Palestine occupée

Noël sous occupation


Quand je regarde par le balcon du salon de la faculté à l'université de Bethléem, j'entends le constant martèlement des travaux de construction dans la colonie qui nous sépare de Jérusalem et je vois les colonies israéliennes construites sur les terres palestiniennes entourant Bethléem sur trois côtés. Toutes les deux semaines, les colons juifs «visitent» la colline sur le quatrième côté (appelé Ush Ghrab) sur lequel ils ont les yeux fixés. Malgré tout, j'entends que les médias US sont focalisés sur autres choses, dont la question préoccupante des chaussures volantes.

Par Mazin Qumsiyeh


Samedi 20 Décembre 2008

Noël sous occupation
Après avoir vécu 29 ans aux USA, ce n'est pas facile de vivre dans la région de Bethléem, spécialement en cette période de Noël. La vie peut être par moments dure, réjouissante, déprimante, drôle et pleine d'espoir. Israël a occupé cette région en 1967, mais le paysage a commencé à changer bien avant.

En 1948, Bethléem est devenue la patrie de milliers de réfugiés palestiniens après que plus de 750.000 personnes ont été chassées de leurs maisons de ce qui est devenu Israël. Les Palestiniens ont été interdits de retour, et trois camps de réfugiés exigus (Dheisheh, Azza et Aida) s'ajoutent aux migrants locaux venus des villages dont les terres ont été envahies.

Depuis 2002, nous sommes confrontés à l'énorme coût humain d'un énorme mur de ségrégation en béton. Le mur zigzague autour de Bethléem, mettant les terres agricoles palestiniennes fertiles du « côté israélien » et, dans de nombreux cas, il va droit à travers des villages vieux de plusieurs siècles, séparant les familles palestiniennes les unes des autres et de leurs travail, hôpitaux, écoles, églises et mosquées.

Le mur et les checkpoints signifient que beaucoup de facultés et d'étudiants ne peuvent plus se former à l'Université de Bethléem et notre corps estudiantin a continuellement perdu sa diversité géographique. Le chemin biblique et littéral de Nazareth à Bethléem est bloqué par de nombreux checkpoints et des plaques de béton de neuf mètres de haut.

Beaucoup de mes parents ont perdu leur travail à Jérusalem ou perdu leur gagne pain qui dépendait de la ville dont nous sommes une banlieue. Il est virtuellement impossible pour des Palestiniens de Cisjordanie d'obtenir des permis pour entrer à Jérusalem ou pour des Jérusalémites de faire du commerce avec nous.

Même si quelqu'un obtient un rare permis, les checkpoints rendent le trajet incertain et souvent impossible, empêchant de maintenir une économie décente. Le chômage est maintenant à 45%, près de deux fois ce qu'il était pendant la grande dépression US. Mais nous pouvons être reconnaissants de ne pas vivre à Gaza où les choses sont encore pires. Malgré tout, la région toute entière est comme une bombe à retardement.


Le désir d'Israël d'acquérir le maximum de géographie avec le minimum de démographie palestinienne est la racine des souffrances affligeant notre Patrie sacrée. Aujourd'hui il y a 6 millions de réfugiés palestiniens et de personnes déplacées. Amnesty International a observé que les « processus de paix » ont échoué parce qu'Israël a ignoré les droits de l'Homme, dont le droit des Palestiniens autochtones à retourner dans leurs maisons et sur leurs terres.

Il y a maintenant un large consensus (à l'exception des gouvernements US et israéliens) sur le danger pour la paix et la sécurité internationale causé par les violations continues des droits de l'Homme et du droit international par Israël. Il est clair que si quelqu'un veut la paix au Moyen-Orient et au-delà, le chemin commence par rendre justice aux Palestiniens.

Je suis doublement attristé en tant qu'américain et chrétien palestinien parce que mes impôts soutiennent ce carnage de 60 ans. Israël est le premier récipiendaire de l'aide à l'étranger des USA et les administrations US continuent de sortir de leur chemin pour satisfaire à l'influence du lobby israélien.

