour résoudre le problème étaient du fric et des aides. Comme si, a-t-il dit, le désastre n’avait pas été « créé par l’Etat d’Israël afin d’anéantir à la fois la résistance et la société palestiniennes ? »

M. Eid commentait ainsi une conférence internationale de donateurs réunie à Sharm el-Sheikh, début mars, qui avaient fait démonstration de magnanimité en promettant presque 5 milliards de dollars d’aide afin de soulager la « crise humanitaire » à Gaza – mais en promettant aussi de ne rien faire pour solutionner la réalité politique de l’occupation israélienne, qui est pourtant à l’origine du calvaire humanitaire de Gaza ? Les donateurs – ces mêmes dirigeants de l’ « industrie du processus de paix » dont parlait M. Abunimah – n’étaient là que pour prétendre être préoccupés et pour refiler du fric, ce qui est toujours la manière la plus pratique, dans l’esprit des élites politiques, pour balayer sous le tapis des problèmes humanitaires qui font désordre. C’est ainsi qu’ils soulagent leur propre conscience et qu’en même temps ils disent à Israël qu’il peut continuer à détruire la Palestine et les Palestiniens en toute impunité : la communauté internationale ramassera les morceaux et règlera l’addition. Message reçu 5/5 par Israël !

Toute idée de contraindre Israël à mettre fin à son oppression grossière des Palestiniens, toute idée de faire quoi que ce soit afin de confisquer à Israël la carte blanche dont il use et abuse, c’était apparemment encore trop demander à ces dames patronnesses. Toute prise de conscience du fait que leur promesse d’aide n’était rien d’autre qu’un rouage dans un cycle destructeur sans fin leur a également échappé – un cycle dans lequel ces mêmes donateurs, sous la houlette des Etats-Unis, équipent Israël avec les armes les plus sophistiquées et la puissance politique absolue qui va avec, après quoi Israël utilise ces armes et se sert de son permis politique flambant neuf de chasse au Palestinien, et les donateurs se réunissent à nouveau pour réparer les destructions. L’hypocrisie a été encore davantage soulignée par l’exigence ferme des Etats-Unis qu’avant que les Gazaouis ne reçoivent le premier kopek de ces largesses internationales, le Hamas devra avoir reconnu le droit d’Israël à l’existence. Autrement dit, le Hamas doit reconnaître le droit à l’existence précisément de l’Etat qui vient d’essayer de le détruire, et son peuple avec, et même la terre sur laquelle ils vivent.

Si le comportement d’Israël n’était pas aussi répugnant, le déni américain et international devrait nous faire marrer. Mais la promesse d’aide et le cercle vicieux sans fin de la misère financée par l’Occident – ainsi que la myopie qu’ils traduisent – ne constituent, ensemble, rien d’autre qu’un exemple frappant d’une ignorance volontaire découlant d’un processus cognitif entièrement orienté dans le sens de la vision israélienne, à partir de laquelle les Etats-Unis et la communauté internationale abordent rituellement ce conflit. La fin de l’interminable mandat de George Deubeuliou Bush et l’avènement de Barack Obama ont d’ores et déjà donné lieu à d’autres initiatives, tout aussi naïves et à courte-vue que ces promesses d’aide – à courte-vue, car, de manière avisée ou non, ces initiatives ont pour origine un point de départ totalement centré sur Israël et ses exigences et fermant totalement les yeux sur le comportement barbare de ce pays.

Barack Obama et Hillary Clinton évoquent sans rire l’ « inévitabilité » et le caractère « inéluctable » d’une solution basée sur deux Etats, sans prendre aucunement en considération l’impossibilité croissante d’un Etat palestinien réel, ou encore du fait qu’Israël élimine aussitôt toute perspective d’un tel Etat et qu’il est en train, de fait, d’éliminer ouvertement les Palestiniens eux-mêmes. Les premiers mois de l’administration Obama et la nomination de George Mitchell au poste d’envoyer spécial au Moyen-Orient font émerger d’autres responsables, qui, plus entichés de processus de paix que de toute perspective d’une paix réelle, poursuivent aveuglément l’ « industrie du processus de paix », sans aucune considération pour les réalités du terrain, ou pour la garantie sur facture (plus que virtuelle) de leur échec.

