ALTER INFO

Nervosité de l'Iran en Syrie



Alexander Orlov
Dimanche 24 Juin 2018






    Ces derniers temps, après que les États-Unis, leurs alliés arabes (entre autres, les monarchies péninsulaires) et Israël, ont pris des mesures visant à unir leurs efforts pour chasser de Syrie l'armée iranienne, les forces pro-iraniennes et les mercenaires chiites irakiens, afghans et pakistanais, les Iraniens ont manifesté des signes de nervosité.



    Téhéran, déjà paranoïaque, a en outre eu vent des ‘accusations’ portées contre la Russie, disant qu'elle s’apprêtait « à s’entendre » avec l'Occident et Israël, au prix de l'expulsion des forces militaires iraniennes de Syrie. L'Iran a aussi commencé à faire des menaces à peine voilées contre son ‘allié’. Le déclencheur a été l'annonce faite par Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères de Russie, à la fin du mois de mai. Il a dit que toutes les forces étrangères devaient quitter la Syrie. Téhéran a pensé qu’il parlait des unités iraniennes, du Hezbollah et des mercenaires chiites parrainés par l'Iran, bien que selon Moscou, Sergueï Lavrov parlait de tous ceux qui n'avaient aucun droit légitime à être en Syrie, soit d’abord et avant tout, l’armée étasunienne et plusieurs nations arabes du Golfe persique. L’adjoint du ministre des Affaires étrangères d’Iran, Hussein Sheikh el-Islam, a néanmoins déclaré : « La Russie ne doit pas se mêler des affaires intérieures syriennes. Seul le gouvernement syrien a le droit de décider qui reste sur son territoire et qui doit le quitter. Il répétait le commentaire de l’adjoint du ministre des Affaires étrangères de Syrie, Faisal Mekdad, disant que les forces iraniennes et le Hezbollah étaient en Syrie à la demande du gouvernement syrien. Il a aussi souligné que ces forces resteraient en Syrie.



    Entre-temps, l'expression « affaires internes syriennes » a perdu son sens, puisque des pays occidentaux, la Turquie et les pays membres du Conseil de coopération du Golfe, se sont invités dans le pays pour renverser l'administration légale d'Assad. L'Iran, le Hezbollah et les unités militaires chiites irakiennes, afghanes et même pakistanaises, rejointes ensuite par les forces aérospatiales russes, sont venus aider la Syrie. Téhéran a bientôt commencé à dicter de plusieurs manières ce que devait faire l'armée syrienne et ses forces spéciales, et à exercer notamment des pressions sur Assad, qui avait dû écarter à plusieurs reprises des généraux du ‘parti iranien’. Les mesures prises par Assad pour remplacer son entourage pro-iranien par des officiers alignés sur la Russie, ont fait fortement réagir Téhéran. Il est désormais devenu assez évident que Téhéran assimilait les ‘affaires intérieures syriennes’ à ses propres intérêts en Syrie.



    Les tensions se sont encore exacerbées du fait que le 19 juin, une opération planifiée depuis longtemps contre les forces de l'opposition, a été lancée à Deraa. Jusque-là les affrontements étaient plutôt impulsifs et désorganisés, limitée principalement à des échanges d'artillerie entre les deux camps. Assad a rassemblé toutes ses forces militaires les plus compétentes dans le Sud, où se tiennent des unités iraniennes et du Hezbollah qui, ne se pliant pas à l'accord conclu entre Israël et la Russie avec l'accord tacite de Damas, ne souhaitent pas partir. Avec une concentration aussi dense d'unités militaires, qui non seulement n’arrivent pas à se coordonner, mais sont aussi hostiles les unes envers les autres, des affrontements incontrôlables sont inévitables. Pour l'instant, le début et la nature de cette opération n'ayant pas encore été convenus, l’armée de l’air russe n’est pas impliquée là-bas. De plus, il est difficile de prédire la réaction d'Israël et de la coalition [étasunienne], qui trouvant intolérable la présence de conseillers iraniens et d'unités pro-iraniennes, pourrait commencer à pilonner les forces concentrées à Deraa. Mais même si l’attaque terrestre n’a pas encore été lancée, simplement les 19 et 20 juin, il y a déjà eu de nombreuses pertes. Des tirs d'artillerie de l'opposition ont fait des dizaines de victimes chez les militaires de l'armée syrienne. Les messages venant du sud de Syrie ne laissent aucun doute sur le fait que l'Iran n'a pas l’intention de quitter les environs de la province de Deraa. Des informations ont été divulguées sur le fait qu’un peloton d'exécution a déjà passé par les armes en public, 23 soldats de la 9ème division. Ils avaient refusé d’aller en première ligne, dans le quartier Haarb de la ville de Ghazal. L’exécution a été ordonnée par Vasim Haddur, commandant de l'une des plus grandes unités du Hezbollah présentes dans la légion.



