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Nicolas Sarkozy bientôt à Port-au-Prince.


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Claude Ribbe
Lundi 3 Décembre 2007

Nicolas Sarkozy bientôt à Port-au-Prince.
Il est fortement question d’un prochain déplacement de Nicolas Sarkozy à Port-au-Prince. Cette visite avait été suggérée par le président René Préval lors du voyage en Haïti, début septembre 2007, de la secrétaire d’État française aux droits de l’Homme, Rama Yade. Il semblerait que Rama Yade en ait approuvé le principe et que sa vision soit partagée au plus haut niveau. Ce serait la première fois qu’un chef d’État français se rendrait dans l’ancienne colonie où la France a traîné, en un siècle et demi, un million de victimes : un véritable pont maritime de la honte avait été établi entre l’Afrique et la partie française de Saint-Domingue, ce qui est probablement la plus grande déportation de toute l’histoire de la traite. Les esclaves français, dont l’espérance de vie dans la colonie de Saint-Domingue n’était guère que de quelques années, se sont révoltés en 1791 et leur liberté a été reconnue par la France en 1793, ce qui a entraîné la première abolition de l’esclavage et permis la liberté des esclaves des autres colonies, liberté effectivement reconnue en Guadeloupe et en Guyane. En droit, les Haïtiens sont donc devenus français à partir du 4 février 1794. Sitôt parvenu au pouvoir, le dictateur Bonaparte, raciste forcené encore célébré en France par une poignée de nostalgiques, a tenté de rétablir l’esclavage dans cette ancienne colonie, comme il l’a fait avec succès, mais non sans résistance, dans les autres. Les Haïtiens ont triomphé, à la bataille de Vertières, de l’armée qui faisait trembler l’Europe. Les atrocités commises par le corps expéditionnaire français, qui préfigurent la barbarie nazie par le caractère méthodique de l’extermination raciste programmée de la population civile et les moyens employés (le gazage), n’ont servi à rien. Toussaint Louverture, enlevé sur ordre de Napoléon et assassiné au fort de Joux pendant l’hiver 1802-1803 a eu sa revanche posthume. La colonie française de Saint-Domingue a proclamé son indépendance le 1er janvier 1804. À partir de ce moment, une certaine France revancharde, piquée au vif, a développé des théories négrophobes dont les séquelles ne sont pas effacées aux XXIe siècle. Une législation d’apartheid a été même un temps été officialisée.
En 1825, sous la menace d’une reconquête, la France imposait à Haïti une rançon pour les anciens esclaves perdus par les colons. Ce racket, d’abord fixé à 150 millions de francs-or, puis réduit à 90 millions (ce qui équivaudrait aujourd’hui à plusieurs milliards de dollars) a effectivement permis aux anciens esclavagistes d’être scrupuleusement et largement remboursés. Les Haïtiens ont mis près d’un siècle à payer. Les intérêts des emprunts accordés par la France pour payer cette « dette » l’ont encore alourdie.
Il ne fait aucun doute que l’exploitation esclavagiste particulièrement barbare que la France a perpétrée en Haïti, le génocide tenté pendant la guerre d’indépendance et finalement l’extorsion d’une indemnité illégitime et exorbitante ont pesé extrêmement lourd sur le développement d’Haïti.
À l’approche du bicentenaire de l’indépendance, Dominique de Villepin, admirateur de Napoléon, a tenté de minimiser le poids de ce passé en déléguant sa propre sœur, Véronique Albanel, en compagnie de son ami Régis Debray, de l’adjoint au maire socialiste de Nantes Yvon Chotard, du communiste défroqué Marcel Dorigny et de l’intellectuel guadeloupéen Jacky Dahomey (héritier, en quelque sorte, du sinistre Magloire Pélage, qui combattit Delgrès) pour aller déstabiliser et menacer le président Jean-Bertrand Aristide au nom d’une certaine vision du colonialisme. Une campagne de dénigrement digne de 1802 a été organisée en France pour vilipender à la fois Haïti et son président. Une prétendue « opposition » montée de toutes pièces par les milieux conservateurs haïtiens-américains qui ont financé des mercenaires a été présentée en France comme une force politique. La plupart des intellectuels haïtiens vivant en France ont malheureusement soutenu cette opération qui s’est terminé par l’enlèvement, en pleine nuit, d’un président légitimement élu par les forces spéciales américaines avec l’approbation de la France. Il s’en est fallu de peu que Jean-Bertrand Aristide ne soit assassiné à Bangui, où Paris avait facilité sa déportation dans l’espoir de plaire à Washington. J’ai été le seul Français à défendre l’honneur de mon pays en m’élevant publiquement contre ce coup de force à la fois inique et diplomatiquement inutile : avec un profond mépris pour les calomnies racistes qui le visaient, j’ai accordé, sans aucune ambiguïté, mon total soutien à Jean-Bertrand Aristide. Quatre ans après, je suis fier d’en payer encore le prix. L’histoire me donne déjà raison.
Qu’on aime ou pas Nicolas Sarkozy, force est de convenir qu’il n’a pas à cautionner les gesticulations et les préjugés de ses prédécesseurs. À lui de trouver un ton qui permette de dépasser les embardées et les rodomontades colonialistes pour nouer entre Paris et Port-au-Prince des liens nouveaux. Dans ce contexte, il lui est impossible de ne pas s’intéresser au général Dumas qui est le trait d’union incontournable entre Haïti et la France. Arriver avec la statue du général, c’est, pour le président français, la seule manière honorable d’éviter les questions qui fâchent et les excuses (qui ne sont pas son fort). Je forme des vœux pour qu’il ait autour de lui des conseillers assez cultivés, assez avisés, assez réalistes, pour ne pas passer à côté de cette chance historique pour Paris et prendre bien conscience que, selon le mot d’Alexandre Dumas, « les Haïtiens, avant de cesser d’être français, ont fourni leur contingent de gloire à la France »

29 novembre.


Lundi 3 Décembre 2007

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