PRESSE ET MEDIAS

Nos enfants, cobayes de la psychiatrie ?


COMMUNIQUÉ DE PRESSE


Samedi 11 Mars 2006

 

Nos enfants

cobayes

de la

psychiatrie ?

Enquête sur la médicalisation

des problèmes de l’enfance

Nos enfants sont-ils des malades mentaux ? De plus en plus

de comportements infantiles sont considérés comme relevant de

troubles mentaux, et l’utilisation de psychotropes sur les enfants

normaux est en augmentation régulière. Est-ce normal ?

Pourquoi les dif.cultés d’apprentissage, de lecture et d’étude,

qui ont toujours existé, sont-ils désormais classées dans la

rubrique des maladies mentales ?

Les médicaments en cause sont-ils ef.caces ? Quels sont les

véritables effets secondaires et pourquoi les cachent-on aux

parents ? A-t-on le droit d’enfermer les enfants dans une camisole

chimique sous prétexte qu’ils manifestent des comportements qui

ne nuisent en rien à la société, à l’école, à leur famille

ni à eux-mêmes ?

Quelques-unes des questions auxquelles Pierre Vican tente

d’apporter une réponse dans ce livre accusateur. Car cette

véritable enquête au cœur de la pédopsychiatrie démontre

que, dans une société qui médicalise les moindres défaillances

psychologiques des adultes, les enfants sont très loin d’être

épargnés. Et l’évolution de la médicalisation psychiatrique de la

jeune génération est inquiétante.

Pierre Vican est journaliste et écrivain,

spécialisé dans les sujets médicaux, de santé, et de bien-être.

Il a déjà publié de nombreux ouvrages sur ces thèmes et participé

à l’élaboration d’encyclopédies pratiques sur la santé.

NOS ENFANTS, COBAYES DE LA PSYCHIATRIE ?

ISBN : 2-35035-042-8

AN0193 8

 

Contact :
Pierre Vican - 08 75 25 60 61 - 06 21 60 04 97
pvican@wanadoo.fr

Nouveau livre paru en France le 6 mars

Nos enfants, cobayes de la psychiatrie ?
- Enquête sur la médicalisation des troubles psychiques de l'enfance -

de PIERRE VICAN
Journaliste, écrivain


Éditions Anagramme, 192 pages, 17,90 ?
48 rue des Ponts - 78290 Croissy-sur-Seine - 01 39 76 99 43



COMMUNIQUÉ DE PRESSE :
Le projet de dépistage systématique des « troubles comportementaux » des jeunes enfants - dès l'âge de trois ans -, qui fait partie d'un plan gouvernemental de prévention de la délinquance, soulève actuellement les plus vives inquiétudes en France.

Soumis à une batterie de tests élaborés sur la base des théories anglo-saxonnes de la psychiatrie neurobiologique, un grand nombre d'enfants sera diagnostiqué - sans examen médical - selon des critères purement subjectifs largement remis en cause par les experts scientifiques internationaux.

La personnalité « pathologique » qui sera décelée conduira, à partir de six ans, à l'administration de psychotropes dont les effets délétères sur le plan physique, mental et psychologique ne peuvent être ignorés. Les enfants dont la personnalité sera considérée comme « déviante » risquent d'être fichés pour le reste de leur vie en tant qu'individus potentiellement asociaux ou criminels.

De multiples interrogations se posent sur la validité de la notion des « troubles des conduites », la justesse du diagnostic, le risque de manipulation comportementale des enfants par des psychostimulants dont la composition chimique est apparentée à la cocaïne, sur les conséquences pathogènes de cette chimiothérapie dont on ignore les effets à long terme, et la légitimité de cette politique de dépistage obligatoire dans les écoles.

De plus en plus de comportements infantiles sont considérés comme pathologiques. L'utilisation de substances psychotropes sur les enfants est en augmentation régulière. Est-ce normal ? Pourquoi les difficultés d'apprentissage, de lecture et d'étude, qui ont toujours existé, sont-elles désormais classées dans la rubrique des troubles mentaux ? Au-delà de la controverse que suscite l'opposition des experts les plus réputés dans ce domaine, Pierre Vican, spécialiste des sujets de santé, de médecines douces et de bien-être, s'est penché sur le problème des abus de la médicalisation des troubles psychiques des enfants et des adolescents

L'auteur a mené une enquête documentaire sur tous les aspects de la question du TDAH - troubles déficitaires de l'attention avec ou sans hyperactivité -. Il répond dans un langage simple et direct, accessible à tous les lecteurs, aux questions légitimes que se posent les parents désemparés qui désirent comprendre de quoi il retourne lorsqu'on leur dit que leur enfant est « hyperactif » et qu'il « doit être soigné ».

Les parents et les médecins connaissent-ils les vrais effets secondaires de la Ritaline, des psychostimulants et des antidépresseurs prescrits aux enfants ? Cette étude qui se veut impartiale soulève de nombreuses questions sur les outils du diagnostic, la qualité des traitements préconisés, l'innocuité ou la dangerosité des composés chimiques utilisés et la validité des thèses en vigueur justifiant le traitement médicamenteux des souffrances psychiques infanto-juvéniles.

Ce livre apporte de nombreuses informations capitales, le plus souvent ignorées du grand public. L'auteur confronte avec le recul nécessaire les déclarations officielles, les théories en vogue, les hypothèses non vérifiées, les rapports médicaux et les documents essentiels. Il expose les incohérences, les témoignages troublants et les mises en garde scientifiques relatives aux risques que fait courir la modification chimique de la personnalité des enfants par les drogues psychiatriques.

Pierre Vican ne s'aventure pas à prendre parti, il s'interroge avec le lecteur. Les solutions apportées ne sont-elles pas pires que le problème initial ? Écrit à l'usage des parents, Nos enfants, cobayes de la psychiatrie ? pourra aussi être lu avec profit par les médecins généralistes, les directeurs d'établissements scolaires et les enseignants.

Au fur et à mesure des pages, on découvre que les remèdes préconisés à grande échelle font l'objet de controverses virulentes dans les cercles scientifiques, que des effets secondaires bien connus - pouvant aller jusqu'à des phénomènes d'accoutumance et d'intoxication, et des lésions graves (notamment des accidents cardiaques) - sont passés sous silence, que l'on recommande chaleureusement des molécules considérées par de nombreux spécialistes comme extrêmement dangereuses, et l'on va progressivement de la simple interrogation à la perplexité, pour conclure avec l'auteur à une franche inquiétude sur le système dans lequel sont plongés les parents en recherche d'une solution pour leur enfant.

N'y a-t-il pas une dérive à l'américaine dans la volonté des pouvoirs publics de dépister systématiquement et de diagnostiquer dès l'école maternelle les prétendus troubles mentaux des élèves ?


Exemples de questions soulevées dans ce livre :

· Les causes de l'hyperactivité sont-elles connues ou toujours ignorées des spécialistes de la psychiatrie infantile ?
· Le diagnostic de l'hyperactivité repose-t-il sur des critères médicaux et objectifs ?
· Sait-on que l'emploi de la Ritaline et des autres psychostimulants sur les élèves en difficulté
n'améliore pas réellement les performances scolaires, contrairement aux affirmations des psychiatres qui les prescrivent ?
· Alors que les psychostimulants destinés à traiter l'« hyperactivité »
sont des amphétamines et ont les mêmes effets qu'une drogue, pourquoi sont-ils recommandés chez les enfants ?
· Selon de nombreux rapports médicaux, la molécule de la Ritaline et les antidépresseurs destinés aux enfants entraînent des malaises répertoriés ; ils ont provoqué des milliers d'accidents thérapeutiques, sans compter des
automutilations, des pulsions suicidaires et des décès. Pourtant, en France, le plan de la santé mentale prévoit de traiter les enfants avec ce type de produits.
· Le méthylphénidate, molécule de la Ritaline, figure dans la liste officielle des
substances prohibées du Code mondial antidopage. Le Modiodal, autre substance en cours d'étude et susceptible d'être utilisée chez les enfants, est l'excitant employé par des soldats de la Légion étrangère.
· Existe-t-il un rapport entre les violences et les tueries inexpliquées dans certaines écoles et la prescription de psychotropes aux élèves ?
· Quelles sont les origines des troubles psychiques infantiles couramment négligées par la pédopsychiatrie ?
· Quels remèdes naturels pour éviter les drogues psychiatriques ?


Bibliographie :
Mon enfant mange n'importe quoi - Éditions Anagramme
L'huile d'olive - Éditions Anagramme
Les aliments pour prévenir les maladies cardio-vasculaires - Éditions Delville
Pourquoi manger bio - Éditions Delville
Aliments Astuces Beauté - Éditions Delville
Vivre heureuse à 50 ans (pour Michel Bontemps)
Guide des Symptômes - Causes et traitements - Éditions Auzou (co-auteur)
 

1

Chapitre 3

Petite histoire des amphétamines

Les médicaments actuellement prescrits en France en première intention

dans le traitement de l’hyperactivité infantile sont deux

psychostimulants : la Ritaline et le Concerta. D’autres substances du

même type peuvent être utilisées chez les enfants comme la pémoline.

Hormis les psychostimulants, il est envisagé d’employer des produits

dont le mode d’action est différent et dont l’efficacité est en cours

d’études. Il s’agit par exemple du modafinil, employé en France dans les

troubles de la vigilance. Le Strattera, considéré comme un

antidépresseur, est une substance employée aux États-Unis et au Canada

(la molécule est l’atomoxétine). Tous pourraient bientôt être utilisés en

France pour le traitement de l’hyperactivité infantile. Étant donné que les

médicaments principaux du traitement du TDAH (Ritaline et Concerta)

sont des psychostimulants, voyons de plus près ce qu’il en est de ces

substances psychoactives.

Le modèle des psychostimulants : la cocaïne

Le Centre d’évaluation et d’information sur la pharmacodépendance du

Département hospitalo-universitaire de pharmacologie de Bordeaux1

classe les substances psychoactives en trois catégories : les sédatifs, les

hallucinogènes et les excitants. Dans une de ses analyses, on apprend que

les excitants sont des « substances ayant des propriétés stimulantes, dont

le prototype est la cocaïne. Elles sont utilisées pour augmenter la

vigilance, les facultés intellectuelles. » Le Département de pharmacologie

range dans la catégorie des excitants les amphétamines et apparentés, la

cocaïne, le méthylphénidate, la pémoline, l’éphédrine, etc. Aussi

surprenant que cela paraisse, les deux produits destinés à traiter

l’hyperactivité de l’enfant, dont le principe actif est le méthylphénidate,

1 « Classification des substances pyschoactives » http://www.pharmacologie.ubordeaux2.

fr/PharmacoDependance/classification.php

2

un dérivé amphétaminique (et la pémoline, en cours d’études),

contiennent des substances chimiques apparentées à la cocaïne. Allons

plus loin et voyons ce que sont ces amphétamines dont les spécialistes de

la psychiatrie de l’enfance préconisent l’emploi chez leurs tout jeunes

patients.

Les amphétamines sont des dérivés synthétiques de l'éphédrine, une

substance obtenue à partir de l’éphédra, plante utilisée depuis plusieurs

millénaires en Chine, connue sous le nom de ma-huang ou Ephedra

vulgaris. L’éphédrine, qui a été synthétisée en 1887, servit de base en

1931 à la synthèse de la benzédrine, première forme d’amphétamine qui

donna suite à une longue série : dexédrine, méthylamphétamine et des

succédanés2 comme le méthylphénidate, etc. Les médecins utilisèrent ces

substances en substitution de la cocaïne pour leurs effets similaires à

cette drogue et en raison de leurs vertus médicinales et stimulantes.

Une drogue militaire

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les effets euphorisants des

amphétamines attirèrent l’attention des armées qui en distribuèrent à

leurs troupes. L'agressivité accrue qu’elles procuraient chez les soldats en

fit un excitant de choix ; certains les appelaient la « drogue d'Hitler »

bien que tous les belligérants en utilisèrent, les Allemands, les Japonais

comme les Alliés. Les amphétamines permettaient d’alléger la fatigue, de

gommer le stress au combat, de rester éveillé plusieurs jours de suite, de

masquer la douleur et d’effacer les crises dépressives. Les doses faisaient

partie du paquetage des soldats qui gardaient ainsi une volonté intacte.

Les jeunes aviateurs anglais qui luttaient dans le ciel contre les

bombardiers de la Luftwaffe en consommaient régulièrement et les

kamikazes japonais qui jetaient leur Mitsubishi Zéros bourrés d’explosifs

et d’essence sur les porte-avions américains dans la guerre du Pacifique

étaient littéralement drogués à la méthamphétamine3. Les civils qui

participaient à l’effort de guerre n’étaient pas en reste comme les ouvriers

japonais dont on exigeait des cadences de travail toujours plus élevées

dans les usines et les ateliers. Plus tard, dans les années 1950 et 60, les

pilotes américains qui effectuaient de longs vols trans-océaniques en

consommaient volontiers, ainsi que les GI de la guerre du Vietnam et

ceux de la guerre du Golfe.

2 « Substance qui peut remplacer une autre. » (Le Petit Robert).

3 http://www.poncepilateagain.com/

3

Beat generation

La guerre finie, la distribution massive d’amphétamines se généralisa

dans le civil. Les soldats démobilisés qui retournaient dans leurs foyers

s’étaient accoutumés aux effets de ces psychostimulants et envisageaient

mal de s’en séparer. Les produits furent détournés de leur emploi

d’origine et de plus en plus de civils furent victimes d'intoxication à ces

substances. Ces produits peu onéreux étaient faciles à obtenir puisqu’en

France par exemple, ils étaient en vente libre jusqu’en 1955. Les

amphétamines finirent par alimenter le marché noir sous des dizaines de

noms (speed, amphés, B-bombs, French blue, ice, pep, shabu, etc.). Elles

étaient largement répandues dans des réseaux de distribution parallèles

et devinrent à la mode sous l’influence de la beat generation. Ce

mouvement social et littéraire (dont le nom peut se traduire par

« génération épuisée ») naquit dans les années 1950 à New York. Il fut

lancé par un groupe d’écrivains américains et des surréalistes français

qui refusaient la « société de consommation ». Leur mode de vie errante,

la consommation de stupéfiants, l’attirance pour la spiritualité hindoue

qui les caractérisaient furent récupérés par les « beatniks » du

mouvement hippie des années 1960.

Les amphétamines à tout faire

Les amphétamines et leurs dérivés connurent un succès grandissant dans

le domaine médico-pharmacologique. On se mit à les employer dans des

conditions très diverses : prévenir le mal de mer, compenser la fatigue et

l’endormissement, traiter les crises de hoquets, lutter contre le jet-lag4.

Connues pour réduire l’appétit, elles entrèrent dans la composition de

nombreux produits anorexigènes5 aux effets très controversés ; on les

employa également contre la dépression, l’alcoolisme, dans le sevrage des

toxicomanes. L’intérêt des « amphet » est qu’elles donnent un coup de

fouet, éveillent l’intérêt, augmentent l'optimisme, procurent une

euphorie temporaire, permettent de rester actif durant des périodes

prolongées lorsqu’on est astreint à des tâches difficiles. Les étudiants qui

devaient passer de longues heures à préparer leurs examens en

consommaient généreusement. Elles étaient devenues des substances

polyvalentes, commodes, répondant à presque toutes les circonstances de

l’existence.

4 Effet du décalage horaire ressenti par les voyageurs en avion.

5 Produits ou médicaments destinés à couper l’appétit, à provoquer l’anorexie

momentanée. L’anorexie est la perte ou la diminution de l’appétit.

4

Dopage sportif aux amphétamines

L’emploi des amphétamines devint ensuite largement répandu dans le

milieu du sport de haut niveau. Dans les années 1950, la majorité des

athlètes en consommait régulièrement. Leur utilisation n’était pas

restreinte et la vente était libre pendant les années d’après-guerre,

jusqu’à leur interdiction. Leur emploi continua de manière illégale après

l’entrée en vigueur des premières réglementations. Ceux qui se rappellent

le Tour de France cycliste de 1967 se souviennent peut-être de Tom

Simpson, mort d’épuisement dans la course du Mont-Ventoux, en

Provence. Le champion du monde britannique consommait

régulièrement de la méthamphétamine.

Comme l’expose un document qui retrace l’histoire du dopage6, les

produits étant devenus illégaux, on se servait de noms codés pour passer

leur commande : « chaque produit avait son surnom : ‘’mémé’’ pour le

Mératran, ‘’lili’’ pour le Lidépran, ‘’riri’’ pour la Ritaline. » Le document

ajoute « À l'époque, des stimulants apparentés aux amphétamines

avaient les faveurs du peloton. Il s'agit du groupe des pipéridines

(Lidépran, Mératran, Ritaline). » Cependant les contrôles antidopage

devenus rigoureux obligeaient les médecins sportifs à trouver d’autres

substances plus difficiles à détecter. Un autre produit indécelable,

apparenté aux amphétamines, vint les remplacer : la pémoline. Cette

substance, dont nous avons parlé au début de ce chapitre, devint ainsi le

nouveau produit à la mode. S'ensuivirent « trois ans de bonheur sous

pémoline » comme le précise l’auteur du texte.

Effets nocifs des amphétamines

Dans les années 1970, il existait plus d’une centaine de spécialités

pharmaceutiques à base d’amphétamines et plus de 10% des

ordonnances médicales prescrivaient leur emploi. Leur usage immodéré

par les toxicomanes sous forme de drogue récréative était devenu

mondial. Se présentant d’ordinaire en poudre cristalline blanche à

« sniffer », les amphétamines sont aujourd'hui consommées par les

jeunes drogués, notamment dans les « rave-party », pour leurs effets

« festifs » proches de ceux produits par l’ecstasy. Un des dérivés

amphétaminiques, la méthamphétamine, augmente l'agressivité et

procure une confiance en soi excessive. Les substances amphétaminiques

supprimant la sensation de fatigue, les conséquences peuvent alors être

dramatiques. Lorsque le consommateur perd la perception de la fatigue

et de la douleur, il devient inconscient des signaux que lui envoient son

6 http://www.volodalen.com/

5

corps lorsqu’il est malade ou épuisé. Euphorique, il risque de poursuivre

ses activités au-delà du seuil de tolérance physique, c’est ce qui explique

les accidents mortels survenus dans le domaine sportif.

D’après de nombreux documents officiels tels que celui que l’on peut

trouver sur internet, intitulé « Le saviez-vous ? 7» édité par le Centre

suisse d’information toxicologique, la consommation régulière de

méthamphétamine engendre la nervosité, l’irritabilité, la perte d'appétit,

ainsi que des troubles de mémoire. Les consommateurs finissent par

souffrir de perturbations du sommeil, développent parfois un sentiment

de persécution, et ont, parmi d’autres troubles psychiques, des

hallucinations. « Sur le plan physiologique, précise le document, l’usage

inconsidéré d’amphétamines provoque des convulsions épileptiformes8,

des comas, une forte augmentation de la température corporelle, des

problèmes cardio-vasculaires, une attaque d'apoplexie, une destruction

de cellules musculaires et des états de psychose. » Les accidents sont

nombreux : troubles cardiaques, lésions cérébrales irréversibles,

psychoses paranoïdes9 et décès par overdose…

Une question se pose alors : comment le fait que les amphétamines

soient utilisées aujourd'hui par la médecine dans le cadre de traitements

mentaux modifie quoi que ce soit de leurs propriétés pharmacologiques

nocives et diminue leurs effets toxiques et délétères ? Rappelons que les

amphétamines autrefois commercialisées sous forme de coupe-faim ont

été retirées du marché il y a plus de dix ans en raison de la toxicomanie

qu’elles entraînent.

Intoxication aiguë et dépendance

L’Observatoire français des drogues et des toxicomanies10 confirme la

réalité de ces effets. « L’intoxication aux amphétamines se caractérise par

une hyperactivité, un état confusionnel, une angoisse, des hallucinations,

de l’agressivité […], des délires, l’augmentation de la température

corporelle, la défaillance cardio-respiratoire. »

Si les amphétamines entraînent une dépendance physique, elles

provoquent surtout une dépendance psychique. Leur potentiel

neurotoxique est en effet élevé lorsqu’elles sont consommées de manière

répétée. Leurs manifestations hallucinogènes sont rapidement suivies

d’une phase d’abattement, avec irritabilité, dépression, lassitude et

7 http://www.toxi.ch

8 Qui ressemble à l’épilepsie.

9 Psychoses semblables à la paranoïa.

10 http://www.ofdt.fr

6

parfois réactions d’agressivité. Les jeunes intoxiqués racontent que la

« redescente » (la disparition des effets de la drogue) est violente et

particulièrement difficile à supporter.

