Politique Nationale/Internationale

Nicolas Sarkozy loue encore Ben Ali sur les droits de l’homme



Jeudi 1 Mai 2008

Le président Nicolas Sarkozy a de nouveau décerné un brevet de bonne conduite au président tunisien Zine el Abidine Ben Ali, malgré les protestations des défenseurs des droits de l’homme.

Dans un discours devant les étudiants de l’Institut national des sciences appliquées et de technologie de Tunis, il a néanmoins invité les dirigeants tunisiens à considérer avec "lucidité" ce qui restait à accomplir dans leur pays, où "tout n’est pas parfait".

"Quel pays peut s’enorgueillir d’avoir autant avancé en un demi-siècle sur la voie du progrès, sur la voie de la tolérance et sur la voie de la raison ?" a-t-il déclaré. "C’est le grand mérite du président Ben Ali d’avoir continué sur cette voie sans se laisser décourager par les obstacles de toute sortes (...), sans se laisser intimider par le fondamentalisme qui est notre ennemi commun, sans se laisser intimider par l’obscurantisme, par les fanatiques et le fanatisme qui rêvent d’un retour en arrière", a-t-il ajouté. "Alors tout n’est pas parfait en Tunisie, certes, tout n’est pas parfait en France non plus, certes également", a poursuivi Nicolas Sarkozy. "Beaucoup de choses restent à accomplir, c’est certain, beaucoup de choses restent à améliorer, c’est certain, et ce n’est pas faire preuve de faiblesse que de le dire. Quand on est fort, on regarde la situation avec lucidité."

A Paris, le socialiste Pierre Moscovici a interpellé la droite sur la "complaisance" du président de la République à l’égard du régime tunisien lors de la séance de questions d’actualité à l’Assemblée. "C’est une contrevérité absolue que de prétendre" que l’espace de liberté progresse en Tunisie, a déclaré le député du Doubs, citant la phrase prononcée lundi soir par Nicolas Sarkozy.

La visite "consternante" de Mouammar Kadhafi à Paris, les félicitations adressées par le chef de l’Etat à Vladimir Poutine et les "très molles protestations" face aux violations des droits de l’homme en Chine sont autant de preuve que Nicolas Sarkozy a renoncé à ses promesses de campagne présidentielle sur la politique étrangère, a-t-il estimé. "Il n’y plus de tâtonnements, il n’y a plus d’erreur de début de mandat. Il y a une démarche volontaire, délibérée, consentie en tout cas d’ignorer superbement la question des droits de l’homme", a accusé Pierre Moscovici. "La Tunisie n’est pas la Corée du Nord", a répliqué le secrétaire d’Etat chargé des Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet. "Nous n’avons jamais caché que la France souhaitait qu’une évolution politique accompagne maintenant les succès du développement économique et social" en Tunisie, a-t-il fait valoir. "Cette ouverture, c’est aux Tunisiens eux-mêmes d’en fixer le rythme, le contenu, les modalités mais elle est aujourd’hui indispensable et possible", a-t-il poursuivi dénonçant ceux qui s’érigent "en donneurs de leçons".

Les organisations de défense des droits de l’homme accusent régulièrement le pouvoir tunisien d’atteintes aux libertés fondamentales sous le couvert de la lutte contre le terrorisme et contre l’extrémisme religieux. Elles se sont dites déçues par les déclarations du président français pendant sa visite d’Etat, dont elles attendaient un discours plus offensif sur la question des droits de l’homme.

Les défenseurs tunisiens des droits de l’Homme accusent notamment Nicolas Sarkozy d’avoir donné la priorité aux relations économiques entre la France et la Tunisie. "Je suis dans le camp des amis de la Tunisie parce ce qui se joue ici est plus important que la Tunisie, est plus important que la France. C’est l’ouverture d’esprit, la tolérance, la foi et la raison", leur a répondu mercredi le président français. "Et je voudrais que chacun, à chaque fois qu’il regarde la Tunisie et qu’il la juge, car la Tunisie doit acceptée d’être jugée également, garde toujours présente à l’esprit l’importance de ce qui se joue ici."

