Géopolitique et stratégie

OBAMA VERSUS MC CAIN : Deux visions du monde


«Vous voulez vous battre, président Bush? Battons-nous pour que nos soi-disant alliés au Moyen-Orient, les Saoudiens et les Egyptiens, cessent d’opprimer leur peuple, et de réprimer l’opposition, et de tolérer la corruption et l’inégalité, et de mal gérer leur économie au point que leurs jeunes grandissent sans éducation, sans perspectives d’avenir, sans espoir, devenant des recrues faciles pour les cellules terroristes. Vous voulez vous battre, président Bush? Battons-nous pour ne plus dépendre du pétrole du Moyen-Orient grâce à une politique énergétique ne se limitant pas à servir les intérêts d’Exxon et de Mobil. Menons les combats contre l’ignorance et l’intolérance, la corruption et l’avidité, la pauvreté et le désespoir. Les conséquences de la guerre sont désastreuses, les sacrifices incommensurables.»
Barak Obama (Discours au Sénat 2 octobre 2002)


vdida2003@yahoo.fr
Mardi 8 Avril 2008

Pr Chems Eddine CHITOUR


Voilà ce que déclarait Barak Obama dans son refus de cautionner la guerre contre l’Irak en octobre 2002. Qui est en fait, en quelques mots Barack Obama? Né d’un père originaire du Kenya et d’une mère venant du Kansas, M.Obama a grandi à Hawaï, où ses parents se sont connus, et en Indonésie, où sa mère partit poursuivre ses recherches dans le cadre de son doctorat en anthropologie (et où elle se remaria). Il fit ses études supérieures en Californie (Collège occidental) et à New York (Columbia), puis travailla comme militant associatif dans les quartiers noirs de Chicago avant (...) Quelques mois avant l’invasion de l’Irak par les armées anglo-américaines, M.Barack Obama, alors élu de l’Etat de l’Illinois (il est devenu membre du Congrès des Etats-Unis en janvier 2005), annonce et explique son opposition à la guerre lors d’un rassemblement pacifiste. Son discours intervient alors que la popularité du président Bush est au zénith et que nombre d’élus démocrates, dont Mme Hillary Clinton, appuient les orientations militaires de la Maison-Blanche.(1)

"Bien que ce rassemblement affirme -t-il dans son discours, soit organisé contre la guerre, je dois commencer par vous dire que je suis ici comme quelqu’un qui ne s’oppose pas systématiquement à la guerre. Après le 11-Septembre, témoin du carnage et de la destruction, de la poussière et des larmes, j’ai soutenu notre gouvernement dans son engagement à traquer et à extirper ceux qui sont prêts à massacrer des innocents au nom de l’intolérance...Ce à quoi je m’oppose, c’est à une guerre stupide. Ce à quoi je m’oppose, c’est à une guerre irréfléchie. Ce à quoi je m’oppose, c’est à la tentative cynique des Richard Perle [le conseiller le plus influent du Pentagone à l’époque du discours], Paul Wolfowitz [alors adjoint au ministre de la Défense, Donald Rumsfeld] et autres combattants de salon, guerriers du dimanche de cette administration, de nous forcer à avaler leurs programmes idéologiques, quel qu’en soit le coût en termes de vies perdues et de souffrances subies".

"C’est à cela que je m’oppose. A une guerre stupide. A une guerre irréfléchie. Une guerre fondée non pas sur la raison mais sur la colère, non pas sur les principes mais sur la politique. Comprenez-moi bien - je ne me fais aucune illusion sur Saddam Hussein. Mais je sais aussi que Saddam Hussein ne représente pas une menace imminente ou directe pour les Etats-Unis, ou pour ses voisins; que l’économie irakienne est dévastée; que l’armée irakienne n’a plus qu’une fraction de la force qu’elle avait avant, et que nous pouvons, de concert avec la communauté internationale, le contenir jusqu’à ce qu’il finisse par tomber, comme tous les petits dictateurs, dans les poubelles de l’histoire".

"Je sais que même une guerre contre l’Irak ayant des chances de réussir, nécessitera une occupation américaine d’une durée indéterminée, d’un coût indéterminé et ayant des conséquences indéterminées. Alors, nous qui voulons un monde plus juste et plus sûr pour nos enfants, nous envoyons aujourd’hui un message clair au Président. Vous voulez vous battre, Président Bush? Finissons de nous battre contre Ben Laden et Al Qaîda. Vous voulez vous battre, Président Bush? Battons-nous pour que les marchands d’armes dans notre propre pays cessent d’alimenter les innombrables guerres qui font rage dans le monde».
Voilà sur la base de ce discours la position de ce préidentitalbe réitérée , certesavec nuance quant au retrait des troupes US d'Irak.