Sans doute le plan le plus détaillé prétendant frayer une voie vers une solution à deux Etats avait été, en réalité, écrit avant l’accession au pouvoir d’Obama ; mais ce n’est que maintenant qu’il est publié. Ce plan, intitulé A Last Chance for a Two-State Israel-Palestine Agreement [Dernière chance pour un règlement israélo-palestinien à deux Etats] avait été mis au point en décembre dernier par un groupe d’anciens hommes d’Etat américains bien intentionnés, dont Brent Scowcroft, Zbigniew Brzezeinski, Lee Hamilton et Paul Volcker (le seul, sur dix, à faire partie de l’administration Obama). Ces sages avaient été réunis par Henri Seigman, un ancien président de l’American Jewish Committee spécialiste du conflit palestino-israélien qui s’est illustré, ces dernières années, par ses critiques franches et réalistes de l’occupation israélienne. La proposition en question est une sorte de scénario de réalisation de l’impossible, en dix-sept pages.

Ce plan approche le conflit sous un angle israélo-centrique, et même en soulignant lourdement la nécessité de satisfaire aux besoins d’Israël en matière de sécurité ; il comporte en lui-même la prescription des drogues qui en garantissent l’échec. Le rapport consacre un cinquième (ce qui n’est pas sans signification) de sa pagination à une annexe, intitulée « Répondre aux besoins d’Israël en matière de sécurité », en plus d’une logorrhée considérable consacrée à ce sujet dans le corps même du document. Il n’y figure strictement aucune mention d’une quelconque nécessité d’assurer la sécurité de la Palestine contre les menaces pesant sur elles, en provenance d’Israël...

La motivation cachée derrière ce plan est admirable : il reconnaît la centralité du conflit palestino-israélien par rapport à d’autres problèmes et à d’autres intérêts américains au Moyen-Orient ; il exhorte la nouvelle administration [Obama] à prendre le contre-pied de huit ans de désengagement de ce conflit par l’administration Bush et il l’exhorte à le faire très rapidement ; il appelle à prendre contact avec le Hamas et il exhorte à entreprendre l’initiative de paix nécessaire, fusse au risque de déplaire à « certains électorats intérieurs ». Mais le plan est en lui-même naïf et il oublie les réalités brutales de la situation, qui existaient pourtant dès avant l’offensive israélienne contre Gaza. Du fait qu’il ne tient strictement aucun compte des intentions mortelles d’Israël à l’encontre des Palestiniens, ni de sa responsabilité dans le niveau de violence observé aujourd’hui, ce rapport ne fait, en réalité, que donner une prime à l’intransigeance israélienne, tout en faisant allègrement la supposition que cette rigidité pourra être surmontée en publiant un plan sur quelques morceaux de papier, tandis que les Etats-Unis continueront à envoyer à Israël les armes dont il a besoin pour détruire la Palestine …

Ce rapport se situe dans un monde mythique – un monde où Israël n’a aucune responsabilité dans l’occupation du territoire palestinien et ne s’intéresse qu’à sa sécurité, sans avoir la moindre obligation à l’égard des Palestiniens. Il fait référence de manière répétée à une situation sécuritaire du type « qui, de l’œuf ou de la poule ? » dans les territoires occupés – comme s’il était impossible de déterminer si c’est l’occupation d’Israël qui est première, ou la résistance palestinienne, comme si l’occupation n’était pas, précisément, la raison pour laquelle la Résistance palestinienne existe, comme si les attentats suicides palestiniens (dont le projet affirme qu’il cause à Israël « une angoisse compréhensible ») auraient pu surgir d’ailleurs, précisément, que de l’oppression israélienne ?