Des experts mandatés par l’État français pour analyser les effets des

drogues illégales et des substances pharmaceutiques psychostimulantes

ont été amenés à se pencher de leur côté sur l’action du méthylphénidate,

molécule active de la Ritaline. Leurs conclusions, publiées dans le

rapport intitulé Psychostimulants et amphétamines11, sont disponibles

sur le site internet de la Mission interministérielle française de lutte

contre la drogue et la toxicomanie. En voici un extrait :

« Les effets de l’administration d’amphétamines persistent en général

trois à six heures : ils sont donc sensiblement plus prolongés que pour la

cocaïne, pour laquelle ils persistent 0,5 à 1 heure. La méthamphétamine

sous forme fumée donne des effets encore plus prolongés.

L’administration d’amphétamines expose à des risques somatiques

comme psychiques. Au plan somatique, les amphétamines accélèrent le

rythme cardiaque, d’où hypertension artérielle avec risque d’hémorragies

(cerveau, poumon), et troubles du rythme. De plus, elles ont une action

vasoconstrictrice12 qui aggrave encore l’hypertension. Elles accélèrent

aussi le rythme respiratoire mais dilatent par contre les bronches. La

tolérance au produit tend toutefois à limiter l’incidence des effets

physiques. » Néanmoins, cette tolérance risque d’entraîner une

intoxication chronique. À ce sujet, ajoutent les experts français, « le

potentiel addictif des amphétamines est particulièrement élevé, quoique

variable selon la molécule considérée. Les sujets consommant

régulièrement de tels produits sont caractérisés par une euphorie, une

activité maniaque, des altérations du jugement, une augmentation de

leur sexualité, une agressivité accompagnée parfois d’actes violents, autoou

hétéro-agressifs13. L’action anorexigène des produits se traduit par un

amaigrissement. Les insomnies sont souvent traitées par usage de

barbituriques. » Ces informations sont corroborées par le rapport sur

l'Impact éventuel de la consommation des drogues sur la santé mentale

de leurs consommateurs14, qu’a rendu en 2002 Christian Cabal, député

UMP de la Loire, au Parlement français.

11 Les auteurs sont Patrick Laure, médecin et sociologue, enseignant à l’Université de

Nancy I, Denis Richard, pharmacologue, chef de service au Centre hospitalier Henri

Laborit de Poitiers, Jean-Louis Senon, psychiatre au CHU et au Centre hospitalier

Henri Laborit et professeur à l’Université Poitiers, et Sylvain Pirot, pharmacologue,

membre de l’Association pour la neuro-psychopharmacologie, Paris.

12 La vasoconstriction est la « diminution du calibre d’un vaisseau par contraction de

ses fibres musculaires. » (Le Garnier-Delamare – Dictionnaire des termes de médecine.)

13 Agressifs vis-à-vis de soi ou d’autres.

14 Rapport sur l'impact éventuel de la consommation des drogues sur la santé mentale de

leurs consommateurs, Section III - Amphétaminiques et psychostimulants, document

7

La Ritaline est-elle une drogue ?

Dans son livre sur l’hyperactivité, le Dr Lecendreux devance la

question que se posent beaucoup de parents et qui les inquiète au plus

haut point. Il y répond tout à fait sereinement : « – Non, la Ritaline n’est

pas une drogue. »15

Pour apprécier la pertinence de cette affirmation, attardons-nous un

instant sur les critères qui permettent de déterminer si une substance

chimique appartient ou non à la catégorie des drogues. Bien que la

définition du mot puisse varier quelque peu selon les sources, un

consensus s'établit néanmoins autour de trois points essentiels : une

drogue est un poison pour le corps, agit sur le psychisme (modifiant les

perceptions et la façon de penser) et crée une dépendance.

La Ritaline répond-elle à chacun de ces trois critères ?

Nous savons que, selon les textes médicaux spécialisés, l’intoxication

aiguë par les amphétamines évoque très étroitement celle provoquée par

la cocaïne :

« – hyperactivité désordonnée, avec état confusionnel, angoisse et parfois

illusion sensorielles (hallucinations) ;

– hypertension artérielle ;

– détresse respiratoire ;

– élévation de la température de l’organisme, sueurs profuses16 ;

– dilatation anormale des pupilles ;

– excitabilité nerveuse généralisée ;

– constriction intense des mâchoires ;

– douleurs abdominales, nausées et vomissements. »

Des manifestations psychiques s’ajoutent au tableau : « état délirant aigu,

maniaque, paranoïde, avec agressivité (violence, suicide). Le décès peut

survenir par trouble du rythme cardiaque, tachycardie ou spasme des

coronaires (infarctus). Les accidents artériels (hémorragie cérébrale ou

pulmonaire) sont relativement fréquents. »

Concernant son impact sur le psychisme des utilisateurs, là encore, cette

dimension ne peut être niée. C'est d'ailleurs pour ses propriétés

psychotropes que ce produit est utilisé par des psychiatres pour la prise

en charge des patients diagnostiqués hyperactifs.

Quant à son potentiel addictogène17, il ne peut être ignoré par tout

scientifique de bonne foi.

de l’Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques,

http://www.assemblee-nationale.fr/rap-oecst/drogues/i3641.asp

15 L’hyperactivité, p. 241.

16 Sueurs abondantes.

17 Qui entraîne l’addiction, la dépendance.

8

Pour mieux appréhender la notion de dépendance, ouvrons le Garnier

Delamare18, la bible de tous les médecins ou étudiants en médecine :

« Dépendance. V. pharmacodépendance. »

Très bien, allons-y :

« Pharmacodépendance, s. f. (OMS)19 (gr. pharmakon, médicament ;

dépendance) […] Syn. addiction. État résultant de l’absorption

périodique ou continuelle de certaines substances chimiques

(stupéfiants, analgésiques, hallucinogènes, délirogènes20, enivrants,

hypnotiques, psychoanaleptiques21) et dans lequel le sujet a besoin de

continuer son intoxication. Il dépend de la drogue soit psychiquement

(dépendance psychique ou psychologique ; syn. accoutumance

toxicomaniaque et assuétude) si le seul motif qui le pousse est la

recherche du plaisir ou le désir de chasser une sensation de malaise ; soit

physiquement (dépendance physique ou physiologique ou

physicodépendance) lorsque son organisme exige, pour conserver son

nouvel équilibre, un apport régulier et souvent croissant du toxique, dont

la suspension ou la neutralisation provoque des troubles physiques

intenses (v. toxicomanie et drogue). » On ne peut être plus clair.

Chez les toxicomanes, la dépendance physique et psychique aux

amphétamines est d'ailleurs particulièrement rapide et nécessite de

constamment augmenter les doses pour obtenir le même effet. Ces

stimulants agissent de façon puissante, à la manière du speed et de la

cocaïne.

La toxicité des amphétamines et la forte dépendance psychique qu’elles

sont susceptibles d’entraîner expliquent que les molécules les plus

puissantes sont inscrites en France sur la liste des stupéfiants depuis

l’arrêté du 2 octobre 1967. La convention des Nations Unies sur les

substances psychotropes (1971) classe également la Ritaline dans la

catégorie II au même titre que la cocaïne, la méthamphétamine, les

opiacés ou les barbituriques les plus puissants. C’est la raison pour

laquelle la prescription de Ritaline est soumise en France à la « règle des

28 jours » et qu’elle est prescrite initialement en milieu hospitalier. Le

renouvellement du traitement pourra ensuite être assuré par le médecin

traitant. Ce qui est en fait totalement… stupéfiant, c'est que ces

médicaments soient destinés en première intention aux enfants dès l’âge

de 6 ans, voire moins.

18 Le Garnier Delamare – Dictionnaire des termes de médecine, 23e édition, 1992, Maloine.

19 Organisation mondiale de la santé, la définition du mot est inspirée de cet

organisme.

20 Qui entraîne le délire.

21 « Qui excite l’activité mentale » (Le Garnier Delamare).

9

En effet, bien que l’AMM22 accordée à la Ritaline et au Concerta stipule

que leur emploi est limité à partir de 7 ans, le médecin est libre, à ses

risques et périls, de les prescrire à des enfants plus jeunes, parfois même

dès l’age de 2 ans, ce qui se produit quelquefois. En outre, l'hyperactivité

ne se soignant pas, aux dires mêmes des psychiatres, la prise en charge

de ces enfants implique très souvent une prescription au long cours afin

de contrôler durablement les symptômes. De nombreux enfants vont

ainsi rester plusieurs années exposés aux dangers de ces drogues.

Où est la logique de tout cela lorsque nous voyons le gouvernement

français intensifier la lutte contre la toxicomanie ? Qui a raison ? Le Dr

Lecendreux ou le Département hospitalo-universitaire de pharmacologie

de Bordeaux ? Les psychiatres spécialistes de l’hyperactivité qui

préconisent l’emploi de drogues médicales pour le traitement du TDAH

ou la Mission interministérielle française de lutte contre la drogue et la

toxicomanie ?

22 AMM : autorisation de mise sur le marché accordée par les autorités sanitaires.

10

4

Dois-je mettre mon enfant sous Ritaline ?

Les effets du méthylphénidate

Maintenant que nous avons étudié les effets secondaires des

amphétamines, nous allons poursuivre cette histoire démentielle en nous

penchant sur le mode d’action et les effets spécifiques de la Ritaline et du

Concerta, produits phares du traitement de l’hyperactivité.

Nous avons vu que leur composition les fait entrer dans la catégorie des

stupéfiants et que le méthylphénidate, dérivé amphétaminique, en est le

principe actif.

Le méthylphénidate est considéré comme le médicament miracle de

l’hyperactivité. Actuellement, en France, c’est la seule molécule à

bénéficier d'une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour ce

trouble. Cette molécule s’adresse exclusivement aux enfants âgés de 7 à

12 ans. En dehors de cette tranche d'âge, la prescription de

méthylphénidate est possible, même chez les tout petits, mais sous la

responsabilité du médecin prescripteur. En effet, d’après l’article R.4127-

8 du Code de la santé publique, le médecin, « dans les limites fixées par

la loi, […] est libre de ses prescriptions qui seront celles qu’il estime les

plus appropriées en la circonstance ». Les professionnels de santé

peuvent ainsi prescrire cette substance à tous les âges.

La Ritaline est fabriquée et commercialisée par les laboratoires Novartis

Pharma. Son AMM a été accordée en 1995. Son conditionnement se

présente sous forme de comprimés offrant différents dosages : 10 à

40 mg selon le cas. Le Concerta est commercialisé par les laboratoires

Janssen-Cilag. La Ritaline ordinaire a une durée d’action courte (3 -4

heures), la durée d’action de la Ritaline LP23 est d’environ huit heures ;

les effets du Concerta durent douze heures. Le médecin décide de la

marque à prescrire à son patient en fonction de critères spécifiques.

Ritaline et Concerta sont en fait comparables, leurs modes d’action et

leurs effets étant pratiquement les mêmes.

23 LP : libération prolongée.

11

La molécule du méthylphénidate a été brevetée en 1954 par la

Compagnie Pharmaceutique Ciba, acquise depuis par Sandoz ; elle était

d'abord prescrite comme traitement dans la dépression. Il s’agit, nous

l’avons vu, d’un stimulant du système nerveux central24. Plus

précisément, la molécule est le chlorhydrate de méthylphénidate.

Problème : le Dr Lecendreux, psychiatre spécialiste de l’enfance, n’est pas

d’accord : « Le méthylphénidate n’est pas une amphétamine, écrit-il dans

l’Hyperactivité, mais un analogue de la pipéridine. »25 Très bien, dans ce

cas, voyons ce qu’est cette pipéridine dont nous avons d’ailleurs croisé le

nom lorsque nous avons parlé de dopage. C’est l’Alberta Alcohol and

Drug Abuse Commission (AADAC – Commission d’Alberta sur les abus

de l’alcool et des drogues), une agence canadienne fondée par le

gouvernement d’Alberta26 dont le but est d’informer la population sur les

dangers de la drogue, qui nous fournit la réponse : « Le méthylphénidate,

déclare l’AADAC, est un dérivé de la pipéridine qui est structurellement

liée aux amphétamines. »27 En bref, méthylphénidate et amphétamine,

c’est bonnet blanc et blanc bonnet : ils ont à peu près les mêmes

caractéristiques chimiques. Mais ce n’était pas nécessaire d’aller si loin

pour nous documenter puisque la réponse se trouve en France dans le

Dictionnaire des sciences pharmaceutiques et biologiques de l’Académie

nationale de pharmacie que tout bon pharmacien possède dans son

officine. Nous y découvrons que le méthylphénidate est « apparenté

chimiquement et pharmacologiquement28 à l’amphétamine » et qu’il est

« d’ailleurs classé parmi les dopants et les stupéfiants. »29 Pourquoi le Dr

Lecendreux et ses confrères, promoteurs du méthylphénidate, jouent-ils

sur les mots quand la santé mentale de nos enfants est en jeu ?

Nous avons cherché par curiosité si, en dehors du cadre de

l’hyperactivité, la pipéridine ou ses dérivés servaient, comme de

nombreuses autres amphétamines, à fabriquer clandestinement des

drogues. Nous avons trouvé de multiples confirmations dans le milieu

des toxicomanes. Par exemple, le PCP, narcotique aux effets

hallucinogènes puissants, est un dérivé de la pipéridine. C’est la fameuse

« poudre d'ange » (Angel Dust) apparue dans les années 1970,

qu’avalent, fument et « sniffent » les drogués. Pour finir avec la

24 Les différentes parties du système nerveux central sont : la moelle épinière, le tronc

cérébral, le cervelet et le cerveau.

25 L’hyperactivité, p. 232.

26 Province de l’ouest du Canada.

27 « Methylphenidate is a piperidine derivative that is structurally related to

amphetamines. » Site internet http://corp.aadac.com

28 La pharmacologie est l’étude du médicament et des substances étrangères aux

médicaments susceptibles d’avoir un usage médicamenteux.

29 Dictionnaire des sciences pharmaceutiques et biologiques de l’Académie nationale de

pharmacie, 1re édition, volume Dope-Orel, Éditions Louis Pariente, Paris, 1997.

12

pipéridine, cette substance chimique dont dérive le méthylphénidate, qui

entre dans la composition de la Ritaline et du Concerta, figure elle aussi

dans le tableau II des produits déclarés par la Convention de 1988 sur la

fabrication illicite de stupéfiants et de substances psychotropes. Et pour

cause, vu ce que nous venons de lire… La preuve nous est fournie par

l’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS), institut

indépendant chargé de surveiller l’application des traités internationaux

relatifs au contrôle des drogues30.

Par ailleurs, le Dr Lecendreux déclare dans son livre31 : « le

méthylphénidate, pourtant non éloigné sur le plan chimique de la

cocaïne… », un aveu donc, noyé dans le texte de l’auteur, aussitôt suivi

d’un échappatoire sur son innocuité car il ajoute : « …ne provoque pas de

dépendance lorsqu’il est administré sous forme de comprimés. » Il est

notoire que, lorsqu’ils éprouvent des sensations de manque et qu’ils n’ont

rien d’autre à se mettre sous la dent, les toxicomanes détournent l’emploi

médical des comprimés de Ritaline pour assouvir leurs besoins. En ce qui

concerne l’absence de dépendance, l’affirmation du psychiatre est en

totale contradiction avec le contenu de la littérature scientifique. Tous les

spécialistes de la pharmacodépendance le savent, la cocaïne et ses

produits assimilés figurent en tête de toutes les drogues

toxicomanogènes32. Et l’on ne voit pas en quoi la forme galénique33 du

méthylphénidate garantirait son innocuité, la molécule conservant sa

structure et, partant, ses propriétés psychotropes.

« Pas d’amélioration dans les résultats scolaires ou les relations

sociales »

Plusieurs études montrent que les enfants sous Ritaline ou des

substances apparentées n’améliorent pas leurs performance scolaires

contrairement aux affirmations des pédopsychiatres selon lesquelles ces

produits contribuent à prévenir l’échec scolaire et à faciliter leur

intégration sociale. En fait, attestent les documents que nous avons

étudiés, ces enfants échouent comme les autres dans certaines classes et

quittent l’école aussi souvent que ceux qui ne prennent pas ces

médicaments.

30 http://www.incb.org/incb/index.html

31 L’hyperactivité, p. 234.

32 Qui engendrent la toxicomanie.

33 Aspect sous lequel se présente un médicament. (De Galien, célèbre médecin grec

de la Rome antique).

13

Ainsi, en novembre 1998, le texte final de la conférence de consensus34

sur le TDAH organisée aux États-Unis par les National Institutes of

Health35 (NIH – Institut national de la santé américain) qui représentent

la plus grande institution de recherche médicale du monde, déclarait

sans équivoque : « Chez les sujets médicamentés, les psychostimulants

semblent améliorer la concentration et l’effort tout en minimisant

l’impulsivité et augmentant la docilité pour une courte période initiale

d’environ 7 à 18 semaines, pour ensuite perdre toute efficacité. [...] Ce qui

est préoccupant, ce sont les constats réguliers selon lesquels malgré

l’amélioration des symptômes centraux, il y a peu d’amélioration dans les

résultats scolaires ou les relations sociales. »

Le professeur Peter Breggin est psychiatre en exercice, directeur de

l’International Center for the Study of Psychiatry and Psychology (ICSPP

– Centre international pour l’étude de la psychiatrie et de la

psychologie)36. Cet expert mondial a déclaré à ce sujet devant le Congrès

américain, en septembre 2000 : « Il est important de comprendre que le

diagnostic de TDAH a été développé spécifiquement dans le but de

justifier l'utilisation des drogues visant à modifier le comportement des

enfants en classe. […] De plus, alors que certains comportements sont

inhibés pour une durée de quelques semaines, il n'existe aucune preuve

tangible de l'amélioration du comportement scolaire, social ou

psychologique. Au contraire, les preuves existent démontrant une

altération des fonctions cognitives, un retrait social et l'existence d'un

état dépressif.37»

The kiddie cocaïne : la « cocaïne des gosses »

La communauté psychiatrique donne de multiples assurances sur

l’innocuité de la Ritaline en expliquant que les enfants et les adolescents

à qui on prescrit ce type de produits destinés à traiter les symptômes de

l’hyperactivité « développeront une aversion caractérisée contre les

drogues illégales et notamment la cocaïne. » Elle s’appuie notamment

sur les travaux des chercheurs américains de la Harvard Medical School

34 Réunion de professionnels débattant de sujets spécifiques aboutissant à des

résolutions finales.

35 Les National Institutes of Health sont la plus grande institution de recherche

médicale du monde. Son budget dépasse 28,8 milliards de dollars en 2005. Ils

regroupent 21 « National Institutes » spécialisés et une importante « National Library

of Medicine.

36 http://www.icspp.org/

37 Témoignage du Dr. Breggin devant le Sous-comité de surveillance et d’enquêtes,

Comité sur l’éducation et la main-d’œuvre, Congrès des Etats-Unis d’Amérique, 29

septembre 2000.

14

de Boston. Cependant, le professeur Nadine Lambert a présenté en

1998, lors de la conférence de consensus du NIH, les résultats de ses

travaux38 indiquant que la prescription de stimulants dans l'enfance

prédispose les individus à abuser de la cocaïne à l'âge adulte. Ces

conclusions nous semblent logiques. En effet, comment et pourquoi la

consommation d'une drogue aussi puissante que la Ritaline, affectant

les mêmes systèmes de neuromédiateurs39 que la cocaïne et les

amphétamines, modifiant de façon durable, voire permanente, la

biochimie cérébrale, pourrait-elle prémunir contre la consommation

ultérieure de drogues ?

