Politique Nationale/Internationale

Nucléaire iranien: la tension monte


Téhéran est de nouveau face à un choix: soit il accepte les conditions imposées par les Six, chargés du dossier iranien, soit il essuiera d'inévitables sanctions qui risquent vraisemblablement d'entraîner une guerre. Israël et les Etats-Unis sont à l'origine de ce scénario. L'ultimatum expirait le 2 août.


Mardi 5 Août 2008

Nucléaire iranien: la tension monte
Par Piotr Gontcharov, RIA Novosti



Israël a répété qu'il n'excluait pas une frappe militaire contre l'Iran, par la voix de son ministre de la Défense Ehud Barak, qui se trouvait pour deux semaines en visite aux Etats-Unis. A l'issue de ce voyage, au cours duquel le problème iranien a été examiné sous tous les angles, aussi bien au Département d'Etat qu'au Pentagone, Ehud Barak s'est borné à une phrase laconique sur la nécessité d'une "diplomatie rigide à l'égard de Téhéran".

La "diplomatie rigide" dans sa conception classique sous-entend que les sanctions sont inévitables, fût-ce jusqu'à l'emploi de la force. Elle ne prévoit aucune autre variante. Sinon, la "diplomatie rigide" se transforme en "conversations inutiles", comme l'estime, par exemple, la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice.

Le sénateur démocrate Barack Obama, leader dans la course à la présidence aux Etats-Unis, a également évoqué la forte probabilité qu'Israël porte un coup à l'Iran. Il a par là-même mentionné la nécessité d'une "diplomatie rigide". Au cours d'une rencontre à huis clos avec les membres démocrates du Congrès, Obama a admis "appréhender" qu'un tel scénario se produise, "si les sanctions internationales s'avéraient inefficaces". Il a tiré la conclusion suivante après sa visite à Jérusalem: "Personne ne me l'a dit ouvertement, mais les entretiens m'ont donné l'impression que, si les sanctions s'avèrent inefficaces, Israël portera un coup à l'Iran".

La simultanéité des déclarations d'Ehud Barak et du candidat Obama fait réfléchir, de même que le fait qu'elles aient suivi une déclaration du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, qui s'est prononcé avec scepticisme sur l'octroi de délais stricts à l'Iran pour donner sa réponse aux propositions des Six. Moscou estime que la recherche d'un compromis entre Téhéran et les Six ne doit passer par aucun "cadre artificiel" et doit se faire sans "ajournements incessants".

Sergueï Lavrov entendait probablement par "cadre artificiel" les deux semaines imposées à l'Iran pour réfléchir à sa réponse. Elles ont été accordées uniquement par Condoleezza Rice. Commentant à Washington les résultats de la rencontre genevoise entre le Haut représentant de l'UE pour la politique étrangère et de sécurité commune Javier Solana et le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale de l'Iran Saïd Jalili, Mme Rice a expliqué que le temps des "conversations inutiles" était révolu et que Téhéran devait donner une réponse concrète dans les deux semaines. Etant donné que la rencontre de Genève a eu lieu le 19 juillet, cet ultimatum devait expirer le 2 août.

Condoleezza Rice a certainement outrepassé ses pouvoirs en fixant unilatéralement des conditions à l'Iran - c'est-à-dire sans consulter les autres membres des Six. Ni l'UE, ni la Russie, ni aucun autre participant aux négociations ne le lui ont demandé.

D'autre part, l'histoire du dossier nucléaire iranien au Conseil de sécurité de l'ONU et l'adoption de résolutions contraignantes promet de devenir un interminable feuilleton à rallonges. Ces deux dernières années, quatre résolutions ont été adoptées, dont trois prévoyaient des sanctions. Plus les Six promettent des concessions à l'Iran et plus Téhéran devient capricieux. En premier lieu, son président, Mahmoud Ahmadinejad, qui a fait du programme nucléaire iranien l'otage de sa campagne électorale pour la présidentielle de 2009.