A l’autre bout du curseur nous trouvons un va-t-en- guerre invétéré. Il est vrai que cest un militaire, un vétéran du Vietnam. Bref flash-back sur sa carrière. Mc Cain est issu d’une famille de militaires ayant servi dans la Navy. Pendant la guerre du Vietnam, le 26 octobre 1967, au cours de sa 23e mission son avion est abattu par un missile sol-air SAM-2. Lorsqu’il s’éjecte, blessé, il est emmené dans une prison. Suivront ensuite 3 années de mauvais traitements, de solitude et d’angoisse. Prisonnier de guerre, il fut ensuite libéré. En 1977, il devient officier de liaison de la Navy au Sénat des États-Unis. John McCain est élu au Sénat. Durant ses 2 mandats, il s’oppose au maintien des troupes américaines dans la force multinationale stationnée au Liban et approuve les sanctions économiques contre l’Afrique du Sud pour protester contre la politique de l’apartheid qui était en vigueur. Il fut un partisan de l’intervention américaine au Kosovo sous le mandat de Bill Clinton.

Selon une monogaphie de l'encyclopédie Wikipédia, "lors de sa campagne électorale de 2000, il a proposé un projet de politique internationale intitulé "Refoulement des États voyous" (Rogue State Rollback). Celui-ci prévoyait de fournir un soutien politique et matériel aux forces locales présentes à l’intérieur et à l’extérieur des États voyous, visant notamment l’Irak, la Corée du Nord et la Serbie, "afin de renverser les régimes qui menacent" les intérêts et valeurs américaines. Partisan de la guerre en Irak en 2003 et du renversement de Saddam Hussein. Il a très tôt prôné un renforcement des troupes militaires qu’il n’obtient qu’à partir de janvier 2007. En février 2008, John McCain s’est cependant opposé à un texte du Sénat étendant les nouvelles règles du manuel d’interrogatoire de l’armée américaine aux agents de la CIA, notamment l’interdiction de la «simulation de la noyade"(2).

"Si vous êtes un tant soit peu familier du sénateur et candidat à la présidentielle John McCain, écrit Gregor Setiher, vous connaissez sa réputation de colérique. C’est un homme capricieux et imprévisible, il n’a pas les nerfs très solides et perd rapidement son calme... et tout cela m’inquiète´´ écrit le sénateur républicain, Thad Cochran, malgré le fait qu’il ait soutenu la candidature de McCain aux primaires républicaines. [ Vous avez certainement également entendu parler de son caractère têtu. ´´Quand il a une idée en tête, aucun avis divergent, aucune opinion contradictoire, aussi raisonnable soit-elle, n’est acceptée´´ explique le général Larry Wilkerson, ancien assistant en chef du secrétaire d’Etat, Colin Powell et collaborateur de longue date de McCain. ´´Certains appellent cela de l’arrogance, de l’hubris. Moi je dirais qu’il a tendance à être trop fier et que cela lui nuit. C’est une caractéristique de sa personnalité qui me dérange´´ Mais il y a un autre aspect de la personnalité de McCain que vous ne connaissez peut-être pas. C’est celui qui risque d’influencer ses décisions quand il sera Commandant en chef des armées. Tout au long de sa carrière politique, John McCain a systématiquement favorisé - presque comme un reflexe - l’usage de la force écrasante de la puissance américaine. ´´Son premier choix a toujours été et sera toujours l’usage de la force militaire, au détriment de toutes les autres options,´´ explique Larry Korb, ancien conseiller militaire du Pentagone et de la Maison-Blanche sous Ronald Reagan et membre de l’équipe présidentielle de Barack Obama".(3)