Le plan n’aborde les conditions d’une paix entre les deux Etats qu’envisagées quasiment uniquement en termes des besoins d’Israël – non seulement ses besoins en matière de sécurité, mais aussi en matière de colonies et de ses inquiétudes concernant le droit au retour des réfugiés palestiniens. Ainsi, par exemple, alors qu’il préconise que la frontière entre les deux Etats soit « basée sur » les lignes de cessez-le-feu antérieures à juin 1967 avec seulement quelques modifications réciproques et mineures, il recommande que les Etats-Unis « prennent en compte les régions à forte population israélienne en Cisjordanie ». Bien que le style minimise la gravité de cette question, ce passage signifie que l’on doit laisser de l’espace aux grands blocs de colonies israéliennes, qui incluent environ 10 % de la minuscule Cisjordanie (environ la taille de l’Etat américain du Delaware), couvrent virtuellement la totalité de Jérusalem Est et incluent (au bas mot) 85 % des 475 000 colons israéliens en Cisjordanie + Jérusalem Est.

En avril 2004, George Bush remit à Ariel Sharon une lettre garantissant officiellement l’approbation par les Etats-Unis de la conservation par Israël de ce que Bush appelait « les centres majeurs de population juive » en Cisjordanie, modifiant du même coup ce qui avait représenté près de quarante années de politique américaine en faveur d’un retrait virtuellement total d’Israël des territoires occupés. Les « paramètres » de Bill Clinton, définis en 2000, avaient eu le même effet, bien qu’à une échelle un peu moindre, en proposant de permettre à Israël de conserver ses colonies – désignées par le terme anodin de « faubourgs » - à Jérusalem Est. Les dernières propositions formulées par l’ancienne équipe répètent ce diktat clintonien et, de manière générale, endossent tant les déclarations de Clinton que celles de Bush, qui cèdent de manière unilatérale à Israël du territoire palestinien, sans négociation, et sans consulter les Palestiniens.

Ce projet jette aussi aux orties le droit au retour des Palestiniens. Bien qu’il fasse une allusion fugitive, en passant, au « sentiment d’injustice » des réfugiés et bien qu’il appelle à « une compensation financière conséquente », il déclare, là encore de manière unilatérale et préemptive, que la résolution du problème des réfugiés devra « protéger Israël contre un afflux de réfugiés » - ce qui signifie que ce droit de retour ne serait pas garanti à tous les réfugiés palestiniens, ni, encore moins, à la plupart des réfugiés qui pourraient choisir de retourner dans leurs maisons et sur leurs terres à l’intérieur d’Israël, d’où ils ont été chassés. Cette précaution est censée « protéger » Israël contre toute exigence qu’il doive réparer l’injustice massive qu’il perpétra en 1948, en exigeant de ses victimes qu’elles se satisfassent, après plus de soixante années, d’un maigre pécule et d’une maison, quelque part, en dehors de leur propre patrie.

Le chapitre principal de ce rapport des sages propose que l’Etat palestinien n’aurait pas d’armée et serait sécurisé par une force multinationale mandatée par l’Onu et placée sous commandement américain, qui fonctionnerait durant cinq ans, mais dont le mandat serait renouvelable, l’intention étant de permettre aux Palestiniens de parvenir à assurer leurs propre sécurité (et, bien entendu, à être capables de garantir celle d’Israël) dans les quinze ans. Cette force de sécurité serait une force de l’Otan, renforcée par des troupes jordaniennes, égyptiennes et – très étonnamment – israéliennes. L’aspect Alice-au-Pays-des-merveilles de cette proposition très particulière se résume au présupposé qui est celui des sages, selon lequel la souveraineté palestinienne serait peu ou prou respectée même si les Palestiniens se voyaient contraints de remettre leur sécurité à une force multinationale qui inclurait non pas seulement des éléments de multiples armées étrangères, mais y compris des troupes de l’oppresseur même dont les Palestiniens sont censés s’être débarrassés en parvenant à l’existence en tant qu’Etat. C’est là ce genre d’absurdité inhérente à l’« industrie du processus de paix », qui rend des propositions telles celle-ci totalement insensées.

