Récemment, onze millions d’internautes aux États-Unis et aux Royaume-Uni ont choisi ce que l’on a qualifié de « suicide virtuel » en supprimant leur compte Facebook. Jason Pontin, rédacteur en chef de la revue MIT Technology Review, s’exprime sur la protection des données et le « suicide virtuel » dans une interview accordée à La Voix de la Russie.

Aujourd’hui, la cybersécurité est un sujet brûlant, en particulier après qu’Edward Snowden a affirmé au monde entier que la NSA menait une surveillance en ligne sur toute la planète. Jason Pontin estime que les déclarations de Snowden ont été très utiles, puisqu’elles ont conduit l’opinion publique à s’interroger sur les problèmes de cybersécurité. Toutefois, il estime que la sécurité sur Internet n’existe pas et que les utilisateurs ne sont pas en mesure de protéger leurs renseignements personnels.

« Je pense qu’Edward Snowden est un patriote. Je pense que la Russie a fait une bonne chose en lui accordant l’asile. Je crois aussi que ses déclarations ont été utiles – a-t-il indiqué. Je suis content d’avoir appris ce que fait la NSA, car il y a quelques mois encore je n’en savais rien.

Il existe des technologies que l’on ne peut pas pirater en principe, par exemple les technologies cryptographiques telles que la cryptographie quantique. Elle est basée sur la mécanique quantique, et il est impossible de pirater de tels codes sans un ordinateur quantique. A l’heure actuelle, les ordinateurs quantiques n’existent pas. Mais les gouvernements ont peur que des terroristes aient recours à cette technologie. »

Jason Pontin estime que le seul moyen de protéger les données personnelles est d’élaborer des lois spécifiques au niveau des Etats et au niveau international.

« Des débats démocratiques sont nécessaires dans les pays dont les citoyens doivent exiger une plus grande protection contre l’espionnage de leur propre gouvernement. Cela doit s’accompagner de négociations au niveau de l’Etat. Il est nécessaire de signer un traité international – dans le cadre de l’Organisation des Nations Unies et entre les pays du G8, dont la Russie et les Etats-Unis – qui indiquerait ce que les Etats ne peuvent pas faire sans une base juridique appropriée. »

Parlant du « suicide virtuel », Jason Pontin l’a décrit comme une nouvelle tendance de la communauté Internet. Selon lui, les internautes suppriment leurs comptes, non pas parce qu’ils ont peur que le gouvernement les espionne, mais parce que les réseaux sociaux sont devenus une plateforme de vantardise, un endroit où les gens rivalisent quant à leur statut, leur richesse, ce qui donne lieu à de graves problèmes tels que la persécution virtuelle qui peut conduire les gens jusqu’au suicide réel.

« Je ne pense pas que les gens « se suicident » sur les réseaux sociaux (entendre quittent) car ils craignent que Facebook donne au gouvernement des États-Unis la possibilité d’exercer une surveillance. Non, ils le font pour d’autres raisons. Les jeunes n’aiment pas vraiment Facebook. Les adolescents le trouvent traumatisant. Les adolescents occidentaux rivalisent fortement les uns avec les autres. Ils se moquent les uns des autres, sont en concurrence les uns avec les autres, les garçons discutent de l’apparence des filles, et de nombreuses études montrent que Facebook a fait de nombreux malheureux parmi les jeunes. Sur les réseaux sociaux, les gens tiennent des propos qu’ils n’oseraient jamais tenir dans la vraie vie. »