Géopolitique et stratégie

Nucléaire stratégique: l'ombre de la Chine plane sur le dialogue russo-américain (Nezavissimaïa gazeta)



Ria Novosti
Vendredi 6 Juillet 2007

La proposition faite par Vladimir Poutine à George W. Bush d'utiliser en commun la station radar de Gabala avait semblé acculer son homologue américain dans une impasse, tant il paraissait pour lui difficile aussi bien de refuser que d'accepter. Cependant, les Etats-Unis ont employé une tactique très astucieuse, poussant la Russie elle-aussi dans une impasse. Washington a proposé de procéder à la réduction ultérieure des armements stratégiques offensifs. A présent, c'est Moscou qui a du mal aussi bien à accepter qu'à refuser.

Malgré les propos récurrents sur le rétablissement de la puissance d'antan, les forces nucléaires stratégiques de la Russie se trouvent aujourd'hui dans un état de réduction considérable, et cela indépendamment des traités conclus avec les Etats-Unis. Par conséquent, la perspective que l'Amérique réduise son arsenal jusqu'à celui de la Russie peut sembler très attractive.

Mais il est encore plus difficile d'accepter. Aujourd'hui, sans ses forces nucléaires stratégiques, la Russie n'est pas une grande puissance, mais un immense territoire recelant d'énormes ressources nécessaires à tout le monde. Dans le contexte d'une prolifération des armes nucléaires dans le monde, la réduction ultérieure des armes nucléaires stratégiques serait inadmissible pour des raisons de sécurité nationale. Le traité consacrera juridiquement cette réduction, ce qui ne permettra pas au pays de rétablir ses forces, même si une volonté politique de le faire est enfin manifestée: quant à l'argent, il ne manque pas pour cela.

Les Etats-Unis peuvent réduire facilement leur arsenal nucléaire. Ils investissent des sommes immenses dans la mise au point d'armes de haute précision et dans la défense antimissile. Cela étant, si les forces nucléaires stratégiques russes sont réduites jusqu'au niveau minimal, les Etats-Unis seront en mesure de leur porter un coup désarmant (probablement, non nucléaire), le reste sera détruit par les moyens de défense antimissile (depuis le territoire de l'Amérique, et non pas depuis la Pologne).

Il y a là une perspective encore pire: en cas de réduction ultérieure et si celle-ci est consacrée juridiquement, les forces nucléaires stratégiques russes seront comparables à celles de la Chine, qui ne font l'objet d'aucun traité et qui ne cessent de s'accroître. D'autre part, si ne serait-ce qu'une charge nucléaire venait à tomber sur le territoire des Etats-Unis, cela entraînerait des pertes intolérables, alors que la Chine survivra à une dizaine de charges. Qui plus est, le manque de ressources (en premier lieu, de pétrole) acquiert en Chine une envergure de catastrophe nationale. Si la Chine surpasse la Russie en matière de forces nucléaires, elle tiendra un autre langage. Et la Russie ne pourra alors rien lui refuser, à la différence des Etats-Unis.

Auteur: Alexandre Khramtchikhine, chef du service analytique de l'Institut d'analyse politique et militaire.

Cet article est tiré de la presse et n'a rien à voir avec la rédaction de RIA Novosti.


Vendredi 6 Juillet 2007

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