Géopolitique et stratégie

Nouvelle stratégie gazière et énergétique mondiale : quelle place pour l'Algérie ?



associationadem@yahoo.fr
Jeudi 16 Juillet 2009

Nouvelle stratégie gazière et énergétique  mondiale : quelle place pour l'Algérie ?
I-  LE PROJET NABUCO FACE A LA STRATEGIE DE GAZEPROM

Le projet Nabucco, vient  d’être signé  par la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie et l'Autriche avec la Turquie( faisant jouer un rôle stratégique à ce pays au niveau des Balkans)   le 13 juillet 2009 un accord intergouvernemental , projet  destiné à fournir l'Europe en gaz d'Asie centrale et du Moyen-Orient . D’un coût  d’environ de 12 milliards de dollars au cours  de juillet 2009, d’une capacité  dans une première phase de 35 milliards de mètres cubes gazeux ( 5% de l’approvisionnement de l’Europe) mais pouvant être doublé , voire triplé   si des accords sont trouvés  pour une connection au réseau principal  avec l’Iran (supposant la  résolution des tensions actuelles) , l’Irak  ,  l’Egypte  et d’autres pays riverains , devant relier d'ici 2014/2015 la région de la mer Caspienne, le Proche-Orient et l'Egypte à l'Europe en passant par la Turquie sur 3.300km. Ce projet  lancé en 2002 avec le soutien de l'UE et des Etats-Unis, répond  au souci de l'UE de diversifier ses sources d'approvisionnement énergétique et de réduire sa dépendance envers la Russie,( actuellement 25% de son approvisionnement) et à celui de Washington de renforcer son influence sur les anciens satellites de l'URSS. Et pourquoi ne pas imaginer une connection vers l’Asie, la Chine et l’Inde notamment à travers ce réseau sans compter la stratégie de Gazprom ?


II- UNE NOUVELLE POLITIQUE GAZIERE MONDIALE SE DESSINE HORIZON 2015/2020


Evitons cette utopie chauviniste des années 1970, et prenons au sérieux ce qui se passe à l’échelle énergétique au niveau mondial horizon 2015/2020 ce qui a un impact sérieux sur  notre pays. Certes cette initiative  va dans le sens   d’amoindrir l’influence russe (25% des approvisionnements de l’Europe 2008/2009  mais est ce que cela sera possible  les réserves mondiales de ce pays   dépassant les 35%, suivi de l’Iran plus de 15% et le Qatar 10%), car à l’opposé  de  Nabucco,  la Russie oppose South Stream, un projet de gazoduc de 900km pour un montant de 6,8 milliards de dollars (4,9 milliards d'euros), soutenu par Gazprom et l'Italien ENI, qui passerait sous la mer Noire pour arriver jusqu'en Bulgarie avant de se diviser pour alimenter les pays européens d’une capacité de  30 milliards de m3. Mais également ces projets ne limiteraient-elles pas   l’influence future de l’Algérie  qui a moins de 3% des réserves mondiales. Et ce n’est pas  sans les  relations avec l’instabilité juridique en Algérie, avec les nouvelles dispositions  gouvernementales  , à savoir  51 pour cent aux algériens dans tout projet d’investissement   et 30 pour cent  des parts algériennes dans les sociétés d’import  étrangères avec un effet rétroactif , ce qui serait contraire au droit international , qui explique  la réaction européenne de Catherine  ASHTON, commissaire européenne au commerce extérieur  qui a demandé l’annulation de ces directives  récemment  dans une correspondance officielle adressée au gouvernement algérien , invoquant que l’Algérie aurait violé  les articles   32 , et 37 , 39 et 54 de cet Accord, souhait partagé récemment par les Etats-Unis d’Amérique, d’ailleurs l’ adhésion à l’OMC selon nos informations n’étant pas pour demain. La stratégie gazière mondiale  ne  risque t-elle  pas de se  faire sans l'Algérie, si on ne prend pas garde,   et les prévisions d’exportation 2015 du Ministère de l'Energie de 14/20% du  marché  européen  en 2014  contre 10% actuellement  (85  milliards de mètres cubes gazeux) risquent fort d'être remise en cause avec en plus un prix de cession bas,  malgré les investissements colossaux  supportés par l'Algérie, les GNL étant très coûteux , à rentabilité à long terme fonction du vecteur prix  trop bas actuellement, car on peut découvrir des centaines de gisements gazeux mais non rentables financièrement . Comme on ne devra pas oublier  les réserves importantes  de la Mer Arctique  sous réserve des délimitations du territoire. Par ailleurs, le fameux projet de gazoduc Nigeria  Europe via Algérie  qui nécessite plus de 10 milliards de dollars toujours en gestion pour le  financement au niveau de la commission européenne, du fait des tensions au Nigeria  et des pays africains  riverains n'est pas pour demain si le géant russe Gazprom voudrait avoir une participation majoritaire. Par ailleurs et ce n’est qu’une hypothèse mais qui n’est pas à écarter, pour contourner  l'Algérie et sous pression occidentale, la Libye, ou l’Egypte  pourraient proposer leur passage. Car  dans la pratique des affaires,  il n'y a que des intérêts comme le montre les contrats récents  signés  entre Gazprom et l’Espagne  qui voudrait moins dépendre du gaz algérien.  

