Diplomatie et relation internationale

Obama laisse une échappatoire à Téhéran


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Dmitri Kossarev
Vendredi 13 Août 2010

Emplacement probable du deuxième site iranien d'enrichissement d'uranium. Photo satellite
Emplacement probable du deuxième site iranien d'enrichissement d'uranium. Photo satellite
La réponse de l'Iran au président américain Barack Obama aurait pu paraître typique : mardi-mercredi on annonçait que l'Iran avait mis en exploitation la seconde cascade de centrifugeuses qui, en violation de la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, permet d'enrichir l'uranium de manière plus efficace.

Mais ce n'est qu'au premier abord que cela nous semble être une réponse à la déclaration inattendue de Barack Obama à la conférence de presse à la Maison Blanche mercredi dernier. En fait, c'est tout à fait l'inverse. Les déclarations sur la seconde cascade concernent les événements du 17 juillet, lorsque les inspecteurs de l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique) s'étaient rendus en Iran. Mais ils ont attendu jusqu'à aujourd'hui pour dire ce qu'ils y avaient vu : deux cascades composées de 164 centrifugeuses reliées entre elles, et ainsi de suite. Barack Obama a fait une déclaration bien plus tard, le 4 août. C'est donc au contraire lui qui donnait une réponse à Téhéran.

Ce n'était pas une conférence ordinaire. Aucun des journalistes réunis pour assister à un entretien mystérieux ne s'était attendu à voir le président en personne. Obama a dit, au moins, deux choses intéressantes. La première : bien que le Conseil de sécurité de l'ONU ait adopté, depuis le 10 juillet, des sanctions supplémentaires contre l'Iran en tant que représailles pour l'activité nucléaire, les États-Unis laissent à l'Iran "une échappatoire" très nette pour sortir de cette situation. Barack Obama a également rappelé que les États-Unis et l'Iran avaient déjà mené des négociations, qui n'avaient rien à voir avec le nucléaire, concernant l'Afghanistan (le voisin de l'Iran, ce qui fait de Téhéran un pays clé dans la région). Et aujourd'hui les États-Unis voudraient rétablir ce processus. Avec l'Iran.

Toutes ces choses ont-elles été dites par le président par acquis de conscience, sachant que de toute manière Téhéran suivrait son propre chemin? Ou y a-t-il d'autres raisons? Les experts du Washington Post estiment que Barack Obama sait que c’est maintenant que Téhéran a besoin de trouver un accord car , d’une part, les sanctions commencent réellement à étouffer l'économie iranienne et que, d’autre part, l'enrichissement de l'uranium jusqu'à un niveau presque militaire, qui est à l’origine de tous les problèmes iraniens, s’est heurté à des problèmes techniques.

Par ailleurs, il existe encore au moins deux suppositions à ce sujet. L'une concerne Israël. L'autre, au risque de surprendre, le Vietnam.

Pour Israël tout est relativement prévisible. On pourrait se référer au récent échange des avis des experts du Proche-Orient à Moscou, lorsque les personnes ayant des avis opposés ont exprimé l'idée suivante : en automne, les désaccords entre l'Iran et Israël pourraient conduire à une guerre. Et la façon dont cela pourrait se produire ne sont que des détails : cela peut être un nouvel affrontement irano-israélien "par pays interposés" ou autre chose.

Eh bien, aux États-Unis, il est encore dangereux de parler ouvertement de ce genre de chose, sauf si vous êtes le célèbre et intouchable réalisateur Oliver Stone, mais les Américains sont fatigués de défendre Israël de plus en plus radical au détriment de toute leur politique au Proche-Orient. Barack Obama veut à tout prix éviter la participation américaine aux guerres dans cette région, il a réellement besoin de partenaires pour continuer à retirer ses troupes d'Irak, puis d'Afghanistan. Donc il reste encore à convaincre l'Iran. Et alors Israël tempérera son activité.

Quant au Vietnam, la transaction américano-vietnamienne qui se prépare est très importante pour la politique américaine en Extrême-Orient et il faut éviter que le public américain, surtout le Congrès, bloque cette initiative en disant que "cela ressemble beaucoup à la situation iranienne".

En bref, le Vietnam reçoit pratiquement la même proposition que l'Iran à un détail près. Les États-Unis pourraient envoyer au Vietnam le combustible et les équipements pour les centrales nucléaires (et de cette manière raviver l'industrie américaine d'énergie nucléaire) mais Hanoï n'a pas encore l'intention de promettre aux Américains de ne pas enrichir l'uranium: pratiquement comme l'Iran. Les négociations à ce sujet sont menées depuis plus de dix ans entre les deux pays. Il y a beaucoup de subtilités liées aux tentatives américaines de créer au sud de la Chine un contrepoids à l'influence chinoise. Cette subtilité pourrait prendre de l'importance grâce à l'Iran.