"McCain se présente comme un guerrier aguerri, impatient de partir au combat. Il est le candidat de cette frange de la population américaine qui envisage l’avenir sous la forme d’une guerre sans fin contre l’Islam radical et qui jubile à l’idée de voir le ´´Capitaine McCain´´ remonter dans le cockpit de son chasseur bombardier. Poussé par son assistant Marshall Wittman, également proche conseiller du ´´sénateur faucon´´ Joe Lieberman, John McCain a plusieurs fois chanté les louanges de son idole politique, le président Théodore Roosevelt, champion de la ´´mission civilisatrice´´ des Etats-Unis dans le reste du monde. Une telle ferveur missionnaire attire les néo-conservateurs comme un aimant... S’il est élu, John McCain propose de renforcer encore la lutte contre ´´le défi transcendant que pose l’islamisme radical´´. Pour cela, les Etats-Unis mettront sur pied de nouvelles organisations militaires supranationales, allant d’un corps d’armée entièrement consacré aux opérations spéciales (´´imaginez la rapidité et la précision meurtrière d’une unité spéciale de rangers, et multipliez-la par cent´´) à la création d’une ´´Ligue des Démocraties´´ qui contournera les Nations unies, dont la réticence à l’hégémonie américaine a toujours énervé McCain. Ce programme, qui n’est rien d’autre qu’une version actualisée du bon vieux P.N.A.C. (Projet pour un nouveau siècle américain), utilisera la peur du terrorisme et le spectre islamiste pour mobiliser les opinions et gouvernements dans la ´´guerre contre le terrorisme´´... Ajoutons pour compléter le tableau, que Rod Parsley, un évangéliste prêchant à la télévision, conseiller spirituel de McCain et son allié-clef dans l’Ohio, a appelé à l’éradication de l’Islam en tant que "fausse religion." ´´Ne vous trompez pas,´´ avertit McCain. ´´Il y aura d’autres guerres. Je regrette de devoir vous dire cela, mais nous n’avons pas fini de faire la guerre au reste du monde. Nous ne nous avouerons jamais vaincus, nous ne nous rendrons jamais, mais il y aura de nouvelles guerres"(3)

De retour d’un voyage qui l’amena d’Irak en France, en passant par la Jordanie et l’Angleterre, Mc Cain semble avoir réussi à surmonter sa haine de la France, un pays qu’il caricaturait comme «une actrice vieillissante des années 1940 qui pensait qu’elle pouvait toujours se faire inviter à dîner sans réaliser qu’elle n’avait plus le visage adéquat». Ainsi, après une rencontre avec Gordon Brown à Londres, McCain fut l’hôte de Nicolas Sarkozy à l’Elysée. L’homme qui a fait changer le regard de McCain sur la France est l’ancien ambassadeur français à Washington, Jean-François Levitte, actuellement l’un des conseillers principaux de la présidence française. En tout cas, Levitte revoit McCain en 2006 et lui dit «que ça l’ennuie que l’homme qui sera le prochain président des Etats-Unis ait la réputation de ne pas aimer la France». McCain, dans un article paru dans Le Monde ne cache pas son impatience devant l’idée que la France puisse réintégrer le commandement intégré de l’OTAN.(4)

Interrogé lors de son passage à Paris, le sénateur Mc Cain a fait preuve de beaucoup de détermination dans ses réponses sur les principaux sujets: A la question, «Etes-vous insatisfait du niveau de la réponse internationale à la menace iranienne?» «Il est important que nous défendions des valeurs et des principes communs, notamment à propos de la menace du nucléaire militaire iranien. On devrait se rassembler pour imposer des sanctions économiques, diplomatiques et autres, qui auront un effet bénéfique sur le comportement de l’Iran». Pensez-vous qu’il sera possible de réduire le nombre de soldats américains engagés en Irak? "Je ne peux pas vous donner une date ou un délai précis, je suis absolument certain que nous sommes en train de réussir. Cependant, je veux souligner qu’Al Qaîda bat en retraite, mais n’est pas vaincue".(5)

En définitive, les analystes de part et d’autre de l’Atlantique sont d’accord sur l’échec global de la politique américaine aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur, si l’on croit Denis Shane ancien ministre anglais des Affaires européennes. "Pendant les années Bush, les Américains ont assisté au double déclin de la richesse et de la stature internationale de leur pays, sans précédent dans l’histoire. Une Amérique mal assurée, isolationniste et protectionniste, n’apporte rien à l’Europe. Plus que jamais, il est temps pour l’Europe, les États-Unis et les autres démocraties du monde, de promouvoir et défendre ces valeurs communes. Cela nécessite de mettre en place une politique de l’endiguement (containment) à la George Kennan, en rejetant la logique de confrontation d’un Donald Rumsfeld"(6)