Le projet brade, avant même que des négociations aient été entamées, davantage que n’importe quel Etat en devenir pourrait se permettre de brader. Il cède du territoire de ce qui devrait devenir l’Etat palestinien avant même que les Palestiniens aient été en mesure de s’asseoir à la table des négociation. Il cède, sans aucune restriction ni aucune excuse, le droit des Palestiniens à réparer une énorme injustice qui est, cela, depuis le début, soit depuis plus de soixante ans, le grief palestinien fondamental à l’endroit d’Israël. Il cède la souveraineté et la sécurité palestiniennes en invitant une force de sécurité internationale comportant des troupes, précisément, de la puissance occupante dont les Palestiniens essaient de se débarrasser. Et il renonce à toute viabilité de l’ainsi nommé « Etat ».

L’on attendait mieux des sages qui ont rédigé ce document.. Certains d’entre eux, de fait, on travaillé en tant que spécialistes sur le conflit arabo-israélien, par le passé, et le coauteur de la proposition Henry Siegman travaille sur cette question depuis des décennies. Mais la proposition fait montre de tellement peu de compréhension du degré avec lequel Israël a d’ores et déjà absorbé la Cisjordanie qu’on pourrait avoir l’impression qu’aucun de ces Messieurs n’a jamais mis les pieds dans la région. Et dans son affirmation benoîte selon laquelle il sera possible d’inciter Israël à donner son accord à un quelconque retrait, aussi minime soit-il, des territoires occupés, on ne constate guère de compréhension du fait qu’aucun gouvernement israélien, quelle qu’en soit la couleur politique, et en particulier aucun des gouvernements de droite qui ont dirigé Israël ces dix dernières années, voire depuis plus longtemps, n’a eu (n’a et n’aura) la moindre intention d’accorder aux Palestiniens le moindre degré d’indépendance et de souveraineté authentiques, où que ce fût et où que ce soit en Palestine.

En fin de compte, à l’instar de la conférence des donateurs qui ont vu dans le désastre de Gaza on ne sait trop quelle force naturelle échappant à tout contrôle humain qui serait descendue, telle un cyclone, sur l’étroit territoire, ce projet ne donne nul signe de la reconnaissance que le responsable de ce conflit est Israël. Israël est le camp qui détient tout le pouvoir, le camp qui contrôle tout le territoire : Israël est le camp qui exerce actuellement une occupation militaire opprimant les Palestiniens, défiant le droit international ; Israël est le camp qui démolit des maisons, bombarde des quartiers peuplés de civils, lance des bombes au phosphore blanc sur des civils, impose des barrages routiers et d’autres restrictions aux déplacements, édifie des murs pour maintenir les Palestiniens à l’écart, bloque les importations alimentaires d’une population palestinienne tout entière, confisque des terres pour y construire des colonies et des routes réservées aux seuls Israéliens juifs. Israël est le camp qui a perpétré 85 % des assassinats dans le conflit, depuis l’éclatement de l’Intifada, voici de cela huit ans et demi.

Mais l’ignorance de ces hommes d’Etat et leur déni des réalités de l’occupation, de la brutalité israélienne et de l’agression israéliennes en disent long sur l’immense capacité, qui reste celle d’Israël, de s’en tirer à bon compte en bénéficiant toujours de l’atmosphère d’adulation dont il bénéficie aux Etats-Unis. On peut se demander, de fait, si ces gens sont aussi ignorants qu’ils le semblent de ce qu’il se passe, avec l’aide des Etats-Unis, en Palestine ? Pensent-ils que tout cela est bel et bon et que cela fait avancer les intérêts nationaux américains d’une quelconque manière, que de continuer à armer Israël et que de lui garantir une carte blanche totale pour continuer à opprimer les Palestiniens ? Ou bien ont-ils été tellement aspirés dans le discours israélo-centrique régnant dans notre pays [les Etats-Unis, ndt] qu’ils sont littéralement terrorisés à l’idée de s’opposer à Israël et d’affronter ses lobbyistes aux Etats-Unis ?

