RELIGIONS ET CROYANCES

Musulmans, encore un effort pour devenir zapatistes !

ou : L'islamisme est-il soluble dans le zapatisme ?


Dans une des premières interviews accordées à la presse mexicaine en 1994, le sous-commandant insurgé Marcos, chef militaire et porte-parole de l'Armée zapatistes de libération nationale (EZLN), répondant á la question : "Êtes-vous catholique ?", déclarait : "Je ne répondrai pas à cette question. Si je vous répondais que je suis musulman, vous écririez que nous sommes islamistes".


Lundi 11 Septembre 2006

Musulmans, encore un effort pour devenir zapatistes !
Fausto Giudice



À cette époque, peu de temps après que les zapatistes étaient apparus au grand jour dans le Chiapas par une action d'éclat ­ l'occupation-surprise simultanée d'une douzaine de villes à l'aube du 1er janvier 1994 -, un groupe de Musulmans les avaient approchés pour leur proposer de se convertir en masse à l'Islam. Les zapatistes, après avoir consulté leurs bases, avaient courtoisement décliné l'offre. Celle-ci émanait d'un groupe de convertis espagnols à l'Islam, les Mourabitoune, fondé par un Britannique converti à l'Islam lors d'un voyage au Maroc dans les années soixante. Depuis cette période, environ 300 Indiens, principalement Tzotzils, se sont convertis à l'Islam dans le Chiapas. Ils ont construit une petite mosquée dans un champ de maïs en périphérie de San Cristobal de Las Casas et ont ouvert dans cette ville une pizzeria halal. Une bonne partie des convertis n'en sont pas à leur première conversion.Souvent, ils ont auparavant été convertis au protestantisme, ce qui a produit des conflits dans les villages, les caciques catholiques les persécutant et les contraignant à quitter leurs maisons pour s'exiler en périphérie des grandes villes de l'État du Chiapas.

Les Indiens et l'Église catholique

L'éloignement des Indiens de l'Église catholique ne date pas d'hier. La hiérarchie catholique mexicaine, tout en tolérant des apports indiens dans les rites religieux, dont le plus spectaculaire est la Vierge noire de Guadalupe, s'est toujours méfiée de la théologie de la libération, lancée par le Conclave de Medellin en Colombie dans les années 60, et dont les plus illustres représentants ont été le prêtre-guérillero colombien Camilo Torres, le prêtre brésilien Leonardo Boff, l'évêque des pauvres, lui aussi brésilien, Dom Helder Camara et le jésuite nicaraguayen Ernesto Cardenal, qui fut ministre sandiniste, objet d'une réprimande publique de la part de Jean-Paul II lors de la visite historique du Pape au Nicaragua.

Au Mexique, la révolution de 1910 fut fortement marquée par le positivisme et la franc-maçonnerie, et l'anticléricalisme du régime issu de cette révolution provoqua une révolte de paysans catholiques "réactionnaires" dirigés par des curés-guérilleros, les Cristeros, qui dura plusieurs années dans les années 30. Lorsque les soldats-paysans, indiens et métis, de l'Armée de libération du Sud, dirigés par Emiliano Zapata, firent leur entrée dans Mexico, vêtus de blanc et statue de la Vierge en tête, en 1914, les habitants de la capitale hésitèrent entre les ricanements sarcastiques et la peur.
Au Chiapas même, le rôle de l'évêque Samuel Ruiz, fut important dans l'éveil des consciences qui fut à l'origine de la création de l'Armée zapatiste de libération nationale. Samuel Ruiz, sans être à proprement parler un adepte de la théologie de la libération, sut se mettre à l'écoute des populations indiennes, majoritaires au Chiapas. Les catéchistes formés dans les années 60 et 70 jouèrent un rôle important dans l'éducation des populations, comparables à celui des madrasas dans des pays musulmans rendus schizophrènes par la kémalisation comme la Turquie ou le Pakistan.

Un fonctionnement très islamique

Et l'Islam dans tout ça, direz-vous ?
Si on y réfléchit, l'Islam ne devrait pas être si étranger que cela à la culture mexicaine, qui est syncrétique. Les racines arabo-andalouses sont profondes dans une des "trois cultures" constituant le substrat mexicain : la culture espagnole, les deux autres étant la culture aztèque et la culture maya. Il existait un quartier dans le vieux Mexico, où habitaient des marranes ­ des Juifs et des Musulmans convertis au catholicisme -, lesquels, pour bien montrer qu'ils étaient devenus de bons catholiques, faisaient rôtir à la broche et consommaient des porcs dans la rue, devant leurs habitations. Or, on sait que la plupart des marranes, qu'ils eussent été musulmans ou juifs, continuèrent à pratiquer en secret les rites de leur religion originelle.