Nous avons souhaité savoir ce qu’en pensaient ceux qui ont eu l’occasion

de consommer cette substance. Le témoignage suivant, publié sur

internet par un toxicomane américain40, est éloquent :

« J’ai d’abord essayé l’amphétamine sous forme de Ritaline, médicament

prescrit pour TDAH il y a cinq ans. J’étais en classe de troisième et j’avais

14 ou 15 ans. Un de mes amis avait des ordonnances où il devait prendre

de la Ritaline mais il ne prenait jamais ses pilules. Un jour il m’en a

donné une à l’école. Je crois que c’était une pilule de 20 mg. J’ai aussitôt

aimé ça. Le sentiment de joie et de bonheur que j’ai ressenti dans ma

tête, suivi par une immense ambition de faire quelque chose. Je

découvrai que je faisais vraiment mes devoirs et j’étais tellement

concentré. Ça n’a pas pris de temps pour que j’en prenne tous les jours.

J’ai seulement pris de la cocaïne trois ou quatre fois, ce n’est pas facile

d’en avoir là où je vis. J’aime la cocaïne mais j’ai peur de m’y habituer et

comme c’est dur d’en trouver, je n’y touche pas beaucoup. Par contre,

l’amphétamine, j’en trouve très facilement, surtout depuis que mes amis

à qui on en prescrit savent qu’ils peuvent se faire un peu de blé avec moi.

Cinq ans sur la route, je trouve que c’est de plus en plus dur d’y arriver

tous les jours sans cette bouffée. J’ai sniffé, avalé, fumé, et même une fois

j’ai essayé de me faire un shoot. Ce que je préfère, c’est avaler. J’ai fait la

noce ces quatre derniers mois, jamais plus de deux ou trois jours sans au

moins du 20 mg. Ça se peut que ce ne soit pas une dépendance terrible

comparé au crack ou à la cocaïne, peut-être pas. J’ai jamais fait la

manche ou quoi que ce soit de mal pour en avoir. D’habitude, je dépense

tout l’argent que je peux quand j’en ai. J’ai passé dix jours sans, le plus

long que j’ai fait en quatre ou cinq mois, et je commençais en fait à me

38 Lambert. N & Hartsough, C. S., « Prospective Study of Tobacco Smoking and

Substance Dependence Among Samples of ADHD and non-ADHD Subjects ». Journal

of Learning Disabilities.

39 Voir glossaire à la fin de l’ouvrage.

40 http://www.erowid.org/experiences/exp.php?ID=983

15

sentir bien sans. Mais hier, j’ai pris environ 10 mg d’Adderall et

maintenant c’est reparti. Je sais que je serai toujours dépendant de

l’amphétamine. Je prie seulement de ne jamais tomber accroc à la

méthamphétamine parce que je sais que j’en serai aussitôt dépendant si

j’en trouve facilement. Tout ce que je veux savoir c’est, est-ce qu’il y a

quelqu’un ici d’accroc à l’amphétamine et non à la méthamphétamine ? »

L'histoire de ce jeune homme est malheureusement banale. Elle

témoigne des conséquences incontrôlées de la prescription inconsidérée

des substances stupéfiantes par la médecine psychiatrique chez les

enfants. Courrier International reprenait en mai 2003 les teneurs d’un

article du journal londonien The Observer sous le titre « Attention à la

Ritaline ! »41 :

« Prescrite depuis longtemps aux enfants hyperactifs aux États-Unis,

cette amphétamine est devenue la drogue à la mode dans les écoles

britanniques. Les parents s'inquiètent. À 14 ans, Simon est la coqueluche

des élèves de son collège du nord de Londres. Les filles lui achètent des

cachets de Ritaline qu'elles prennent comme coupe-faim afin de garder la

ligne. Quant aux garçons, ils pilent les cachets et sniffent cette substance

similaire à la cocaïne pour éprouver des sensations fortes à peu de frais.

Les médecins prescrivent la Ritaline pour calmer les enfants atteints

d'hyperactivité. Mais c'est aussi une amphétamine puissante.

Simon n'a qu'à se servir dans l'armoire à pharmacie familiale où se

trouve la Ritaline de son frère qui souffre d'hyperactivité. Et il revend les

cachets pour 1 livre pièce (1,50 euro environ). Ses parents sont à mille

lieues d'imaginer que ce médicament autorisé peut servir de stupéfiant.

‘’Il y en a pas mal qui essaient. La plupart des gars multiplient les effets

en la fumant, et certains la mélangent à du glucose pour la sniffer’’,

raconte Simon.

Cette situation préoccupante est une réalité dans un nombre de plus en

plus important d'écoles du Royaume-Uni, où les enfants - parfois dès 6

ans - deviennent accros à un psychotrope vendu par des dealers mineurs.

La consommation d'amphétamines chez les mineurs est en train

d'exploser au Royaume-Uni.

[…] Beaucoup craignent que le Royaume-Uni ne marche sur les traces

des États-Unis, où l'abus de Ritaline a pris des proportions effarantes.

Chez les jeunes de 5 à 19 ans, 1 enfant sur 30 suit un traitement à la

Ritaline. Ce médicament compte d'ailleurs parmi les dix médicaments les

plus volés dans les pharmacies.

Selon certains parents, les effets secondaires de ce médicament sont

dévastateurs. On a prescrit de la Ritaline à Damien, le fils de Mandy

Simpson, quand il avait 7 ans. Et son comportement a changé du jour au

41 Courrier International, 22.5.2003, n° 655.

16

lendemain. Ce gamin auparavant insouciant est subitement devenu

dépressif et il a fini par essayer de se suicider. Mme Simpson a alors

demandé à un toxicomane endurci de tester la Ritaline et lui a donné

deux cachets. Son verdict l'a choquée. ’’Il a dit qu'il n'avait jamais rien

goûté de meilleur. Et puis il m'a supplié de lui en donner d'autres.’’ Le

fait est qu'il n'y a jamais eu aucune recherche sur les effets à long terme

de la Ritaline, alors que les prescriptions augmentent sans cesse. De

3000 enfants traités en 1993, nous sommes passés à 220 000 l'année

dernière au Royaume-Uni. »

On nous rétorquera sans doute que cet adolescent n’était pas

diagnostiqué comme hyperactif lorsque son camarade lui a offert une

pilule, qu’il a détourné la Ritaline de son usage médical, que lorsqu’elle

est utilisée par quelqu'un qui n’est pas hyperactif et qui ne présente donc

pas les déséquilibres biochimiques des sujets souffrant d’hyperactivité, la

Ritaline agit comme une substance amphétaminique. Sur quoi repose la

validité de tels arguments ? Sur une théorie centrale : celle du

« déséquilibre biochimique » du cerveau, déséquilibre que la Ritaline

viendrait très précisément corriger. Or, cette hypothèse semble n’avoir

jamais été vérifiée. Nous en débattrons dans le chapitre 9.

L’avenir des enfants : des risques inconsidérés

Dans son édition du 23 novembre 2005, Le Monde publiait un article de

la journaliste Cécile Prieur, intitulé « Des enfants sages sur

ordonnance ». Selon les informations obtenues par le journal, « plus de

170 000 boîtes de Ritaline et de Concerta ont été remboursées en 2004,

soit une progression de 160 % par rapport à 2002 et de 320 % par

rapport à 2000. » La journaliste estime entre 7 500 et 9 000 le nombre

d'enfants traités par le méthylphénidate en 2005. Cette consommation a

donc plus que triplé en quatre ans alors que, comme elle le rappelle, la

prescription de ces substances est censée être réservée aux cas les plus

sévères. L’accroissement de l’usage de ces substances psychiatriques estil

dû à une « épidémie » d’hyperactivité ?

Nous l'avons vu, de plus en plus de questions se posent sur la prétendue

efficacité et sur la très probable dangerosité de ces deux médicaments. Il

n’est pas de journaux, de sites internet, de forums de discussion

électroniques qui ne se font l’écho des inquiétudes ou des alarmes

lancées par les parents, les associations familiales et les médecins à ce

sujet. Beaucoup s’inquiètent de leurs effets à long terme et des abus qui

risquent de se produire dans le cadre de leur prescription médicale et

dans celui de leur détournement par les toxicomanes jusque dans les

écoles, ce que nous venons de voir. En outre, et c’est un élément

17

particulièrement préoccupant, les psychiatres avouent ignorer totalement

les effets à long terme de l’utilisation régulière de ces drogues

médicamenteuses chez les enfants et les adolescents. Lorsque l’on

connaît les effets dramatiques que provoquent l’intoxication et

l’accoutumance aux amphétamines, il y a de quoi s’inquiéter.

Dans certaines écoles, selon plusieurs études, un enfant par classe

suivrait une cure médicale de Ritaline ou de Concerta. La généralisation

de cette chimiothérapie laisse éminemment perplexe. Tous les médecins

devraient le savoir, les enfants réagissent différemment les uns par

rapport aux autres aux médicaments. Lorsqu’on l’interrogea sur l’usage

habituel que font les militaires des amphétamines dans l’exercice de leurs

activités, le Dr Eric J. Nestler, psychiatre exerçant au Southwestern

Medical Center de Dallas, dans l’Université du Texas, déclara :

« Certaines personnes sont plus sensibles aux amphétamines que

d’autres. De même, la sensibilité des individus change d’un jour à l’autre

en fonction de leur état de fatigue ou de stress.42 » Le Dr Nestler parlait

d’aviateurs aguerris, alors les enfants…

Ne sachant pas trop à qui se confier, de plus en plus de parents

préoccupés par les effets de ces médicaments publient leurs

interrogations dans les forums de discussion sur internet, demandant

conseil à des journalistes ou d’autres parents. Nous avons désiré vous

montrer quelques citations qui reflètent leur état d’esprit.

« Bonjour,

Parent d'un enfant médicamenté depuis 2 ans, je suis constamment

inquiète sur les effets du ritalin à long terme.

J'ai lu des études où il est mentionné qu'un ralentissement de la

croissance physique est remarqué. De plus, mon fils a des tics (ronge les

ongles jusqu'au coudes, se fait craquer les doigts sans cesse,

clignotements des yeux). L'été, il ne prend pas le ritalin et il ne fait pas

ça.

J'ai beaucoup de mal à lui donner sa médication. Lui, il avale son

comprimé tous les matins, c'est moi qui l'avale pas!

Qu'en pensez-vous?

Merci. »

Un autre témoignage :

« Bonjour, mon nom est […] et ça fait longtemps que je connais ce forum.

Mais depuis plusieurs mois, je ne suis pas venue parce que tout allait

bien. Je suis venue consulter mon forum préféré pour avoir des

42 http://www.cannabisnews.com/news/thread15278.shtml

18

renseignement sur le Stratterra. Hé oui, mon garçon de 12 ans à

commencé le Stratterra avant-hier […].

Voici un petit résumé : à la fin de sa première année, le prof m'a demandé

de consulter pour mon fils, elle doutait un déficit d'attention. J'ai

consulté une fois et le médecin m'a confirmé un déficit d'attention avec

prédominance lunatique. Je me suis revirer de bord disant que le docteur

ne connaissait rien (je suis une maman quand même et mon fils doit être

parfait!). Donc, j'ai essayé les produit homéopathiques, l'acupuncture,

etc... J'ai consulté un autre médecin qui m'a été référé par une amie,

même diagnostique, bon!!

En 2ème année du primaire, il commence le Ritalin. Effet dépressif,

suicidaire, fatigue, ne mange pas beaucoup, ne dort par beaucoup.........

avec les semaines, ça se replace, il ne mange pas beaucoup, mais bon, ça

va mieux à l'école et aux devoirs à la maison. On (médecin, moi et mon

fils) essaie d'augmenter la dose, ouf! NON, c'est pire, il veut mourir,

pleure!!! donc on décide de revenir à la petite dose. Ensuite en 3e année,

on décide d'essayer le Concerta, une dose par jour le matin, donc mon fils

à moins peur que d'autres enfants le voient prendre sa pilule. Ça va bien

en général mais lorsqu'on arrive le moment d'augmenter la dose, encore

la même chose, il pleure, veut mourir, se sent violent en dedans, etc...

[…] Cette année, 6e année du primaire, on est encore à la dose minimum

de la Dexedrine, mon fils ne mange pas beaucoup, il me dit se sentir

faible et il trouve qu'il n'est plus autant capable de garder son attention,

donc on essaie le Straterra.

Il à commencé depuis mardi, en collaboration avec sa Dexedrine, il prend

une dexedrine plus une Strattera (dose minimum) pour une semaine, si

tout va bien, on augmente pour deux semaines pour se rendre à 52 mg.

Ce matin, mon fils à eu mal au coeur, c'est à suivre!

C'est certain que j'ai peur pour son foie, j'espère que tout va bien aller.

EST-CE NORMAL QUE JE ME SENTES ENCORE AUSSI COUPABLE

DE DONNER DE LA MÉDICATION À MON ENFANT APRÈS 5 ANS ???

Merci de me donner vos commentaires si vous connaissez le Strattera.

Bonne journée! »

Le 15 avril 2004, la revue médicale Prescrire s’est interrogée sur la

légitimité de l’utilisation de ces médicaments. Dans un article intitulé

« Hyperactivité avec déficit de l'attention : gare au dérapage ! »43 son

auteur affirme que « le méthylphénidate n'est qu'un recours. » Lisons-en

un extrait : « […] Certaines questions importantes concernant le

méthylphénidate, un amphétaminique, restent sans réponse. On ne

connaît pas la durée optimale du traitement. On sait peu de choses sur le

devenir comportemental et social à l'âge adulte après traitement par

43 http://www.prescrire.org/aLaUne/dossierHyperactif.php

19

méthylphénidate dans l'enfance. On n'est pas complètement rassuré sur

l'absence de risques cardiovasculaires à long terme. » Plus loin : « Le

dérapage de la prescription vers des enfants simplement turbulents

expose à des risques disproportionnés. »

« Même la maturité sexuelle d’un enfant est retardée »

Les auteurs du rapport intitulé Psychostimulants et amphétamines dont

nous avons parlé dans le chapitre précédent, ont des conclusions très

nettes au sujet du méthylphénidate. Voici un extrait de leur document :

« Autre utilisation, remise au goût du jour, des amphétamines : le

traitement du syndrome d’hyperactivité avec déficit de l’attention. Cette

pathologie, dont l’existence est controversée, se caractérise

schématiquement par des enfants, surtout des garçons (9 pour 1 fille),

toujours en mouvement, ne pouvant pas rester longtemps assis,

incapables de soutenir leur attention, facilement distraits et impulsifs.

L’un des traitements les plus employés consiste en deux dérivés

d’amphétamines : la dexamphétamine (Dexédrine) ou le

méthylphénidate (Ritaline).

[…] Le méthylphénidate est commercialisé en France (Ritaline) et a le

statut de stupéfiant soumis à la règle des 28 jours. […] Aux États-Unis, le

nombre d’enfants traités avec ces produits a été multiplié par trois en

vingt ans et cette tendance se poursuit. Actuellement, trois millions

d’enfants et d’adolescents en recevraient des doses quotidiennes, afin,

selon les prescripteurs et/ou les parents, d’améliorer leurs résultats

scolaires et de garantir leur avenir. Les effets bénéfiques de ce traitement

restent, globalement, à démontrer. A court terme, il semble que le

méthylphénidate améliore le comportement scolaire (plus que les

performances scolaires) et les relations avec les autres, sans pour autant

qu’une meilleure intégration sociale dans un groupe d’enfants soit

démontrée.

A long terme, c’est l’inconnu et on ignore d’ailleurs la durée optimale de

traitement. En revanche, les effets indésirables sont patents. Par

exemple, un travail mené auprès d’enfants hyperkinétiques44 suivis

pendant 3 à 5 ans, montre dans 20 à 30% des cas l’apparition de

conduites antisociales et de toxicomanies imputables aux amphétamines.

44 L’hyperkinésie se manifeste par des mouvements réflexes que l’on observe parfois

chez les hémiplégiques dont les membres sont paralysés. L’hémiplégie est la

paralysie complète ou incomplète d’une moitié du corps. Par abus de langage,

l’hyperkinésie désigne des troubles apparentés à l’hyperactivité. Le Manuel

diagnostique et statistique des troubles mentaux de la psychiatrie américaine incluait

dans une version antérieure la « réaction hyperkinétique de l’enfance », trouble qui a

été renommé sous le sigle moderne de TDAH.

20

De plus, certains n’hésitent pas à consommer ces produits en dehors de

leurs indications médicales, ce qui favorise le trafic et la revente dans les

cours d’écoles aux États-Unis. Ainsi, près de 60% des élèves de l’État de

Wisconsin auraient été sollicités par des tiers pour qu’ils leur revendent

leurs médicaments. »

En août 2001, le journal de l’American Medical Association (AMA –

Association américaine de médecine) confirma à plusieurs reprises que

les effets de la Ritaline sont très similaires à ceux de la cocaïne. Selon

l’organe médical, des effets secondaires préjudiciables peuvent

apparaître après des années de cure ou après avoir arrêté la prise de ce

type de médicament.

Dans son livre non encore publié en France, Unraveling the ADD/ADHD

Fiasco45 (« Le Fiasco du TDAH »), le médecin généraliste américain

David Stein démontre que « les effets secondaires sur l'hormone de

croissance sont si réguliers et prévisibles qu’on peut s’en servir pour

évaluer si [le psychostimulant] agit ou pas dans l’organisme de l’enfant

[…]. Même la maturité sexuelle d’un enfant est retardée. »

Le neurologue et psychiatre Sydney Walker est l’auteur de The

Hyperactivity Hoax : How to Stop Drugging Your Child and Find Real

Medical Help46 (« L’Imposture de l’hyperactivité : comment arrêter de

droguer votre enfant et trouver une véritable aide médicale »). Cet expert

estime que « certes, des études révèlent que ce médicament [la Ritaline]

n’est peut-être pas très cancérigène. Mais augmenter le risque de cancer

de millions d’enfants – ne serait-ce qu’un peu – n’est pas quelque chose à

prendre à la légère. » L’auteur mentionne en outre l’existence d’un

rapport récent selon lequel la Ritaline « pourrait avoir un effet cumulatif

et persistant sur le myocarde47 ».

Les dangers du méthylphénidate certifiés par les autorités sanitaires

Nombreuses sont donc les références françaises et internationales à

exposer les effets « secondaires » de la Ritaline et des substances

analogues. Prenons encore l’exemple de la Banque de données

automatisée sur les médicaments (BIAM) dont les informations sont

reprises par la société Vidal, éditrice du célèbre dictionnaire du même

nom. En voici un extrait48 :

45 Dr. David Stein, Ph.D., Unraveling the ADD/ADHD Fiasco (Andrews Publishing,

Kansas City, 2001), p. 22.

46 The Hyperactivity Hoax : How to Stop Drugging Your Child and Find Real Medical Help,

by Sydney Walker III, New York: St. Martin's Press, 260 pages.

47 Épaisse couche de muscles qui forme les parois du cœur.

48 http://www.biam2.org/www/Sub2805.html

21

« Le méthylphénidate […] est un médicament psychotrope du groupe des

amphétamines. En France, il est inscrit au tableau des stupéfiants.

Noms commerciaux : Concerta® (Belgique, Suisse), Concerta LP®

(France), Rilatine® (Belgique), Rilatine Modified Release® [libération

prolongée] (Belgique), Ritaline® (France, Suisse), Ritaline LP® (France,

Suisse).

Classe : psychotrope

METHYLPHENIDATE CHLORHYDRATE

Regime : stupéfiants

1. PSYCHOSTIMULANT (principal)

[…]

Effets secondaires

1. EXCITATION PSYCHOMOTRICE (CERTAIN. RARE)

2. TICS (CERTAIN. TRES RARE)

3. ACCES MANIAQUE (CERTAIN. TRES RARE)

4. TROUBLE OBSESSIONNEL COMPULSIF (A CONFIRMER)

5. DEPRESSION (CERTAIN. RARE)

6. INSOMNIE (CERTAIN. FREQUENT)

7. EPISODE PSYCHOTIQUE (CERTAIN. TRES RARE)

Avec quelquefois des hallucinations visuelles et tactiles.