D'ailleurs, cette fois-ci, les Etats-Unis et Israël ne se sont pas bornés à se déclarer prêts à livrer une guerre à l'Iran. Le Congrès américain a chargé le Pentagone d'engager le plus vite possible des négociations avec le gouvernement israélien à propos de l'installation d'un radar de défense antimissile sur le territoire d'Israël. Il s'agit naturellement de se défendre contre les missiles de l'Iran et de la Syrie. Les législateurs ont exigé dans leur missive l'installation urgente en Israël d'un radar AN/TPY-2 (analogue au radar en République tchèque), en rappelant à George W. Bush que l'Iran avait récemment effectué des essais de son missile perfectionné Shahab-3 capable d'atteindre Israël. Ce radar doit assurer aux missiles antimissiles israéliens la possibilité d'intercepter les missiles iraniens de type Shahab.

En outre, les Israéliens ont l'intention d'acquérir auprès des Etats-Unis des systèmes de missiles de DCA Vulcan-Phalanx, capables d'abattre notamment les roquettes Qassam utilisées par le Hamas et le Hezbollah contre les villes israéliennes.

Il était évident que Téhéran mépriserait à nouveau les délais accordés pour faire un choix concret entre l'introduction d'un moratoire sur l'enrichissement de l'uranium en échange de technologies modernes et de nouvelles sanctions. Mercredi 30 juillet, l'ayatollah Ali Khamenei, leader spirituel de la République islamique, a affirmé que l'Iran continuerait à développer son programme nucléaire, celui-là même dont le caractère civil est sérieusement mis en doute par l'AIEA et, par conséquent, par le Conseil de sécurité de l'ONU.

Comment évoluera la situation, qu'entreprendront les Etats-Unis après avoir posé cet ultimatum à Téhéran?

En septembre, comme l'a promis Condoleezza Rice, en cas de refus de la part de Téhéran de suspendre l'enrichissement de l'uranium, les Etats-Unis prendront l'initiative de faire adopter par le Conseil de sécurité une nouvelle résolution durcissant les sanctions à l'encontre de l'Iran. Bref, Israël et le Pentagone ont encore du temps devant eux pour installer le système de défense antimissile et des missiles de DCA de courte portée sur le territoire israélien, et l'Iran, pour soupeser une fois de plus les "pour" et les "contre" de son opposition au reste du monde. Mais ce temps parait néanmoins limité, car ni les Etats-Unis, ni Israël n'avaient encore bluffé aussi sérieusement sur ce dossier: à en juger par leurs actions, cette fois, c'est du sérieux.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

Nucléaire iranien: la tension monte

Non-prolifération: genèse d'une voie sans issue

Le Traité d'interdiction partielle des essais nucléaires, portant sur l'interdiction des essais d'armes nucléaires dans l'atmosphère, l'espace extra-atmosphérique et sous l'eau, fut signé le 5 août 1963 à Moscou. Ce document international fut le premier d'une longue série, marquant le début de la limitation de la course aux armements nucléaires, et probablement le seul traité dans ce domaine dont l'utilité et la nécessité ne font aucun doute.

Par Ilia Kramnik, RIA Novosti


Ce traité interdisait aux pays signataires d'effectuer des essais d'armes nucléaires dans l'atmosphère, au-delà de celle-ci et sous l'eau. Il interdisait également les explosions dans n'importe quel autre milieu, si celles-ci étaient susceptibles de provoquer des retombées radioactives sur le territoire d'autres Etats.

Après la signature de ce traité, seules la France (jusqu'à 1974) et la Chine (jusqu'à 1980) poursuivirent les essais nucléaires dans l'atmosphère.

Dans le préambule du traité, les pays qui l'avaient ratifié en premier - l'URSS, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne - avaient exprimé l'espoir de voir ce document contribuer à atteindre l'objectif d'un désarmement général et complet. Malheureusement, ce ne fut pas le cas, mais le traité a certainement joué un rôle important.

