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«N’ont-ils pas été trop insouciants?»


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Mercredi 28 Janvier 2009

«N’ont-ils pas été trop insouciants?»

Les responsables du LHC, au CERN, jouent-ils avec le feu?

hd. A l’été 2008, le CERN, Centre européen de recherche nucléaire de Genève, a mis en route un essai qui a été vivement critiqué.1 En septembre, un incident assez grave a entraîné son interruption. On ne comprend pas que les réserves émises par différents scientifiques n’aient été prises en compte dans aucun débat sérieux. Certains politiques ont entrepris des démarches pour déclencher un débat approfondi. Ainsi, le conseiller national Daniel Vischer (Verts, Zurich) et 11 cosignataires ont déposé une interpellation – «L’expérience du LHC, au CERN, est-elle sans danger?» – qui aborde différents aspects discutables de cet essai.2 Elle évoque une «tendance antidémocratique dangereuse du débat scientifique», le manque de discussions sur le sens, les dangers et la légitimité de l’expérience, sur l’immunité absolue du CERN qui le met à l’abri de poursuites pénales et d’éventuelles réparations en cas de dommages à la population de Genève et des environs. Les auteurs justifient leur interpellation en ces mots: «La Suisse participe financièrement au projet du LHC si bien que le Conseil fédéral est au moins responsable de la sécurité, d’indemnisations réglementaires en cas d’accident et d’une pluralité suffisante du débat scientifique.»
L’article ci-dessous formule d’autres réserves concernant cette expérience et montre qu’aussi bien la façon d’aborder les difficultés qui ont conduit à son interruption que le fait de ne pas prendre en compte les critiques de physiciens extérieurs expliquent pourquoi le débat n’est pas plus ouvert.

npa. Le Grand collisionneur de hadrons (LHC) du CERN est encore à l’arrêt à la suite d’une panne qui n’avait pas été prévue par les analyses de sécurité. Il devrait redémarrer à la fin juin 2009. Le 19 septembre s’était produite une explosion provoquée par une connexion électrique défectueuse entre deux des aimants géants de l’accélérateur. On effectue maintenant d’importants travaux de réparation et de nettoyage. Il est apparu que les soupapes de sécurité du système de refroidissement étaient sous-dimensionnées. La pression était alors «beyond design». En clair, cela signifie que l’on n’avait pas prévu cette situation, même dans le pire des cas. Il s’agit maintenant d’effectuer des améliorations dans la totalité du tunnel. On a appris que d’ici juin 2009 le temps ne suffirait pas et qu’il faudrait attendre jusqu’en 2010 pour démarrer l’expérience. Mais comme la sécurité ne ­semble pas être la priorité des physiciens, seul le segment du tunnel touché par l’accident sera équipé des dispositifs de sécurité nécessaires et le reste suivra à l’hiver 2009/2010! Aussi l’été prochain, l’installation ne marchera-t-elle pas avec l’énergie maximale. Qui répondra d’autres scénarios non prévus?
L’analyse de l’accident montre qu’il y avait eu des signes avant-coureurs, mais selon James Gilliers, porte-parole du CERN, on n’a découvert qu’après coup comment on pouvait détecter ces signes. D’après la «Neue Zürcher Zeitung» des 6–7 décembre, journal très favorable au LHC, on aurait pu prendre des mesures à temps. C’est vraiment inquiétant. En outre, personne ne pensait que les connexions électriques pouvaient représenter un risque sérieux. Selon la «Neue Zürcher Zeitung», «certains physiciens du CERN ont dû se demander après coup s’ils n’avaient pas été trop insouciants».
Or les connexions électriques et les soupapes de sécurité sont des dispositifs tout à fait courants, mais l’expérience qui doit démarrer en juin prochain l’est moins. L’équipe du CERN concernée ne «croit» pourtant toujours pas que l’expérience puisse représenter un risque sérieux. Est-ce vrai?

Jusqu’ici, le CERN a négligé toutes les mises en garde. Que va-t-il se passer?