8. TROUBLE DE L'HUMEUR (CERTAIN. FREQUENT)

9. TROUBLE DU COMPORTEMENT (A CONFIRMER)

10. CEPHALEE (CERTAIN. TRES RARE)

11. EUPHORIE (CERTAIN. RARE)

12. VERTIGE (CERTAIN. TRES RARE)

13. TREMBLEMENT (CERTAIN. RARE)

14. MOUVEMENT CHOREIQUE (CERTAIN. RARE)

15. CRISE CONVULSIVE (CERTAIN. RARE)

16. SECHERESSE DE LA BOUCHE (CERTAIN. RARE)

17. ERYTHEME PIGMENTE FIXE (CERTAIN)

18. HYPERSUDATION (CERTAIN. RARE)

19. HYPERTENSION ARTERIELLE (CERTAIN. RARE)

20. PALPITATION (CERTAIN. FREQUENT)

21. ARYTHMIE (CERTAIN. RARE)

22. TACHYCARDIE (CERTAIN. FREQUENT)

23. ANGOR (CERTAIN. RARE)

24. ANXIETE (CERTAIN. FREQUENT)

25. FIEVRE (CERTAIN. TRES RARE)

26. ANOREXIE (CERTAIN. FREQUENT)

Base de données alimentée par des équipes scientifiques. Les informations publiées

par la BIAM sont destinées aux professionnels de la santé, médecins praticiens et

pharmaciens des secteurs privé et public.

22

27. POIDS (DIMINUTION) (CERTAIN. FREQUENT)

28. TROUBLE DIGESTIF (CERTAIN. RARE)

29. TOXICOMANIE (CERTAIN. TRES RARE)

30. DOULEUR ABDOMINALE (CERTAIN. RARE)

31. REACTION D'HYPERSENSIBILITE (CERTAIN. RARE)

32. ANEMIE (CERTAIN. TRES RARE)

33. LEUCOPENIE (CERTAIN. TRES RARE)

34. THROMBOPENIE (CERTAIN. TRES RARE)

35. PURPURA THROMBOPENIQUE (A CONFIRMER)

36. DERMATITE EXFOLIATRICE (A CONFIRMER)

37. ERYTHEME POLYMORPHE (A CONFIRMER)

38. RETARD DE CROISSANCE (CERTAIN)

Effets sur la descendance

1. INFORMATION MANQUANTE DANS L'ESPECE HUMAINE

Pharmaco-Dépendance

1. RISQUE MAJEUR »

La mention « CERTAIN » indiquée entre parenthèses signifie que le

risque est parfaitement identifié. La seconde mention (« FREQUENT »

ou « RARE ») indique la fréquence avec laquelle se manifesteront les

effets secondaires.

Le problème est si grave que des sommités internationales spécialistes de

la question se sont fait un devoir d’alerter les instances politiques les plus

élevées. Le docteur Peter Breggin, que nous avons rencontré plus haut,

est de ceux-là. Il a témoigné devant le Sous-comité de surveillance et

d’enquêtes du Congrès américain le 29 septembre 2000. Voici plusieurs

extraits de son rapport49 relatif à la situation aux États-Unis. Mais, de

toute évidence, en France, chez nos partenaires européens et en Suisse,

pour ne citer que ces pays, les courbes de prescription de Ritaline et de

produits assimilés laissent augurer des situations tout aussi dramatiques

à plus ou moins brève échéance. La citation est un peu longue mais très

explicative.

Extraits :

« Depuis le début des années 1990, l’Amérique du Nord s'est tournée vers

les drogues psychoactives à un rythme sans précédent en vue de

contrôler les enfants. En novembre 1999, la Drug Enforcement

49 Traduction du docteur Jean-Philippe Labreze, fondateur du Collectif des médecins

et des citoyens contre les traitements dégradants de la psychiatrie. La traduction

complète du rapport est disponible sur le site :

http://www.moratoirepsy.com/objet/Traduction.htm

23

Administration (DEA)50 s’est alarmée de ce danger, précisant que la

production de Ritaline, multipliée par 6 entre 1990 et 1995, atteignait des

chiffres record. En 1995, l’International Narcotics Control Board

(INCB)51, une structure de l’Organisation mondiale de la santé, déplorait

que ‘’10 à 12 % de la totalité des garçons âgés de 6 à 14 ans aux États-Unis

aient été diagnostiqués comme souffrant de TDAH et soient traités avec

du méthylphénidate [Ritaline]’’. […] Un rapport récent publié dans le

Journal de l’Association médicale américaine (AMA), par J. M. Zito et ses

collègues, a montré le triplement des prescriptions de stimulants aux

bambins âgés de 2 à 4 ans. »

Poursuivant son témoignage, le Dr Breggin se penche sur le danger des

psychostimulants médicamenteux. Il précise que leurs effets sont plus

importants que ne semblent le réaliser les praticiens et les experts

habituellement consultés. Il fait remarquer que « la Drug Enforcement

Administration et toutes les agences dans le monde spécialisées dans

l’étude des psychostimulants classent le méthylphénidate (Ritaline) et les

amphétamines (Dexedrine et Adderall) dans le tableau II au même titre

que la méthamphétamine, la cocaïne, la plupart des opiacés et les

barbituriques les plus puissants. » Pour mémoire, ne sont classées dans

le tableau II que les drogues dont le potentiel de dépendance et d’effet est

le plus élevé.52

Le professeur Breggin se penche ensuite sur les effets délétères de ces

drogues, largement documentés dans la littérature scientifique : « Leur

potentiel addictif et le fait qu’elles induisent des consommations abusives

reposent sur la capacité de ces drogues à changer la chimie du cerveau de

façon grave et permanente. Des études sur les amphétamines montrent

que des doses cliniques à court terme engendrent la mort des cellules du

cerveau. Des études similaires sur le méthylphénidate montrent des

changements de longue durée et parfois permanents dans la biochimie

du cerveau. L’expert dénonce également les effets dangereux sur la

croissance de l’organisme des enfants : « Tous les stimulants altèrent la

croissance, non seulement en perturbant l’appétit mais aussi en

modifiant la synthèse de l’hormone de croissance. Ceci constitue une

menace pour chaque organe, y compris le cerveau, pendant la croissance

de l’enfant. La perturbation des neurotransmetteurs53 aggrave cette

menace. Ces drogues endommagent également le système cardio-

50 Organe gouvernemental américain de lutte contre le trafic de drogues.

51 Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS) basé à Vienne.

52 Tableau II : drogues ou substances qui créent un fort risque d'abus, mais qui ont

une utilisation médicale acceptée aux États-Unis sous restrictions, et dont l'abus peut

conduire à une dépendance physique ou psychique accentuée, telles que l'opium, la

morphine, l'amphétamine, la méthamphétamine, le pentobarbital, ... (Source :

Mission interministérielle française de lutte contre la drogue et la toxicomanie.)

53 Voir le terme « neuromédiateur » dans le glossaire.

24

vasculaire et produisent communément de nombreux effets mentaux

néfastes, dont la dépression. »

Accoutumance des enfants aux drogues psychiatriques

L’usage de ce type de médicaments psychotropes représente donc un

risque à court et à long terme pour la santé physique et mentale des

enfants. Mais il y mieux : Breggin révèle dans son témoignage devant le

Congrès américain l’engrenage de prescription qu’entraînent les effets de

la Ritaline chez les patients initialement traités par ce produit : « […] les

stimulants motivent la prescription de drogues psychiatriques

additionnelles. La sur-stimulation produite par les stimulants, par

exemple, est souvent traitée par des sédatifs qui créent une dépendance

[…] et la dépression produite par des stimulants est souvent traitée par

des antidépresseurs dangereux et non approuvés. Comme le contrôle

émotionnel de l’enfant s'effondre en raison des effets de ces drogues, les

stabilisateurs d’humeurs54 peuvent être ajoutés. Finalement, ces enfants

finissent par prendre quatre ou cinq drogues psychiatriques à la fois et

sont diagnostiqués comme souffrant de trouble bipolaire55 à l’âge de 8 ou

10 ans. »

« Les drogues suppriment tout comportement spontané »

Le professeur Breggin démontre ensuite le mode d’action de ce type de

substances : « Des centaines d’études d’animaux et d’essais cliniques

humains ne laissent aucun doute sur la façon dont les médicaments

agissent. Tout d’abord, les drogues suppriment tout comportement

spontané. Chez des chimpanzés en bonne santé et chez d’autres animaux,

on peut le mesurer avec précision par une réduction de toutes les

activités spontanées ou autogénérées. Chez les animaux et les humains,

ceci se manifeste par une réduction des comportements suivants : (1)

exploration et curiosité ; (2) socialisation ; (3) jeu.

Les drogues renforcent ensuite les comportements obsessionnelscompulsifs,

y compris les activités très limitées et trop focalisées.

Le spécialiste fournit une liste des effets prétendument thérapeutiques

des médicaments pris à tort comme des améliorations par les cliniciens,

les enseignants et les parents mais qui traduisent en fait une réelle

souffrance de l'enfant. Ces effets négatifs sur les enfants et les

54 C’est-à-dire des drogues psychiatriques destinées à « stabiliser l’humeur ».

55 Nouvelle appellation de la psychose maniaco-dépressive.

25

adolescents entrent dans trois catégories : obsessionnels-compulsifs,

retrait social et effets inhibiteurs sur le comportement :

• pour ce qui est des effets obsessionnels-compulsifs, il dénote le

comportement stéréotypique, la répétition de tâches avec un manque

total d'efficacité, la rigidité mentale (les psychiatres appellent cela

« persévération cognitive »…

• s’agissant des effets de retrait social, il évoque l’isolement, l’inhibition

du comportement social, la restriction des relations avec les parents et les

autres enfants, la diminution de l'activité ludique56 en général…

• et pour les effets inhibiteurs sur le comportement : passivité,

soumission, humeur maussade, apathique, léthargique, émotion

monotone, absence de sourires, tristesse, avec des accès de pleurs

fréquents, manque d'initiative et de spontanéité, de curiosité et de plaisir.

L’inquiétude que suscite une telle polémique ne saurait être mieux

exprimée que par ce cri du cœur qu’a lancé une maman dans un forum

internet de la chaîne de télévision FR3 :

« Dans le cas présent, il s’agit d’enfants, de très jeunes enfants pour la

plupart. Des êtres faibles et dépendants qui sont sous la tutelle des

parents qui ont le devoir de les protéger de toutes les agressions et de

tous les maux. Je ne crois pas aux mirages des lobbies qui prônent la

surconsommation où seul gouverne le profit à outrance. »

56 Relatif au jeu.

26

Chapitre 5

Des enfants morts sous Ritaline

« Il n'est pas d'équilibre plus fragile que le bonheur des hommes. Aussi

ne pouvons-nous compter sur aucune médecine miracle, mais seulement

sur l'obsession de nos chercheurs à inventer sans cesse de nouvelles

molécules, toujours plus efficaces et respectueuses du bien-être des

hommes. » Telle est l’annonce qu’il est possible de lire sur la page

d’accueil du site internet des laboratoires Janssen-Cilag, fabricants du

Concerta. À en croire leurs prescripteurs, étant donné le confort

qu’apporte au quotidien l’« innovation thérapeutique » que sont la

Ritaline et le Concerta chez les enfants diagnostiqués « hyperactifs »,

nous ne pouvons que poursuivre notre étude sur les effets de ces

substances psychiatriques.

Un des laboratoires qui commercialise le méthylphénidate estimait qu’en

2004, 9 000 enfants auraient reçu de la Ritaline en France. Bien que la

Ritaline et le Concerta soient habituellement prescrits dans le traitement

du TDAH, l’évolution de la pharmacopée57 chimique conduit à la mise au

point de nouvelles substances comme les antidépresseurs de nouvelle

génération, ou au « recyclage » de celles utilisées pour d'autres troubles,

dans le traitement de l’hyperactivité et celui des troubles qui y sont

associés. La question que nous posons dans ce nouveau chapitre est de

savoir si, au-delà de la similitude de ses effets avec la cocaïne et les

amphétamines, le méthylphénidate n’entraîne pas des conséquences plus

délétères encore chez les jeunes individus, qui peuvent être par ailleurs

soumis à des traitements à base d’antidépresseurs.

La raison pour laquelle nous continuons de nous tourner vers l’Amérique

du Nord dans l’étude de nos informations réside dans le fait que les

États-Unis et le Canada ont accumulé depuis plus d’une trentaine

d’années une vaste expérience sur l’usage de la Ritaline et de substances

assimilées. Ce retour d’expérience devrait permettre d’affiner, dans le

57 Art de préparer les médicaments ; liste de médicaments.

27

cadre des échanges scientifiques internationaux, nos jugements sur le

bien-fondé de la préconisation de ces drogues médicales. Les documents

que nous avons découverts – tous disponibles auprès du public –

confortent malheureusement nos craintes, et les dépassent largement.

De très graves accidents thérapeutiques

L’organe judiciaire américain chargé de la réglementation des

stupéfiants, la fameuse DEA (Drug Enforcement Administration),

déclarait en 1995 dans le document de trente pages intitulé

Methyphenidate que nous avons déjà mentionné : « Ce qui est

préoccupant, c’est que l’ensemble de la littérature préparée à l’intention

du public par le CHADD58 et d’autres groupes, mis à la disposition des

parents, ne parlent pas des risques d’abus ou des abus véritables du

méthylphénidate. Au lieu de cela, le méthylphénidate (que ces groupes

appellent Ritaline) est habituellement présenté comme une substance

bénigne et douce qui n’a pas de rapport avec des abus ou des effets

secondaires graves. En réalité, cependant, il existe une abondante

littérature scientifique qui indique que le méthylphénidate comporte les

mêmes risques d’abus que les autres psychostimulants du Tableau II. »

La même cécité s’est emparé des animateurs des organes de promotion

du TDAH en France et en Europe. Par le biais de ces vitrines de relations

publiques en faveur de l’emploi des psychotropes, s’expriment des

psychiatres qui, au nom de la préservation de la santé mentale des

enfants, préconisent des cures à base de Ritaline et d’autres drogues.

Chercheur clinicien à l’INSERM, l’Institut national de la santé et de la

recherche médicale, le docteur Konofal, médecin neurologue, qui est par

ailleurs attaché à l’lnstitut fédératif de recherche des neurosciences

(IFRNS), a collaboré à la rédaction du livre du Dr Lecendreux sur

l’hyperactivité. Selon ses dires, « 1300 études environ ont été faites dans

le monde, principalement aux USA. Toutes révèlent l'absence de danger

de la Ritaline, dans la mesure où elle est prescrite à bon escient, et

seule. » Ce médecin a annoncé lors d’une conférence donnée à

l’assemblée générale du 5 avril 2003 de l’association HyperSupers-TDAH

France59, une association dont les objectifs sont comparables à ceux du

58 Abréviation de : Children and Adults with Attention-Deficit/Hyperactivity, sigle

d’une association américaine à but non lucratif censée représenter les droits des

enfants et des adultes atteints de TDAH. Ce genre d’associations est discrètement

sponsorisé par les laboratoires pharmaceutiques qui fabriquent les drogues

psychiatriques destinées au « traitement » du TDAH.

59 Compte rendu de l’assemblée générale 2004 de l’association HyperSupers du 27

mars 2004. http://perso.wanadoo.fr/thada-france/

28

CHADD américain : « Concernant l'usage de la Ritaline, un point est à

souligner : il n'y a jamais eu un seul cas de décès lié à l'usage de la

Ritaline dans le TDA/H. » Nous verrons ce qu’il en est en poursuivant

notre lecture.

En attendant, rappelons que le Journal of the American Academy of

Child and Adolescent Psychiatry affirmait en 2000 : « Il est notoire que

les psychostimulants font l’objet de risques d’abus dans leur utilisation.

Des doses très élevées de psychostimulants […] peuvent entraîner la

détérioration du système nerveux central, du système cardiovasculaire et

l’hypertension. En outre, des doses élevées ont été mises en rapport avec

des comportements compulsifs, et chez certains individus vulnérables,

des troubles locomoteurs. Un très faible pourcentage d’enfants et

d’adultes traités à des doses élevées ont des réactions hallucinatoires. »

Les accidents thérapeutiques qui se produisent avec l’emploi de la

Ritaline et d’autres formes d’amphétamines médicamenteuses, même

lorsqu’elles sont utilisées à des doses thérapeutiques, sont extrêmement

graves. Rien qu’aux États-Unis, le nombre d’enfants âgés de 10 à 14 ans

admis aux urgences pour des problèmes de santé liés à l’usage du

méthylphénidate aurait été multiplié par dix depuis 1990. L’American

Journal on Addictions, la publication officielle de l’American Academy of

Addiction Psychiatry (AAAP – Académie américaine de psychiatrie et de

toxicologie) aurait répertorié plus de cent effets secondaires de la

Ritaline, dont la psychose paranoïde60, la panique et les illusions

paranoïdes.

Les spécialistes de la question connaissent donc parfaitement bien les

effets dévastateurs du méthylphénidate. Ils savent que la Ritaline se

classe parmi les substances psychotropes les plus puissantes, avec la

cocaïne, la morphine, le PCP (la poudre d’ange) et les

méthamphétamines. La DEA est consciente du fait que la Ritaline

entraîne de sérieux risques, comme les idées suicidaires, des épisodes

psychotiques et des comportements violents.

4400 plaintes américaines contre les effets du méthylphénidate

Nous savons désormais qu’aux États-Unis, des enfants âgés d'une dizaine

d'années, traités par la Ritaline, présentent des anomalies mentales

similaires à celles que manifestent des toxicomanes accros à la cocaïne.

D’après les informations publiées par la Citizens Commission for Human

Rights (CCHR – Commission des citoyens pour les droits de l’homme,

60 Qui a l’aspect de la paranoïa.

29

CCDH61), association internationale cofondée par l'Église de Scientologie

et le docteur Thomas Szasz, professeur de psychiatrie et philosophe de

renommée mondiale, « dans les hôpitaux américains, les admissions aux

services d'urgence pour abus de Ritaline sont aujourd'hui, chez les

préadolescents, plus nombreuses que celles dues à cette drogue

illégale ! »

Selon différents dossiers publiés sur internet, tel celui intitulé Les

conséquences des psychostimulants pour le TDAH : suicide et mort62, de

juillet 2002, les chiffres américains sont si dramatiques que la FDA reçoit

régulièrement des plaintes venant de nombreux particuliers. La FDA

(Food and Drug Administration) est le service gouvernemental américain

responsable de la pharmacovigilance, c'est-à-dire des études, du contrôle

et de la réglementation des médicaments avant leur commercialisation63.

Ses avis font autorité dans le monde entier. Devant la recrudescence des

accidents thérapeutiques de toutes sortes qui se produisent dans ce pays,

notamment dus à la consommation généralisée de produits

psychiatriques, l’agence a mis à la disposition du public une procédure

d’alerte, le MedWatch program, qui permet à tout citoyen de déposer un

rapport par courrier électronique. Plusieurs sources indépendantes

affirment que l’agence fédérale a déclaré le 2 mai 2000 avoir reçu « un

total de 4400 plaintes sanitaires relatives aux effets secondaires du

méthylphénidate depuis 1969 64». Environ un tiers des plaintes reçues

ont été recueillies dans les quinze derniers mois [le texte date de mai

2000] et elles concernaient des manifestations de convulsions, de tics, de

dépendance, de douleurs cardiaques et de décès liées aux

psychostimulants. Dans la décennie 1990-2000, confirment les

documents étudiés, « plus de 569 enfants ont été hospitalisés, 38 d’entre

eux ont failli perdre la vie et 186 décès ont été directement imputables à

la Ritaline. » En outre tout laisse croire que ces chiffres soient sousestimés

étant donné que le pourcentage des parents qui déclarent ces

accidents à la FDA est certainement infime, peut-être inférieur à 10 %.

Dans ces conditions, comment le docteur Konofal, qui exerce au Centre

hospitalo-universitaire Robert Debré pour la mère et l'enfant à Paris,

peut-il sereinement déclarer qu’« il n'y a jamais eu un seul cas de décès

lié à l'usage de la Ritaline dans le TDA/H » ?

61 Le but de la CCDH est, selon ses termes, « d'exposer les violations des droits de

l'homme commises en psychiatrie et d'assainir le domaine de la santé mentale. »

62 The Consequences of Stimulants for ADHD: Suicide and Death. In Death From Ritalin:

The Truth behind ADHD. www.ritalindeath.com

63 La FDA est la principale et la plus ancienne des agences de protection des

consommateurs. Elle inspecte chaque année 107 000 établissements, procède à plus

de 57 000 analyses de prélèvements et effectue 65 000 enquêtes publiques.

