Diplomatie et relation internationale

Netanyahu disparaît comme par magie en Russie


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La disparition pendant toute une journée du Premier ministre israélien Benjamin Netannyahou, le 7 septembre, a fait saliver tous les colporteurs de ragots de son pays. Beaucoup d’entre eux ont élaboré des théories spéculatives sur la raison exacte pour laquelle il a disparu soudainement de l’œil des médias et des dossiers officiels. Après tout, la disparition étrange d’un chef de gouvernement n’est pas une mince affaire.

Par Sreeram Chaulia
Asia Times Online, le 14 septembre 2009
article original : "Netanyahu plays a Russian rope trick"


Sreeram Chaulia
Mercredi 16 Septembre 2009

Netanyahu disparaît comme par magie en Russie
L’alibi initial fourni par le secrétaire militaire du Premier ministre – qu’il « visitait une installation de sécurité » à l’intérieur du pays – a essayé d’éviter les regards indiscrets dans un pays où le corps de la presse obéit scrupuleusement aux lois de censure militaire. Les assistants de Netannyahou étaient persuadés que faire croire à cette histoire d’inspection d’une installation ultrasecrète du Mossad à l’intérieur d’Israël suffirait à rassasier les curieux.

Mais cette version a rapidement pris l’eau et les rumeurs se sont multipliées (trouvant prétendument leur origine auprès d’éléments mécontents au sein du cercle intime de Netannyahou) que « Bibi », comme on l’appelle familièrement, se trouvait en mission diplomatique sensible dans un pays étranger. Le quotidien palestinien al-Manar a soutenu qu’il s’était envolé vers un Etat arabe dont le nom n’a pas été révélé, avec lequel Israël n’entretient pas de relations officielles, et qu’il l’a fait en secret pour couper court à toute critique de la part des faucons israéliens de la politique étrangère.

Un récit plus crédible a commencé à faire surface par bribes, selon lequel Netannyahou se trouvait en réalité à Moscou, accompagné de hauts conseillers militaires. Il aurait emprunté un avion privé à un magnat israélien des affaires pour ce voyage clandestin de 15 heures Les réponses ambiguës données à la fois par les officiels russes et les officiels israéliens sur des questions à ce sujet ont attisé le feu de cette hypothèse.

Un porte-parole du ministère russe des affaires étrangères a déclaré de façon évasive : « Nous avons vu ces reportages dans divers médias, mais je ne peux rien vous dire de plus ». La même source a ajouté : « Je ne dis ni oui ni non ». Le propre cabinet de Netannyahou était muet et a diffusé de vagues messages après coup, qui s’éloignaient de l’histoire de l’installation du Mossad et qui disculpaient le conseiller à la sécurité nationale Uzi Arad d’avoir répandu ce mensonge évident.

Selon le grand quotidien israélien Ha’aretz, Netannyahou était à Moscou pour présenter des preuves concrètes au Kremlin que des armes russes étaient en cours d’acheminement vers l’Iran, la Syrie et la guérilla du Hezbollah au Liban. L’ordre du jour israélien incluait également de persuader la Russie de ne pas vendre ses missiles antiaériens S-300 à l’Iran.

Le système S-300 préoccupe depuis un moment les planificateurs de guerre israéliens, surtout depuis que l’affaire mystérieuse du bateau russe « détourné », l’Arctic Sea, a été révélée fin juillet. Transportant apparemment une cargaison de planches destinée à l’Algérie, il a été rapporté que ce vaisseau avait été capturé au large de la Suède par des pirates et qu’il avait disparu jusqu’à ce qu’il soit « récupéré » par la marine russe quelques 25 jours plus tard, près des îles du Cap Vert.

Etant donné que les eaux de la Scandinavie font partie des plus sûres pour les cargaisons marchandes et vu la grande confidentialité du gouvernement russe qui a entouré cet incident, de forts soupçons sont apparus, selon lesquels l’Arctic Sea avait quelque chose de plus grande valeur à bord. Un fonctionnaire anti-piratage de l’Union Européenne, de même qu’un général de la marine russe dont le nom n’a pas été divulgué, a suggéré que ce cargo transportait, par l’intermédiaire d’un syndicat russe du crime organisé, des missiles S-300 ou Kh-55 à destination de l’Iran. Le Mossad est entré dans la danse en indiquant que l’Arctic Sea transportait « un système de défense antiaérien à destination de l’Iran. »

Après que la marine russe eut « récupéré » le bateau et après l’avoir escorté jusqu’en Russie, Moscou a conduit une enquête officielle et a déclaré que les « pirates » étaient huit Russes ethniques avec un passé criminel, qui visaient simplement l’argent de la rançon. Serguei Lavrov, le ministre russe des affaires étrangères, a déclaré que cette rumeur autour des missiles de contrebande destinés à l’Iran était « un mensonge absolu ».

Mais des gens bien informés au sein des médias israéliens ont continué d’insinuer que le Mossad avait, soit « révélé » à Moscou qu’il traquait les fournitures secrètes de missiles à bord de ce bateau, soit, plus pittoresque, que les services secrets israéliens avaient engagé des gangsters ethniques russes pour interrompre le voyage de l’Arctic Sea avant qu’il n’atteigne l’Iran.

