RELIGIONS ET CROYANCES

Ne prenons pas Benoît XVI pour un imbécile


Dans la même rubrique:
< >


Quand je vois des millions de gens dans le monde entier écouter les vieillards voûtés du Vatican, je me demande d'abord ce que ces derniers peuvent bien leur dire. Mais quand je demande aux pèlerins ce que le pape a dit cette fois-ci d'important, personne n'est capable de se souvenir de quelque chose d'un tant soit peu substantiel. Car ce ne sont pas les propos du pape qui importent, mais le fait qu'il existe, qu'on peut le voir et même baiser sa main. Il s'agit bien d'extase religieuse, de la foi, qu'on ne peut que respecter.


Boris Kaïmakov
Vendredi 22 Septembre 2006

Ne prenons pas Benoît XVI pour un imbécile


Par Boris Kaïmakov, RIA-Novosti


A la fin du XXe siècle, un écrivain ukrainien, Iaroslav Galan, a écrit un pamphlet intitulé "Je crache sur le pape". Un fanatique catholique a pénétré dans son appartement et l'a décapité à la hache. Je suis presque certain que le Vatican a alors dénoncé cette attaque, car un criminel reste un criminel, mais je doute qu'on y ait été trop déçu par l'assassinat d'un brillant ennemi du catholicisme.

Où veux-je en venir? Il faut être très prudent en parlant de la religion, surtout d'une religion étrangère. Cela concerne tout le monde, du simple athée jusqu'au pape. Il n'est pas de domaine qui déchaîne des passions plus irrationnelles que la défense de la foi. Et nulle part on ne manipule si habilement les croyants qu'en politique. Ce n'est pas par hasard si Lénine a commencé par éliminer les prêtres orthodoxes. Staline aussi connaissait l'efficacité du sermon, commençant l'un de ses plus célèbres discours par la formule religieuse "Frères et soeurs" en appelant ses compatriotes à lutter contre les troupes nazies en 1941.

Benoît XVI ressemble donc à un fonctionnaire religieux sous-qualifié qui ne serait pas à son poste. Du moins, c'est ce qu'on reproche au pape qui se serait permis de blesser les sentiments des musulmans. Mais il n'y avait en fait aucune insulte dans le message prononcé par le pape à Ratisbonne. Benoît XVI n'a fait que citer les propos offensants d'un empereur byzantin du XVe siècle sur le prophète Mahomet (je pourrais trouver son nom exact sur Internet, mais laissons-le reposer en paix). Le pape a souligné que de telles paroles étaient l'exemple d'une mauvaise attitude à l'égard d'une autre religion, qu'elles étaient inadmissibles et qu'elles pouvaient attiser l'hostilité. De même, les caricatures de Mahomet n'auraient jamais dû être publiées, selon lui.

Je n'ai aucune dévotion particulière pour le pape (n'étant pas catholique) et je ne suis pas son avocat, mais il ne faut pas le faire passer pour un imbécile. Il savait pertinemment ce qu'il disait, les catholiques ont appris à façonner leurs pensées et peser leurs virgules depuis des siècles. Il a fait implicitement un lien entre Mahomet, la guerre sainte (Jihad) et la violence. Il s'agissait, malgré tout le respect du pape envers l'islam, d'un cadeau pontifical à tous ceux qui n'attendaient qu'une occasion pour prendre ses propos hors de leur contexte.

Une seule chose est claire. Appelant à la tolérance religieuse et au respect de l'islam, le pape a émis des propos qui ont provoqué une réaction en chaîne. Nous assistons aujourd'hui à un durcissement de la confrontation entre les religions mondiales. Nous choisissons plus résolument des valeurs religieuses différentes. Et quelqu'un en profitera, et en profite déjà pour parvenir à ses fins politiques. Le pape devait-t-il prononcer ces paroles? Probablement non, puisqu'il a exprimé ses regrets. Mais la réaction en chaîne est déjà déclenchée, et personne ne l'arrêtera&#65533;

(L'avis de l'auteur ne coïncide pas forcément avec celui de la rédaction.)

http://fr.rian.ru/analysis/20060922/54163652.html http://fr.rian.ru/analysis/20060922/54163652.html



Vendredi 22 Septembre 2006

Actualité nationale | EUROPE | FRANCE | Proche et Moyen-Orient | Palestine occupée | RELIGIONS ET CROYANCES

Publicité

Brèves



Commentaires