Ce château de cartes qu’est, en réalité, cette « industrie du processus de paix » à laquelle M. Abunimah a fait allusion – ce château de cartes qui prétend qu’Israël n’est pas un Etat voyou dévastant son voisinage quand cela lui chante – doit s’écrouler, et le plus tôt sera le mieux. Comme l’a déclaré M. Abunimah à la conférence de Capitol Hill, ce que les gens savent en Europe et à Chicago, où il vit et où il travaille, diffère du tout au tout de ce que les gens de Washington et de New York croient savoir et, comme il l’a relevé, le silence sur les réalités du terrain, en Palestine, n’est désormais plus tenable. Quand l’histoire de cette période sera écrite, a dit M. Abunimah, « Gaza sera perçu comme le moment après lequel il est devenu impossible, pour Israël, d’être intégré dans la région du Moyen-Orient en tant que prétendu « Etat juif sioniste ».

* Depuis plusieurs années maintenant, Kathleen and Bill Christison rédigent des analyses sur le Moyen-Orient. Ils sont les coauteurs d’un livre, à paraître au mois de juin aux éditions Pluto Press, consacré à l’occupation israélienne et à son impact sur les Palestiniens. Il y a une trentaine d’années de cela, ils étaient analystes à la CIA. Ils sont joignables à l’adresse mél : kb.christison@earthlink.net.

Obama's Bubble of Ignorance

Solving Palestine While Israel Destroys It

By KATHLEEN and BILL CHRISTISON

To a greater degree than perhaps ever before, Washington today is engulfed in denial about Israel and its stupefying behavior, about its murderous policies toward the Palestinians, about the efforts of Israel and its U.S. defenders to force us to ignore its atrocities.  Blinders have always been part of the attire of U.S. policymakers and politicians with regard to Israel and Israeli actions, but in the wake of the three-week Israeli assault that laid waste to the tiny territory of Gaza -- an assault ended very conveniently just before Barack Obama was inaugurated, so that he has been able to act as though it never occurred -- the perspective from which Washington operates is strikingly more blinkered than ever in the past.

At a symposium on Capitol Hill sponsored by the Middle East Policy Council just days before Obama took office, Ali Abunimah, a sharp Palestinian-American commentator who runs the website ElectronicIntifada.net, declared frankly that Washington exists in a bubble of ignorance and denial.  While the rest of the world, particularly at the level of civil society, is talking about war crimes tribunals for Israeli leaders and about sanctions against Israel, Abunimah observed, Washington and those world leaders beholden to it are trying to move ahead as if nothing had changed.  “We have to expect,” he said, “that the official apparatus of the peace-process industry -- the Hillary Clintons, the Quartets, the Tony Blairs, the Javier Solanas, the Ban Ki-Moons, the whole panoply of official and semi-official Washington think tanks -- will carry on with business as usual, trying to make believe that, through their ministrations, a Palestinian state will come into being.”  But in the real world, this state won’t happen, he said, and the time has come to speak frankly about what is going on.

So far, three months into the Obama administration, there is little evidence that Obama sees clearly or is ready to speak frankly.  Another very savvy Palestinian political commentator and activist, Haidar Eid, who lives and endures Israel’s constant punishments in Gaza, recently told an interviewer that the international reaction to Israel’s Gaza assault was like the reaction to some kind of natural disaster -- as if no human hand had had a role in the destruction and nothing but money and aid was required to resolve the problem.  As if, he said, the disaster had not been “created by the state of Israel to annihilate the Palestinian resistance and Palestinian society.”

Eid was commenting on an international conference of donors that convened in Sharm el-Sheikh in early March and made themselves feel magnanimous by pledging almost $5 billion in aid to relieve the “humanitarian crisis” in Gaza -- but not to do anything to resolve the political reality of Israeli occupation that is at the root of Gaza’s humanitarian plight.  The donors -- the same “peace-process industry” leaders Abunimah spoke of -- were there only to pretend concern and to dole out money, always the easiest way in the minds of political elites to make messy human problems go away.  Thus do they relieve their own consciences and at the same time tell Israel it can proceed with impunity to destroy Palestine and Palestinians; the international community will pick up the pieces and pick up the tab.  Israel has not failed to get the picture.