La course folle et secrète de Netannyahou à Moscou est interprétée comme une séquelle de la saga océanique de la contrebande de missiles. Si Netannyahou s’est bien rendu à Moscou avec des preuves, cela a pu être utilisé comme moyen humiliant pour contraindre ses hôtes de ne pas étoffer les défenses iraniennes. Le quotidien russe Kommersant a même affirmé que les Israéliens prévoyaient d’attaquer bientôt l’Iran pour mettre fin à son prétendu programme nucléaire et que « Netannyahou avait décidé d’en informer le Kremlin ».

Une question clé au sujet de cette « disparition mystérieuse » est pourquoi Netannyahou a eu recours à un face-à-face secret avec les Russes (sans doute avec le Premier ministre Vladimir Poutine, le Président Dimitri Medvedev ou l’un de leurs proches), s’il souhaitait juste les mettre en garde ou transmettre des plans de guerre. L’Ambassade israélienne à Moscou, l’Ambassade russe à Tel Aviv ou une bonne vieille communication téléphonique n’aurait-elle pas servi cet objectif ?

La réponse repose dans la méfiance réciproque croissante entre Israël et son allié spécial de longue date, les Etats-Unis, sur la reprise des pourparlers de paix avec les Palestiniens. Depuis que l’administration de Barack Obama a la charge des affaires à Washington, une pression sans précédent a été appliquée sur Israël pour stopper complètement la construction de colonies en Cisjordanie et à Jérusalem [Est].

La confiance en Obama du gouvernement très à droite de Netannyahou est si basse qu’un mémo interne de Nadav Tamir, le consul général israélien à Boston, s’est récemment lamenté du fait que « la distance entre nous et le gouvernement américain cause des dommages stratégiques à Israël ».

Des représentations insultantes et racistes d’Obama, le montrant avec une coiffe arabe et comme un musulman partial envers les Palestiniens, ont proliféré en Israël, en particulier parmi les colons qui défient catégoriquement le re-calibrage de la position américaine. Elles reflètent l’angoisse populaire que la meilleure police d’assurance pour poursuivre agressivement les intérêts nationaux israéliens – un chèque en blanc de Washington – relève à présent du passé.

Au cours des derniers mois, Netannyahou a dû jouer serré, essayant de jongler avec les exigences de Washington de stopper la colonisation et les désirs de sa propre coalition de modifier les données démographiques sur le terrain avant que tout accord d’échange de terres contre la paix ne soit signé avec les Palestiniens.

Une vieille stratégie adoptée par les Etats qui sont en train de perdre l’amour inconditionnel d’un ancien allié est de courtiser un rival de ce dernier et d’obliger l’allié en question à réaliser l’horrible bourde qu’il est en train de commettre. La visite secrète que Netannyahou a faite en personne à la Russie pourrait faire partie d’une telle stratégie de protection à long terme contre au moins trois ou probablement sept années supplémentaires de gouvernement Obama à Washington.

Pendant des décennies, Israël n’a eu qu’une seule direction en matière de politique étrangère vis-à-vis des grandes puissances, comptant sur la coopération diplomatique et militaire des Etats-Unis. Mais les relations avec Washington ayant atteint un nadir absolu, Tel Aviv est obligé de rechercher de nouveaux amis puissants comme la Russie.

Puisque Moscou continue de contester Washington sur tous les théâtres – de l’Amérique Latine à l’Asie Centrale et au Proche-Orient – Netannyahou pourrait explorer une ouverture en direction de la Russie, ouverture que les Etats-Unis ne prendraient pas à la légère. Si la Russie peut être convaincue par la ruse d’agir plus durement vis-à-vis de l’Iran sur l’impasse nucléaire, Israël trouverait un espace tout neuf pour maintenir la pression sur Téhéran.

Déjà, les liens israélo-russes en matière de défense sont à la hausse après les progrès d’un accord de 50 millions de dollars sur le transfert de véhicules aériens sans pilote de l’industrie aérospatiale israélienne, qui ont été utilisés par la Géorgie contre la Russie dans la guerre séparatiste de l’Ossétie du Sud l’année dernière.

Le gambit russe de Netannyahou est une manœuvre d’équilibriste faite en cachette à cause du sentiment qui règne à Tel Aviv que l’on ne peut pas faire confiance à Obama. Netannyahou a entrepris une mission personnelle masquée probablement parce qu’il craignait que les services de renseignements étasuniens ne se préoccupassent plus durement des communications par câble ou électroniques entre Israël et la Russie. Même pendant les périodes où l’amitié entre les deux pays était à son zénith, on sait que les services américains ont gardé l’œil sur la correspondance diplomatique israélienne et vice-versa.

La décision de Netannyahou de raconter des bobards à son propre public et à ses propres médias et de s’envoler en personne vers la Russie doit être comprise à la lumière de la paranoïa actuelle en Israël au regard de la politique américaine au Proche-Orient.

Avec une personnalité de l’importance du vice-Premier ministre israélien, Dan Meridor, acceptant avec réticence que Netannyahou s’envole effectivement pour la Russie le 7 septembre, le voile se lève lentement sur la quête d’Israël de contrer l’isolement diplomatique qu’il rencontre sous l’ère d’Obama.
Sreeram Chaulia est professeur associé de politique étrangère à la Jindal Global Law School, à Sonipat, en Inde.
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Mercredi 16 Septembre 2009


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