Dans l’expérience du LHC, on opère à un niveau d’énergie jamais atteint jusqu’ici dans des accélérateurs de particules. Il est possible que se créent des trous noirs microscopiques. Cette éventualité est envisagée par la totalité des spécialistes. Or bien que cela soit incontesté, un débat approfondi n’aura probablement pas lieu. L’équipe du CERN s’obstine à négliger le fait que les conséquences dévastatrices de la formation de trous noirs puissent constituer un «worst case» et qu’elles doivent être intégrées dans les analyses de risques. C’est un scandale. Des scientifiques qui n’ont aucun lien avec le CERN mettent sérieusement en doute les assurances du CERN concernant la sécurité de l’expérience.
Il n’existe aucune expérience portant sur les trous noirs microscopiques. Tout ce qu’on en dit repose sur des théories, des hypothèses, des modèles mathématiques impliquant certains paramètres. Des physiciens et d’autres scientifiques ont exprimé de sérieuses ­craintes fondées sur des calculs révélant des conséquences qui n’ont rien d’anodin. Ils ont élaboré des scénarios tout aussi plausibles que ceux envisagés par le CERN. Au vu des nombreuses questions scientifiques en suspens, ils demandent de reporter l’expérience et d’engager un débat ouvert, honnête et sans tabous (cf. Horizons et débats no 31 du 4 août 2008).
Le spécialiste allemand de la physique des astroparticules Rainer Plaga a développé un autre scénario de physique des microtrous noirs (On the potential catastrophic risk from metastable quantum-black holes produced at particle colliders).3 Ce n’est pas une nouvelle théorie: le travail de Plaga repose sur des publications de Casadio et Harms (2002). Il serait donc possible que des microtrous noirs apparus dans le LHC soient métastables, c’est-à-dire que leur masse augmente en une fraction de seconde puis reste stable pendant des années. «Métastable» signifie que l’augmentation de masse par capture de matière environnante est émise sous forme d’énergie et que la masse des trous noirs microscopiques reste constante. Le rayonnement constant qui provient des trous noirs pourrait être plus dangereux que le processus d’augmentation de masse par capture de matière (accrétion).
Plaga illustre le phénomène à l’aide d’une des variantes imaginables. Etant donné certains paramètres, un trou noir métastable d’un kilo apparaîtrait en l’espace de millisecondes. L’énergie dégagée en une seconde correspondrait à 12 mégatonnes de TNT! C’est la quantité d’énergie que dégageraient d’assez grosses bombes à hydrogène explosant au rythme d’une par seconde à proximité immédiate du CERN à Genève! Dans le LHC, non seulement un tel trou pourrait se former mais le CERN pourrait se métamorphoser en une «usine de microtrous noirs». L’énergie dégagée serait un million de fois plus grande que la totalité de la force sismique de la Terre. Plaga prévoit des conséquences catastrophiques en raison du réchauffement climatique inédit et des tremblements de terre globaux qui en résulteraient.
Les responsables du LHC maîtrisent-ils la situation? Quand des scientifiques nous ­mettent en garde en signalant l’incertitude absolue dans laquelle on est sur ce qui pourrait se passer lors de l’expérience, quand les théories physiques permettent de prédire aussi bien des conséquences anodines qu’une catastrophe, a-t-on de droit de jouer avec ces forces gigantesques? Pourquoi l’expérience LHC, «la plus importante de tous les temps», devrait-elle être réalisée à tout prix, sans débat au niveau scientifique comme au niveau politique et au mépris des mesures de sécurité nécessaires?
Il conviendrait d’appliquer ici le principe de précaution inscrit dans plusieurs traités de droit international (notamment dans la Décla­ration de Rio sur l’environnement et le développement de 1992) et également dans le Traité de Maastricht sur l’Union européenne (18 des 20 Etats membres du CERN sont des Etats de l’UE). Le principe de précaution doit guider l’action politique dans les situations qui représentent une menace potentielle sérieuse et irréversible pour la santé et l’environnement. Il convient de prendre des mesures visant à réduire les risques avant que l’on ait une preuve évidente des dangers quand des effets graves et irréversibles sont prévisibles. Cela vaut tout particulièrement dans des domaines où la science est dans l’incertitude, quand «dans l’état actuel des connaissances […] il n’existe qu’un risque ou qu’une inquiétude potentiels» (Directives du gouvernement allemand concernant la prévention des atteintes à l’environnement 1986).
Plaga compare le comportement du CERN à celui d’explorateurs qui s’avancent en terrain inconnu poussés par l’unique désir d’y trouver des choses intéressantes et indifférents aux dangers potentiels. Il propose des mesures de précaution destinées à éviter, dans la phase initiale de l’expérience, le risque d’effets indésirables, mesures méthodologiquement semblables à celles que l’on prend en recherche fondamentale dans des circonstances analogues. On pourrait permettre à un débat de s’instaurer en reportant le début de l’expérience vu que, de toute façon, les mesures techniques de sécurité déjà nécessaires ne pourront être prises qu’au printemps 2010. Le débat montrera s’il convient d’adresser aux gestionnaires du LHC d’autres exi­gences en matière de sécurité.    •

