Palestine occupée

OLMERT ET LE SOI-DISANT 'BRAS DE FER' AVEC LES COLONS À HÉBRON



Jeudi 9 Août 2007

Les colons ''victimes'' et leur comportement envers les Palestiniens
Les colons ''victimes'' et leur comportement envers les Palestiniens
Tandis que les médias relaient docilement la "douloureuse épreuve" que constitue le "bras de fer" entre Olmert quelques colons de Hébron, que l’armée aurait pu évacuer en trois coups de cuillere à pot, ils se gardent bien de signaler que les Palestiniens d’Hébron sont toujours interdits de circulation dans leur propre ville et qu’aucun véhicule palestinien ne peut emprunter la rue principale de la vieille ville, contrairement aux civils et militaires israéliens qui y circulent en toute liberté.

Les médias ne rapportent pas davantage le lot quotidien d’attaques israéliennes de la population, d’arrestations et de blocus général. Pour la seule journée du 8 août, l’association Palestinian Human Rights Campaign recense 5 attaques, 24 raids, 2 morts, 16 arrestations, 9 emprisonnements et 75 restrictions de mouvement.

Pendant que Mahmoud Abbas se fait livrer des armes pour continuer à liquider des élus du Hamas, l’occupation israélienne et son cortège d’atrocités sont passés sous silence.

Amira Hass en rapporte un nouvel exemple : les Israéliens ont confisqué le tracteur servant au transport de l’eau à des Palestiniens de la vallée du Jourdain. Dans un article publié dimanche par Haaretz, et intitulé "Moyen de pression en vue de leur évacuation", la journaliste israélienne écrit : "Il s’agit d’un matériel appartenant à des bergers résidant dans la région de Hadidiya, dans le nord de la vallée du Jourdain, décrétée « zone militaire fermée » ; l’Administration est prête à restituer le tracteur à ses propriétaires à condition qu’ils évacuent la région et assument les frais de transport.(sic !)

Il s’agit de l’unique moyen d’amener l’eau nécessaire à une soixantaine de Palestiniens. Depuis lors, ils dépendent de l’eau qu’ils achètent, trois fois son prix, à des propriétaires de tracteurs et de citernes d’eau des environs.

Les familles de bergers se sont installées dans la région il y a des dizaines d’années, sur des terres appartenant aux villages dont elles étaient originaires - Tamoun et Toubas. Après 1967, Israël a déclaré comme territoires militaires fermés de vastes espaces dans le nord de la vallée, interdisant par là aux Palestiniens de continuer à y vivre, à y mener paître ou à y travailler leurs terres. Depuis lors, ils ont été évacués à quatre reprises de ces territoires, même quand il s’agissait de propriétés privées."

CAPJPO-EuroPalestine

DE JÉRUSALEM À HÉBRON :

Après sa visite à Jérusalem, Julien découvre Hébron. Les lectures, les photos, les récits, ne peuvent éviter le choc que chacun ressent sur place.

28/07/2007

"Je me leve tot, j’ai rendez-vous au Jerusalem Hotel pour me rendre a Hebron avec Ahmed. Le fait d’avoir deja croise deux patrouilles de militaires israeliens sur mon chemin vers l’hotel m’a deja mis dans de méchante humeur.

A la sortie de Jerusalem, nous commencons par passer devant la colonie de Gilo, implantations israeliennes sur des terres palestiniennes dont la population a été déportée. Un peu plus loin, nous arrivons a hauteur de Betlehem, puis de de beit Jallah, et voici qu’apparait une premiere portion du fameux mur de separation. Ce sont d’immenses pans de beton qui dechirent le paysage et emprisonnent les deux villes. Les murs qui longent les principaux axes routiers ont une allure differente : on sent la recherche esthetique dans ces parois en simili-pierre de taille qui rappellent vaguement les murs des batiments de la vieille Jerusalem. On cherche a flatter l’oeil du visiteur qui emprunterait cette route.

Mais la fonction est toujours la meme. Le trace du mur separe hermetiquement les agglomerations de Betlehem et Beit Jallah des terres agricoles qui les entourent, principalement des oliveraies en terrasses. Comme plus aucun habitant ne peut se rendre sur ses terres, elles sont laissées a l’abandon et les cultures deperissent. L’Etat israelien, au bout de quelques temps, peut alors faire jouer son droit de preemption et mettre la main sur les terres ... pour y installer des colonies, et le tour est joué !

Bien entendu, l’effet recherché est aussi celui d’exercer une pression toujours plus forte sur les Palestiniens, en les enfermant dans des prisons a ciel ouvert, en les privant de leurs ressources, en un mot en les etouffant pour les pousser a quitter leurs terres.

Me voilà entré en Cisjordanie. J’ai toujours eu un attachement particulier aux noms des lieux, ca m’interesse et ca me surprend toujours. Cisjordanie, ca sonne curieux, ca me fait penser a la Gaule cisalpine, elle-meme colonisee par Rome. Et "West Bank", bizarre aussi, c’est quoi au juste un "bank" ?, on peut vivre sur un "bank" ? C’est plutot un "land" ici, car la terre n’est pas vierge. Et Judee-Samarie ? Ca c’est un truc d’Israeliens qui confondent la Bible avec le cadastre.