Any thought of forcing Israel to cease its gross oppression of Palestinians, any thought of doing anything to deprive Israel of the carte blanche it enjoys, was apparently beyond these do-gooders.  Any realization that their aid pledge was merely part of an endless destructive cycle was also lost on them -- a cycle in which these same donors, led by the United States, arm Israel with the world’s most advanced weapons and the absolute political power that comes with the weapons, and Israel then uses the arms and the political license to destroy the Palestinians, and the donors convene again to pay to repair the destruction.  The hypocrisy was further underlined by the firm U.S. demand that, before Gazans receive any of this international largesse, Hamas must recognize Israel’s right to exist -- in other words, Hamas must recognize the right to exist of the very state that just tried to destroy it and its people, and even the land they live on.

Were Israel’s behavior not so loathsome, the U.S. and international denial would be something to laugh at.  But the aid pledge and the endless loop of Western-financed misery -- and the myopia they signify -- together constitute but one striking example of the willful ignorance, arising from a thought process wholly oriented toward Israel’s perspective, from which the United States and the international community always approach this conflict.  The end of George W. Bush’s long tenure and the advent of Barack Obama have now given rise to other initiatives that are as naïve and myopic as the aid pledges -- myopic because, wittingly or not, they come from a starting point that is totally centered on Israel and its demands and totally oblivious to Israel’s barbaric behavior.

Barack Obama and Hillary Clinton speak earnestly of the “inevitability” and the “inescapability” of a solution based on two states, without regard to the growing impossibility of a real Palestinian state or to the fact that Israel is killing off any prospect for such a state and is in fact openly killing off the Palestinians.  The early months of the administration, and the appointment of George Mitchell as special Middle East envoy, are bringing out others who, more enamored of the process than of any prospect of genuine peace, blindly pursue the “peace-process industry” regardless of realities on the ground or the virtual guarantee of failure.

Probably the most detailed plan purporting to lay out a path toward a two-state solution was actually written before Obama took office and is only now being publicized.  This plan -- entitled “A Last Chance for a Two-State Israel-Palestine Agreement” -- was drawn up in December by a group of well meaning U.S. elder statesmen, including Brent Scowcroft, Zbigniew Brzezinski, Lee Hamilton, and Paul Volcker, the only one of the ten to enter the Obama administration.  The elders were drawn together by Henry Seigman, a former head of the American Jewish Committee and scholar of the Palestinian-Israeli conflict who has distinguished himself in recent years by his frank, realistic criticism of the Israeli occupation.

The proposal is a 17-page blueprint for achieving the impossible.  It approaches the conflict from an Israel-centered perspective and indeed, by heavily emphasizing the need to meet Israel’s security needs, contains the prescription for its own failure.  The report devotes a remarkable one-fifth of its entire length to an annex on “Addressing Israel’s Security Challenges,” in addition to considerable verbiage devoted to this subject in the body of the document.  There is no mention whatsoever of any need to ensure Palestine’s security against threats from Israel.

The impulse behind this plan is admirable: it recognizes the centrality of the Palestinian-Israeli conflict to other issues and U.S. interests in the Middle East; it urges that the new administration overturn the Bush administration’s eight years of disengagement from the conflict and do so quickly; it calls for engaging Hamas; and it urges that the peace effort be undertaken even at the cost of angering “certain domestic constituencies.”  But the plan itself is naïve and oblivious to the brutal realities of the situation, which existed even before the Gaza assault.  Because it takes no account of Israel’s lethal intentions toward the Palestinians or its responsibility for the current level of violence, the report actually encourages Israeli intransigence while blithely assuming that this rigidity can be overcome by issuing a plan on a few pieces of paper while the U.S. continues to send Israel the arms necessary to destroy Palestine.

The report exists in a never-never land in which Israel has no responsibility for occupying Palestinian land and has concerns only for its own security but no obligations to the Palestinians.  The report refers repeatedly to the “chicken and egg” security situation in the occupied territories -- as if it cannot be determined whether Israel’s occupation or Palestinian resistance to it came first, as if the occupation is not the reason for Palestinian resistance, as if the Palestinian suicide bombings that the report says cause Israel “understandable anxiety” might have arisen out of nowhere rather than precisely out of Israel’s oppression.