    Les altercations entre les unités chiites pro-iraniennes d'une part, et la police militaire russe et les divisions de l'armée syrienne fidèles à Assad d'autre part, ont commencé début juin. Les chiites et le Hezbollah sont devenus très nerveux quand des unités de la police militaire russe sont apparues à l'est de Qalamoun, et les commandants du Hezbollah ont exigé catégoriquement d’être informés de leurs mouvements et de coordonner ceux-ci avec eux. Dans la nuit du 10 juin, il y a eu des différents entre le personnel militaire et le Hezbollah à Rastan. Cela a incité les forces russes à prendre le contrôle de l'aéroport international de Damas, de la route qui y mène et de plusieurs endroits à Damas. À Damas, les forces de sécurité ont arrêté des fonctionnaires et des militaires pro-iraniens, dont Bouthaina Shaaban, conseiller d'Assad, et Jamil Hassan, chef de la direction des renseignements de l'armée de l'air syrienne. Des installations importantes et stratégiques de l’État, comme les locaux de la banque centrale et du ministère du logement, ont été mises sous contrôle. Des barrages routiers ont été dressés autour du centre de la télévision d'État. Les autres parties sous contrôle comprennent la base aérienne de Debaa, Qousseir et des sites autour du lac de Qatana.



    Il est manifeste que tout en restant partenaire de Téhéran, Assad est toujours aligné sur la Russie, et que ses troupes ont le droit légitime de se trouver en Syrie, contrairement à d'autres forces étrangères. Le refroidissement des relations entre l'Iran et Damas pourrait entraîner de graves difficultés militaires ; mais Assad se rend parfaitement compte que sans l'aide russe, la coopération politique avec les Turcs et la coordination avec la coalition étasunienne, son gouvernement est condamné. Chassé de Syrie, l'Iran ne pourrait plus garantir dans l'après-guerre la survie durable de l'administration syrienne, avec Assad, le clan alaouite au pouvoir et ses alliés. Ce qui est assez clair, c’est qu’il est absurde pour Moscou de garder Téhéran en Syrie jusqu'à la toute fin, surtout au vu des réactions de l'Iran. Les États-Unis et leurs alliés arabes, avant tout l'Arabie saoudite, et fort probablement Israël, projettent des mesures visant à forcer l'Iran à partir de Syrie. La Russie devra donc définir son attitude avant que cela n’arrive. Si la Russie adopte la bonne ligne de conduite, elle pourra rester en Syrie au minimum un an ou un an et demi. Par la suite, l'économie syrienne en ruine devra être reconstruite. Assad a déjà publiquement annoncé que l’estimation du coût de reconstruction se montait à 400 milliards de dollars. Il est évident que Moscou n’a pas ces ressources, mais que les riches pays du Conseil de coopération du Golfe et de l'Union européenne peuvent lever les fonds nécessaires. Mais, tant que l'Iran n'aura pas de gré ou de force quitté la Syrie, ils ne dépenseront pas cet argent.



    Les désaccords en Syrie entre la Russie et l'Iran ont en règle générale toujours existé ; mais les deux sont devenues alliées au cours des phases critiques de la guerre, et sans cette alliance, aucun des deux bords n'aurait eu la chance d'atteindre ses objectifs. Seulement, les zones de désescalade, convenues par la coalition étasunienne, la Turquie et l'alliance russo-iranienne, sont maintenant les théâtres d'opérations locales visant à détruire les restes des forces de l'opposition accrochées à ‘leurs’ territoires. Il ressort que ces conditions ont conduit à la décision de Téhéran de diviser la zone de désescalade russo-iranienne, et que c’est ce qui a déclenché ses attaques verbales contre Moscou.



    Il est naturellement exclu qu’un conflit ouvert ou armé éclate entre la Russie et l'Iran en Syrie. Mais peu à peu, la nature politique du différent prend forme :



  1. Les Iraniens vont créer des problèmes à Lattaquié et à Tartous (où beaucoup de gens accusés d'avoir organisé une révolte armée, ont été arrêtés), c'est aussi là que des manifestations ont été initiées par la population alaouite ;

  2. Les Iraniens ont gardé la maîtrise de la plupart des divisions de la Garde républicaine (qui est en fait leur force mandataire). Considérant le fait qu'Assad n'a pas de troupes militaires compétentes autres que la Garde républicaine, si la division des terres entre Téhéran et Moscou se poursuit, Assad commencera à gouverner uniquement avec le soutien militaire russe.