64 http://www.becomehealthynow.com/article/conditionmentaladd/667/2/ et

autres sources.

30

« Notre fils de 14 ans est mort de la Ritaline »

Certains parents affligés par la perte de leur enfant dans des

circonstances aussi tragiques ont le courage de surmonter leur douleur

pour dénoncer la terrible injustice dont ils sont victimes. Tel est le cas des

parents de Matthew qui ont décidé de créer un site internet à la mémoire

de leur fils, ce qui leur permet d’informer le public sur les dangers de la

Ritaline. Donnons-leur la parole65 :

« Nous avons créé le 15 avril 2001 ce site internet dans l’espoir de fournir

aux parents et aux tuteurs la vérité sur le TDAH et sur les drogues

utilisées pour traiter les enfants diagnostiqués TDAH.

[…] Matthew, notre fils de 14 ans, est mort soudainement le 21 mars

2000. La cause de sa mort est due à la consommation prolongée (de 7 à

14 ans) du méthylphénidate, une drogue connue sous le nom de Ritaline.

Selon le Dr Ljuba Dragovic, le médecin légiste en chef du comté

d’Oakland dans le Michigan [États-Unis], l’autopsie a révélé des signes

évidents de dommages dans les petits vaisseaux causés par l’usage du

méthylphénidate (Ritaline).

Le certificat de décès stipule : ‘’Décès causé par l’usage prolongé de

méthylphénidate (Ritaline).’’

[…] Ce qui est important, c’est que Matthew n’a jamais eu de problèmes

ou de défaillances cardiaques.

L’histoire de Matthew a commencé dans la petite ville de Berkley, dans le

Michigan. Alors qu’il était en cours préparatoire, l’école a jugé que

Matthew avait le TDAH. L’assistante sociale de l’école, Monica Higer,

nous demandait de venir à des réunions. Un matin, à l’une de ces

réunions, pendant que nous attendions que les autres arrivent, Monica

nous a dit que si nous refusions d’emmener Matthew voir le médecin et

de le mettre sous Ritaline, les services de protection de l’enfance

pourraient nous accuser de négligence vis-à-vis de son éducation et de

ses besoins psychologiques. Ma femme et moi étions intimidés et nous

avions peur. Nous pensions que nous pouvions très bien perdre notre

enfant si nous ne nous conformions pas aux menaces de l’école.

Monica a poursuivi en nous expliquant ce qu’est le TDAH, disant que

c’était un véritable trouble affectant le cerveau. Elle a continué en disant

que le méthylphénidate (Ritaline) était un médicament très léger et qu’il

stimulerait le cerveau et aiderait Matthew à se concentrer.

Nous avons cédé à la pression de l’école et nous avons emmené notre fils

chez un pédiatre qu’ils nous avaient recommandé. Son nom est le Dr

John Dorsey, de Birmingham, dans le Michigan. En le voyant avec la

recommandation de l’école pour le méthylphénidate (Ritaline) à la main,

65 http://www.ritalindeath.com/

31

j’ai remarqué qu’il semblait ennuyé. Il nous a demandé de nous rappeler

que l’école n’était pas une pharmacie. Je conclue de sa remarque que

nous n’étions pas les premiers parents que l’école lui envoyait. Le Dr

John Dorsey a diagnostiqué officiellement chez Matthew le TDAH. Le

test qui a servi au diagnostic a été bouclé en cinq minutes.

À aucun moment ma femme et moi n’avons eu de renseignements précis

sur les conséquences du TDAH et sur les médicaments destinés à le

‘traiter’’.

[…] On ne nous a pas dit que la Drug Enforcement Administration avait

classé le méthylphénidate (Ritaline) dans le Tableau II des drogues,

comme la cocaïne.

[…] À aucun moment on ne nous a parlé du caractère non scientifique de

ce trouble.

On ne nous a pas dit qu’il y avait une grande controverse dans la

profession médicale au sujet de la validité de ce trouble.

De plus, on ne nous a donné aucun renseignement sur les dangers de

l’usage du méthylphénidate (Ritaline) comme ‘’traitement’’ du trouble

déficitaire de l’attention avec hyperactivité. Un de ces dangers est que le

méthylphénidate, la Ritaline, entraîne la constriction des veines et des

artères, entraînant un effort cardiaque supplémentaire et conduisant

inévitablement à endommager l’organe lui-même.

On ne nous a pas mis en garde sur le nombre important de morts

d’enfants qui ont un rapport avec ces types de médicaments employés

dans ce ‘’traitement’’.

Alors que Matthew prenait du méthylphénidate (Ritaline), à aucun

moment nous n’avons été informés de quelque test que ce soit :

échocardiogramme, IRM.66 Ces types de tests auraient permis de détecter

le dommage que subissait le cœur. Ces tests ne sont pas considérés

comme ‘’standard’’ dans la surveillance du ‘’traitement’’ du TDAH, ils ne

sont jamais utilisés chez les enfants.

[…] Si j’avais su certains faits, j’aurais agi différemment et mon fils serait

encore en vie. Ça, j’en suis certain.

[…] Pour terminer, nous aimerions dire que nous espérons que ce site

vous a éclairés.

Avec nos sincères salutations, Lawrence & Kelly Smith. »

Neurologue et pédiatre californien, membre de l'Académie américaine de

neurologie, le Dr Fred Baughman fait partie, comme le professeur Szasz

et le docteur Breggin, des plus grands experts internationaux

indépendants des troubles psychiques infanto-juvéniles. Le témoignage

66 Imagerie par résonance magnétique : technique d’imagerie médicale employant un

champ magnétique et des ondes radio. Le signal obtenu est traité sous forme d’image

par système informatique.

32

particulièrement poignant qu’il a communiqué en novembre 2001 à

l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe est transcrit dans un

document intitulé Procès du diagnostic et du traitement du TDAH et des

troubles associés et de leurs traitements par des stimulants67.

Extrait :

« Les enfants dont je vais vous parler ne sont plus hyperactifs ou ne sont

plus inattentifs, ils sont morts. Entre 1994 et 2001, on m’a consulté au

point de vue médical ou légal, de façon formelle ou informelle, dans

plusieurs cas de décès : Stéphanie, 11 ans, à qui on a prescrit un

stimulant, décédée d’arythmie cardiaque ; Matthew, 14 ans, à qui on a

prescrit un stimulant et mort de cardiomyopathie68 [c’est le témoignage

que nous venons de lire] ; Macauley, 7 ans, à qui on a prescrit un

stimulant et trois autres psychotropes, mort d’un arrêt cardiaque; Travis,

13 ans, à qui on a prescrit un stimulant et décédé de cardiomyopathie ;

Randy, 9 ans, à qui on a prescrit un stimulant et plusieurs autres

drogues, mort d’un arrêt cardiaque ; Cameron, 12 ans, à qui on a prescrit

un stimulant, décédée d’un syndrome hyperéosinophilique69. C’est un

lourd prix à payer pour le "traitement" d’une "maladie" inexistante. »

Les mises en garde se multiplient dans le monde

Devant la gravité de la situation, les dispositions officielles que sont

contraintes de prendre les institutions de sauvegarde de la santé publique

américaines, européennes et internationales sont de plus en plus

fréquentes. La FDA américaine, par exemple, a diffusé une annonce

après celle qui a été émise par Santé Canada au sujet du Strattera,

premier non-stimulant destiné aux enfants hyperactifs. La FDA a décidé

de veiller à ce qu’une mise en garde publique soit apposée par le fabricant

pharmaceutique Eli Lilly sur les emballages du Strattera. D’après Radio-

Canada, Santé Canada a de son côté annoncé en septembre 2005 son

intention d'effectuer « une révision de tous les médicaments utilisés pour

soigner le trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité, soit le

Concerta, l'Adderall XR, le Dexadrine, le Ritalin et l'Attenade ».

Le 28 juin 2005, la FDA avait déjà demandé de modifier l’étiquetage des

produits à base de méthylphénidate comme la Ritaline et le Concerta,

afin que soit apposée une mise en garde contre les « incidents

psychiatriques » que ces médicaments peuvent produire tels que

67 The Case Against Diagnosis and Treatment of ADHD and Related Disorders and Their

Treatment With Stimulants (presentation to the Parliamentary Assembly, Council of

Europe, November 23, 2001), by Fred A. Baughman Jr., MD, Neurologist/Pediatric

Neurologist, El Cajon, California, USA.

68 Maladie du muscle cardiaque.

69 Augmentation anormale des globules blancs dans le sang.

33

« hallucinations visuelles, pensées suicidaires, comportement

psychotique, agressivité et comportement violent ».

Mais ces dispositions arrivent un peu tard. Il y a plus de dix ans, l’Organe

international de contrôle des stupéfiant (OICS)70, une agence de contrôle

indépendant et quasi judiciaire, chargée de surveiller l’application des

traités internationaux relatifs au contrôle des drogues, avait déjà mis en

garde l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la situation. On

pouvait lire dans son rapport annuel de 1995, au chapitre 2, la

déclaration suivante : « L'Organe demande à tous les gouvernements

d'être extrêmement vigilants et d'éviter des diagnostics trop fréquents

des troubles de l'attention chez les enfants et des traitements

médicalement injustifiés au méthylphénidate et à d'autres stimulants. Il

invite l'OMS à évaluer, à titre prioritaire, la prévalence des troubles de

l'attention dans les différentes parties du monde, les critères de

diagnostic de ces troubles et l'utilisation de méthylphénidate et d'autres

stimulants et de toute autre forme de traitement de ces troubles chez les

enfants. Il invite également l'OMS à porter les résultats de ses

évaluations à l'attention des autorités sanitaires nationales. »

L'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe s’est pour sa part

montrée extrêmement attentive vis-à-vis de ce problème. Dans un texte

intitulé Contrôler le diagnostic et le traitement des enfants hyperactifs

en Europe 71 datant de mai 2002, elle déclarait : « L’Assemblée

parlementaire est donc invitée à recommander, entre autres, au Comité

des Ministres de charger le Comité européen de la santé d’étudier la

question en consultation avec les organes appropriés, de recenser les

meilleures pratiques en matière de diagnostic et de traitement de ces

enfants dans le respect total de leurs droits et de leurs intérêts, et

d'élaborer une recommandation aux gouvernements des États membres

visant à réglementer de manière plus stricte le diagnostic et le traitement

sur la base du principe de précaution et des normes éthiques

correspondant aux valeurs du Conseil de l’Europe.

70 L’OICS a été établi en 1968 par la Convention unique sur les stupéfiants de 1961.

71 Assemblée parlementaire, Conseil de l'Europe, Contrôler le diagnostic et le

traitement des enfants hyperactifs en Europe, Doc. 9456, 7 mai 2002, Rapport,

Commission des questions sociales, de la santé et de la famille.

34

Le Comité des droits de l’enfant des Nations-Unies s’inquiète des effets

dangereux des psychostimulants

Plus récemment, le Comité des droits de l’enfant des Nations-Unies s’est

penché en octobre 2005 sur l’abus des diagnostics des enfants et de

l’administration à leur intention de drogues puissantes destinées à traiter

le TDAH. Dans ses conclusions finales72, signées par l’Australie, la

Finlande et le Danemark, on peut lire : « Le Comité est également

préoccupé par les informations indiquant que le trouble déficitaire de

l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H) est mal diagnostiqué et

qu’en conséquence on prescrit trop souvent pour le traiter des

psychostimulants dont les effets délétères sont pourtant de mieux en

mieux connus. […] Le Comité recommande que de nouvelles recherches

soient menées sur le diagnostic et le traitement du déficit d’attention avec

ou sans hyperactivité, y compris les effets nocifs que les psychostimulants

peuvent avoir sur le bien-être physique et psychologique des enfants, et

que, face à ce trouble du comportement, on opte dans toute la mesure

possible pour d’autres formes de prise en charge et de traitement. »

72 Convention relative aux droits de l’enfant. Quarantième session.

Examen des rapports présentés par les États parties en application de l’article 44 de la

Convention. CRC/C/15/Add.272 - 20 octobre 2005. 5. Santé et bien-être.

http://www.ohchr.org/french/index.htm

35

Chapitre 6

Nouveaux antidépresseurs destinés aux enfants :

violence, dépressions, automutilations, suicides

Nous avons étudié dans le chapitre précédent les effets dramatiques des

amphétamines telles que la Ritaline utilisées dans le traitement de

l’hyperactivité et des troubles associés. Nous allons désormais nous

pencher sur les effets des antidépresseurs de la nouvelle génération.

Nous y consacrons les pages suivantes car ces nouvelles substances

pourraient être prochainement prescrites aux enfants et aux adolescents.

Mais avant cela, nous aborderons la question de la possible implication

des psychotropes de toutes sortes dans le terrible fléau social qu’est le

suicide.

Une « forte corrélation » entre la prescription des psychotropes et le taux

de suicide

En France, le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les jeunes

âgés de 15 à 24 ans, la première cause étant les accidents de la route. Les

chiffres représentent 16 % de la mortalité dans cette tranche de la

population. Il semble que les décès par suicide avant 15 ans ne soient pas

répertoriés avec la même précision par les services hospitaliers

d’urgence, bien que ce drame soit également réel.

L’Union nationale pour la prévention des suicides (UNPS), qui fédère

une vingtaine de grandes associations de lutte contre ce fléau, a mené en

France une étude sur la relation entre la surconsommation de

psychotropes et le suicide73. Son enquête a porté sur 308 habitants de

Saint-Étienne et de Lyon de tous âges qui se sont donné la mort entre

mai 2003 et octobre 2004. La population, bien connue des services de

médecine légale, a été comparée à des sujets témoins. « Il en ressort une

73 Enquête de l’Union nationale pour la prévention des suicides (UNPS), septembre

2005 ; « La santé des suicidés », Dr Eric Bonne, Service de médecine légale de Saint-

Etienne, Institut médico-légal de Lyon, Service médical de l’Assurance maladie.

36

forte corrélation entre l'augmentation récente de la prescription de

psychotropes et l'acte suicidaire, révèle un des rapports d’étude. Près de

90% des femmes et 60% des hommes suicidés prenaient des

psychotropes durant les six mois précédant l'acte. La corrélation est

encore plus marquée à moins d'un mois du passage à l'acte. »

Selon l’enquête de l’UNPS, la mort par suicide résulte d’une

polythérapie74, avec des ordonnances à rallonge, principalement

d'antidépresseurs, mais également d'hypnotiques et de tranquillisants.

Une autre étude a été conduite par le GTNDO, le Groupe technique

national de définition des objectifs de l’INSERM. Cette structure

spécialisée procède régulièrement à l’analyse des grands problèmes de

santé publique afin de donner des avis techniques sur les mesures à

prendre dans des domaines sanitaires. Le rapport intitulé

Comportements de consommation de produits psychoactifs75 qu’a publié

le GTNDO sous le timbre du ministère de la Santé, de la Famille et des

Personnes handicapées est éloquent. Son document mis à jour il y a

quelques années, dresse le bilan suivant : « Médicaments psychotropes –

Nombre de décès attribuables : Inconnu. Parmi les surdoses constatées

par les services de police en 2000, les benzodiazépines76 apparaissent

comme produit associé dans 10 cas sur 120. […] Dans la population

générale, l’usage d’anxiolytiques77 peut avoir un effet paradoxal (effet

désinhibiteur) susceptible de favoriser des passages à l’acte (avec des

conséquences en terme de prises de risque et de délinquance). La

consommation à long terme est susceptible d’entraîner chez certains

sujets des dépressions. »

Plus loin, on peut lire : « Les personnes en crise suicidaire recherchent

activement des solutions pour apaiser leur souffrance. […] Dans les 15

derniers jours, 20 à 40 % des personnes qui vont faire une tentative de

suicide ont consulté leur généraliste, en cas de suivi psychiatrique, 10 à

50 % ont consulté leur psychiatre. La sous-estimation du risque de

tentative par les professionnels de santé a été mesurée par des auteurs

comme Appleby. Seuls 15% des sujets qui feront une tentative dans la

74 « Emploi thérapeutique simultané de plusieurs médicaments » (Le Garnier

Delamare, Dictionnaire des termes de médecine).

75 GTNDO, analyse des connaissances disponibles sur des problèmes de santé, leurs

déterminants et les stratégies de santé publique, Lucien Abenhaim, Catherine Le

Gales, Direction générale de la santé, Institut national de la santé et de la recherche

médicale. Paris, Ministère de la santé, de la famille et des personnes handicapées,

2003.

www.sante.gouv.fr/htm/dossiers/losp/03psychoactifs.pdf

76 Médicaments anxiolytiques extrêmement utilisés dans la pratique quotidienne.

77 Substances sédatives destinées à réduire l’anxiété, comme le Valium et le Témesta.

37

semaine ont été identifiés comme à risque sur une population de 1 040

suicides. »

Risque suicidaire multiplié par 100 à 200 pour les patients hospitalisés

en psychiatrie

Dans un autre rapport mis à jour en avril 200378, le GTNDO souligne la

carence des professionnels de la santé mentale dans la détection des

adultes hantées par les idées suicidaires qui viennent les consulter. Les

individus qui se font hospitaliser en psychiatrie ne sont pas mieux lotis :

« L’hospitalisation en psychiatrie, précise le document, est aussi une

période à risque élevé ainsi que les 4 semaines qui la suivent. Environ 5%

des suicides ont lieu à l’hôpital. Dans les 4 semaines qui suivent une

hospitalisation en psychiatrie, le risque relatif est multiplié par 100 pour

les femmes et par 200 pour les hommes. Ces décès représentent 10 à

15 % de l’ensemble des suicides. »

Il est surprenant de constater, à la lecture de tels rapports, qu’en dépit de

prescriptions massives de psychotropes, les spécialistes de la dépression

et des troubles mentaux sont impuissants à enrayer le fléau du suicide,

alors qu'il s'agit de l'une de leurs missions essentielles. On nous dira qu’il

est généralement trop tard pour sauver ces malheureux quand ils

viennent consulter ou se faire hospitaliser. Sans doute, mais les

antidépresseurs et les anxiolytiques qu’on leur prescrit avant qu’ils ne se

suppriment n’étaient-ils pas justement destinés à les aider à surmonter

leur souffrance psychique et à éviter qu’ils n’en arrivent à cette extrémité

? Au contraire, il apparaît, comme nous l’avons vu plus haut dans les

conclusions d’une étude de l’UNPS, que le nombre d’actes suicidaires se

trouve augmenté par l’usage de la pharmacopée psychiatrique.

Plusieurs milliers d’enfants sous antidépresseurs

Chez l’adulte, les antidépresseurs les plus utilisés en France sont le

citalopram (Seropram), l’escitalopram (Seroplex), la fluoxétine (Prozac),

la fluvoxamine (Floxyfral), la miansérine (Athymil), le milnacipran (Ixel),

la mirtazapine (Norset), la paroxétine (Deroxat), la sertraline (Zoloft), la

venlafaxine (Effexor). L’atomoxétine et le reboxétine ne sont pas

autorisés.

L’emploi des antidépresseurs ISRS est généralement déconseillé en

France chez l’enfant et l’adolescent. Certains sont même contre-indiqués

78 http://www.sante.gouv.fr/htm/dossiers/losp/67suicide.pdf

38

chez les moins de 15 ans et chez les moins de 18 ans79. Seuls deux

antidépresseurs IRS, le Zoloft et le Floxyfral possèdent une indication

chez l'enfant et l'adolescent dans le traitement des TOC (troubles

obsessionnels compulsifs), de certains troubles de l’hyperactivité et de la

dépression. L'atomoxétine, non employée en France, est indiquée dans

certains pays de l'Union européenne dans le traitement du TDAH.

Cependant, la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des

statistiques (DREES) du ministère de la Santé et des Solidarités rapporte

que les ventes d'antidépresseurs (tous âges confondus) en France ont été

multipliées par sept en vingt ans. En dépit des assurances selon

lesquelles ces substances sont rarement prescrites aux enfants, ceux-ci

sont de plus en plus nombreux à être traités avec cette classe particulière

de psychotropes.