Un autre trait, plus fondamental, est commun aux sociétés indiennes du Mexique et aux sociétés musulmanes, qu'elles soient arabes, berbères ou même afghanes. Il s'agit du processus de prise de décision collective,

L'Armée zapatiste de libération nationale est organisée selon le principe de la démocratie directe. Les assemblées villageoises de base discutent jusqu'à atteindre le consensus sur toutes sortes de questions relatives à l'organisation de la lutte politique et militaire et, plus généralement, de la vie collective. Contrairement aux systèmes de démocratie représentative, il n'y a pas de votes, au terme desquels le minorité se soumet à la majorité. L'avantage de ce système est évident : le consensus est atteint en réalisant un compromis entre tous les points de vue et toutes les propositions. Une fois la décision prise, elle est approuvée par l'ensemble de la communauté, dont tous les membres seront soucieux de la mise en oeuvre de la décision prise.

C'est le même principe qui est en oeuvre dans les systèmes traditionnels musulmans, celui de la choura, qu'on traduit généralement par consultation mais qu'on pourrait aussi traduire par concertation consensuelle. La pratique de la choura, qui a connu bien des vicissitudes, a été effective très longtemps, aussi bien dans les jamaat de la Kabylie algérienne que dans la Loya Jirga afghane. Le Majlis Ach Choura du Front islamique de Salut algérien voulait s'inspirer de l'assemblée consultative des compagnons du Prophète à Médine. Mais ce Majlis algérien était loin d'être un parangon de démocratie directe, s'apparentant plus à un parlement autoproclamé traversé par deux grands courants et de surcroît fortement infiltré par les services de renseignement du régime. Ainsi, lors du grand débat qui opposa les deux tendances principales du FIS ­ jézaïristes emmenés par Abdelkader Hachani et salafistes emmenés par Abassi Madani - sur la participation ou non aux élections législatives de décembre 1991, le débat prit la tournure d'un affrontement en vase clos, sans aucune consultation de la base du FIS. Résultat : le piège tendu par le régime militaire et ses services se referma comme une tenaille sur les malheureux fisistes, qui se retrouvèrent, après avoir gagné le premier tour des élections, internés au Sahara, puis assassinés ou, dans le meilleur des cas, exilés aux quatre coins de la planète.

Autre exemple plus récent de cette pratique : le journaliste français Alexandre Jordanov, fait prisonnier par la résistance irakienne en 2004, a raconté qu'il était passé en l'espace de cinq jours entre les mains de huit groupes différents. Dans chaque groupe, il avait subi le même traitement : installé au milieu d'une assemblée de combattants, il les avait entendus discuter tous ensemble des diverses options : exécution immédiate, demande de rançon, revendications politiques ou remise en liberté. C'est dans son cas ­ et pour son plus grand bonheur ­ la dernière option qui a prévalu.
Mais on peut constater que dans le monde musulman - ou prétendu tel - d'aujourd'hui, la démocratie directe telle qu'elle régna à Médine aux temps du Prophète ou telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui au Chiapas est pratiquement inexistante : soit ses formes traditionnelles ont disparu, soit elles sont ranimées artificiellement pour être manipulées par les tyrans ou les occupants, comme c'est le cas en Kabylie avec les archs ou en Afghanistan avec la Loya Jirga. Pourtant, il y a dans la culture, dans la vie quotidienne, dans les traditions de la population musulmane des beaux restes, sur lesquels tout mouvement authentique de libération aurait intérêt à s'appuyer.

Prenons l'exemple palestinien : les dirigeants nationalistes laïcsde l'OLP ont fait le choix, qui s'est révélé tragique, de la négociation secrète avec l'occupant sioniste pour aboutir aux Accords d'Oslo. Le peuple palestinien a été mis devant le fait accompli. Il a en fin de compte rejeté ces Accords, qui prétendaient l'enfermer dans une cage, mais les dirigeants palestiniens n'ont pas su tirer les conclusions de ce rejet. Ils se retrouvent donc aujourd'hui piégés par le système impérial, empêtrés dans un simulacre d'État démocratique libéral sans aucun pouvoir. Or, la population palestinienne est composée d'hommes, de femmes et d'enfants qui vivent dans des structures familiales et claniques très fortes. Ce sont ces structures qui ont permis à ce peuple de résister et survivre à plus de 50 ans de spoliation et d'oppression. Chaque famille palestinienne est un mini-parlement, où se retrouvent toutes les sensibilités politiques, des jihadistes aux communistes, en passant par les libéraux et les nationalistes laïcs. C'est sur cette réalité bien tangible qu'aurait pu s'appuyer le mouvement de libération palestinien pour développer une démocratie directe authentique, originale et efficace.

Les allusions à la choura sont rares dans le Coran. Il n'y en a que deux et elles ne précisent pas les modalités pratiques de cette consultation en vue d'une concertation.