    Dans ce scénario, les Iraniens seront probablement bientôt chassés des provinces centrales de Syrie. Ils abandonneraient Alep et la partie orientale de la zone de désescalade commune qu’ils tiennent jusqu’à l'Euphrate.



    Les désaccords entre l'Iran et la Russie sont très logiques et compréhensibles en pleine guerre, mais jusqu'à présent, restés dans l'ombre, ils n'ont pas été ébruités. En ce moment, perdant manifestement leur sang-froid, les Iraniens ont commencé à se disputer avec les Russes en Syrie. Mais cela nuit aux Iraniens, puisque dès que la coalition lancera ses opérations contre les forces mandataires iraniennes, ils ne pourront pas se maintenir en Syrie sans Moscou. Dans les circonstances actuelles, les Iraniens doivent faire preuve de retenue et ne pas alimenter les discussions des experts occidentaux et arabes, sur la rupture de l'alliance russo-iranienne en Syrie. Surtout quand ensemble, Russie, Turquie et Iran ont, le 18 et 19 juin, soutenu à Genève les pourparlers de paix sur la Syrie, qui avaient été entamés à Astana, les trois pays garants y ayant discuté de la création de la Commission constitutionnelle syrienne avec Staffan de Mistura, l'envoyé spécial du Secrétaire général sur la Syrie.



    Alexander Orlov, politologue, expert en études orientales, exclusivement pour le magazine en ligne New Eastern Outlook.



NEO, Alexander Orlov, 22 juin 2018


Original : journal-neo.org/2018/06/22/nervousness-of-iran-in-syria/

Traduction Petrus Lombard







Dimanche 24 Juin 2018


Commentaires

1.Posté par Tom France le 27/06/2018 17:57 | Alerter
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Bon en clair: l'Iran est le seul qui menace réellement l'existence même de l'entité sioniste, raison pour laquelle cette dernière ne là veut pas en Syrie tandis que les autres veulent la "paix" mais sans chercher un conflit avec la cause même de cette guerre régionale alors que de toute façon, ce genre de mauvaise paix amènera à une autre guerre peut être plus violente encore!

2.Posté par YYY le 27/06/2018 21:34 | Alerter
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Autrement dit, ce ne sont que des supposi-tzions, supputa-sion, de la ratatouille.
Le blocus américains contre la Russie a t'il été levé ? Sont-ils alliés ? J'ai manqué un épisode !?

3.Posté par Zaheer le 27/06/2018 22:59 | Alerter
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Toutes ces alliances, quelques soient, sont faibles, parce qu'elles servent le faux.

4.Posté par yukof le 28/06/2018 01:16 | Alerter
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@Tom France

"l'Iran est le seul qui menace réellement l'existence même de l'entité sioniste"

vous pouvez me citer le nom d'un seul Israelien, soldat ou civil, tué par l'Iran, depuis 1979 ?
spoil : zéro

Ps: par contre, l'Iran est impliqué dans la mort de 200 000 civiles Syriens, aux moins l'équivalent chez les irakiens ...
et a été sauvé de Daesh par les Américains qui les voient comme de bon auxiliaire de la lutte contre les insurgés sunnites, 1er vrai menace pour Washington qui y concentre tout ses moyens depuis 1991 ....

5.Posté par Zaheer le 28/06/2018 09:00 | Alerter
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Se sentir visé par les critiques des autres (ici Téhéran face à Moscou) est une des caractéristiques de l'hypocrisie décrites dans le Qor-an.
Pas un dans ces alliances maudites , pays dit musulman ou non, n'a la conscience tranquille.

6.Posté par Tom France le 28/06/2018 12:42 | Alerter
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@yukof

Combien de mort israéliens de la part des insurgé sunnites?? Spoil: 0, à l'exception du Hamas.
Pour ce qui est de l'Iran, ils sont bien les SEULS à sponsorisé la résistance anti sioniste dans la région (Hamas-Hezbollah) avec l'aide plus discrète de la Syrie et de l'Irak post Saddam, même si rien n'est parfait et qu'ils ont des canaux de communication avec tel aviv comme tous le monde.

Quand aux 200 000 morts Syriens, c'est d'abord et avant tout israel et son laquais US/OTAN qui sont intégralement responsable de cette situation, la destruction de la Syrie et de son peuple étant nécessaires pour le grand israel du nil à l'euphrate ou pour couper les routes de la soie Chinoise passant par là!

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