Avec Ahmed, nous passons en revue les conditions que les Palestiniens doivent reunir pour passer de la Cisjordanie a Jerusalem. Il faut avoir plus de 40 ans, etre marie, avoir des enfants, avoir un travail regulier, ne pas avoir eu d’activites politiques. Autant dire que presque personne ne peut passer compte tenu de la jeunesse de la population, du taux de chomage et de la legitime volonte de chercher une perspective politique. Qu’on ne vienne plus me parler de democratie israelienne, s’il vous plait, ça devient ridicule.

Sur la route d’Hebron, nous passons par le camp de refugies de al-Aroub, anciennement en zone B depuis les accords d’Oslo, c’est a dire sous administration de l’Autorite Palestinienne, mais avec la possibilite pour l’armee israelienne de penetrer dans la ville, de toute facon, le decoupage en zones A, B ou C n’a plus aucun sens aujourd’hui, l’armee israelienne peut intervenir absolument partout ou elle le souhaite en Cisjordanie. Chacune des villes que nous traversons peut etre bouclee a tout moment, les barrieres de securite sont là pour en attester, partout ce sont les memes : aal-Aroub, Halhoul et enfin Hebron.

Hebron-al Khalil etait l’un des principaux centres industriels de Cisjordanie, meme si la ville est surtout connue pour etre le lieu ou se trouverait les tombeaux d’Abraham et de Sarah.

300 soldats israeliens assurent aujourd’hui la protection des colons qui s’y sont installes, pour la plupart des illumines affilies au parti ultra-religieux Goush Emounim. Ce sont certes des illumines, mais ils ont pour autant une fonction precise et on ne peut plus rationnelle : celle de permettre a l’armee israelienne d’avoir un point d’ancrage a Hebron. Leur presence sert de justification au deploiement des troupes israeliennes qui, en outre, fournissent des armes aux colons. La difference entre civils et militaires chez les Israeliens n’est jamais nette.

La question de l’implantation des colonies permet de faire un point sur la perception que les Europeens ou les Americains ont de la politique israelienne. C’est ainsi que nous evoquons, avec Ahmed, la question de Shimon Peres, ancien leader travailliste aujourd’hui rallié au parti Kadima fonde par Sharon. Peres jouit en Europe et aux Etats-Unis d’une incroyable popularite, il y est considere comme une colombe, mais c’est une colombe au bec sanglant. Ainsi Ahmed rappelle que 60% des implantations coloniales de Cisjordanie ont ete realisees sous des gouvernements travaillistes, auquels participait souvent Shimon Peres. Pour ma part, je me souviens de la participation de Peres au premier gouvernement Sharon (qui d’ailleurs comptait plus de ministres travaillistes que le gouvernement Barak le precedant !).

Une fois arrives a Hebron, nous entrons dans la mosquee du tombeau d’Abraham. En 1994, dans cette meme mosquee, le fondamentaliste juif Baruch Goldstein tirait sur la foule des musulmans reunis, faisant des dizaines de morts et de blesses. Comment cet homme armé jusqu’aux dents a-t-il pu penetrer dans la mosquee d’Hebron en passant au travers de l’impressionnant dispositif de securite mis en place par l’armee israelienne a l’entree de la ville, puis a l’entree du lieu saint ? Questions qui reste sans reponses et les gouvernements israeliens successifs n’ont ouvert aucune enquete sur la tuerie d’Hebrom. Depuis, les colons de Qiriat Arba, a quelques kilometres d’ici, ont erige un monument en la memoire de Baruch Goldstein qui finit par etre tue apres avoir perpetre son massacre. Chaque annee, des manifestations lui sont consacrees.

Nous poursuivons la visite d’Hebron. La limite est tres nette entre la partie occupee par les colons et le reste de la ville. Elle est d’autant plus nette que si un Palestinien est surpris en train de penetrer dans la premiere zone, il est tout bonnement executé. Les colons sont eux-memes armés et peuvent en revanche circuler dans toute la ville.

La visite du marche d’Hebron est edifiante. Les etroites ruelles ou il se situe sont surmontees de grillages de protection ou s’entassent des materiaux de toute sorte : des morceaux de parpaings, des pierres, des bouteilles de biere, des ordures menageres qui sont projetes pqr les colons du haut de leurs immeubles. C’est un paysage d’apocalypse, il y a du Enki Bilal dans cette atmosphere. Et pourtant, les sourires des Palestiniens d’Hebron sont toujours presents lorsque nos regards se croisent. Il y a ce petit garcon qui me suit partout, Mahmoud. A chaque fois que je le croise, je lui fais un petit clin d’oeil complice, il me repond par un autre clin d’oeil, et ça nous fait marrer. Et oui, c’est tout bête, mais c’est une respiration. Plus loin, il me surprend en me donnant deux tapes sur les cotes alors que lui tourne le dos, occupé que je suis a ecouter attentivement les explications d’Ahmed ; cette fois ci, c’est lui qui se marre.

Continue de rire, Mahmoud, car tu es l’espoir, beaucoup de combats t’attendent et c’est toi qui les meneras."

Julien Lacassagne

CAPJPO-EuroPalestine


Jeudi 9 Août 2007

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