1    Cf. Erika Vögeli, «La science doit servir à la protection et à l’amélioration de la vie. Réflexion sur la controverse à propos du CERN». In: Horizons et débats, no 31 du 4/8/08, et Karl Müller, «La polémique plutôt que la prudence scientifique. Malgré les oppositions, le CERN a mis en activité son nouvel accélérateur de particules». In: Horizons et débats, no 38 du 22/9/08.
2    www.parlament.ch/F/Suche/Pages/geschaefte.aspx?gesch_id=20083621
3    http://arxiv.org/PS_cache/arxiv/pdf/0808/0808.1415v2.pdf

L’opinion des experts ou quand personne ne répond des conséquences

Le réacteur RBMK, tel celui qui a explosé à Tchernobyl le 26 avril 1986, était jugé, peu avant l’accident encore, tout à fait sûr et inoffensif par les experts de l’AIEA. La réalité, avec ses conséquences catastrophiques, a prouvé le contraire. La fuite d’hélium au CERN, à Genève, provoquée, selon les spécialistes du Centre, par une mauvaise connexion électrique, est également une réalité. Cet incident ne s’est pas produit dans un domaine physique inexploré fondé sur des théories et des hypothèses, comme les expériences qui doivent avoir lieu dans le LHC. En effet, la cryotechnique, la technologie des conducteurs et du courant haute tension sont des procédés sans surprises et expérimentés dans d’innombrables applications depuis des décennies. Le fait que même dans ce domaine des erreurs dues au facteur humain et à une culture de sécurité insuffisante puissent se produire et entraîner de graves conséquences – heureusement uniquement financières dans le cas du CERN – prouve que les physiciens et les ingénieurs du CERN ne maîtrisent pas le connu. Comment pourrions-nous donc croire qu’ils maîtrisent l’inconnu? On peut comprendre l’instinct du jeu des scientifiques: tel ou tel d’entre eux espère peut-être un prix Nobel. Mais dans le cas du CERN, beaucoup plus que, par exemple, dans le cas d’une nouvelle autoroute, d’une usine d’incinération des ordures ou d’un grand aéroport, il est absolument indispensable de procéder à une étude d’impact sur l’environnement de l’accélérateur et de son utilisation pour des expériences aux conséquences imprévisibles. Et elle ne doit pas être effectuée par des gens ayant des liens de nature scientifique, économique, politique ou administrative avec le CERN. Le caractère multinational du CERN implique certainement l’existence de zones juridiques floues et d’une certaine liberté de manœuvres. Qui répondra des dommages causés à la population non concernée si un accident de l’ampleur de Tchernobyl survient, et pour quelle montant?
Au cours des dernières décennies, des erreurs d’évaluation, une désinformation systématique ainsi que des attentes de profits concrets de la part des milieux économiques et politiques dans des domaines comme la technologie nucléaire, l’amiante ou les armements, ont provoqué la maladie ou la mort d’innombrables individus. Et en matière d’application du génie génétique et de la nanotechnologie également, où l’on a depuis longtemps dépassé les limites du savoir sûr, les politiques croient de préférence la propagande des bénéficiaires et de leurs experts. C’est ce qui arrive facilement lorsque les commanditaires politiques ou économiques ne peuvent être tenus pour responsables des dommages causés.
Confiant dans ses experts, l’ancien chef du gouvernement bavarois Franz Josef Strauss a déclaré en son temps à la population inquiète que «la centrale de retraitement de Wackersdorf était aussi sûre qu’une usine de rayons de roues de bicyclette».
Certains espèrent-ils peut-être profiter de retombées du CERN en vue de nouveaux types d’armes, p. ex. à l’antimatière, pour pouvoir plus facilement dominer l’humanité? Ernest Rutherford déjà, un des pionniers de la physique nucléaire, prix Nobel et maître de Niels Bohr et d’Otto Hahn, savait qu’«un fou pouvait, au cours d’une expérience (nucléaire), faire sauter toute la planète».

