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Nom pluriel, destin singulier L’Europe au miroir des Roms


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Cette France-là
Lundi 16 Août 2010

Nom pluriel, destin singulier  L’Europe au miroir des Roms
À l’heure où le gouvernement français multiplie les déclarations injurieuses et les opérations ignobles  [1] de « démantèlement » à l’encontre des « Roms »  [2], il nous a paru utile de publier le chapitre édifiant qu’a consacré le collectif Cette France-là à la discrimination et à la violence étatique que subissent, en France de manière particulièrement spectaculaire et brutale, mais plus largement dans toute la « Communauté européenne », des populations qu’en bonne logique, on accuse en même temps de tous les maux.

Environ un quart des Européens seraient mal à l’aise à l’idée d’avoir un Rom pour voisin. À titre de comparaison, seuls 6% ne seraient pas à l’aise vis-à-vis d’un voisin d’une origine ethnique différente en général  [3].
Surnommés Tsiganes, Bohémiens, Gitans, Romanichels, mais se nommant eux-mêmes de préférence Roms ou Rroms  [4], Manouches, Sintés, Kalés, et Gitans dans le sud de l’Europe, ils seraient, d’après l’European Roma Rights Center, entre 12 et 15 millions sur le continent européen, et entre 7 et 9 millions dans l’Union européenne. Les multiples noms qui les désignent illustrent la diversité des groupes qui, selon les régions où ils se sont fixés en Europe, ont connu des histoires très différentes. Cette diversité traduit aussi la difficulté qu’ont les Européens à appréhender un peuple qui n’avait pas, jusque dans les années 1970  [5], de terme global pour s’identifier, tout au moins selon les critères des États nations.
Comme l’explique Jean-Pierre Liégeois, fondateur du Centre de recherches tsiganes :
« Les Roms ne rentrent pas dans les idéologies nationales. Ils forment des groupes, avec des identités socioculturelles différentes, et ne se pensent pas membres d’une identité nationale ».  [6]
Un peuple sans État de référence donc, ni ambassades pour entrer en négociation avec les autorités administratives. Aujourd’hui encore, les Roms sont partagés entre l’affirmation du droit de citoyenneté individuel, à l’intérieur de chaque nation, et le principe d’une reconnaissance collective en tant que minorité nationale dans toute l’Europe  [7].
Le mot rom signifie « homme ». La seule dénomination partout reconnue par eux est celle des gadgés, terme qui désigne tous ceux qui ne sont pas roms. Outre cette identification négative, ils se réclament surtout de l’appartenance à tel ou tel groupe familial, ainsi que d’une complexe structure de liens de parenté. Présents depuis des siècles dans les différents pays européens, c’est la force de leur organisation sociale qui leur a permis de résister à toutes les tentatives d’intégration, et plus encore de rejet, de la part des sociétés environnantes.
Car leur existence n’a cessé au cours des siècles de soulever méfiance, hostilité, mais aussi fantasmes : depuis la rumeur des Tsiganes voleurs de poules et d’enfants, jusqu’à l’imagerie romantique des diseuses de bonne aventure, danseuses et musiciens nés, vivant dans leurs roulottes. Si certains Roms aiment se tenir à distance des autres sociétés, et parfois jouer des fantasmes projetés sur eux, force est de reconnaître qu’ils ont payé cher le prix de leur différence supposée. En dépit de la diversité des groupes familiaux et de vécus fort différents, les Roms ont fait l’objet de manière récurrente au cours de l’histoire de mesures collectives de répression. Jean-Pierre Liégeois résume ainsi les attitudes qui ont prévalu à l’égard des Roms :
« Le rejet, par le bannissement hors du territoire de l’État, a été une attitude quasi unanimement adoptée par les pouvoirs publics, répétée loi après loi, quelquefois année après année, et pendant des siècles, par exemple pour la France depuis le XVIe jusqu’au milieu du XXe siècle. Les interdictions portent sur le séjour (d’où le bannissement), mais aussi sur le nomadisme (interdiction de se déplacer) et la sédentarisation (interdiction de se fixer, de construire des maisons, interdiction aux populations d’en vendre aux Tsiganes). Au bout du compte c’est l’existence même du Bohémien qui est interdite. »