Une enquête de l'Assurance maladie indiquait qu’en 2003, plus de 6 000

enfants et adolescents suivaient une cure médicamenteuse contre la

dépression. Ces chiffres de l’emploi des antidépresseurs semblent

corroborés par ceux publiés dans un document de juin 2005 par l’Agence

française de sécurité sanitaire des produits de santé. Ce texte, intitulé

Troubles mentaux – Dépistage et prévention chez l’enfant et

l’adolescent, contient le compte rendu d’une réunion du 8 mars 200580

entre des spécialistes de la psychiatrie, des autorités sanitaires et des

médecins. Il révèle que, selon les chiffres de la Caisse nationale

d'assurance maladie des travailleurs salariés, 40 000 enfants et

adolescents seraient traités chaque année pour un diagnostic de

dépression, et qu’environ 10 à 20 % des cas feraient l’objet d’un

traitement médicamenteux. La classe des antidépresseurs ISRS

représenterait 80 % des prescriptions.

Vous avez dit suicides ???

La lecture du document de l’Agence française de sécurité sanitaire est

édifiante. Selon le compte rendu de la réunion professionnelle, « les

experts, dans l’ensemble, se montrent réservés quant à la réalité d’une

augmentation du comportement suicidaire chez les enfants et les

adolescents traités par antidépresseurs. » Une des raisons invoquées est

qu’« aucune augmentation du nombre de suicides n’a été observée, en

France, depuis la mise sur le marché des IRS81 ; ceci est confirmé par

79 Moins de 15 ans : citalopram (Seropram), milnacipran (Ixel), miansérine (Athymil),

paroxétine (Deroxat) ; moins de 18 ans : venlafaxine (Effexor).

80 http://agmed.sante.gouv.fr/htm/10/antid/cptrendu.pdf

81 IRS : inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, ou ISRS.

39

certaines données épidémiologiques internationales. » En outre, « la

mise en route d’un traitement, y compris psychothérapeutique, peut ellemême

induire un comportement suicidaire ». Enfin : « peu d’experts ont

été confrontés au suicide d’adolescents et lorsque cela était le cas, il ne

s’agissait pas de sujets traités. » Résultat : « l’utilisation des

antidépresseurs se faisant majoritairement en dehors de schémas validés,

les prescripteurs (représentés dans la réunion) demandent une grande

souplesse de prescription et un meilleur accès aux informations […]

Quant à d’éventuelles mesures de restriction, elles sont considérées

comme plutôt dommageables, aussi bien par ceux qui ne seraient pas

à priori directement touchés, comme les spécialistes hospitaliers, que par

les prescripteurs plus occasionnels, comme les médecins généralistes.

Ceci pour plusieurs raisons : - des restrictions compliqueraient une

pratique rendue déjà difficile par le manque de structures et de temps

disponibles ; - il pourrait y avoir un risque de glissement de la

prescription vers des classes thérapeutiques qui ne sont pas forcément

adaptées (neuroleptiques, thymorégulateurs), voire potentiellement

problématiques (benzodiazépines) ; - enfin, de façon plus marginale, ces

mesures augmenteraient le climat anxiogène perçu au niveau des

familles, voire l’émergence d’actions en justice. »

Bref, tout va bien dans le meilleur des mondes, le quota du suicide chez

les jeunes déprimés sous les effets des ISRS, est normal, n’inquiétons pas

indûment les familles qui, de plus, pouraient faire un scandale… Cette

prise de position est tout de même assumée par les institutions de l’État :

l’AFSSAPS (l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de

santé), des représentants de la Commission de l’AMM82, de l’Ordre des

pharmaciens, de l’Ordre des médecins, et de la Fédération française de

psychiatrie !

Des effets secondaires « gênants »

Mais de quels antidépresseurs s’agit-il ? De substances d’une nouvelle

génération, celle de la famille des ISRS, les inhibiteurs sélectifs de la

recapture de la sérotonine83, dont certains sont préconisés dans le

traitement de troubles du comportement associés à l’hyperactivité. Nous

allons voir de plus près ce qu’il en est de ces nouvelles drogues

psychiatriques. Dans son livre sur l’hyperactivité84, le Dr Lecendreux

interroge : « Quels sont les médicaments qui peuvent traiter le TDAH ? »

et répond qu’il existe d’autres classes de médicaments appropriés dans la

82 Autorisation de mise sur le marché des produits pharmaceutiques.

83 Voir glossaire à la fin du livre.

84 L’hyperactivité, p. 222-223

40

prise en charge de ce trouble. « […] D’autres molécules [différentes du

méthylphénidate et des dérivés amphétaminiques] plus récentes

semblent tout à fait prometteuses. Elles ont des modes d’action différents

mais également spécifiques, cette fois sur la noradrénaline85. Le

modafinil est déjà utilisé avec succès dans des troubles majeurs de la

vigilance comme la narcolepsie86. Son excellente tolérance pourrait en

faire un médicament de choix dans le traitement du TDAH […]. Un

nouveau produit, l’atomoxétine […] a montré son efficacité sur les

symptômes du TDAH de l’adulte. Sa bonne tolérance et son profil

pharmacologique très différent de celui des amphétamines en font un

produit très attendu dans les années à venir pour le traitement du TDAH

de l’adulte et de l’enfant. »

Suit un tableau recensant par catégories les médicaments susceptibles

d’être utilisés dans le cadre de ce traitement. On y trouve entre autres les

psychostimulants à base d’amphétamine (dont nous avons relevé les

terribles effets secondaires au début de notre ouvrage), les nonpsychostimulants

comme l’atomoxétine (commercialisé aux États-Unis

sous le nom de Straterra), le modafinil (commercialisé en France sous le

nom de Modiodal, destiné à traiter la narcolepsie), des antidépresseurs

comme le bupropion (commercialisé en France sous le nom de Zyban,

actuellement destiné au sevrage du tabac), des antidépresseurs ISRS

comme le citalopram, la fluoxetine (Prozac), la fluvoxamine, la

paroxetine, la sertraline, et enfin la venlafaxine, produits dont l’efficacité

« n’est plus à démontrer dans la dépression ». « En raison d’effets

secondaires gênants, ajoute l’auteur sans autre précision, ou d’une

moindre efficacité (comparée à celle des stimulants), quelques-uns

d’entre eux sont abandonnés. » Quoi qu’il en soit, voyons de plus près ce

qu’il en est de certains d’entre eux.

Strattera (atomoxétine) : automutilations et suicides chez des enfants

Le principe actif du Straterra produit par les laboratoires Eli Lilly, est

l’atomoxétine. Dans un document diffusé par la Direction générale

canadienne des produits de santé et des aliments (DGPSA), affiché sur le

site web de Santé Canada87, on peut lire l’avertissement officiel suivant,

extrait d’une lettre publiée par Eli Lilly :

85 Voir neuromédiateur dans le glossaire.

86 Crise de somnolence excessive et souvent irrésistible qui peut se produire plusieurs

fois dans la journée et se prolonger par un état léthargique. Des hallucinations sont

possibles, ressemblant à un rêve éveillé.

87 http://www.hc-sc.gc.ca/dhp-mps/medeff/index_f.html

41

Le 28 septembre 2005

Objet :

MISE EN GARDE concernant l'atomoxétine qui peut exercer des effets

sur le comportement et les émotions pouvant représenter un risque

d'automutilation.

Avis aux professionnels de la santé :

Par suite de discussions avec Santé Canada, Eli Lilly Canada Inc. désire

vous communiquer d'importants renseignements relatifs à la possibilité

que l'atomoxétine exerce des effets sur le comportement et les émotions

pouvant constituer un risque d'automutilation.

La mise en garde sera ajoutée à la monographie88 de STRATTERA

(chlorhydrate d'atomoxétine) et se base sur les renseignements cidessous.

POSSIBILITÉ D'EFFETS SUR LE COMPORTEMENT ET LES

ÉMOTIONS POUVANT ABOUTIR À UNE AUTOMUTILATION

Pédiatrie : Données d'essais cliniques contrôlés par placebo.

De récentes analyses de données provenant d'essais cliniques contrôlés

par placebo ont montré que des pensées suicidaires étaient observées

plus fréquemment chez les enfants et adolescents traités par

STRATTERA (5/1 357 [0,37 %]) que chez ceux prenant un placebo

(0/851). Un cas de tentative de suicide a été signalé parmi les patients

traités par l'atomoxétine. Aucun suicide n'a été signalé.

Comme il est mentionné dans la monographie, de très rares cas de

pensées suicidaires, de dépression suicidaire, de tentatives de suicide et

de suicides ont été signalés chez les enfants, adolescents et adultes après

la commercialisation du produit.

Il est recommandé de surveiller étroitement l'apparition de pensées

suicidaires ou de tout autre indicateur de risque de comportement

suicidaire chez les patients de tous âges, y compris une instabilité

émotionnelle ou comportementale.

Renseignements généraux

[…] Les patients peuvent courir de plus grands risques de présenter des

réactions indésirables telles que des pensées suicidaires, de l'hostilité et

des sautes d'humeur. La personne soignante qui s'occupe de vous ou

vous-même devez informer votre médecin immédiatement si l'un ou

l'autre de ces symptômes se manifeste ou s'aggrave après le début du

traitement par STRATTERA. »

[…] Veuillez agréez nos salutations distinguées. »

88 Étude complète et détaillée d’un produit pharmaceutique destiné aux

professionnels de santé.

42

Ce qui ne manque pas de piquant, c’est que la DGPSA pourtant

responsable de l'homologation des produits thérapeutiques avant leur

mise sur le marché, déclare dans son document n'endosser aucune

responsabilité en ce qui concerne le produit incriminé ou la société

commerciale qui les fabrique. Les victimes du Strattera qui n’étaient pas

informées des risques que le produit faisait courir apprécieront. « Toute

question concernant l'information relative à un produit devrait faire

l'objet d'une discussion avec votre professionnel de santé » affirme la

DGPSA. Parents, ne vous alarmez donc pas si votre enfant se taillade les

veines, il suffit d’en parler avec votre médecin. Reconnaissons néanmoins

que la DGPSA a fait une partie de son travail en obligeant Eli Lilly à

dévoiler ces informations vitales.

De l’autre côté de la frontière, aux États-Unis, la Food and Drug

Administration (FDA) a publié le 29 septembre 2005 un Public Health

Advisory89 (mise en garde sanitaire publique) à l’intention des médecins,

concernant les comptes-rendus de pensées suicidaires chez des enfants et

des adolescents liées au traitement par Straterra, une drogue approuvée

dans le cadre du traitement du TDAH. La FDA s’est vue contrainte

d’ordonner à Eli Lilly et Compagnie, le fabricant du Strattera, de rédiger

un guide sur ce médicament à destination des patients et des

professionnels de santé.

Dans sa note, la FDA demande de surveiller les enfants au sujet de tout

risque de troubles qu’ils pourraient manifester à cause du Strattera et

cela comprend l’agitation, l’irritabilité, les pensées ou les comportements

suicidaires, des changements inhabituels de comportement, notamment

dans les premiers mois de la thérapie.

L’analyse de la FDA révèle que 0,4% des enfants traités au Strattera ont

manifesté des idées suicidaires contre aucun cas chez ceux qui avaient

reçu un placebo au cours des études cliniques. Lorsque l’on sait que,

depuis 2002, date de commercialisation du Strattera aux États-Unis, plus

de deux millions de jeunes Américains ont consommé ce produit, on a

toutes les raisons de craindre que 8 000 enfants et adultes courent le

risque de céder à des pulsions suicidaires. Sur ce nombre, combien

d’enfants sont depuis passés à l’acte ? 100, 500, 1000 ? Ajoutons que le

Strattera pourrait faire l’objet d’études aux fins de sa commercialisation

en France.

89 http://www.fda.gov/cder/drug/infopage/atomoxetine/default.htm

43

Modafinil (ou Modiodal) : les cobayes de la guerre du Golfe

On nous affirme que « le modafinil est déjà utilisé avec succès dans des

troubles majeurs de la vigilance comme la narcolepsie90 » et que « son

excellente tolérance pourrait en faire un médicament de choix dans le

traitement du TDAH. » Relevons quelques témoignages glanés au hasard

dans des forums sur internet :

« Ma fille 16 ans est atteinte d'hypersomnie idiopathique91. Elle ne

supporte pas et a dû cesser de prendre son traitement (modiodal) qui

provoque angoisse et crise de larmes. Existe-t-il un moyen de gérer cette

maladie sans prendre de médicament? Elle a redoublé sa 4eme et sa

3eme alors qu'elle est intelligente et son avenir l'angoisse. Existe-t-il une

association regroupant ces malades et qui pourrait éventuellement

l'aider? »92

« Bonjour!

Je m'appelle Émilie j'ai 17 ans et comme votre fille je suis

hypersomniaque, cela a été diagnostiqué il y a à peine un an et tout

comme votre fille on m'a prescrit du Modiodal qui comme pour elle a

provoqué des crises de larmes, d'angoisse, d'agressivité, pour finir par

une dépression... »

« Ma mère prend Modiodal depuis quelques semaines, et après avoir

traversé une crise d'anorexie en début de traitement souffre maintenant

de boulimie. Elle est prise de fringales énormes qu'elle a du mal à

controler. De plus, elle a perdu 13 kilos depuis qu'on lui a prescrit ce

médicament […]. Avez-vous des symptômes similaires? Merci pour vos

réponses. »93

Inquiètes par l’apparition inattendue et préoccupante d’effets

secondaires plus ou moins graves, les familles ont désormais pris

l’habitude de s’interroger d’un ordinateur à un autre pour échanger leurs

craintes, conter leurs expériences et se transmettre des conseils. Elles se

sentent désemparées devant cette étrange médecine qui semble plus

prompte à médicaliser les troubles psychiques des enfants qu’à écouter et

comprendre les malaises dont ils souffrent.

90 « Exagération pathologique du besoin de dormir. » (Le Garnier Delamare –

Dictionnaire des termes de médecine).

91 Somnolence diurne excessive plus ou moins permanente, le sujet se plaignant

d’être rarement complètement éveillé.

92 http://www.atoute.org/dcforum/DCForumID5/255.html

93 http://forum.aufeminin.com/forum/sante19/__f224_sante19-A-propos-demodiodal.

html

44

Autre chose : le modafinil figure dans la liste officielle du Code mondial

antidopage94 qui énumère les substances prohibées par l’Agence

mondiale du même nom. On y trouve aussi l’amphétamine, dont nous

avons déjà parlé, le méthylphénidate (molécule de la Ritaline et du

Concerta), la pémoline (évoquée dans un chapitre antérieur) « et autres

substance possédant une structure similaire. »

Mais ce n’est pas tout. Nous apprenons que le modiodal est l’excitant

employé par des soldats de la Légion étrangère. Dans un article du

Monde95 de fin 2005, intitulé : « Les cobayes de la guerre du Golfe », la

journaliste Cécile Prieur révélait qu’en 1991, lors des opérations

militaires en Irak, près d’un millier de soldats français, dont ceux de la

vénérable Légion, ont absorbé à leur insu des comprimés de modafinil

pour lutter contre le sommeil.

« Le 13 juin 1990, poursuit l’article, sous le nom de code "Opération

dauphin", le Comité d'éthique du Service santé des armées (Cessa) a

décidé, lors d'une réunion secrète, l'utilisation à grande échelle du

modafinil. La Direction centrale du service de santé recommande alors

"une forte discrétion" sur cette expérience. Dans une note interne datée

du 18 janvier 1991, la hiérarchie précise en effet que le modafinil ne doit

être employé qu'en dehors du territoire. Ces documents figurent au

dossier du "syndrome de la guerre du Golfe", que la juge Marie-Odile

Bertella-Geffroy, du pôle de santé publique de Paris, instruit depuis juin

2002. » Le « syndrome de la guerre du Golfe », c’est cette étrange

épidémie de malaises et de maladies qui a affecté, après leur retour dans

les foyers, des dizaines de vétérans français de cette courte guerre.

Une commission d’enquête parlementaire sera réunie pour faire toute la

lumière sur ce syndrome et l’emploi secret du modafinil sur les troupes

combattantes y est révélé. Ce que reproche la commission d’enquête à la

hiérarchie militaire française, c’est l’emploi du modafinil en dehors de

l’autorisation de mise sur le marché (AMM), raison pour laquelle la

hiérarchie insistait pour que le produit soit utilisé hors du territoire

national. Depuis, l’AMM a été accordée au laboratoire Lafon en juin

1992, sous les noms de Modafinil et Modiodal. Dans sa contribution au

Rapport d'information déposé par la Commission de la Défense nationale

et des forces armées96, le médecin général Daniel Gautier expliquait :

94 http://www.wada-ama.org

95 Le Monde, 18.12.2005.

96 Rapport d'information déposé par la Commission de la Défense nationale et des

forces armées en conclusion des travaux d'une Mission d'information sur les

conditions d'engagement des militaires français ayant pu les exposer, au cours de la

guerre du Golfe et des opérations conduites ultérieurement dans les Balkans, à des

45

« Les unités qui ont eu recours au ‘’Virgyl ‘’ (le nom de code du modafinil

lors de son usage pendant la guerre du Golfe) sont relativement limitées.

Ce sont essentiellement des unités de commandos, de recherche et de

pénétration en profondeur […], et des chauffeurs routiers qui devaient

faire de longs parcours de nuit et pour lesquels la vigilance était

indispensable. Ce produit a également été utilisé par certains étatsmajors

et dans le onzième régiment d'artillerie de la Marine. »

« Auparavant, continue la journaliste du Monde, la molécule avait été

présentée au ministre de la Défense, Jean-Pierre Chevènement, lors d'un

colloque "Science et défense", le 23 mai 1989. Dans les mois précédant la

guerre du Golfe, une quantité importante de modafinil a été

réquisitionnée par l'armée auprès du laboratoire Lafon pour être

distribuée aux troupes. »

Comme le rappelle le quotidien d’informations, l’usage d'un médicament

avant son AMM est assujetti à la déclaration internationale d'Helsinki de

1964, relative aux principes éthiques applicables aux recherches, ainsi

qu’a la loi française Huriet de 1988 sur la protection des personnes qui se

prêtent à des recherches biomédicales, qui stipule qu’« aucun essai

thérapeutique ne peut se faire sans le consentement libre, éclairé et écrit

de la personne qui y participe. »

Il est quand même choquant de découvrir que des essais cliniques d’une

substance psychiatrique destinée aux civils soient effectués dans des

conditions secrètes et à l’insu même des personnes concernées, d’autant

que ces essais – si on peut les appeler ainsi – destinés à vérifier la validité

d’un produit, incluent dans la cohorte97 d’étude des militaires d’un champ

de bataille alors qu’il sera plus tard prescrit à des enfants de 7 à 12 ans.

Les études sur la population infantile ont-elles été effectuées depuis ? On

ne le sait pas.

Paroxetine (Deroxat ou Paxil) : augmentation du risque de

malformations congénitales

Le 22 août 2005, c’était au tour du Deroxat d’être sous les feux de la

rampe. Ce jour-là, The Times, grand quotidien britannique, aurait

annoncé les résultats d'une étude médicale menée sur 1 500 personnes

traitées par la paroxétine (un des antidépresseurs les plus prescrits au

monde, commercialisé en France sous le nom de Deroxat). Ce document,

qui avait été publié dans la revue médicale en ligne BMC Medicine98,

risques sanitaires spécifiques, Assemblée nationale, http://www.assembleenationale.

fr/rap-info/i3055-05.asp

97 Groupe de population faisant l’objet d'études ou d’essais médicaux.

98 http://www.biomedcentral.com/1741-7015/3/14

46

révélait que les patients qui en avaient consommé étaient exposés à de

graves risques suicidaires.

Déjà, en juin 2003, les autorités sanitaires britanniques, la Medicines

and Healthcare Products Regulatory Agency (MHRA) avaient contreindiqué

la paroxétine chez les moins de 18 ans. Dans un communiqué de

presse du 10 décembre 200499, l'Agence française de sécurité sanitaire

des produits de santé (AFSSAPS) rappelait que « ces études ne

démontraient pas l'efficacité de ces médicaments dans cette indication [la

dépression] et suggéraient une augmentation du risque de comportement

suicidaire chez les enfants et adolescents traités comparativement aux

patients recevant le placebo. Aucun décès par suicide n'avait cependant

été rapporté pendant ces études ».