Du Maroc à l'Indonésie, les Musulmans épris de liberté, de justice et de démocratie sont aujourd'hui à la recherche de la "formule miracle" pour renverser les tyrans et les systèmes qui les oppriment et répriment. La recherche des réponses à leurs questions dans le passé glorieux de la Oumma se heurte à l'ignorance et à toutes sortes de manipulations et de contes pour enfants, mais aussi à une limite naturelle : nous vivons aujourd'hui à l'heure d'une société mondialisée, globalisée et les six milliards et demi d'humains vivants se posent tous les mêmes problèmes. Chaque Musulman libre et actif peut ­et doit ­ se pencher sur les expériences des mouvements de libération d'autres aires culturelles que la musulmane. Il pourra trouver des réponses qui l'aideront à sortir de l'impasse dans laquelle les Musulmans sont enfermés, au moins depuis le 11 septembre 2001, qu'on pourrait appeler "le jihad manipulé".

L'expérience à mon avis la plus riche d'enseignements est celle des zapatistes mexicains, qui se sont mis au travail en 1983. Cette expérience vieille de 22 ans est la réponse la plus originale d'une communauté humaine en butte aux effets ravageurs de la globalisation capitaliste et vivant dans les marges de l'arrière-cour la plus proche du centre géographique de l'Empire yankee.

"Commander en obéissant"
Faisons d'abord un flash-back historique. L'aventure zapatiste ­ il faudrait dire de fait "néo-zapatiste" ­ commence en 1983, lorsque six militants "blancs" urbains, rescapés d'un groupe de guérilla urbaine de matrice marxiste-léniniste, se réfugient au Chiapas, province reculée et marginalisée du sud-est mexicain. Autant le Chiapas est riche en ressources ­ il fournit une bonne partie de l'eau potable consommée par les 20 millions d'habitants de la capitale Mexico -, autant sa population est pauvre : un enfant sur deux y mourait avant l'âge de cinq ans au milieu des années 80. Appartenant depuis la conquête espagnole au Guatemala, le Chiapas n'a été rattaché au Mexique qu'au XIXème siècle. Sa population indienne, de culture maya, se compose principalement de Tzotzils, de Tzeltals, de Tojolabals, de Chols et de Chamulas. Des Lacandons, population originelle et quasi-mythique qui a donné son nom à la jungle lacandone, il ne reste plus que 300 personnes frappées de tares liées à l'endogamie. Ces Indiens du Chiapas ont résisté plus longtemps qu'ailleurs aux Conquistadores, puisque les dernières guerres indiennes y ont eu lieu à la fin du XIXème siècle.Dans l'imaginaire de la génération de 1968, le Chiapas a joué le rôle d'une nouvelle frontière et plus d'un hippie ou baba-cool de la capitale a rêvé de s'y installer pour fuir la folie et le stress métropolitains. De nombreux groupes gauchistes y ont envoyé des "missionnaires", qui ont échoué à "convertir" la population à leurs idées révolutionnaires, mais l'ont néanmoins habituée à écouter les discours les plus extravagants et à lire les tracts les plus surréalistes ­ maoïstes, trotskystes et autres. De plus, pas mal d'habitants du Chiapas ont fait l'expérience de la migration, vers la capitale ou même vers les USA. Enfin, de nombreux étrangers visitent le Chiapas et certains s'y sont installés définitvement. La population chiapanèque est donc certes indienne en majorité, mais ouverte sur le monde.
Marcos et ses cinq compagnons fonctionnèrent différemment des avant-gardes autoproclamées censées apporter de l'extérieur la vérité révolutionnaire aux masses : se fondant dans la population locale, ils se mirent à son service et à son écoute. Ils s'initièrent aux langues, aux moeurs et à la vision du monde des Indiens. Le grand précepteur de Marcos ­ qui prit ce nom de combat en hommage à un camarade mort ­ ne fut ni Marx ni Lénine, mais le vieil Antonio, qui lui transmit tout son savoir en lui racontant des histoires le soir à la veillée. En une dizaine d'années, l'Armée zapatiste se constitua petit à petit. C'était les assemblées villageoises qui choisissaient les jeunes gens aptes à rejoindre l'armée, en fonction de leurs capacités et disponibilités. Tout jeune homme ou jeune femme choisi comme soldat devait se procurer une arme par ses propres moyens, en vendant une vache ou un autre bien. La plupart des armes des zapatistes furent ainsi achetées à des policiers ou des militaires de l'armée fédérale.