L'interdiction de tester les armes nucléaires dans trois milieux a permis de réduire considérablement les contraintes imposées à l'atmosphère terrestre. Les explosions nucléaires souterraines, même puissantes, n'ont jamais produit d'effets aussi négatifs sur l'environnement que les essais effectués sur Terre, dans l'atmosphère et sous l'eau.

Les traités suivants sur la limitation de la course aux armements nucléaires ne furent pas aussi efficaces: en ce sens, c'est probablement le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) signé en 1968 qui fut le moins efficient. Ce document visant à restreindre le club nucléaire aux cinq grandes puissances - l'URSS, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France et la Chine - devint bientôt une chimère. Aujourd'hui, en plus de ces cinq grands, l'Inde et le Pakistan possèdent également le statut de puissance nucléaire: ces pays entrèrent dans le club en 1998, après une série d'essais nucléaires effectués parallèlement dans les polygones de Pokharan et de Chagai Hills. Il convient de noter que les premiers essais nucléaires à Pokharan furent effectués dès 1974.

Israël ne fait aucun commentaire concernant les informations selon lesquelles le pays détiendrait des armes nucléaires, mais il ne les dément pas non plus.

En plus de ces pays, l'Afrique du Sud et la Corée du Nord ont également effectué, à des époques différentes, des essais nucléaires.

En plus de ces puissances possédant déjà des armes nucléaires, ou tout du moins qui les ont testées, on trouve aussi des Etats quasi-nucléaires capables de développer eux-mêmes des charges nucléaires dans de brefs délais.

Outre l'Iran, il est également question d'Etats industrialisés non nucléaires, dont le niveau de développement leur permet, en cas de nécessité, de créer des charges nucléaires très rapidement. Il convient de citer, parmi eux, des pays d'Europe de l'Ouest et de l'Est: par exemple, l'Allemagne, l'Italie, l'Ukraine; en Asie: le Japon, la Corée du Sud, en Amérique latine: le Brésil et l'Argentine.

Malheureusement, ce processus est inévitable: le niveau technologique qui était, dans les années 40-50, accessible à un nombre très restreint de leaders mondiaux, est aujourd'hui de plus en plus accessible aux pays en développement, au fur et à mesure de la progression des sciences et des techniques.

D'autres traités portant sur la limitation de la course aux armements nucléaires furent également peu efficaces. Il convient de signaler que la réduction des arsenaux nucléaires n'accroît pas, en elle-même, les garanties de sécurité, au contraire, leur réduction au-dessous d'un certain niveau permet à l'une des parties de compter sur une victoire assurée en cas de guerre nucléaire, et ce, en détruisant les moyens nucléaires stratégiques de l'adversaire par une première frappe inattendue, après quoi les quelques missiles tirés en salve en tant que riposte peuvent être interceptés par un système de défense antimissile.

Comme on le sait, le Traité soviéto-américain sur la défense antimissile (ABM) qui devait devenir, selon cette logique, le principal moyen de prévenir une guerre nucléaire a cessé d'exister: les Etats-Unis s'en sont retirés et déploient actuellement un système global de défense antimissile.

Bref, malgré l'interdiction d'effectuer des essais nucléaires dans trois milieux, en vigueur depuis 1963, et le TNP signé il y a plus de trente ans, nous avons à notre époque les mêmes "chances" de voir se produire une explosion nucléaire que la génération qui nous a précédés. Et ce, pas seulement sur un polygone d'essais.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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Mercredi 6 Août 2008


Commentaires

1.Posté par pellegrin le 05/08/2008 15:15 | Alerter
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En date du 13 juillet 2008, j'ai annoncé au cours de l'enregistrement d'un message audio diffusé sur mon blog : http:/:revelations4.blogs.fr, qu'une intervention militaire en iran (frappes aériennes contre des sites nucléaires iraniens) était programmée aux environs du 10 aôut 2008.
Rappelez-vous les propos sans équivoque qu'avait tenu mr Shaul Mofaz (vice 1 er ministre israélien)en date du 5 juin 2008 à l'égard de l'Iran , entre autres : " si l'iran poursuit son programme de mise au point d'armes nucléaires, nous l'attaquerons ! " Mr Mofaz estimait inévitable une attaque israélienne des sites nucléaires iraniens compte-tenu de l'échec apparent des sanctions visant à empêcher Téhéran de fabriquer à terme l'arme atomique !