Nous avons voulu en savoir plus et avons consulté le site internet de la

FDA à la rubrique « Paroxetine ». Il s’avère que l’agence sanitaire

américaine a émis une mise en garde en décembre 2005 intitulée :

« FDA ALERT [12/2005] : Idées suicidaires et passages à l’acte chez les

enfants et les adultes100 »

Extrait : « Enfants – La prise d’antidépresseurs peut augmenter les idées

suicidaires et les passages à l’acte chez 1 personne sur 50 de 18 ans ou

moins. Bien que la paroxétine soit prescrite aux enfants, la FDA n’a pas

approuvé un tel usage. » Une personne sur 50, c’est-à-dire 2 % : un taux

de risque absolument énorme quand on y réfléchit…

Dans le même document, nous découvrons que la paroxétine est

impliquée dans des malformations du fœtus.

Extraits : « Augmentation du risque de malformations congénitales.

Des résultats préliminaires de deux études récentes indiquent que la

paroxétine augmente le risque de malformations congénitales,

notamment les malformations cardiovasculaires. […] Les patientes

prenant de la paroxétine qui tombent enceintes ou qui sont au premier

trimestre de leur grossesse doivent être alertées du risque que court le

fœtus. Elles devraient considérer l’arrêt de cet antidépresseur ou en

changer. » Dans ces conditions, pourquoi ne pas stopper immédiatement

sa commercialisation ?

Trois jours plus tard, le 8 décembre, Le Monde reprenait une des

dépêches de l’AFP en annonçant que « la FDA a demandé en

conséquence au fabricant, le groupe britannique GlaxoSmithKline, de

changer la catégorie dans laquelle ce médicament est classé pour

spécifier les risques potentiels qu'il présente. » Les laboratoires auraient

répondu à la presse que « la plus grande partie des défauts cardiaques

congénitaux qui seraient liés à cet antidépresseur se caractérisent surtout

99 http://agmed.sante.gouv.fr/htm/10/filcoprs/041204.htm

100 http://www.fda.gov/cder/drug/infopage/paroxetine/default.htm

47

par la présence d'un orifice dans la cloison séparant les deux ventricules

ou les oreillettes cardiaques » et auraient ajouté que « de tels orifices se

referment le plus souvent d'eux-mêmes et dans les autres cas, ce défaut

peut se corriger aisément avec une intervention chirurgicale. »

Si votre nourrisson se trouve en danger de mort à la suite d’une cure de

Deroxat de sa mère, vous n’aurez qu’à lui faire subir une opération à

cœur ouvert… On vous le dit, les effets secondaires des antidépresseurs

sont simplement « gênants ».

Venlafaxine (ou Effexor) : aucune efficacité dans la dépression majeure

des enfants mais des risques suicidaires sérieux

Dans sa rubrique consacrée aux dangers des antidépresseurs, le célèbre

site internet Doctissimo publie l’information selon laquelle, aux États-

Unis, les laboratoires Wyeth adressaient en août 2003 une mise en garde

aux médecins américains sur la venlafaxine (commercialisée en France

sous le nom d’Effexor). Ce produit s’est révélé inefficace dans le

traitement des épisodes dépressifs majeurs ou les troubles de l’anxiété

chez les enfants de 6 à 17 ans.

Le 29 septembre 2003, l'AFSSAPS publiait un communiqué de presse101

reprenant la teneur de la lettre américaine. « Selon ce courrier, déclare

l’agence, ces études ne démontrent pas l'efficacité de la venlafaxine dans

le traitement des épisodes dépressifs majeurs (EDM) et du trouble

d'anxiété généralisée (TAG) dans cette population ; [et] suggèrent une

augmentation de l'incidence des idées suicidaires ainsi que des gestes

auto-agressifs chez les patients traités par la venlafaxine

comparativement aux patients recevant le placebo. Aucun suicide n'a été

rapporté durant ces études. » Il est utile de mentionner que ces études

sont toujours réalisées sur des périodes assez courtes et qu'un

pourcentage indéterminé des personnes qui ont présenté ces pulsions

suicidaires et ne sont pas passés à l'acte pendant la durée de l'étude ont

pu le faire plus tard. Ces suicides n’entrent pas dans les statistiques des

laboratoires.

« On ne possède surtout aucune donnée chez l'enfant »

La problème est si préoccupant que Le Monde publiait le 24 août 2005

un article sur ce sujet, repris par le site internet Doctissimo, sous le titre

« Antidépresseurs : ne pas laisser à la portée des enfants ? » Voici un

extraits du texte d’Alain Sousa publié sur internet :

101 http://agmed.sante.gouv.fr/htm/10/filcoprs/030902.htm

48

« Comme le souligne Anne Castot, responsable de l'information

scientifique à l'Afssaps, ‘’pour la plupart des produits, on ne possède

surtout aucune donnée chez l'enfant. Dans les autres cas, il est difficile de

tirer des conclusions des études’’. Il est vrai que les autorités anglaises

ont opté pour le ‘’principe de précaution’’, en mettant sur le même plan

les substances pour lesquelles on ne possède aucune étude chez l'enfant

et celles qui avaient des résultats négatifs. Mais en l'occurrence, l'absence

d'information se doublerait de mensonges par omission : des chercheurs

canadiens102 ont souligné que certains laboratoires pharmaceutiques

n'hésiteraient pas à cacher les études dont les résultats démentent

l'efficacité de certains antidépresseurs chez l'enfant. En France, la

plupart des antidépresseurs inhibiteurs de la recapture de la sérotonine

sont a priori contre-indiqués avant l'âge de 15 ou 18 ans selon les cas.

Seules la sertraline (Zoloft ®) et la fluvoxamine (Floxyfral ®) ont des

indications pédiatriques. Car la prise en charge privilégiée est la

psychothérapie. Les antidépresseurs ne sont ainsi recommandés qu'en

cas d'échec de cette approche. »

On nous rassure donc en affirmant que ces produits ne sont pas prescrits

en première intention et qu’il vaut mieux privilégier l’approche

psychothérapeutique. Mais que se passera-t-il si les résultats ne sont pas

au rendez-vous ? prescription d’antidépresseurs. Ainsi est foulé aux pieds

le principe de précaution dans une population particulièrement sensible,

celle des enfants et des adolescents qui se trouvent exposés à tous les

aléas thérapeutiques.

Tueries dans les écoles : un rapport direct avec les psychotropes prescrits

aux enfants

Les conséquences dramatiques sont encore plus graves qu’on l’imagine.

Les meurtres inexpliqués qui sont perpétrés sporadiquement dans des

écoles américaines par des adolescents auraient un rapport direct avec la

généralisation des drogues psychiatriques parmi les élèves. Le

Washington Times103, par exemple, n’a pas hésité à établir un rapport de

cause à effet entre « les récents phénomènes de tueries dans les écoles et

les psychotropes comme la Ritaline. » Le journal révèle dans son édition

du 25 mars 2005 « que l’adolescent d’un collège du Minnesota qui a

ouvert le feu lundi dernier était sous Prozac, […] rejoignant ainsi la liste

des jeunes impliqués dans des crimes similaires qui prenaient des

antidépresseurs ou d’autres médicaments altérant le caractère. »

102 Canadian Medical Association, mars 2004 ; vol. 170 : p. 783.

103 http://www.washingtontimes.com/national/20050324-114419-5312r.htm

49

« Quand vous regardez ces tireurs dans les écoles, déclarait un

psychologue au journal, certains étaient sous Luvox, Prozac, Ritaline et

Paxil. » Il serait intéressant de rechercher l’existence d’une éventuelle

corrélation entre ce qui se passe dans les écoles de notre pays et l’usage

de la Ritaline chez nos adolescents.

Bilan des effets dangereux des antidépresseurs ISRS

Dans une réunion du Comité consultatif pédiatrique organisée par la

FDA en 2004104, la Dre Ann Blake Tracy, directrice de l’International

Coalition for Drug Awareness, une association internationale de

surveillance de la toxicomanie, s’exprima en ces termes :

« Cela fait douze ans et demi que j’apporte aux tribunaux mes

témoignages d’expert dans les procès impliquant des affaires avec ce type

de drogues. Il est clair, depuis le début des recherches sur la sérotonine,

que la chose la plus nocive qui puisse être faite contre le système

sérotoninergique105 est de déséquilibrer sa capacité à métaboliser106 la

sérotonine, c’est pourtant ainsi que fonctionnent les antidépresseurs

ISRS.

Les recherches montrent depuis plusieurs décennies que le déséquilibre

du métabolisme de la sérotonine entraîne des cauchemars, des éruptions

cutanées, des migraines, des douleurs cardiaques, des difficultés

respiratoires, des complications pulmonaires, l’hypertension et l’anxiété

qui se manifestent sans aucune raison, la dépression, le suicide, en

particulier des actes suicidaires très violents ainsi que des tentatives de

suicides répétées, l’hostilité, la perpétration de meurtres violents,

d’incendies, les toxicomanies comme le besoin insatiable d’alcool et

d’autres drogues, la psychose, les manies, des maladies du cerveau,

l’autisme, l’anorexie, la conduite automobile irresponsable, la maladie

d’Alzheimer, des comportements impulsifs où l’on perd la notion de la

faute, et des comportement antagonistes.

Comment a-t-on pu penser qu’il pouvait être thérapeutique de provoquer

chimiquement ces réactions, cela me dépasse ; pourtant ces réactions,

qui résultent de la généralisation de ces drogues, sont précisément ce que

nous observons dans notre société depuis ces quinze dernières années.

104 FDA Pediatric Advisory Committee, Monday, September 13, 2004, Holiday Inn

Bethsda, 8120 Wisconsin Avenue, Bethesda, Maryland

http://www.drugawareness.org/Archives/Miscellaneous/tracyfda.html

105 Qui se rapporte à la libération de sérotonine ou agit par son intermédiaire. La

sérotonine est une substance chimique sécrétée par l’organisme qui agit comme

médiateur chimique. Voir ce mot dans le glossaire.

106 Transformer chimiquement.

50

Vous rappelez-vous, il y a vingt ans, lorsqu’il était habituel pour les

déprimés de s’isoler discrètement pour se supprimer plutôt que de tuer

tout le monde alentour avant de se tuer eux-mêmes comme ils le font

quand ils prennent des antidépresseurs ISRS ?

Une étude de l’Université de la Californie du Sud, datant de 1996, s’est

penchée sur un groupe de souris mutantes issues du génie génétique107.

Dans une expérience qui a mal tourné, elles étaient devenues les

créatures les plus violentes de toutes celles que nous avons observées.

Elles étaient nées privées de l’enzyme MAOA108 qui métabolise la

sérotonine. Le résultat aurait été le même si on leur avait donné un

antidépresseur ISRS qui inhibe le métabolisme de la sérotonine. C’est un

holocauste national. Cela doit cesser. Ce sont des drogues extrêmement

dangereuses qui auraient dû être interdites comme l’ont été dans le passé

les drogues similaires. Notre société a cru que le LSD et le PCP109 étaient

des médications miracles. Nous n’avons jamais eu de drogues dont la

similitude avec le LSD et le PCP était aussi grande que ces

antidépresseurs ISRS. Toutes ces drogues entraînent un état de rêve

pendant les périodes de veille. Des niveaux plus élevés de sérotonine

surexcitent le tronc cérébral110 et favorisent l’absence de paralysie

musculaire. C’est ce a été clairement observé dans le cas du terrible

meurtre-suicide du comédien Phil Hartman et de sa femme111.

107 Ensemble de techniques visant à modifier le patrimoine héréditaire d'une cellule

par la manipulation de gènes in vitro.

108 « On avait déjà montré chez des souris le lien entre un comportement agressif et la

déficience en un certain type de sérotonine, un neurotransmetteur cérébral. Une

équipe du CNRS et de l'Institut Curie s'est intéressée à la MAOA (monoamine

oxydase A), une enzyme servant à la régulation de certains neurotransmetteurs. Des

souris privées du gène codant cette enzyme se sont révélées très agressives. Ce qui

confirmerait, chez l'homme, la corrélation entre déficit en MAOA et agressivité. »

L'Expansion, 6.10.1995, « Aux sources de l'agressivité », Yves Deguilhem, Jérôme

Thorel.

109 Phencyclidine, hallucinogène très puissant appelé aussi « Acide », « Angel Dust »,

« Crystal », « Supergrass »…

110 Partie du système nerveux située entre la moelle épinière et le cerveau.

111 L’acteur canadien Phil Hartman (1948-1998) a joué dans une soixantaine de films

(Sergent Bilko, avec Dan Aykroyd ; La Course au jouet, avec Arnold Schwarzenegger ;

L'Invité, etc.). Sa femme le tua de trois coups de revolver dans leur maison en

Californie. Elle déclara à un ami : « Salut, je viens de tuer mon mari », s’enferma à

clef dans sa chambre, s’endormit pendant trois heures et se tua. L’autopsie du corps

de sa femme révéla qu’elle avait consommé de l’alcool, de la cocaïne et pris un

antidépresseur, du Zoloft.

51

D’innombrables mises en garde sur les accidents de la chimiothérapie

• Décembre 2003 – Doctissimo indiquait que les autorités sanitaires

britanniques du MHRA étendaient la contre-indication chez les enfants à

tous les antidépresseurs de la famille des ISRS. « Tous se retrouvent ainsi

taxés d'inefficacité et, pour la plupart, d'augmenter les risques suicidaires

chez les enfants. Outre la paroxétine (Deroxat) et la venlafaxine

(Effexor), se retrouvent sur la sellette la sertraline (Zoloft), le citalopram

(Seropram), l'escitalopram (Seroplex) et la fluvoxamine (Floxyfral). »

Rappelons que le Zoloft est un des antidépresseurs ISRS le plus souvent

prescrit en France chez les adolescents par les médecins généralistes.

Ceux-ci ont en effet pris l’habitude d’instaurer ce traitement en attendant

que leurs jeunes patients puissent être reçus chez un psychiatre dont les

délais d’attente sont toujours très longs.

• 2004 – La FDA, l’agence gouvernementale américaine de contrôle

sanitaire a exigé des laboratoires pharmaceutiques l’impression sur les

boîtes d’emballage de certains antidépresseurs dont l’emploi entraîne des

pulsions suicidaires une mise en garde publique sous forme d’un

rectangle noir.

• Le ministère de la Santé canadien ajoutait le Bupropion (commercialisé

en France sous le nom de Zyban) à sa liste des mises en garde de

pharmacovigilance.

• 22 février 2005 – En France, le site Caducee.net, un portail internet qui

publie en permanence des actualités scientifiques à l’intention des

professionnels de la santé, a publié deux dépêches consécutives. Le titre

de la première était : « Les antidépresseurs pourraient être associés à une

augmentation du risque suicidaire, particulièrement dans les premières

phases du traitement, d'après de nouveaux résultats publiés dans le

British Medical Journal, revue anglaise de communication médicale. 112

• Toujours d’après Caducee.net, une autre étude analysait le risque de

suicide chez plus de 146 000 patients sous inhibiteurs sélectifs de la

recapture de la sérotonine (ISRS)113 ou antidépresseurs tricycliques114.

« Le risque de tentative de suicide ou de suicide n'était pas différent chez

les patients sous ISRS comparés à ceux sous antidépresseurs tricycliques.

Cependant, les ISRS prescrits aux moins de 18 ans semblaient associés à

un risque plus élevé de tentative de suicide. » Il est donc notoire que les

antidépresseurs comme le Deroxat, le Paxil, le Prozac et le Zoloft, pour ne

citer qu’eux, peuvent entraîner ou renforcer les pensées suicidaires dans

112 BMJ 2005;330: 396–9.

113 Voir glossaire à la fin de l’ouvrage.

114 En chimie, un cycle est la façon particulière dont sont disposés les atomes dans

une molécule.

52

les premières phases du traitement chez les adultes, les enfants et les

adolescents.

• Selon la revue médicale anglaise, une « méta-analyse115 » a rassemblé

les informations issues de 702 essais cliniques regroupant plus de 87 000

patients pour rechercher l'existence possible d'un rapport entre les ISRS

et les tentatives de suicide. « Ils ont trouvé que le risque de tentative de

suicide était deux fois plus probable chez les patients sous ISRS comparé

à un placebo. […] Les auteurs de cette analyse expliquent que des lacunes

majeures dans des essais cliniques publiés ont pu conduire à sousestimer

le risque de ce genre. » En clair : dans la publication des résultats

des essais effectués par les laboratoires pharmaceutiques, ce genre de

risque majeur était partiellement occulté.

• Le comité consultatif d’experts de la FDA a achevé l’examen de 24

études conduites sur 4 000 enfants et adolescents, concernant neuf

molécules appartenant pour la majorité à la nouvelle génération des

antidépresseurs. Il a conclu que le rapport bénéfice/ risque des

antidépresseurs destinés à cette tranche de la population était négatif.

L’Agence européenne du médicament (European Medicines Agency –

EMA), dont le siège est à Londres, est chargée de conseiller la

Commission européenne sur la politique commerciale des médicaments

en Europe. Dans un communiqué de presse du 25 avril 2005, intitulé

L’Agence européenne du médicament achève une revue des

antidépresseurs destinés aux enfants et aux adolescents116, elle

annonçait avoir examiné deux classes d’antidépresseurs destinés aux

enfants et aux adolescents, les ISRS (inhibiteurs spécifiques de la

recapture de sérotonine) et les inhibiteurs de la recapture de sérotoninenorépinéphrine.

Le comité scientifique de l’Agence [Committee for Medicinal Products for

Human Use – CHMP] a conclu au terme de la réunion des 19-22 avril

que le comportement relatif au suicide (tentatives de suicide et pensées

suicidaires), l’hostilité (agression prédominante, comportement

oppositionnel et colère) sont plus fréquemment observés lors des essais

cliniques parmi les enfants et les adolescents liés à ces antidépresseurs en

comparaison avec ceux qui prennent un placebo. Le CHMP recommande

en conséquence d’introduire un avertissement sérieux dans toute l’Union

européenne en direction des médecins et des parents au sujet de ces

risques.

115 Voir glossaire à la fin de l’ouvrage.

116 http://www.emea.eu.int/pdfs/human/press/pr/12891805en.pdf

53

L’Agence ajoute : « Certains de ces produits bénéficient néanmoins d’une

licence pour un usage pédiatrique dans le traitement du trouble

obsessionnel-compulsif et l’un d’entre eux dans le traitement du déficit

de l’attention/trouble de l’hyperactivité. Il est cependant admis qu’un

médecin puisse parfois prendre une décision contraire à ces

recommandations pour le traitement d’une dépression ou d’une anxiété

chez l’enfant ou chez l’adolescent s’il l’estime nécessaire. Le CHMP

recommande que, dans ces cas, les patients soient surveillés de près en ce

qui concerne l’apparition de comportements suicidaires, automutilation

ou hostilité, particulièrement au début du traitement.

Le CHMP met également l’accent sur ce qui suit : le traitement ne devrait

pas être arrêté par le patient ou les parents sans d’abord obtenir l’avis du

médecin traitant en raison des possibles symptômes de sevrage tels que

l’étourdissement, les problèmes de sommeil et l’anxiété si l’interruption

intervient brusquement. Lorsque le traitement doit être stoppé, il est

recommandé de graduellement réduire les doses sur plusieurs semaines

ou plusieurs mois. »

Cette dernière recommandation internationale constitue une

reconnaissance implicite, par l'une des plus puissantes agences

internationales de contrôle sanitaire, du fait que les antidépresseurs sont

bien des drogues.

Que nous cachent les laboratoires ?

Dans une édition de février 2005, L’Express livrait un article sous la

signature de Gilbert Charles, intitulé « Ados : Les pilules du malheur »117.