Lorsqu’il n’est plus possible de le repousser hors du pays,
« il reste à maintenir le dissident hors de la société, soit en l’enfermant, (…) soit en le confinant dans une surveillance quotidienne en dehors de la société ».
L’habitude d’envisager les Roms comme une population « à contrôler » est à l’origine de la loi de 1912 en France, une loi spécifique pour les « nomades » qui prévoyait l’obligation pour chaque individu d’être porteur d’un carnet anthropométrique à faire viser lors de chaque déplacement. Dans ce carnet, qui devait être présenté aux gendarmes à l’arrivée et au départ d’une ville afin qu’ils apposent le sceau de la commune, figuraient les empreintes digitales, les photos de face et de profil, les caractéristiques physiques et les condamnations éventuelles du chef de famille. Il était assorti d’un livret collectif – équivalent du livret de famille – qui détaillait l’état civil de tous les membres de la famille. Bien que français depuis des générations pour la plupart, les « nomades » se voyaient donc attribuer un statut d’exception.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le contrôle se transforme en enfermement : les Tsiganes français seront 6000 à être parqués par le régime de Vichy, dès 1940 dans des camps d’internement à Montreuil-Bellay, Jargeau, Poitiers, Rivesaltes, Saliens, etc.  [8]. Ils ne seront relâchés qu’en 1946, bien après la Libération. Aujourd’hui, les historiens redécouvrent en parallèle le rôle joué par les Tsiganes dans la résistance en France.
Il faut attendre 1969 pour que le carnet anthropométrique disparaisse et soit remplacé par un carnet de circulation. De là vient l’appellation « gens du voyage »  [9], exclusivement française et administrative, pour désigner ceux qui doivent posséder un carnet de circulation pour se déplacer.
En 1990, la loi Besson devait protéger dans une certaine mesure les droits des voyageurs à stationner dans les communes, sur des terrains prévus à cet effet. Vingt ans après, celle-ci n’est que très partiellement appliquée. Le Secours catholique souligne les difficultés importantes auxquelles continuent de se heurter les voyageurs : terrains ou aires de stationnement insuffisants, pour la plupart dépourvus d’installations sanitaires, accès difficile à une scolarisation adaptée, difficultés pour l’accès aux droits, notamment au droit de vote, pour lequel trois années de résidence sont nécessaires. En France, ce nom de « gens du voyage » suscite aussi une certaine confusion :
- d’une part les « gens du voyage » sont loin d’être tous roms  [10] ;
- d’autre part les Roms sont loin d’être tous des voyageurs (en Europe, on estime même que 95 % d’entre eux sont sédentarisés).
Mais les clichés ont la vie dure. D’autant que s’imaginer les Roms nomades permet d’ignorer plus facilement leur volonté d’intégration locale et aussi de minimiser plus facilement les conséquences de leurs expulsions (« De toute façon ils bougeront, alors… »). En Europe orientale, les Roms n’aiment pas utiliser le terme « Tsigane », qui fait référence à un passé collectif douloureux et particulièrement violent. Dans les principautés roumaines, les Tsiganes, surnommés de cette manière, ont été réduits à l’esclavage jusqu’à la fin du XIXe siècle. Les nazis aussi utilisèrent ce terme, Zigeuner (« Tsiganes » en allemand), dont le Z fut tatoué sur les poignets des déportés dans les camps de concentration. La haine culmine pendant cette période, que les Roms nomment le Samudaripen – le « génocide » en romani. Le fait qu’on ignore encore aujourd’hui combien exactement disparurent dans les camps d’extermination nazis (les estimations varient de 50000 à 500000) atteste de la méconnaissance dans laquelle a longtemps été maintenu ce génocide. En janvier 2009 a été lancée, à Berlin, la construction d’un mémorial dédié aux Sintis et aux Roms tués par les nazis en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale.
Deuxième partie : « Les politiques européennes depuis 1989 » (En ligne mardi 17 août 2010)