The plan addresses the requirements of peace between the two envisioned states almost solely in terms of Israel’s needs -- not only its security needs, but its settlements needs and its concerns about Palestinian refugees’ right of return.  For instance, while it calls for the border between the two states to be “based on” the lines of June 1967 with only minor reciprocal modifications, it recommends that the United States “take into account areas heavily populated by Israelis in the West Bank.”  Although the language minimizes the magnitude of this issue, this passage means that accommodation must be made for major Israeli settlement blocs, which include approximately ten percent of the small Delaware-sized West Bank, cover virtually the entirety of East Jerusalem, and include fully 85 percent of the 475,000 settlers in the West Bank and East Jerusalem.

In April 2004, George Bush gave Ariel Sharon a letter that officially granted U.S. approval to Israel’s retention of what Bush called “major [Jewish] population centers” in the West Bank, thus altering what had been almost 40 years of U.S. policy supporting a virtually full Israeli withdrawal from the occupied territories.  Bill Clinton’s “parameters” outlined in 2000 had done the same on a somewhat smaller scale by proposing to allow Israel to retain its settlements -- referred to by the anodyne term “neighborhoods” -- in East Jerusalem.  The latest proposal by the elder statesmen repeats this Clinton dictum and in general endorses both Clinton’s and Bush’s declarations unilaterally ceding Palestinian land to Israel, without negotiation or consultation with Palestinians.

This proposal also gives away the Palestinians’ right of return.  Although it gives a nod to the refugees’ “sense of injustice” and calls for “meaningful financial compensation,” it declares, again unilaterally and pre-emptively, that resolution of the refugee problem should “protect Israel from an influx of refugees” -- meaning that the right would not be available to all or even most refugees who might choose to return to the homes and land inside Israel from which they were expelled.  This provision would “protect” Israel from any requirement that it rectify the massive injustice it perpetrated in 1948 and would require that the victims be satisfied, after 60-plus years, with a little money and a home somewhere outside their own homeland.

The major element of the elders’ report proposes that the Palestinian state would be non-militarized and would be policed by a U.S.-led, UN-mandated multinational force that would function for five years but would have a renewable mandate, the intention being to permit Palestinians to control their own security affairs (and of course be able to guarantee Israel’s security) within 15 years.  The force would be a NATO force supplemented by Jordanian, Egyptian and -- amazingly enough -- Israeli troops.  The Alice-in-Wonderland aspect of this particular proposal is the elders’ assumption that Palestinian sovereignty would somehow be respected even as the Palestinians were being forced to turn their security over to a multinational force that included not merely elements of multiple outside armies, but troops from the very oppressor the Palestinians are presumed to have just shed by attaining statehood.  This is the kind of “peace-process industry” nonsense that renders proposals such as this utterly meaningless.

The proposal gives away, before negotiations have begun, more than any state-to-be could ever possibly afford to give.  It cedes territory in what would be the Palestinian state before Palestinians are even able to sit down at the negotiating table.  It cedes, without cavil or apology, the Palestinians’ right to redress of a gross injustice that is, and has been from the beginning 60-plus years ago, the fundamental Palestinian grievance against Israel.  It cedes Palestinian sovereignty and security by inviting in an international security force including troops of precisely the occupying force that the Palestinians seek to be rid off.  And it cedes any viability in the new so-called state.

The elders who composed this document should know better.  Some of them have actually worked as specialists on the Arab-Israeli conflict in the past, and the proposal’s convener Henry Siegman has been working on this issue for decades.  But the proposal exhibits so little understanding of the extent to which Israel has already absorbed the West Bank into itself that it would appear that none of these individuals has ever even visited the region.  Nor, in its blithe assessment that it will be possible to induce Israel to agree to any withdrawal at all from the occupied territories, is there much understanding that no Israeli government of any political stripe, and particularly none of the rightwing governments that have led Israel for the last decade and more, has any intention of permitting the Palestinians any degree of true independence and sovereignty anywhere in Palestine.