Tout cela nous conduit à plusieurs réflexions concernant les relations compliquées entre la Russie et les États-Unis à l'égard de l'Iran. On sait, par exemple, que Moscou avait prévenu à l'avance : si vous souhaiter nous voir participer aux sanctions contre Téhéran, il ne faut pas l'utiliser ensuite comme prétexte pour des sanctions particulières de l'Union Européenne et des États-Unis. Car dans ce cas, la Russie (ainsi que la Chine et bien d'autres) aurait une mauvaise image et pourrait également avoir des problèmes avec ses propres entreprises qui ont l'intention de coopérer et coopéreront avec l'Iran en toute conformité avec l'accord de l'ONU. Nous les avons prévenus, mais les Américains et les Européens ont fait exactement ce que Moscou avait redouté.

Après tout cela il ne faudrait pas s'attendre à la participation de Moscou à de telles actions à l'avenir. Toutefois, le comportement de Barack Obama et ses tentatives d'obtenir quelque chose de Téhéran par la voie des négociations, nous montrent une chose importante. L'administration actuelle des États-Unis est différente de celle qui l’a précédée. La politique actuelle est probablement très ressemblante à tout ce qui se faisait sous la présidence de George W. Bush qui voulait se montrer de plus en plus rigide, jusqu'à la capitulation et le changement de régime chez l’adversaire. Mais dans le cas d'Obama, il est question non pas de guerre mais de diplomatie. Et il faut le prendre en compte, comprendre et, dans certains cas, coopérer avec une telle politique.

Ce texte n'engage que la responsabilité de l'auteur

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Vendredi 13 Août 2010


Commentaires

1.Posté par Alexandre le 13/08/2010 20:53 | Alerter
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Les Iraniens connaissent très bien la nature de leur ennemi. Les USA avec l’aide de GB en 1953 ont fait un coup d’état et pendant 26 ans jusqu’à 1979 ont pillé l’Iran via le roi sioniste qu’ils ont porté au pouvoir.

Donc le feu vert ou échappatoire des USA n’est qu’une tricherie et les Perses sont parfaitement conscients de ça.

2.Posté par Bernard le 13/08/2010 22:40 | Alerter
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Non..Il n'y a rien à attendre de l'actuelle administration de l'Empire Yankee...Elle poursuit les mêmes objectifs que l'administration précédente avec des procédés plus subtils, hypocrites et vicieux tendant à éliminer toutes les nations s'opposant à la main mise de 'Empire sur les richesses de la planéte...L'Entité autodéfinie et proclamée "État Juif" demeure une carte essentielle dans son jeu "diplomatique".

Cet article rélève purement et simplement de l'Obamaniaquerie.

3.Posté par boucetta le 14/08/2010 10:34 | Alerter
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tout à fais d'accord avec les deux premiers intervenant!! imaginer possible un brusque changement de politique des états unis dans la région est une débilité sans nom! la crise que les usa subit de plein fouet va les entrainer jusqu'au bout de leur logique! lorsqu'il vont se prendre le mur, car ils vont se le prendre, ils effondrerons, ainsi que les deux tours jumelles, dans un indescriptible chaos.

4.Posté par Abdulkarim le 14/08/2010 12:47 | Alerter
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@Alexandre. Tu as raison. Et d’ailleurs le problème est justement que les USA depuis 1979 ne peuvent plus voler l’Iran.
Au moyen orient sauf l’Iran partout ou il y a quelque chose à voler, ils le font sans gène.
Même en Afghanistan, ils ne font pas pitié et en protégeant la culture de l’opium, ils ont un bénéfice record e 80 milliards de dollars par année.

5.Posté par Zouzou39 le 14/08/2010 14:03 | Alerter
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Les États-Unis laissent à l'Iran "une échappatoire".. Si Obama avait un nez rouge, on poufferait... La soi-disant 1ère puissance mondiale est gouvernée par un ANE ! Le jour où tous les pays victimes de la débilité et de la barbarie américaine s'entendront, le monde aura une chance de respirer un air pur ! Et j'espère qu'ils parqueront tous ces ânes qui ont ruinés tant de peuples au milieu de leurs antennes HAARP !

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