Les Indiens du Chiapas sont des prolétaires au sens étymologique, puisque leur seule richesse est constituée par les bras de leurs enfants. En même temps, ces paysans sont intégrés dans l'économie-monde, puisque leurs revenus dépendent des cours mondiaux du café. La chute brutale du prix du café en 1992 amena les assemblées villageoises à décider à l'unanimité d'entrer en guerre.Considérant à juste titre que pour faire la guerre, il faut un commandement et un chef uniques, le Conseil clandestin révolutionnaire indigène de l'EZLN, assemblée souveraine composée des commandants et capitaines des unités combattantes, désignés par leurs bases, désigna Marcos, qu'il intronisa au cours d'une cérémonie maya appelée le "caracol" (l'escargot), où lui furent remis les sept insignes symboliques du pouvoir, à commencer par un épi de maïs. Mais Marcos ne fut fait ni général ni colonel. Il choisit le titre comique de "sous-commandant", pour bien signifier que tout en étant le chef militaire suprême, il entendait bien obéir à la communauté. C'est ce que traduit la devise de Marcos : "Commander en obéissant" (Mandar obedeciendo).

"Tous pour tous, rien pour nous-mêmes"
C'est ici qu'il faut signaler l'originalité absolue de l'armée zapatiste, qui la distingue de tous les groupes politico-militaires passés et présents en Amérique latine, aussi bien castro-guévaristes que trotskystes, maoïstes ou marxistes traditionnels. À la différence de tous ces mouvements, l'EZLN ne cherche pas à prendre le pouvoir politique. Comme dit Marcos, "nous sommes soldats pour qu'il n'y ait plus jamais de soldats". La devise de l'EZLN est :"Tout pour tous, rien pour nous-mêmes". La lutte armée de l'EZLN a duré exactement 12 jours en janvier 1994 et elle n'a jamais brisé le cessez-le-feu proclamé alors. Elle est bien sûr restée mobilisée et en armes. Lorsque, après son apparition au grand jour, quelques bombes éclatèrent dans des grandes villes dont Mexico et furent immédiatement attribuées à ses sympathisants, l'EZLN déclara solennellement :"Les parkings souterrains ne sont pas nos ennemis".

Depuis 1994, l'EZLN a su résister à toutes les provocations et a ainsi évité de tomber dans la spirale de la violence manipulée. Il a été radicalement impossible pour le pouvoir fédéral ­ ce que les zapatistes appellent le "malgobierno" (la malgouvernance) ­ d'enfermer les zapatistes dans l'impasse mortelle du terrorisme. Philosophiquement, les zapatistes estiment qu'ils se battent pour "un monde contenant tous les mondes" et refusent la perspective d'un contrôle totalitaire de la société à laquelle ils imposeraient un modèle révolutionnaire unique, au nom de "l'homme nouveau". Bref, le slogan bolchevik russe "Nous ferons le bonheur de l'humanité avec une main de fer" n'est vraiment pas leur tasse de thé.

Depuis 2003, les zapatistes ont crée des conseils municipaux autonomes dans 60 villages du Chiapas. Ces organes d'autogestion par la société civile sont appelés "caracols de bonne gouvernance" et sont composés de civils, à la fois des anciens et des jeunes qui ont l'âge de la révolution néo-zapatiste. "Les soldats", disent les zapatistes, "ne doivent pas diriger la société". Les caracols fonctionnent par commissions thématiques et organisent la vie quotidienne des habitants. Ils ne sont pas élus mais désignés par les assemblées villageoises et leurs membres peuvent être démis de leur mandat et remplacés à tout instant, en vertu d'un principe appliqué une seule fois auparavant dans l'histoire du mouvement révolutionnaire moderne, en l'occurrence par la Commune de Paris au printemps 1870.

