Néolibéralisme et conséquences

Natixis : Sarkozy danse sur le volcan



Vendredi 27 Février 2009

Natixis : Sarkozy danse sur le volcan
Confronté à l’effondrement larvé, et d’une banque mutualiste Banque populaire, et de la Caisse d’Epargne Ecureuil, le gouvernement français a imposé leur fusion. A la tête de la nouvelle entité dans laquelle l’Etat prend 20% des actions et injecte 5 milliards d’euros, Sarkozy vient de nommer le secrétaire général de l’Elysée et le conseiller financier du prince, François Pérol. Et celui qui vient d’être désigné, est aussi celui qui a organisé le mariage… En échange de l’apport des capitaux, l’Etat empochera chaque année 10% de leur montant, peu importe les performances de la nouvelle banque.

Si les médias et la classe politique se sont amplement fatigués à contester la légitimité de ce pantouflage à grande vitesse, l’opinion publique n’est pas mobilisée à saisir l’ampleur de l’activité volcanique que cache cette affaire. Car la grosse épine du dossier, c’est l’affreux bébé conçu par le couple Banque Populaire et l’Ecureuil : la banque d’investissement Natixis, née en novembre 2006 par la fusion des activités asset management des deux banques. Gestionnaire de quelque 500 milliards d’euros d’actifs dans le monde, Natixis est la plus grande banque française de cette nature et la quatrième d’Europe.

Dans le microcosme, le cas de Natixis reflète à merveille l’horreur du macrocosme de la globalisation financière et sa dérive : l’argent de simples épargnants et de simples déposants a été siphonné dans des montages spéculatifs insensés, ceux des produits financiers dérivés et de la titrisation des hypothèques immobilières à très haut risque. On connaît la suite. « Natixis sera extrêmement créateur de valeur », soupirait à l’époque Charles Milhaud, patron des Caisses d’Epargne.

« Cette orientation vers la recherche d’un profit maximum aux antipodes des missions traditionnelles de la banque », disent les syndicats, a commencé en 1999, quand, sous l’impulsion de Dominique Strauss-Kahn, à l’époque ministre des finances, le groupe passe du statut d’entreprise à but non lucratif, à celui de société anonyme coopérative, à capital social.

En 2007, le tsunami des subprimes oblige à plusieurs reprises l’Etat à voler au secours de la banque sans être en mesure de mettre fin à sa chute. L’affaire Madoff rajoute une perte de 450 millions d’euro.

Si l’Etat souhaitait depuis octobre 2008 la fusion complète des deux banques actionnaires à plus de 70% de Natixis, leur mariage a été imposé au forceps 5 secondes avant minuit. Car le jour de la fusion coïncide avec le jour de l’annonce d’une perte de 2,8 milliards d’euros pour 2008, dont 1,6 milliard rien que pour le dernier trimestre. Natixis, dont l’action valait environ 19 euros lors de son introduction en bourse, ne vaut plus qu’un seul euro l’action à ce jour !

Par ailleurs, les pertes ont été telles que dès le 19 décembre dernier, la banque se voyait obligée d’annoncer qu’elle suspendait la plupart de ses activités dans le domaine des produits dérivés et autres activités à haut risque. Le personnel de ce secteur sera réduit de 15%.

Enfin, pour rendre son bilan plus présentable, une structure de cantonnement fut conçue à l’intérieur de la partie banque d’investissement pour accueillir les « titres toxiques », véritable mini-bad bank en interne.

Dans un entretien avec le Journal du Dimanche du 15 février, le directeur général de Natixis, Dominique Ferrero, s’offusquait qu’on puisse qualifier sa banque de « puits sans fond ». Pourtant, ses paroles fournissaient largement la preuve d’une telle vérité. Niant en bloc la problématique, il affirmait que ceux qui croient que Natixis devrait déprécier ses actifs d’au moins 10 milliards étaient « irresponsables ». Pour lui, la restructuration était en bonne voie et les activités à risque allaient cesser d’ici peu. A part cela, il confirmait que la structure de cantonnement allait s’occuper de tous les actifs « illiquides », car, parlant des titres toxiques qui ne valent plus rien, « nous avons cantonné 40 milliards d’euros d’actifs que nous ne voulons pas brader »car ils sont « pour une grande part de bonne qualité »… Notons au passage que le chiffre d’affaires de Natixis ne dépasse pas les 3 milliards d’euros.

Le grand génie financier Philippe Dupont, jusqu’ici le président d’aussi bien la Banque populaire que de Natixis, restera le président « non-exécutif » de la nouvelle entité. François Pérol, associé gérant de Rothschild & Cie depuis 2005, en sera le directeur opérationnel.

Le Canard Enchaîné estime que ce choix est tout à fait judicieux. Après tout, Pérol a « travaillé dare-dare à la création de Natixis, la banque dont les résultats catastrophiques plombent aujourd’hui l’Ecureuil et les Banques pop’. Pérol va désormais pouvoir s’occuper de son bébé qui a mal tourné. »

Signez dès maintenant l’Appel pour la création sans delai d’une commission d’enquête parlementaire sur la crise financière.

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Vendredi 27 Février 2009


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