On pouvait y lire ce qui suit :

« Gavés d'antidépresseurs et d'anxiolytiques, les jeunes Français sont de

plus en plus nombreux à tenter de se suicider. Des voix s'élèvent pour

dénoncer les tragiques effets secondaires de médicaments mal

prescrits. » Plus loin : « Après avoir été intriguées par des anomalies

dans une étude réalisée par le fabricant [Eli Lilly, producteur du Prozac]

mais jamais publiée, les autorités médicales de chaque côté de

l'Atlantique - la Food and Drug Administration (FDA), aux États-Unis, et

l'Agence européenne du médicament - ont demandé en 2003 à consulter

toutes les données concernant les essais cliniques des antidépresseurs

dits de deuxième génération. Les résultats, publiés en octobre 2004,

laissent peu de place au doute : ils indiquent que, dans 13 cas sur 15, ces

117 L'Express, 7.2.2005.

http://www.lexpress.fr/info/societe/dossier/ados/dossier.asp

54

molécules ne sont pas plus efficaces qu'un placebo et que les patients

sous traitement sont trois fois plus nombreux à envisager le suicide ou à

faire une tentative. En décembre dernier, le British Medical Journal a

reçu un courrier anonyme contenant des notes internes de la filiale

allemande d'Eli Lilly, probablement envoyé par un employé, qui montre

que la firme a tenté de dissimuler délibérément les résultats d'études

cliniques en demandant aux médecins d'enregistrer les suicides de

patients comme des ‘’surdosages.’’ […] Le laboratoire GlaxoSmithKline

(GSK) est, lui aussi, accusé d'avoir édulcoré les résultats d'une étude

clinique de son antidépresseur, le Deroxat, sur des adolescents. Les

résultats montraient un taux de tentatives de suicide huit fois plus

important chez les enfants traités avec la molécule que ceux sous placebo.

Le procureur de l'État de New York vient d'entamer une action en justice

contre GSK pour avoir caché les risques du produit. »

Et enfin, le même journaliste pose une très intéressante question :

« Comment un médicament peut-il pousser à se détruire ? La fluoxétine,

la molécule active du Prozac, agit en stimulant dans le cerveau la

production de sérotonine, un neuromédiateur impliqué dans

l'impulsivité et la régulation des comportements. ‘’Le Prozac est un

excitant, un produit euphorisant : il lève les inhibitions mais sans calmer

l'angoisse, explique le Pr Édouard Zarifian, psychiatre au CHU de Caen,

et auteur d'un fameux rapport sur la surconsommation des psychotropes

en France. La déprime est toujours là, mais le sujet n'est plus prostré, il

redevient actif, et retrouve assez d'énergie pour se suicider.’’ »

Comment rester impassible devant les risques si graves que fait courir

chaque jour aux gosses et aux ados la commercialisation et la

prescription de ces psychotropes ? Qui serait assez aveugle pour fermer

les yeux sur les drames supplémentaires qui ne manqueront pas d’éclater

dans les familles d’Amérique et d’Europe si aucune réforme ne corrige le

comportement des laboratoires pharmaceutiques ? En attendant, les

vitrines électroniques et les brochures distribuées par les officines de

promotion du traitement du TDAH par amphétamines et antidépresseurs

– dont les frais d’édition sont souvent financés par ces mêmes

laboratoires – minimisent systématiquement leurs effets.

Enquête parlementaire sur les antidépresseurs

L’Assemblée nationale et le Sénat ont enregistré en 2005 deux

propositions de résolution tendant à la création d'une commission

d'enquête sur la nature et la qualité des informations fournies par

55

l'industrie pharmaceutique sur les médicaments.118 Cette commission

d'enquête parlementaire a pour dessein d'examiner les solutions et les

réformes qui peuvent être apportées par le législateur sur la nature de ces

informations afin d’améliorer la sécurité sanitaire en France.

Parmi l’exposé des motifs évoqués dans la proposition de résolution du

Sénat, on peut lire :

• « La dissimulation par les laboratoires d'études négatives sur le

médicament incriminé. Ainsi, la firme Bayer […] aurait délibérément

voulu tromper les autorités sanitaires en minimisant les dangers

constatés dès 1991 de la cerivastine119, soit dix ans avant son retrait. Il est

de même établi que les risques liés à la prise d'antidépresseurs étaient

connus des laboratoires mais gardés secrets. »

• « […] Aucun organisme public indépendant n'est sollicité pour effectuer

éventuellement une nouvelle expérimentation de contrôle ou une

comparaison du nouveau médicament avec un traitement de référence.

[…] beaucoup d'essais [sont] mal conçus, biaisés, voire falsifiés. »

• « […] Les prescripteurs dont l'industrie pharmaceutique finance la

formation médicale continue et la presse professionnelle, sont

conditionnés par une information à sens unique. L'absence des agences

sur ce terrain, combinée à l'inertie des autorités sanitaires rendent

compte du fait que de nombreux médicaments, notamment les

antidépresseurs (Observatoire National des Prescriptions, 1998) sont

prescrits en dehors des indications préconisées par la commission de

l'AMM. »

• « […] En 2003, les ressources de l'AFSSAPS provenaient pour 83% de

l'industrie pharmaceutique et pour seulement 6,4% de l'État. […]

Comment dans ces conditions, s’étonne le Sénat, ne pas redouter que les

agences ne soient devenues au fil des années les instruments dociles de

ceux qui fournissent la majorité de leurs subsides alors qu'elles n'ont pas

pour seule vocation de rendre un service aux industriels ? »

• « […] Même la Food and Drug Administration (FDA), pourtant

régulièrement citée comme modèle, n'échappe pas à ce type

d'interrogations : 18% de ses experts déclaraient en 2002 avoir ‘’subi des

118 N° 2280, enregistré à la Présidence de l'Assemblée nationale le 2 mai 2005,

Proposition de résolution tendant à la création d'une commission d'enquête sur la

nature et la qualité des informations fournies par l'industrie pharmaceutique sur les

médicaments et dispositifs médicaux aux pouvoirs publics, aux professionnels de

santé et aux citoyens. N° 150, Sénat, Session ordinaire de 2004-2005, Annexe au

procès-verbal de la séance du 25 janvier 2005, Proposition de résolution tendant à la

création d'une commission d'enquête sur les conditions de délivrance et de suivi des

autorisations de mise sur le marché des médicaments.

119 Médicament anti-cholestérol produit par le laboratoire Bayer, commercialisé en

France sous les noms de « Staltor » et de « Cholstat », a été retiré du marché en 2001

après le décès de 52 patients.

56

pressions pour approuver ou recommander l'approbation’’ d'un

médicament ‘’en dépit de réserves concernant la sécurité, l'efficacité et la

qualité du médicament’’. »

• « […] Les experts de l'AFSSAPS […] sont rémunérés de fait par les

laboratoires pour lesquels ils effectuent des prestations. »

• « […] Il est étrange que, devant ce qu'il convient bien d'appeler par son

nom : une véritable épidémie d'effets secondaires dus aux médicaments,

qui fait chaque année en France environ 18 000 morts et provoque 3% du

nombre total des hospitalisations, rien de sérieux n'ait jamais été

entrepris. »

• « La France est le pays au monde où la consommation de médicaments

est la plus élevée mais nous ne possédons pas le moindre élément de leur

impact réel sur la santé publique […]. Notre système national de

pharmacovigilance est défaillant, l'épidémiologie d'évaluation est

pratiquement inexistante […]. »

La proposition du Sénat concluait : « Les impératifs de santé publique

nous imposent d'apporter une réponse claire à la question que tout le

monde se pose : peut-on encore faire confiance aux agences qui ont pour

mission d'évaluer la sécurité d'emploi, l'efficacité et la qualité des

produits de santé ? »

57

Chapitre 7

Drogues psychiatriques

Destroy et No Future

Dans les années 1960-1970, confortée par les progrès de la

psychopharmacologie à laquelle elle apportait son appui, l’influence

grandissante de la psychiatrie dépassa les murs des asiles d’aliénés pour

investir le champ ouvert de la société. La culture occidentale commença à

se familiariser avec la consommation de plus en plus généralisée de

psychotropes issus de la « révolution des tranquillisants ». Même les

services secrets s’y intéressèrent et eurent leur part d’expériences et de

pratiques inavouables de lavage de cerveau avec le soutien de la

psychiatrie dévoyée, révélations qui furent publiées dans la presse des

années 1980.

L’affluence des psychotropes dans la société ajoutée à la consommation

croissante de substances illicites favorisa l’émergence d’un véritable

« culte de la drogue », phénomène social d’évasion face à un monde sans

repère, miné dans ses bases, menacé par les perspectives d’un conflit

mondial entre les deux blocs antagonistes de l’Est et de l’Ouest, où l'on

enseignait dans les campus universitaires les thèses psycho-matérialistes

de la nature humaine. Affranchi de son âme et de la morale jugée

désuète, il restait à l’homme sans idéal à jouir d’une liberté factice en

laissant libre cours à sa déraison et en diluant son mal de vivre dans une

autre dose d’amphétamine ou de Valium. Ce sont surtout les jeunes et les

étudiants, perméables aux doctrines subversives, qui devinrent les plus

fervents accros de drogues illégales et psychiatriques, associant les unes

aux autres en des cocktails psychédéliques aux effets débilitants. C’est

ainsi que l’on prit l’habitude de voir apparaître sur les murs de nos cités

les tags écrits en guise d’épitaphe : « Destroy ».

La psychiatrie neurobiologique assure aujourd’hui que l’efficacité des

nouveaux médicaments psychotropes permet de faire oublier les risques

que faisaient courir les substances des premières générations. Leur

commodité d’emploi en font des produits banalisés favorisant la

régulation de l’humeur, augmentant l’entrain au travail, améliorant les

58

résultats des élèves à l’école et changeant la personnalité pour le mieux.

Elle assure également pouvoir enrayer les fléaux de la drogue et de la

criminalité par de nouveaux composés chimiques. C’est exactement ce

qu’elle nous a dit, un demi-siècle plus tôt, lorsqu’elle vantait les vertus du

LSD120 ou des premiers neuroleptiques inventés dans les laboratoires

pharmaceutiques. Les maux sociaux qui accablent aujourd’hui nos cités

font évoquer les effets toxiques de ces baies sauvages dont les grappes

attrayantes pendent des arbres d’ornement qui furent plantés, il y a plus

de cinquante ans, le long des boulevards de la civilisation, par des

« jardiniers de la folie » pour qui nos existences placides, jugées

inadéquates avec leur vision du monde, méritaient d’être « égayées ». Il

suffit de voir où nous en sommes maintenant et de comparer les

statistiques de la consommation des psychotropes, de la toxicomanie et

les chiffres du crime pour nous interroger sur la sincérité de tels propos.

La déferlante des psychotropes

200 millions de boîtes de psychotropes sont vendues chaque année en

France. Un chiffre astronomique qui représente 80 pilules par adulte,

soit cinq fois plus qu’aux États Unis. 11 % des adultes utilisent ces

substances régulièrement. 200 000 personnes sont reconnues comme

dépendantes à l’égard de ces drogues. Le deuxième meilleur chiffre

d’affaires pour la vente de médicaments est détenu par le Prozac (le

record étant remporté par un traitement anti-ulcéreux). Tels sont les

chiffres publiés par l’Association d’aide aux victimes des accidents des

médicaments121 (AAA-VAM) fondée en 1992 par Georges Alexandre

Imbert. Mais le plus étrange, si nous voulons un moment revêtir la

chemise blanche de la candeur, c’est que le nombre de suicides ne cesse

d’augmenter dans la population à mesure que croît celui de la

consommation des tranquillisants et des antidépresseurs. Paradoxal…

Interrogé il y a environ quatre ans par Le Figaro 122, Édouard Zarifian,

professeur de psychiatrie et de psychologie médicale au CHU123 de Caen,

auteur d’un rapport officiel publié en 1996 sur l’utilisation des

120 Le LSD fut découvert par les Laboratoires Sandoz, à Bâle (Suisse) en 1938. Des

psychiatres ainsi que la CIA et l'armée américaine s'y intéressèrent ; « ils furent

approvisionnés par Sandoz qui cherchait un débouché commercial et distribuèrent

des milliers de doses de LSD entre 1950 et 1960 ». Pour plus d’information, voir le

site : http://www.didier-pol.net/8his-lsd.htm

121 http://www.aaavam.com

122 Le Figaro du 4 août 2002.

123 Centre hospitalier universitaire.

59

médicaments psychotropes en France, donnait son avis sur le « gavage »

des Français aux drogues psychiatriques.

« Le Figaro : La France est-elle un pays de drogués ?

Édouard Zarifian : […] Le problème est qu’il existe dans notre pays une

consommation considérable de produits licites ou autorisés dont les

propriétés sont exactement les mêmes que celles de la drogue dans la

mesure où ils modifient de façon significative les comportements et les

performances tout en provoquant dépendance et accoutumance. Il y a

bien sûr l’alcool : les Français caracolent en tête des consommateurs,

toutes nationalités confondues. Il y a aussi le tabac. Il y a également les

psychotropes (neuroleptiques, antidépresseurs, anxiolytiques) dont nous

sommes les premiers consommateurs mondiaux. Si l’on prend en compte

la totalité de ces consommations, la France a de quoi s’inquiéter. »

Au moins 1 Français sur 7 avale chaque jour un psychotrope

« Les données statistiques sont accablantes, poursuivait Zarifian dans

son interview de 2002. Un Français sur sept consomme régulièrement

des psychotropes. Huit millions de nos compatriotes en font une

utilisation quotidienne, régulière et continue. » Les médicaments les plus

utilisés sont, de l’avis de l’expert, les neuroleptiques qui s’adressent aux

états d’agitation et aux délires, les antidépresseurs destinés à traiter

l’humeur dépressive (avec le Prozac, dont la consommation a doublé en

dix ans) et les anxiolytiques (Valium, Témesta), des tranquillisants que

cinq millions de Français prennent quotidiennement.

La Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) a mené une étude il y a

six ans sur la population des assurés et bénéficiaires du régime général

d’assurance maladie afin d’évaluer et de décrire celle qui avait bénéficié,

au cours d’une année entière, du remboursement d’au moins un

médicament psychotrope en France métropolitaine. En 2000, il y avait

41,5 millions de bénéficiaires du régime général d’assurance maladie. Au

cours de cette année, la consommation de psychotropes aura concerné

près d’un quart de la population (24,5 %).124 Si l’on considère cette

statistique, 25 % de 41,5 millions d’assurés et bénéficiaires, cela donne 10

375 000 personnes à avoir pris au moins un psychotrope en une année, il

y a six ans de cela. Ce chiffre n’est pas très précis car il faudrait pouvoir

analyser plus finement les habitudes exactes de consommation de cette

population. Il ne reste pas moins qu’il est révélateur.

124 « Médicaments psychotropes : consommation et pratiques de prescription en

France métropolitaine. I. Données nationales, 2000 ». Revue médicale de l’assurance

maladie, volume 34 n° 2/avril-juin 2003.

60

L’usage excessif et anarchique des médicaments psychotropes est

d’autant plus inquiétant qu’il concerne de plus en plus les enfants. Et il

est difficile de croire que des parents qui n’arrivent plus à se priver de

psychotropes puissent avoir une réaction saine face aux risques

similaires que fait courir à leurs enfants la même dépendance. Ainsi,

toutes les générations y passent : les anciens d’abord, les parents ensuite

et maintenant la relève. Mais il y a pire. Tout psychopharmacologue vous

le dira, de nombreuses traces de substances chimiques ingérées par la

femme enceinte passent dans le lait maternel. Et comme ces traces

trouvent d’autres voies de diffusion que le lait maternel comme le sang

ou le liquide amniotique125, nous assistons depuis quelques décennies à

l’apparition d’une nouvelle génération de nourrissons possédant plus ou

moins des caractéristiques physiologiques et mentales assimilables à

celles du drogué et chez qui, au seuil de leur nouvelle existence, No

Future risque bien d’être inscrit en lettres génétiques.

Des taux de consommation effarants chez les enfants

« À l'âge de trois mois, 7 nourrissons sur 100 ont déjà reçu des

somnifères ou des sédatifs. Au neuvième mois, 16 % en consomment

régulièrement » révélait en mars 2003 le magazine Maman ! d'après le

livre Élever bébé de Marcel Rufo et Christine Schilte. La même année, la

Revue médicale de l’assurance maladie estimait qu’au cours d’une

année, 4,2 % de garçons et 3,5 % de filles de moins de dix ans avaient pris

au moins un psychotrope. Parmi ces substances, la répartition entre les

antidépresseurs, les anxiolytiques, les hypnotiques et les neuroleptiques

était la suivante :

Consommation de psychotropes chez les enfants de moins de 10 ans par

sexe et par type de produits126

Garçons Filles

Antidépresseurs 0,4 0,2

Anxiolytiques 2,9 2,5

Hypnotiques 0,8 0,7

Neuroleptiques 0,3 0,2

Total

psychotropes

4,2 3,5

125 Liquide clair, constamment renouvelé, dans lequel baigne le fœtus à l'intérieur de

l'utérus d'une femme enceinte. Il est fabriqué par les membranes qui entourent le

fœtus et contient des déchets organiques.

126 http://www.ameli.fr/pdf/1124.pdf

61

Étant donné que la moyenne du tableau entre les deux sexes est de

3,85 % et que ces données ne prennent pas en compte les

psychostimulants, le nombre d’enfants de moins de dix ans consommant

au moins un psychotrope dans l’année devrait être largement supérieur à

4 %. Mais, nous direz-vous peut-être, une pilule dans l’année, ce n’est

rien. Certes, mais sur ces estimations, combien d’enfants en prennent

chaque mois, chaque semaine, chaque jour ? Nous ne le savons pas.

Chaque année, un million d’adolescents prennent un psychotrope

Une autre étude réalisée en 1993 par la CNAM rapporte qu’en France 17

% des élèves du second cycle scolaire (de la 6e à la terminale) avaient

consommé des psychotropes dans l’année écoulée127. Ces statistiques

n’entrent pas dans le détail en ce qui concerne les pourcentages relatifs à

chaque classe de médicaments et datent de plus d’une dizaine d’années.

Cependant, une fois de plus, ils sont parlants. À la rentrée 2004, selon les

sources de l’Éducation nationale, les établissements publics et privés du

second degré accueillaient 5 538 000 élèves dans la métropole et les

départements d’outre-mer!. Sachant que la consommation n’est pas en

baisse, en rapportant le pourcentage de 17% (datant de 1993) des élèves

du second cycle au total actuel de 5 538 700, nous obtenons 941 500

jeunes étudiants consommateurs de psychotropes, soit près d’un million

d’ados, garçons et filles de 10 à 18 ans ! Et ceci, sans tenir compte de la

hausse régulière de cette consommation depuis plus de dix ans. Parmi

eux, combien en prennent régulièrement ? Combien en font une

polyconsommation ? Combien consomment par ailleurs des substances

illégales ? Nous ne le savons pas avec précision si ce n’est que, selon

Baromètre Santé 2000, le département d’études et d’enquêtes de

l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé, en 2000,

7,5% des garçons et 23,6 % des filles de 17 avaient avalé ans un

psychotrope au cours du dernier mois.

Comme le déclarait le Dr Zarifian au Figaro, « je suis persuadé que ces

médicaments dont la consommation a atteint aujourd’hui en France un

niveau record, le plus important de tous les pays occidentaux, posent un

problème préoccupant pour l’avenir de notre pays, qui doit être assimilé

à celui de la drogue. […] Les médecins français sont effectivement à

l’origine de cette situation parce qu’ils sont parmi les plus mal informés

du monde occidental. Les généralistes (70 % des prescriptions de

psychotropes) sont en cause dans la mesure où ils délivrent trop souvent

ces médicaments comme traitement de confort, et non pour soigner de

127 http://www.doctissimo.fr

62

véritables maladies. Mais à leur décharge les généralistes sont devenus

en France la soupape de sûreté de notre société. C’est la personne que

l’on va voir lorsque l’on a des problèmes personnels dans sa famille, dans

son travail. Le généraliste traite en quelque sorte un mal-être en

prescrivant un anxiolytique ou un antidépresseur. Mal-être qui n’a rien à

voir avec une quelconque maladie ou pathologie. […] La société française

marche vers le tout-médicalisé : un problème, une pilule. »

Et, pour finir, lorsque le Figaro lui demandait : « Existe-t-il des risques

de dépendance et d’accoutumance à ces produits, comme pour les

drogues ? » Réponse : « En France la réponse officielle est non. Mais il

n’y a qu’en France que l’on dit cela. »



Lundi 10 Mars 2008


Commentaires

1.Posté par Argrath le Troll le 17/12/2008 12:42 | Alerter
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