Résurrection de Gramsci
S'il fallait à tout prix rechercher une filiation du mouvement zapatiste dans l'histoire du marxisme, c'est à l'Italien Antonio Gramsci qu'il faudrait se référer. Cet intellectuel cultivé sarde créa à la fin de la Première Guerre mondiale le mouvement "Ordine Nuovo" (Ordre nouveau) à Turin, capitale industrielle et ouvrière du royaume d'Italie. Il fut le premier chef du Parti communiste italien, fondé en 1921. Dans son rapport présenté à l'Internationale communiste à Moscou sur le mouvement de grèves des ouvriers turinois de 1920, qui occupèrent leurs usines et créèrent des conseils d'usine, Gramsci tenta courtoisement d'expliquer aux fonctionnaires russes et allemands de l'Internationale, qui furent interloqués et ne comprirent pas le message, qu'en Italie, à la différence d'autres pays, ce n'était pas le parti qui commandait aux masses, mais les masses qui commandaient au parti.
C'est aussi Antonio Gramsci qui a forgé un concept décisif, celui d'"intellectuel organique". Prenant le contrepied de Lénine, qui, s'inspirant de Plekhanov, voyait l'intellectuel comme un personnage extérieur à la classe ouvrière, lui apportant la "conscience" de l'extérieur (d'en haut), Gramsci a développé la vision d'un intellectuel collectif, totalement intégré dans les classes populaires et partageant leur savoir et leurs traditions. Mais Gramsci n'a pas eu le temps de mettre en pratique ses idées. Emprisonné sous Mussolini, il mourut dans une prison fasciste.Le procureur qui avait réclamé sa condamnation avait déclaré au procès :"Il faut empêcher cet homme de penser pendant 20 ans." Pour revenir au Mexique, il faut rappeler que Mussolini, ancien combattant de la Première Guerre mondiale et ancien socialiste, devait son prénom de Benito à Benito Juarez, leader indien de la guerre populaire menée par les Mexicains pour se débarrasser de l'Autrichien Maximilien, un "empereur" falot placé sur le trône mexicain par Napoléon III. Si Benito Juarez triompha militairement du corps expéditionnaire français envoyé occuper le Mexique, il fut écarté du pouvoir, qui ne l'intéressait pas vraiment, par Porfirio Diaz, dont la dictature "scientifique" dura de 1876 à 1910 (il finit ses jours à Paris). Le destin de Benito Juarez n'est pas sans évoquer celui de Giuseppe Garibaldi, le "libérateur des deux mondes" - qui, avant de combattre pour la libération de l'Italie, se battit pour la république du Rio Grande do Sul au Brésil et pour la défense de Montevideo contre les troupes du dictateur argentin Rosas -, écarté de la vie politique après la réalisation de l'unité italienne sous la houlette du royaume de Savoie et du Premier ministre Cavour, ou même celui de Che Guevara, mort tragiquement alors qu'il tentait de rééditer la tactique de la guérilla qui avait réussi à Cuba, qu'il avait quittée, ne se sentant plus à sa place comme ministre, signataire des billets de banque de la nouvelle République.Ou encore, on pourrait évoquer le destin d'Emiliano Zapata, le leader historique de l'Armée de libération du Sud, qui fut assassiné par traîtrise en 1919, quelques années après avoir refusé de prendre le pouvoir à Mexico, pouvoir qu'il aurait sans doute du disputer à l'autre grand leader populaire de la Révolution, Pancho Villa, surnommé le Centaure du Nord et, par ses ennemis, "l'Attila du Sonora"Š

Marcos, le "Bien-Guidé"
Cet "intellectuel organique" que Gramsci ne put personnifier, on en trouve le prototype réel et bien vivant chez Marcos.Cet homme de moins de 50 ans qui a passé 22 ans dans la jungle, a su restituer au monde, en utilisant les médias modernes et post-modernes, la parole des "hommes véritables", les Mayas, leur parole, leur vision du monde, leurs aspirations, dans un langage littéraire, humoristique et percutant, se faisant ainsi l'interface entre des Indiens marginalisés et la société civile globale. Et ce n'est sans doute pas un hasard si tant de militants altermondialistes italiens sont présents en permanence au Chiapas. Ne sont-ils pas en fin de compte attirés par le personnage gramscien apparu chez les Mayas, le fumeur de pipe plein d'humour, l'écrivain cultivé et armé au visage caché par un passe-montagne ?

Mais que veulent donc les zapatistes ?

Leur révolution, c'est clair, ne veut pas "changer l'homme" pour réaliser "l'homme nouveau" cher aux bolcheviks et à tous les communistes, dont le rêve s'est transformé en cauchemar, de Moscou à Pyong Yang, en passant par Pékin, Tirana, Belgrade et Bucarest. Et s'ils sont solidaires du peuple cubain soumis à l'embargo US depuis plus de 40 ans, ils n'en prennent pas moins leurs distances avec le régime autoritaire de Fidel Castro, surnommé avec une ironie affectueuse par MarcosŠSchwarzenegger !

On pourrait qualifier la révolution zapatiste de "révolution conservatrice" si ce terme n'avait pas une connotation négative, du moins en Europe, où il a désigné le courant de la droite nationaliste allemande entre les deux guerres mondiales. Les zapatistes veulent en effet émanciper le peuple de la misère et de l'oppression ­ une des premières revendications des femmes zapatistes fut "des machines à laver dans tous les villages", l'alcool et la prostitution sont interdits dans les zones temporairement libérées par les zapatistes ­ mais en conservant et en préservant la nature contre les appétits qu'aiguisent les richesses du Chiapas ­ la jungle lacandone s'élève au-dessus d'importants gisements de pétrole et d'uranium ­ et permettant aux Indiens d'exercer leurs droits ancestraux sur la terre tout en pratiquant leurs langues et leurs cultures. Cette révolution s'inscrit dans la longue durée chère à Fernand Braudel, 1600 ans d'histoire maya, dont 500 ans de résistance aux colonisateurs espagnols. Un dirigeant paysan du Chiapas en visite à Paris m'a montré les photocopies du dossier de défense dans un procès mené par sa communauté depuis 40 ans pour récupérer ses terres, dont elle avait été spoliée. Ces photocopies étaient celles de documents signés par le roi d'Espagne en 1763, dans lesquels celui-ci reconnaissait que les terres en question appartenaient aux Indiens, qui étaient les ancêtres des paysans militants d'aujourd'hui.