Edmund Lengfelder,

Otto Hug Strahleninstitut –MHM

Jagdhornstrasse 52, D – 81827 München

Interpellation: L’accélérateur LHC du CERN est-il vraiment sûr?

Lors de la mise en marche de l’accélérateur LHC au CERN, de nombreuses critiques avaient fusé de toutes parts. Depuis, pour des raisons peu claires, il a été brusquement arrêté. Dans ce contexte, je prie le Conseil fédéral de répondre aux questions suivantes:
1.    Le Conseil fédéral a-t-il été informé du projet avant que le LHC soit mis en ­marche? En quoi ce projet est-il d’intérêt public? Le Conseil fédéral dispose-t-il de garanties suffisantes pour affirmer que ce projet ne comporte aucun risque? A-t-il étudié les critiques émises et a-t-il demandé un avis aux services compétents du CERN?
2.    Le Conseil fédéral sait-il pourquoi le LHC a été brusquement arrêté? Quelles sont les raisons de cet arrêt? Que peut-on répondre à ceux qui estiment que cet arrêt prouve que le projet n’est pas dénué de tout risque?
3.    Le Conseil fédéral n’est-il pas aussi d’avis que le CERN n’a pas suffisamment cherché à expliquer son projet à la population? Il ne faut pas oublier en effet que la Suisse a investi dans ce projet d’importants montants provenant des recettes fiscales.
4.    Le Conseil fédéral n’estime-t-il pas qu’il est préoccupant que les discussions scientifiques sur le projet, ses implications, son opportunité et les risques qu’il comporte aient essentiellement eu lieu au sein du CERN et qu’aucun débat scientifique n’ait été mené sur la question en public? Ne voit-on pas se dessiner ici une évolution préoccupante et peu démocratique?
5.    Le CERN jouissant d’une immunité absolue, qui répondra des éventuels dom­mages causés à la population de Genève et de la région par un projet du CERN? Le Conseil fédéral estime-t-il qu’une immunité absolue se justifie? Si oui, pourquoi?
Développement: La mise en marche du LHC soulève un certain nombre de questions. Comme la Suisse apporte un soutien financier à ce projet, le Conseil fédéral porte à tout le moins une part de responsabilité en matière de sécurité, d’indemnisation en cas de dommages et de diversification du débat scientifique.

Déposé au Conseil national
par Daniel Vischer le 2/10/08
Cosignataires: Bänziger Marlies, Daguet André, Frösch Therese, Gilli Yvonne, Hämmerle Andrea, Lang Josef, Leuenberger Ueli, Schelbert Louis, Schmid-­Federer Barbara, Steiert Jean-François, Teuscher Franziska. (11)http://www.horizons-et-debats.ch

source: http://www.horizons-et-debats.ch



Mercredi 28 Janvier 2009


Commentaires

1.Posté par le voyageur le 28/01/2009 18:51 | Alerter
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la semaine dernière, Alterinfo nous expliquait que les trous noirs et l'anti-matière n'étaient que spéculations fumeuses de mathématiciens incapables de vérifier leurs théories
il faudrait savoir ;)
http://www.alterinfo.net/L-astronomie-n-a-pas-grand-chose-a-celebrer-en-2009-!_a28704.html?TOKEN_RETURN
http://www.techno-science.net/forum/viewtopic.php?t=5706&start=0&postdays=0&postorder=asc&highlight=

2.Posté par lotfi le 29/01/2009 10:03 | Alerter
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@voaygeur :
Penses-tu que c'est Alterinfo qui écrit directement les articles? ;)

3.Posté par Masque le 29/01/2009 14:48 | Alerter
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Attention

Antimatière d'une part et matière noire (sombre) de l'autre sont deux choses bien différentes.

La première existe.
cf : http://fr.wikipedia.org/wiki/Antimati%C3%A8re
(...)Des quantités tout aussi infinitésimales d'antimatière ont été créées dans des laboratoires.(...)

La seconde part d'hypothèses dans le cadre de la théorie du big bang.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Mati%C3%A8re_noire

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