Sarkozy quitte la Tunisie en défendant l’Union pour la Méditerranée

Le président français Nicolas Sarkozy a achevé mercredi sa visite en Tunisie par un plaidoyer en faveur d’une Union pour la Méditerranée (UPM) élevée au rang de "rendez-vous avec l’histoire", dont il a souhaité qu’elle contribue au règlement du conflit israélo-palestinien.

A deux mois et demi de son lancement solennel le 13 juillet à Paris, Nicolas Sarkozy a une nouvelle fois défendu son projet de partenariat entre l’Union européenne (UE) et ses voisins du sud de la Méditerranée, cette fois devant un amphithéâtre d’étudiants tunisiens. "Ce jour-là, pour tous, il s’agira d’être au rendez-vous de l’histoire. Manquer ce rendez-vous historique, ce serait prendre une responsabilité immense vis-à-vis de nos enfants, vis-à-vis des générations à venir", a-t-il déclaré.

Faisant un exemple de la "relation apaisée et féconde entre le monde musulman et l’Occident" qui existe entre la France et la Tunisie, le président français a estimé qu’il était temps "de l’étendre à toute la Méditerranée" pour éviter "le choc des civilisations et la guerre des religions".

A cet argumentaire connu, Nicolas Sarkozy a ajouté mercredi l’espoir de faire de son initiative un facteur d’accélération du règlement du conflit entre Israël, appelé à participer à l’UPM, et les Palestiniens. "Je sais parfaitement que tout ceci est en arrière plan de l’Union pour la Méditerranée, mais ça ne doit pas nous empêcher d’agir, ça doit nous encourager à agir (...) si l’Union pour la Méditerranée devient une réalité, cette Union, elle changera le monde", a-t-il même promis.

A l’intention de pays de l’UE qui ont longtemps douté de son initiative avant de s’y rallier, Nicolas Sarkozy a lourdement insisté sur l’échec du dialogue euro-méditerranéen de Barcelone lancé en 1995. "Barcelone, c’est bien parce que c’est le Nord qui aide le Sud. Mais Barcelone, je suis désolé de le dire, ce n’est pas le partenariat entre les peuples (...) c’est la poursuite du dialogue nord-sud, tel qu’il s’est instauré après la décolonisation, c’est-à-dire sur la base d’une relation inégalitaire où l’un décide et l’autre reçoit", a-t-il estimé.

A son homologue tunisien Zine El Abidine Ben Ali qui a souhaité "une participation plus large" des pays du Sud, le président français a promis que l’UPM serait "fondée sur une égalité des droits et des devoirs".

Il a également décrit la nouvelle structure comme une "union à géométrie variable où chacun participera comme il le souhaite" autour de "projets concrets", parmi lesquels il a cité la dépollution de la Méditerranée.

Nicolas Sarkozy n’a pas détaillé l’architecture de la future Union, qui devra être définie d’ici au 13 juillet. Mais selon un scénario susurré de source française, Tunis pourrait être récompensée de son soutien de la première heure au projet français en accueillant le secrétariat général, et la France et l’Egypte hériter de la coprésidence tournante.

Balayant toutes les critiques, le président français a enfin profité de son dernier discours sur le sol tunisien pour renouveler son satisfecit au régime du président Ben Ali sur le terrain controversé des droits de l’Homme. "Tout n’est pas parfait en Tunisie, certes (...) mais je veux le dire aussi parce que je le pense, quel pays peut s’enorgueillir d’avoir autant avancé en un demi siècle sur la voie du progrès, sur la voie de la tolérance, et sur la voie de la raison ?", s’est-il exclamé.

Cette question a plané sur tout le séjour tunisien de Nicolas Sarkozy, qui a suscité un tollé chez les défenseurs des droits de l’Homme. Il avait en effet affirmé à son arrivée lundi que "l’espace des libertés" avait "progressé" en Tunisie, pays pourtant souvent critiqué pour ses atteintes aux libertés.

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Jeudi 1 Mai 2008

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