Face à la globalisation capitaliste qui tend à écraser tout ce qui résiste à la transformation du monde et des hommes en marchandises soumises aux lois du marché, à instaurer un modèle unique de production, de consommation, de pensée et de culture, les zapatistes sont à la fois des véritables écologistes ­ qui luttent pour préserver la diversité biologique et naturelle ­ et des véritables altermondialistes ­ qui luttent pour remettre le monde à l'endroit en préservant la diversité culturelle.
Et si Marcos, porte-parole et "intellectuel organique" des "hommes véritables", n'était autre que le Mehdi ? Ou au moins, le sous-Mehdi ? Rappelons pour conclure que le Mehdi, contrairement à ce que croient des Musulmans mal informés, n'est pas "le Guide", mais le "Bien-Guidé", un homme dont les compétences de chef lui viennent de sa capacité d'être à l'écoute aussi bien du Ciel que de la Terre, de son Dieu que des hommes, un homme qui ne prend pas ses désirs et ses fantasmes pour la réalité, étranger à toute soif de pouvoir.

Bref, Marcos est l'anti-Oussama Ben Laden. Autant Ben Laden est sinistre et fantomatique, Marcos est vivant et réel. Autant Ben Laden, sorte de reconstitution télégénique du Vieux de la Montagne, le chef mythique des Haschichine, est une figure manipulée, autant Marcos est irrécupérable par le système impérial, car il a les deux pieds bien plantés dans la boue du Chiapas et puise sa force dans la population qui le contrôle. Et c'est grâce à cet ancrage dans un territoire précis que les zapatistes ont pu aussi bien échapper au piège du terrorisme dans lequel sont tombés trop de groupes islamistes, de l'Algérie à l'Ouzbékistan, que dans l'autre piège, celui de l'électoralisme. Non seulement les zapatistes ne présenteront pas de candidat à l'élection présidentielle de juillet 2006, mais ils ne soutiendront aucun des candidats en lice. Leur souci principal reste la construction et la consolidation d'une base sociale, économique et culturelle qui les rende autonomes et indépendants du système dominant et leur permette progressivement d'étendre la "zone temporairement libérée" au-delà du Chiapas.

Je ne peux donc en guise de conclusion que conseiller aux Musulmans désireux d'apprendre de l'expérience zapatiste de se rendre à la prochaine rencontre "intergalactique" préparée par les zapatistes et qui aura lieu en décembre 2005 ou janvier 2006. Ils pourront vérifier par eux-mêmes mes affirmations.




Fausto Giudice est journaliste et écrivain. Auteur de "Têtes de Turcs en France" (1989), "Arabicides" (1992), "Jeunesse perdue" (1995). Président du Collectif guantanamo (France), membre de l'Association internationale pour un seul État démocratique en Palestine/Israël et membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft.


