Géopolitique et stratégie

Nouvelle doctrine nucléaire des Etats-Unis: quelle réponse pourrait donner Moscou ?


La Fédération des scientifiques américains (Federation of American Scientists, FAS) propose aux Etats-Unis de changer leur conception de la dissuasion nucléaire. Dans leur rapport sur la nouvelle doctrine nucléaire des Etats-Unis, ils proposent, au lieu de détruire les villes russes, d'assurer la dissuasion en réorientant les missiles vers les principaux ouvrages économiques, dont la destruction conduirait à "la paralysie de l'économie russe".


Vendredi 17 Avril 2009

Nouvelle doctrine nucléaire des Etats-Unis: quelle réponse pourrait donner Moscou ?
Par Ilia Kramnik, RIA Novosti

La FAS est l'une des organisations non gouvernementales les plus respectées et les plus anciennes des Etats-Unis. Elle fut fondée en 1945 en tant que "Fédération des scientifiques atomistes". Ses fondateurs étaient les chercheurs du Projet Manhattan, qui créèrent la bombe nucléaire américaine. Cette organisation effectue, notamment, des études concernant l'équilibre nucléaire et militaire mondial, la dissuasion nucléaire et le désarmement.

Selon la FAS, la conception actuelle de la dissuasion nucléaire, prévoyant le pointage des missiles balistiques sur les forces nucléaires et les grandes villes de l'adversaire, est désormais obsolète. Pour causer un préjudice irréparable, estiment les experts américains, il suffit de détruire les ouvrages économiques les plus importants, ce qui interdit au pays concerné de faire la guerre.

La liste des cibles à détruire, sur le territoire de la Russie, pour assurer une dissuasion efficace comprend douze ouvrages. Ce sont principalement des entreprises métallurgiques: les usines métallurgiques de Magnitogorsk, Nijni-Taguil et Tcherepovets (appartenant, respectivement, à MMK, Evraz et Severstal), le combinat Norilski Nickel, ainsi que les usines d'aluminium de Bratsk et Novokouznetsk appartenant à Rusal. La liste comprend également trois raffineries: celle d'Omsk (Gazprom Neft), d'Angarsk (Rosneft) et de Kirichi (Sourgoutneftegaz). On y trouve aussi des ouvrages énergétiques: la centrale hydraulique Berezovskaïa (qui appartient à OGK-4, et dont l'allemand E.ON est le principal actionnaire), la centrale hydraulique Sredneouralskaïa (qui appartient à OGK-5 et à l'italien Enel) et deux centrales de Sourgout (l'une appartenant à Gazprom et l'autre à E.ON).

L'objectif poursuivi avec cette nouvelle conception n'est, globalement, pas nouveau. Les plans de dissuasion nucléaire élaborés pendant la guerre froide prévoyaient déjà la destruction des principales entreprises d'une importance vitale pour l'économie de chacune des parties opposées, ainsi que la destruction de leur potentiel militaire et de leurs troupes.

Les changements consistent simplement à reconnaître que, pour causer un préjudice irrémédiable à un Etat développé moderne, point n'est besoin d'anéantir plusieurs dizaines de millions de ses habitants, ni la totalité de ses forces armées. Il suffit de paralyser son économie, de telle sorte qu'il soit incapable de faire la guerre, alors qu'un collapsus de l'économie, avec toutes les conséquences en découlant, ferait autant de victimes qu'un bombardement nucléaire direct.

La nouvelle doctrine nucléaire des Etats-Unis est édifiée en intégrant la réduction considérable des potentiels nucléaires américain et russe. Compte tenu du développement de leur système de défense antimissile et de la nette supériorité de leurs forces conventionnelles, la réduction du niveau de face-à-face nucléaire est actuellement avantageuse pour les Etats-Unis: en dernière analyse, cela leur permet d'espérer l'emporter dans une éventuelle guerre nucléaire.

Mais une telle réduction ne profiterait absolument pas à la Russie. Notre pays ne peut pas se permettre, aujourd'hui, d'avoir un potentiel nucléaire susceptible d'être intercepté par le système américain de défense antimissile. Par conséquent, il ne sera possible de s'opposer à la nouvelle doctrine nucléaire américaine qu'en occupant une position ferme lors des négociations avec les Etats-Unis sur la réduction des armements offensifs stratégiques.

Les intérêts de la Russie à ces négociations peuvent être explicités en quatre points.

Premièrement, il faut limiter clairement le plafond et le plancher des potentiels nucléaires: le plafond, pour éviter d'être entraîné dans une nouvelle course ruineuse aux potentiels nucléaires; et le plancher, pour ne pas admettre que les potentiels nucléaires soient ramenés à un niveau où ils pourraient être interceptés par la défense antimissile.

Deuxièmement, il faut réduire et strictement limiter le potentiel dit "récupérable" (les ogives et vecteurs conservés dans les entrepôts).

Troisièmement, il faut limiter le développement des systèmes de défense antimissile excluant la protection contre une attaque massive de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) à têtes multiples à guidage indépendant. Ces limitations doivent malgré tout permettre de développer des systèmes de défense antimissile de protection contre les attaques lancées en recourant à des missiles de moyenne et de courte portée, ainsi que contre les lancements isolés d'ICBM.

Il faut, enfin limiter le déploiement de moyens non nucléaires de haute précision et de longue portée (les missiles de croisière), qui peuvent être utilisés pour détruire les forces nucléaires de l'adversaire.

La défense de ces positions permettra à la Russie de conserver son potentiel, qui en fait l'une des deux principales puissances nucléaires du monde, malgré l'adoption de ces nouvelles conceptions. Sinon, son potentiel nucléaire ne suffira pas pour garantir sa sécurité en cas d'attaque nucléaire.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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Vendredi 17 Avril 2009


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