P.-S.

Ce texte est paru initialement, sous le titre « Circulation entravée, installation découragée. La construction européenne au miroir des Roms », dans le recueil Cette France-là, réalisé par le collectif du même nom, que nous remercions de nous avoir autorisé cette republication.
Une manifestation unitaire aura lieu à Paris le 4 septembre 2010, place de la République à Paris, à 14h00, contre l’actuelle offensive « sécuritaire » du gouvernement Fillon : « Face à la xénophobie et à la politique du pilori : liberté, égalité, fraternité ».

Notes

[1] Il a fallu un député de droite villepiniste (Jean-Pierre Grand) pour employer le mot juste !

[2] AFP, 12 août 2010 :
Plus de 40 camps illégaux de Roms ont été démantelés en France en 15 jours, a annoncé jeudi Brice Hortefeux. Lors d’une conférence de presse à l’hôtel de police de Montluc, le ministre a précisé que « 700 personnes » étaient concernées et qu’elles « devraient être reconduites dans leur pays d’origine », la Roumanie ou la Bulgarie. Il a précisé qu’en liaison avec le ministre de l’Immigration, Eric Besson, il avait été convenu que des vols seraient « spécialement affrétés » à cette fin. S’agissant de ce dossier, Hortefeux a fait savoir par ailleurs qu’il recevrait « la semaine prochaine » à Paris deux membres du gouvernement roumain, le secrétaire d’Etat chargé de la réinsertion et le secrétaire d’Etat à l’ordre et à la sécurité publique. « A cette occasion, je leur rappellerai la nécessité forte de renforcer la coopération opérationnelle entre nos deux pays », a ajouté le ministre qui souhaite que des policiers roumains « viennent dès que possible » en France pour « épauler les policiers et gendarmes français dans la mission qui est la leur ». Le 28 juillet, Brice Hortefeux avait annoncé que la moitié des camps illégaux de Roms et de gens du voyage seraient démantelés dans les trois mois. Le ministre avait chiffré à environ 300 le nombre de « camps ou squats » recensés dans le pays. Il y aura reconduite « quasi immédiate », vers la Bulgarie ou la Roumanie, des Roms « qui auraient commis des atteintes aux biens ou des fraudes », avait aussi assuré Brice Hortefeux à l’issue d’une réunion à l’Elysée autour de Nicolas Sarkozy sur la question des Roms et des gens du voyage.

[3] La discrimination dans l’Union européenne : perceptions, expériences et attitudes », Eurobaromètre spécial, Commission européenne, juillet 2008.

[4] Écrire avec un double « r » renvoie à la prononciation en romani et permet d’éviter la confusion avec roman, qui signifie « roumain » en langue roumaine.

[5] Le terme Rom a été proposé lors du premier Congrès mondial des Roms en 1971. Ses délégués affirmaient à cette occasion l’existence d’une nation rom dispersée, se reconnaissant dans une histoire et une langue commune, le romani, très parlée en Europe centrale. Depuis, ce terme « Rom » a acquis une légitimité politique en particulier parce que des ONG l’utilisent pour rassembler dans un mouvement commun la diversité des populations auxquelles il se réfère. Cette recherche de légitimité s’accompagne de la découverte d’une origine oubliée. Les ethnologues s’accordent à dire que les Roms seraient les descendants de groupes qui sont venus d’Inde par vagues successives, qui ont transité par la Perse et l’Asie centrale et sont arrivés en Europe à partir du XIe siècle. Les travaux linguistiques montrent la proximité du romani avec le sanscrit, accréditant ainsi une origine indienne, alors qu’on a longtemps cru qu’ils venaient d’Égypte, comme le laissaient entendre les termes gypsies en Angleterre, gitanos en Espagne et « gitans » en France, ou encore ashkalis en Albanie.

[6] Jean-Pierre Liégeois, Roms et Tsiganes, La Découverte, Coll. « Repères », n° 530, mars 2009.

[7] Voir Henriette Asséo, Les Tsiganes, une destinée européenne, Découvertes Gallimard, 1996.

[8] Henriette Asséo, Emmanuel Filhol, Marie-Christine Hubert, Les Tsiganes en France : un sort à part 1939-1946, Perrin, octobre 2009.

[9] On estime qu’il y aurait aujourd’hui près de 300000 Tsiganes ou voyageurs français dont un tiers serait sédentarisé, un autre tiers semi-sédentarisé et le dernier tiers constitué de grands voyageurs.

[10] Par ailleurs, en Europe occidentale, ils sont peu nombreux à se reconnaître sous le nom de Roms. Les groupes se reconnaissent davantage sous le terme de Sintis, Manouches, Kalés, voyageurs ou Gitans. On entend donc souvent par Roms, ou Rroms, les Roms originaires d’Europe centrale et orientale.


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Lundi 16 Août 2010


Commentaires

1.Posté par Michele le 16/08/2010 16:56 | Alerter
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Cette politique est faite pour attiser la guerre entre pays, entre peuples, entre riches et pauvres ect. Ne sombrez pas dans la folie de quelques uns, regardez en vous.Nous sommes tous humains et avons tous le droit de vivre.

2.Posté par gjingis le 16/08/2010 17:30 | Alerter
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arretez vos multinationnales en europe de l est , et le retour des gitans se suivra automatiquement.sans faire du cinema
et surtout l invasion chinoise ,dont les messieurs, les milliardaire soit disant blancs sont les premiers responsables ayant cause la disparition de petits artisans
arreter cette politique de cheval fatigue
si vous les avez accepté dans l union europeenne . il faut les supporter ,vous etes en pleine infraction judiciaire .
les pays de l est vous les avez pris ,a assumer le reste
c est ca ,non a prende ou a laisser

3.Posté par innocent les mains pleines le 16/08/2010 18:30 | Alerter
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Le révisionnisme et le négationnisme sont interdits, mais le déviationnisme lui est obligatoire...

4.Posté par John le 18/08/2010 17:58 | Alerter
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Je ne pense pas me tromper en disant que pour la population informée en amérique du nord sarkozy est vraiment devenu une personne détestable, quand j'ai lu cette article http://www.nytimes.com/2010/08/06/opinion/06fri2.html?_r=3&ref=global je me suis dit...sarkozy est un fou dangereux.

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