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Le sous-commandant Marcos

i[b[« Tu veux savoir qui est Marcos ? Qui se cache sous son passe-montagne ? Alors prends un miroir et regarde-toi. Le visage qui s'y reflète est celui de Marcos. Car nous sommes tous Marcos... » (Sous-commandant Marcos)]b ]i Le sous-commandant Marcos est le rebelle énigmatique au visage dissimulé par un passe-montagne et fumeur de pipe. Les nombreux témoins le décrivent de la façon suivante : « il ne mesure pas plus d’1,70 mètre, blanc, yeux marron, nez busqué, cultivé et charismatique » (Escarpit, 2000). La véritable identité du chef guérillero est Rafael Sebastian Guillen Vicente. Il est né le 19 juin 1957 à Tampico, au Mexique, où il grandit dans une famille relativement aisée de négociants en meubles. Il poursuit ses études de philosophie et devient professeur à mi-temps à l’Université autonome métropolitaine (UAM), à Xochimilco. En 1984, Rafael Guillen, admirateur du Che Guevara rejoint le mouvement néo-zapatiste. Son pseudonyme, le sous-commandant Marcos, lui sera donné en 1993 quand il prendra la tête de l’Armée zapatiste de libération nationale, l’EZLN, dont le quartier général clandestin se situe à La Realidad au cœur de la forêt des Lacandons, au Chiapas. Il est considéré comme le porte-parole du Comité clandestin révolutionnaire indigène. Il explique le port du passe-montagnes de tous ses compagnons armés de la manière suivante : « pour qu'on nous voie, nous nous sommes masqués le visage; pour qu'on nous donne un nom, nous avons pris l'anonymat; pour avoir un avenir, nous avons mis notre présent en jeu; et, pour vivre, nous sommes morts » (Sous-commandant, 1994). b[Le Chiapas]b Le Chiapas est un Etat fédéré du Mexique depuis 1824. Il est composé de 118 communes regroupées en 9 régions économiques. Sa superficie représente 3,8% de la superficie du pays. Il s’agit de l’Etat le plus pauvre du Mexique malgré son fort potentiel pétrolier et forestier qui a été exclu du développement. Sa population est composée à plus de 30% d’Indiens. b[L’Armée Zapatiste de Libération Nationale]b L’Armée Zapatiste de Libération Nationale ou l’EZLN (« Ejercito Zapatista de Liberacion Nacional ») a été organisée dans le but d’obtenir une meilleure intégration de la région du Chiapas au sein du Mexique. Elle est composée principalement d’Indiens de la région. Leurs demandes sont simples : la terre pour ceux qui la travaillent, la santé, l’accès à l’éducation, la liberté, la démocratie, la justice, la dignité et la reconnaissance des cultures indiennes. Ce mouvement zapatiste dont le porte-parole est le sous-commandant Marcos est officiellement né dans la nuit du 31 décembre 1993 au 1er janvier 1994. Une guérilla a occupé les principales villes de l’Etat et a placardé sur les murs une déclaration de guerre au gouvernement mexicain. Ce mouvement armé n’a jamais commis un attentat. Il a pris les armes afin de réclamer la démocratie, la liberté et la justice pour tous les Mexicains (et surtout les indigènes). Ce soulèvement s’est produit le jour de la signature, entre le Mexique, les Etats-Unis et le Canada, de l’Accord de libre échange nord-américain, l’ALENA. L’originalité de ce mouvement révolutionnaire réside dans son utilisation des médias. C’est le premier à baser sa stratégie d’action sur leur emploi. Ainsi Internet a permis au monde entier de découvrir cette armée sans que la violence en soit l’élément déclencheur. Le sous-commandant Marcos est devenu une référence pour des milliers de Mexicains. Il a permis pour la première fois de placer le problème indien au plan national. Jorge Castañeda, ancien ministre mexicain des affaires étrangères, déclare que « la lutte du sous-commandant Marcos était non seulement juste, mais elle était aussi nécessaire. Sans elle, il me semble impossible d’imaginer que nous aurions pu acquérir cette prise de conscience de la question indienne : c’est la grande dette du pays envers Marcos et les zapatistes » (Castañeda, 2001). b[Chronologie des évènements]b 17 janvier 1995 : le président Ernesto Zedillo ordonne le retrait de l’armée de deux zones de conflit au Chiapas et annonce une réforme électorale. Un cessez-le-feu est proclamé. 9 février 1995 : révélation de l’identité du sous-commandant Marcos. 27 août 1995 : un référendum organisé par l’EZLN portant sur la légitimité des revendications zapatistes. Le « oui » l’a emporté à plus de 92%. 16 février 1996 : accords de San Andres sur les droits et la culture des Indiens. 1 septembre 1996 : Marcos affirme que le président Ernesto Zedillo n’a pas mis en pratique les accords de San Andres. Novembre 1996 : la COCOPA présente un projet de loi en faveur des communautés indiennes. Les zapatistes acceptent mais pas le gouvernement. 22 décembre 1996 : massacre de 45 Indiens par des paramilitaires liés au Parti révolutionnaire institutionnel. 11 janvier 1997 : Marcos rejette les contre-propositions que le gouvernement a formulées concernant les accords de San Andres et rompt les discussions avec la COCOPA. 22 décembre 1997 : massacre de 45 Indiens par des paramilitaires liés au Parti révolutionnaire institutionnel. Et son vrai visage est… 2 juillet 2000 : Vicente Fox, Parti d’action nationale, remporte les élections présidentielles. 2 décembre 2000 : après cinq ans de mutisme, Marcos accepte sous certaines conditions de reprendre le dialogue avec le gouvernement. 5 décembre 2000 : Vicente Fox présente au Parlement un projet de réforme constitutionnelle concernant les droits aux peuples indigènes.

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La marche zapatiste



Le 24 février 2001, le sous-commandant Marcos et vingt-trois chefs de l’ELZN entament une marche pacifique, ponctuée de réunions publiques, qui doit les mener depuis le Chiapas jusqu’à Mexico. Cette marche permettra de rassembler les fidèles de Marcos et de donner une nouvelle jeunesse à son mouvement après sept ans d’existence.

