Géopolitique et stratégie

« Nous n'entretenons pas de relations avec un pays qui protège les terroristes »

Affaire Carriles : le Venezuela menace les Etats-Unis de sanctions


Si les USA n'extradent pas le terroriste Posada Carriles, nous rompons toutes relations diplomatiques. C'est ce que déclare le président du Venezuela Hugo Chavez, soutenu en cela par Cuba. Pour l'instant, les USA font toujours la sourde oreille. Relation d'une histoire consternante.
On dirait que la présence illégale du terroriste international Luis Posada Carriles à Miami met dans de beaux draps George W. Bush, champion de la «guerre contre le terrorisme». Posada Carriles est entré aux USA après que le président panaméen sortant, Mireya Moscoso, l'a gracié, lui et trois de ses acolytes, le 25 août 2004. Il était emprisonné à Panama pour une tentative d'attentat contre le président cubain Fidel Castro, en 2000. Carriles voulait demander l'asile aux USA.


Jeudi 9 Juin 2005

Posada Carriles, un Cubain de nationalité vénézuélienne, a travaillé pour le compte de la CIA et de la Fundación Nacional Cubano Americana d'extrême droite à Miami et au Venezuela. En 1976, il coordonnait l'assassinat à Washington d'Orlando Letellier, ministre des Affaires étrangères du Chili, sous Allende. Un mois plus tard, un avion de ligne de la Cubana de Aviacion explosait en vol. 73 personnes trouvaient la mort, parmi lesquelles l'équipe cubaine d'escrime au complet. Pour ces faits, Posada Carriles était arrêté au Venezuela. Au bout de huit ans, il parvenait à s'évader, par la grande porte, et entrait dans la clandestinité en Amérique centrale. La CIA lui donnait un nom d'emprunt : Ramón Medina.

En 1985 et 1986, depuis la base militaire américaine d'Ilopango, au Salvador, il dirigeait les livraisons d'armes aux contras qui, à partir du Honduras et du nord du Nicaragua, devaient tenter de renverser le gouvernement sandiniste (le mouvement révolutionnaire du Nicaragua, dans les années 80, NdlR) en terrorisant la population par de nombreux massacres de civils. Au milieu des années 90, il organisait une nouvelle campagne de terreur contre Cuba : une série d'attentats sur des cibles touristiques, au cours de laquelle le jeune touriste italien Fabio di Celmo perdait la vie. Dans une interview accordée au New York Times, Carriles se vantait même ouvertement de ces exploits.

Des semaines durant, les Américains ont fait la sourde oreille. Jusqu'à ce que même le New York Times et El País (Espagne) se mettent à poser des questions à la une. Une nation peut-elle prétendre qu'elle veut combattre le terrorisme partout dans le monde, alors qu'un terroriste internationalement recherché séjourne impunément à Miami?

Dans la matinée du 17 mai, une immense manifestation d'un million deux cent mille cubains envahit les rues de La Havane, sous la direction de Fidel Castro. Ils exigent la justice. Le même 17 mai, après que Posada Carriles a donné une conférence de presse à Miami, il est enfin arrêté. Ce qu'on lui reproche n'a rien à voir avec le terrorisme ou quelque homicide, mais bien sa présence illégale aux EU. On peut très bien imaginer que l'homme va disparaître, attraper un infarctus ou, par exemple, être livré au pays ami qu'est le Salvador, avant de disparaître ensuite entre les mailles du filet.

Entre-temps, le Venezuela réclame de nouveau et avec plus de force encore son extradition. Entre le Venezuela et les USA existe, depuis 1992, un accord d'expulsion prévoyant un délai de 60 jours. Le président Hugo Chávez menace de rompre les relations diplomatiques avec les EU si cet accord n'est pas respecté: «A quoi sert-il d'ouvrir des ambassades avec un gouvernement qui protège sans vergogne le terrorisme international?», déclare Chávez. Posada Carriles n'a pas seulement la nationalité vénézuélienne, il est également considéré comme fugitif en ce pays.


Fidel Castro fait des révélations

Le 20 mai, Fidel Castro y allait de plusieurs révélations retentissantes établissant le lien entre l'affaire Posada Carriles et les cinq Cubains détenus aux EU pour avoir infiltré la mafia anti-castriste de Miami.

A la fin des années 90, le représentant américain à Cuba de l'époque, Michael Kozak, refilait à plusieurs reprises aux autorités cubaines nombre d'informations intéressantes sur de nouveaux attentats prévus contre des cibles cubaines. Sur base de la fiabilité de ces informations et sur la proposition expresse des Etats-Unis de collaborer, les Cubains décident de répondre favorablement à l'invitation.

Le prix Nobel Gabriel Garcia Marquez est choisi comme messager. Le 7 mai 1998, il transmet au président des USA Clinton une note dans laquelle Fidel révèle un plan découvert par les services cubains de sécurité et dans lequel Posada Carriles et la Fundación Nacional Cubano Americana jouent un rôle clé. Le plan consiste à commettre une série d'attentats sur des avions de ligne cubains et d'infliger ainsi un coup dur à l'économie cubaine qui se rétablit tout doucement grâce au tourisme.

La lettre lance une interaction intense entre les services de sécurité américains et Cuba. Les 16 et 17 juillet, une délégation du FBI rend visite à Cuba. Les agents reçoivent des informations multiples, très détaillées, en dossiers, photos et bandes son. Ces informations ont été collectées par cinq Cubains qui travaillaient sous le manteau au sein des organisations terroristes de Miami. Le matériel est d'une nature qui permet d'intervenir immédiatement et de coffrer un réseau de quelque 40 terroristes. Les Américains sont sidérés et promettent une réponse rapide sur base de l'analyse du matériel de preuves. Ensuite, c'est un silence des plus étonnants. Le FBI ne donne plus le moindre signe de vie.

Trois mois plus tard, le 12 septembre, les cinq Cubains sont arrêtés sans ménagement à Miami et, dès lors, sont soumis à un régime inhumain. Que s'est-il passé? Hector Pesquera, chef du FBI de Miami et étroitement lié à la mafia anti-cubaine, avait eu vent des échanges d'informations entre La Havane et Washington. Il ne s'attelle pas à rechercher et arrêter les terroristes, puisqu'il entretient d'excellentes relations avec leurs patrons. En lieu et place, il se met fiévreusement en quête de ceux qui transmettent les renseignements. Après l'arrestation des Cinq, les premières personnes qu'il en informe sont ses commanditaires, les congressistes d'extrême droite Ileana Ros-Lehtinen et Lincoln Diaz-Balart. Tous deux sont des membres en vue de la mafia anti-cubaine.

Détail tragique: alors que Pesquera met tout en oeuvre pour découvrir, arrêter et faire condamner les Cinq, 14 des 19 pirates du 11 septembre séjournent à Miami. Ils y apprennent à piloter des avions et organisent les attentats qui coûteront la vie à des milliers de citoyens américains.

Que pouvez-vous faire?
Vous pouvez appuyer la réclamation en vue de l'extradition de Posada Carriles par une lettre adressée à Bush sur le site https://secure2.convio.net/pep/site/Advocacy?page=UserAction&cmd=display&id=121 .
Ou contacter le comité belge Free the Five à l'adresse free-the-five@cubanismo.net ou en téléphonant au numéro 02/209.23.50 afin de collaborer à la campagne Free the Five. Plus d'infos sur http://www.cubanismo.net


Katrien Demuynck


SOURCE


Jeudi 9 Juin 2005


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