2.Posté par samos le 05/08/2008 17:47 | Alerter
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Bla bla bla, oui oui môssieur. Ecoute tu nous recrache exactement ce qu'on entend, c'est à dire de la propagande. Toujours des gens qui la ramène mais bon, on verra bien alors le 15 août si y'a rien tu fais quoi? Tu vas te pendre? lol

3.Posté par CHP le 05/08/2008 18:42 | Alerter
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samos, les yankee sont piègés à tous points de vues ( économiquement en voie de récession, le dollar qui ne vaudra bientôt pas plus que l'emprunt RUSSE, coincé militairement notamment en IRAK ) l'aventurisme est pratiquement leur seule issue.

Ils sont assez ( et même très ) cons pour, et là ça craint...


4.Posté par moa le 05/08/2008 18:43 | Alerter
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Salut "Samos", c'est ty pas le nom d'un fromage mou ...
Je ne comprends pas bien ce qui t'aggace dans ce commentaire nombreux sont les sites qui donnent une vue très large du problème et tentent de nous informer, sur la gravité de la situation actuelle qui est plus que jamais d'une ampleur mondiale ... je ne comprends pas bien ton énervement, contente toi de lire, d'écouter, d'échanger, d'observer et d'analyser ... ce qui se passe aujourd'hui fait réellement très peur, et j'espère très sincèrement que tout cela est faux, mais la réalité semble vouloir nous prouver le contraire ... chaque jour le monde change radicalement sous nos propres yeux ......

5.Posté par breco le 05/08/2008 18:46 | Alerter
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Si l'Iran se fait attaquer,tous le monde paiera,L'Amerique,l'Europe,et plusieurs pays arabes.Ca profitera meme a la Russie.
Dans une guerre tout le monde ecope.

6.Posté par kerozen le 05/08/2008 21:19 | Alerter
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comme sa on ira plus vite au ciel enfin pas tous^^

7.Posté par Alkindi le 05/08/2008 21:54 | Alerter
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Pour bombarder l'Iran de manière ciblée, La maison-blanche et les sionistes ont besoin d'un prétexte terroriste :

1- Déclencher un attentat terroriste à Pékin, qui viserait plus spécifiquement la délégation étatsuniennne ou/et la colonie sioniste. Le 11 août 2008 est une façon pour les terroristes Bushiens de célébrer le 911 et surtout de relancer la dynamque de peur/justifications de guerres de pillages.

2- Déclencher une attaque terroriste contre un navire US dans le le détroit d'ormuz, ou encore faire sauter un avion de ligne civile au dessus du territoire iranien, ou en limite.

Une attaque contre l'Iran permettrait à la clique néocons de faire taire certains responsables prêts à parler devant un juge, pour ne pas subir le même sort de ce scientifique suicidé par les agents terroristes de la Maison-blanche, dans l'affaire de l'anthrax.

Il devient de plus en plus problèmatique pour les terroristes des services secrets, de faire taire les milliers de personnes engagés par idéologie nationaliste, dans la préparation du 911.

Sans compter ceux qui réalisent qu'ils ont été utilisés, sous couvert d'exercices militaires, dans de véritables attaques terroristes.

8.Posté par Joe le 06/08/2008 02:33 | Alerter
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Hello très inréressant l'article!!! Pellegrin a quand un site avec un forum c'est devenu du grand n'importe quoi!!! (je n'y vais plus du coups...). Merci à Alterinfo de nous apporter enfin de la vrai info (de nos jours c'est rare!). Bonne continuation a tous. A plus

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