 
III- LES ENERGIES RENOUVELABLES SERONT-ILS LES ENERGIES DU FUTUR ?


Il semble bien que se met en place progressivement   des  stratégies alternatives aux hydrocarbures surtout  au pétrole , 150 milliards de dollars aux USA,  200 milliards de dollars qui seront débloqués par  l’union européenne  ( sans compter le projet du Sahara de 400 milliards d'euros  initié par les allemands (prévision  de la couverture de 20% de la demande européenne en électricité )  et ce n'est pas évident que le Sahara algérien soit choisi, du fait  d’une absence de stratégie  pour le solaire en Algérie  alors que le Qatar et certains pays du Moyen Orient  mieux doté que l’Algérie en hydrocarbures ,  viennent   de débloquer d’importantes sommes. Car  si le coût à court terme est élevé, l'industrialisation (production  à grande échelle)  réduit à moyen terme les  coûts comme cela a été le cas pour les hydrocarbures. Pour  le cours futur  du pétrole horizon 2015/2020, il  sera fondamentalement déterminé par  la nouvelle politique énergétique mondiale dont  celles  des  USA qui sera  un gisement important d’investissement et d’emplois , fonction du  nouveau défi écologique dont les grands axes seront tracés à la future réunion de Copenhague la fin 2009. Ainsi, le projet de loi américain pour combattre le réchauffement climatique, activement soutenu par le président Barack Obama, dont  le secrétaire d ‘Etat à l’énergie n’est autre que le prix Nobel de physique  défenseur  des énergies renouvelables,( idem pour  l’ex premier ministre polonais qui vient d’être élu en ce mois de juillet 2009  président du parlement européen) a été adopté par les membres de la commission de l'Energie le 20 mai 2009. Certes, l’Agence internationale de l'énergie évalue dans sa note de mai 2009,  à plus de 26.000 milliards de dollars les investissements à réaliser au cours des deux prochaines décennies dans le pétrole et le gaz, ( réserves prouvées à environ 40 ans contre plus de 200 ans pour le charbon  dont les techniques du recyclage du CO2 sont mis au point) ) qui devrait assurer  55 % de la demande mondiale d'énergie primaire mais l’AIE raisonnant en termes de modèle  de consommation énergétique linéaire, taux qui devrait donc être revu à la baisse en cas d’impacts importants des énergies alternatives.. Il se joue aujourd'hui une partie de bras de fer, (avec le rôle actif des  lobbys pétroliers) dont l'issue déterminera à la fois le nouveau modèle de consommation énergétique et les prix de ces matières premières essentielles à l'économie mondiale, pour les années à venir.  Mais les  investisseurs  potentiels  à l’instar de l’abandon partiel  du charbon pour les hydrocarbures la décennie passée, peuvent  anticiper donc sur le nouveau  modèle  de consommation pouvant assister à un désinvestissement dans ce segment, le pétrole devenant une énergie comme une autre, banalisée,  en diminution relative horizon 2020.


IV- L’ ALGERIE DOIT TENIR COMPTE DE  CETTE  NOUVELLE STRATEGIE

En résumé, devant privilégier ses intérêts stratégiques au sein d’un monde en  perpétuel mouvement, et dont la crise mondiale actuelle augure de profonds bouleversements géo stratégiques et socio-économiques  entre 2015/2020, , il  appartient donc à l’Algérie d’avoir une vision  à moyen et long  terme tenant compte des nouvelles  mutations mondiales. Sonatrach et Sonelgaz pour ne citer  que deux grandes sociétés algériennes  doivent  se concentrer sur leurs  métiers de base en privilégiant  le management stratégique  en évitant la dispersion, et comme je l’ai recommandé à maintes reprises   de penser  à mettre en place un modèle de consommation énergétique.  Car il faut éviter  l’utopie  d’un  cours de plus de 100 dollars à l’avenir,  car en  ce  qui concerne  le cours réel actuel du pétrole, il faudrait  donc   déflater par l’inflation mondiale  et  la dépréciation du  dollar, ( idem pour les réserves de change et les bons de trésor  libellés en dollars, devant toujours raisonner à prix constants car un  cours de 60 dollars en 2009 équivaut à moins de  30 dollars au cours  du 01 janvier 2000). Outre les phénomènes spéculatifs, comme ce fut le cas pour un baril fluctuant entre 120 et 140 dollars , comme   valeur refuge comme l’or due à la dépréciation  du dollar, bien que  n’existe pas une corrélation entre la baisse/hausse du dollar/pétrole à 100%, le cours de 70 dollars en 2009,du fait du ralentissement économique,  ne représente  pas les fondamentaux et au-delà de 55/60 dollars au cours de 1,28-1,30 dollar l’euro,60/65 dollars pour un cours de 1,39/140 dollar un euro ,  le cours  est du aux tensions géopolitiques au Nigeria, à une reconstitution rapide des stocks aux USA, Europe mais  surtout en Chine ce qui a poussé certains traders à accélérer les mouvements spéculatifs.  


 le 15 juillet 2009
Docteur Abderrahmane MEBTOUL  Expert International professeur d’ Université en management stratégique Conseiller des Ministères  Energie- Algérie-  (1974/1980-1990/1995-2000/2006)



Jeudi 16 Juillet 2009


Nouveau commentaire :

Géopolitique et stratégie | Diplomatie et relation internationale

Publicité

Brèves



Commentaires