Pour les analystes politiques, le règne de Bush a symboliquement pris fin avec l’ouragan Katrina. Dick Howard écrit: "Les ambiguïtés du projet républicain classique suggèrent que le régime de Bush junior peut être vu comme l’héritier intégral du mot d’ordre de Reagan: "America’s back!" (l’Amérique est de retour). Après l’interrègne de Clinton, les néo-conservateurs ont entrepris de réaliser les objectifs qu’ils avaient proposés de manière privée à la fin du gouvernement de Bush père, avant de les rendre publics dans le "Project for a New American Century" (Projet pour un nouveau siècle américain) en 1997. Obama semble avoir allumé une étincelle. Mais où est le tison? Comment le feu sera-t-il entretenu? Il n’est pas besoin d’être un poète pour savoir que les mots ont un pouvoir exceptionnel pour la simple raison qu’ils créent un monde de signification partagé par tous dans lequel les individus se trouvent capables d’agir ensemble. Cela n’était-il point, en dernier ressort, la force de John F. Kennedy, auquel Obama est souvent comparé?"(7)

Il existe un proverbe qui dit que: «On ne choisit pas entre la peste et le choléra». Que dire de ces deux candidats présidentiables? Au jusqu’au-boutiste qu’est Mc Cain, il est à craindre qu’Obama n’ait pas l’envergure justement d’un Kennedy pour s’opposer aux sirènes qui, depuis plus de trente ans, formatent la politique américaine de droite comme de gauche dans le sens des différents lobbys, qui, curieusement, sont tous d’accord pour éradiquer les valeurs d’un milliard de personnes qui ont une autre vision du monde. En Occident, tous les coups sont permis contre l’Islam et comme l’écrit La Fontaine dans "les animaux malades de la peste" : Pour «...Ce pelé, ce galeux d’où viennent tous nos maux..., Haro sur le baudet!»


1.Barack Obama: Discours du sénateur de l’Etat de l’Illinois, Barack Obama le 2 octobre 2002
2.John Mc Cain:Encyclopédie Wikipéda
3.Gregor Seither, IES News Service 19/03/2008http://libertesinternets.wordpress.com 20 03 2008
4.McCain pourrait être pire que Cheney http//www.soldaritéetprogrès.org /article 3942 htm
5.John McCain: «Je suis certain que nous sommes en train de réussir en Irak» Le Monde du 22.03.2008
6.Denis MacShane, L’UE, les États-Unis et le partenariat transatlantique Le Figaro.fr 26/03/2008
7.Dick Howard. La démocratie américaine après Bush: La vie de idées.fr 18-02-2008

Pr Chems Eddine CHITOUR
Ecole Polytechnique Alger



Mardi 8 Avril 2008


Commentaires

1.Posté par Aigle le 08/04/2008 17:17 | Alerter
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S'il ne restait qu'un fil d'araignée qui relierait Obama à Mac cain , cela serait les nouvelles croisades . Obama 2008 n'est pas le naif Obama 2002 ou 2005 .Il a été suffisamment brieffé par les sponsors qui ne sont pas du tout des "colombes"., et la presence des troupes US en Irak perdurera s'il est "élu" , parce que le Lobby sioniste l'exigera .

2.Posté par rachi le 08/04/2008 21:26 | Alerter
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Pour en arriver là ou il se trouve il a dû faire allégeance à "l'empire", c'est une évidence et si d'aventure il lui prenait l'envie de penser autrement il se trouvera un "oswald ou un rubi " pour refroidir ses ardeurs...

3.Posté par mouemina le 09/04/2008 08:08 | Alerter
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tant que ces peuples opprimés ne se soulèvent pas contre leurs gouvernements despotiques et tyranniques, tant que ces peuples n'arrachent pas leurs droits de leur états geôliers , ni les américains, ni les européens ne viendront les libérer ni les aider au contraire ils utiliseront ces discours héroïques et brillants de "démocratie et de droits de l'homme" pour faciliter l'occupation des leurs terres , exploiter et voler leurs richesses avec la complicités des chefs d'états de ces peuples opprimés- il est l'heure de coloniser avec des discours rusés:
un jour un poète arabe a dit :
si un peuple un jour veut sa victoire ,il faut que le destin réponde et il faut que les chaines d'emprisonnement se Cassent....
mais ou est Cette volonté ? Elle est cassée ,soluble , dans l'égoïsme et le matérialisme
en tout cas l'impérialisme actuel a réussi à faire fondre cette volonté de se libérer et de se battre , nous somme réduits à manger et dormir comme les bestiaux ou pire.

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