La logique du pouvoir militaire et politique dicte qu'Israël est maintenant en train de construire davantage de colonies juives et de démolir davantage de maisons et de fermes palestiniennes en dépit de ses obligations selon les accords signés et le droit international.
Le gouvernement israélien actuel est même en train de virer encore plus à droite pour contrecarrer l'extrême-droite de Netanyahou avant les élections. L'administration élue d'Obama a nommé les défenseurs d'Israël à des postes clé du pouvoir (Hilary Clinton, Rahm Emmanuel) indiquant que nous ne pouvons espérer aucun «changement ».

Israël en tant que puissance occupante est responsable du bien-être de ceux qui sont sous sa domination belligérante militaire selon les conventions de Genève. Cependant, Israël a intentionnellement détruit l'économie palestinienne.

Avec la collusion de l'UE et des USA, l'économie de la Cisjordanie et de Gaza devient encore plus dépendante de « l'aide humanitaire » de l'Occident. Quelques 30% de cette aide sont détournés en Israël et quelques 30% vont soutenir les « forces de sécurité » palestiniennes dont le travail semble se concentrer à ne pas protéger les Palestiniens contre les attaques des colons mais à combattre tout palestinien qui ose résister à l'occupation ou protester contre l'usurpation de sa terre.


Il y a un système de corruption impliquant les gouvernements et les «autorités» coulant goutte à goutte jusqu'au peuple. Cela est couplé avec une stratégie des médias qui fait comme si le seul choix qui reste aux Palestiniens est de se faire sauter eux-mêmes ou la capitulation et des négociations interminables.

Le triste état des affaires ne vient pas juste d'arriver mais a été manigancé et est activement organisé pour perpétuer l'occupation et la dépendance.

Pourquoi quelle autre raison Israël refuserait-il l'entrée des universitaires venant enseigner dans les universités ici ou l'entrée de l'équipement pour même les plus simples industries ?

Pourquoi refuser l'électricité à Gaza et l'équipement pour traiter les eaux usées et ainsi laisser les eaux usées de 1,5 million de personnes se déverser dans la Méditerranée polluant l'Europe et même Tel Aviv ?

Mais nous sommes pleins d'espoir ; l'histoire n'est pas statique comme il est amplement illustré par de nombreux exemples historiques incluant l'avènement et la chute de la dynastie Bush. Ici à Bethléem, nous puisons notre force du souvenir que l'occupation militaire étrangère qui existait au temps de Jésus a eu une fin.

Nous puisons l'espoir dans ces milliers de visiteurs qui viennent nous montrer leur solidarité. Nous puisons la satisfaction et la patience dans notre foi et nos prières. Nous puisons notre énergie dans notre travail pour une paix juste. Les chefs de nos églises cette année ont demandé à la communauté internationale de considérer «ce que ferait Jésus» dans cette situation d'injustice.

Dans cette saison célébrant la naissance du Prince de la Paix, laissez nous tous nous résoudre à prier et travailler pour la fin de l'occupation qui a commencé en 1967 et pour la mise en application de tous les autres droits palestiniens reconnus internationalement. Quand nous réussirons, les gens de toutes religions (juifs, chrétiens et musulmans) et de toutes les origines partageront ce petit morceau de terre dans l'harmonie et la paix. Cela sera le vrai changement pour lequel nous avons travaillé et cela brisera finalement les chaînes qui entravent la politique étrangère US.

C'est notre prière pour cette saison sacrée.

Source : Palestine Chronicle
Traduction : MM pour ISM

 
 
 


Samedi 20 Décembre 2008


Commentaires

1.Posté par Patche le 20/12/2008 19:23 | Alerter
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Il faut que tous chrétiens n'oublient pas que la terre d'où vient Jésus est aujourd'hui le théâtre d'injustice et que tout le monde s'en fout... Que cette période censée être festive nous remémore certaines choses essentielles...

Merci pour l'article.




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