Finally, just like the donors’ conference that treated the Gaza disaster as if some natural force beyond human control had descended like a hurricane on the territory, this proposal gives no sign of recognition that Israel is the responsible party in this conflict.  Israel is the party with all the power, controlling all the territory; Israel is the party that is in occupation over the Palestinians, in defiance of international law; Israel is the party that demolishes homes, bombs civilian residential neighborhoods, drops white phosphorus on civilians, imposes checkpoints and roadblocks and other movement restrictions, builds walls to close off Palestinians, blocks imports of food to an entire Palestinian population, confiscates land to build settlements and roads for Israeli Jews only.  Israel is the party that has carried out 85 percent of the killings in the conflict since the intifada began eight and a half years ago.

But the ignorance of these statesmen and their denial of the realities of Israeli occupation, Israeli brutality, Israeli aggression are indicative of just how much Israel is able to get away with in the atmosphere of adulation for Israel that prevails in the United States.  One wonders, in fact, if these people are truly as ignorant as they seem to be of what is going on, with U.S. facilitation, in Palestine.  Do they believe it is all right and that it advances U.S. national interests in some way to continue arming Israel and grant it total carte blanche to continue oppressing Palestinians?  Or have they been so sucked into the Israel-centered discourse in this country that they are literally afraid to oppose Israel and confront its U.S. lobbyists?

The house of cards that is the “peace-process industry” that Abunimah referred to -- that house of cards that pretends Israel is not a rogue nation rampaging through its neighborhood whenever it feels like it -- must soon collapse.  As Abunimah told the Capitol Hill conference, what people know in Europe and in Chicago, where he lives and works, is quite different from what people in Washington and New York think they know and, as he noted, silence about the realities on the ground in Palestine is no longer an option.  When the history of this period is written, Abunimah said, “Gaza will be seen as the moment after which it became impossible for Israel to be integrated into the region as a so-called Jewish-Zionist state.”

Kathleen and Bill Christison have been writing on the Middle East for several years and have co-authored a book, forthcoming in June from Pluto Press, on the Israeli occupation and its impact on Palestinians.  Thirty years ago, they were analysts for the CIA.  They can be reached at kb.christison@earthlink.net.



Jeudi 16 Avril 2009


Commentaires

1.Posté par Nicole le 17/04/2009 00:29 | Alerter
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Bonne synthèse ou plutôt état des lieux. Cela étant, il faut lire les papiers de Guysen pour le croire.

Sur la désinformation

se balader sur les sites israéliens, sachant le formatage de BHO, est tout simplement aberrant. Cela étant, un politique retraité que j'aime bien, Uri Avnery, manifeste toujours un espoir par rapport à Obama. Il ne faut pas non plus oublier que les pésidents un peu trop "autonomes" sont parfois assassinés là-bas, quand bien même leur autonomie était toute relative, et on est peu à ne pas penser Israël derrière ces assassinats, de ce que j'entends ou lis ici et



dans cet article de dedefensa que je trouve bien intéressant.

Je n'ai pas réussi encore à le visualiser mais j'ai mis en ligne

The Obama deception

2.Posté par dik le 17/04/2009 00:29 | Alerter
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Je crois que l'agression israëlienne au MO ne s'arrêtera jamais. Même quand il n'y aura plus de pétrole, la région restera un terrain d'essai de nouvelles armes produites ici ou là de par le monde. Et on fera en sorte que la démographie des autochtones ne baisse pas trop, de sorte qu'il y en aura toujours à tuer ou multiler.

Je dis bien toute la région du MO : Pour faire court, après le remplacement de la mosquée Al Aqsa par le temple imaginaire de Solomon, Israël fera valoir un jour que les habitants de la Mecque et Médine étaient juifs pour faire subir à l'Arabie Saoudite le sort actuel des palestiniens ! Et pourquoi pas l'Egypte des Pharaons qui avaient chassé les juifs du temps de Moïse?

Pour n'importe quel commun des mortels ce scénario est apocalyptique, sauf pour les sionistes!

3.Posté par JULLE le 17/04/2009 19:04 | Alerter
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