Cette marche a lieu peu après la chute du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) aux élections présidentielles après soixante-dix ans de pouvoir. Le Mexique va ainsi essayer de se reconstruire. Le sous-commandant Marcos ne souhaite pas que l’histoire se répète. « C’est le moment de nous bâtir une place digne et de servir, en notre qualité de peuples indigènes, à la construction d’un Etat national au Mexique, plus juste et plus solidaire » (Sous-commandant Marcos, 2001). Le sous-commandant va donc intervenir devant le Congrès pour discuter de la loi déposée par Vicente Fox prévoyant une relative autonomie des Indiens du Chiapas. Il déclare à cette occasion qu’ «il est temps que ce pays cesse d’être une honte. C’est l’heure des peuples indiens ! » (Sous-commandant Marcos, 2001)

Cette marche est très symbolique. D’après Jorge Castañeda, « Elle implique que les zapatistes rentrent dans la vie politique du pays. C’est donc une rentrée métaphorique, en ce sens qu’ils quittent le Chiapas non pas seulement pour Mexico, mais pour la vie ouverte et démocratique du pays » (Castañeda, 2001). Malheureusement cette marche n’a pas connu exactement l’effet escompté. La Loi sur les droits des indigènes adoptée au Mexique semble passée sous silence l’essentiel des revendications des Indiens. Les évènements n’ont pas réellement évolué depuis l’été 2001.

Le sous-commandant Marcos à Mexico
Le sous-commandant Marcos à Mexico
Plusieurs personnalités ont soutenu cette marche :



Ø le Prix Nobel de littérature José Saramango



Ø l’écrivain espagnol Manuel Vazquez Montalban



Ø les Français José Bové, Sami Naïr, Danielle Mitterand et Alain Touraine



Même le président Vicente Fox a également approuvé cette marche. Il estime que c’est le signe de la consolidation démocratique au Mexique. Notons tout de même que le président avait promis lors de sa campagne électorale d’obtenir le règlement du conflit du Chiapas en « quinze minutes ». Il va donc dans son intérêt d’accélérer le processus. De plus, Fidel Castro a admis qu’avec cette idée de marche, « Marcos donne au monde une leçon de bon usage de la symbolique politique » (Castro, 2001).



Il semble important de garder en mémoire que le sous-commandant Marcos ne fait pas l’unanimité. En effet, tous les délégués indiens ne s’allient pas derrière ce chef rebelle. Ils dénoncent que « les villages non zapatistes sont agressés par ceux qui disent défendre la démocratie, la justice et la liberté » (Abellard, 2001). Des manifestations ont également été organisées par la Coordination régionale des organisations indigènes de la Sierra de Zongolica (Crioz) dans le but d’exprimer leur refus « de laisser s’approprier par l’EZLN le mouvement national indigène, d’ignorer les représentants indiens qui ne se sont pas ralliés à ses propositions » (Abellard, 2001).



Le génie du sous-commandant Marcos ou son imposture



Ces neuf dernières années, le chef de la guérilla zapatiste a incarné avant tout une résistance dirigée contre les Etats-Unis. Mais son génie est reconnu par tous. En effet, il a réussi à placer sa contestation sur un autre registre : le rejet du néolibéralisme. Selon lui, le sort misérable des Indiens du Mexique est le symbole révoltant de cette politique. « Marcos a transformé leur lutte en une mobilisation pour la création d’"un monde nouveau" face au "cauchemar" néolibéral et à la globalisation des économies, orchestrée par les Etats-Unis, et dont le Mexique serait une victime » (Abellard, 2001). Nous comprenons mieux la date choisie par le sous-commandant Marcos pour le soulèvement du mouvement zapatiste en 1994 : date de la signature de l’ALENA entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique.

De plus, le sous-commandant Marcos utilise comme arme principale « la parole, la mémoire et le rêve » (Blanc, 2001). Dans les réunions politiques, il s’entoure d’écrivains et de sociologues. Il parle politique en utilisant des métaphores, des récits de la culture indienne. Il joue la séduction en introduisant dans son discours imagination et émotion sans aucun effet théâtral. Il devient ainsi le médiateur entre « deux Mexiques, le Mexique profond et le Mexique des villes, entre l’Indien et le Métis » (Blanc, 2001). Par contre, certains auteurs tels que Bertrand de la Grange, correspondant du journal Le Monde au Mexique, et Maïté Rico, correspondante à Mexico du quotidien espagnol El Pais, clament que le leader charismatique de la guérilla du Chiapas, pourrait en fait n'être qu'un imposteur. Marcos aurait entraîné les populations indiennes du sud du Mexique dans un conflit long, harassant et inutile. Cette thèse est exposée dans le livre intitulé « Sous-commandant Marcos : la géniale imposture ».





Ses écrits



Les textes du sous-commandant Marcos sont « un symbole indiscutable d'une confrontation entre des visions culturelles différentes. Ils sont à la fois le résultat de croisements, rencontres, séparations et fusion entre divers usages de l'espagnol et les langues autochtones ; de problèmes et idéologies qui tentent de trouver des réponses ; de besoins d'expression qui cherchent de nouvelles formes pour être dits. C'est pour cela que nous trouvons dans ces communiqués, écrits à d'autres fins, en plus des points de vue de l'une des parties, une versatilité qui a surpris le monde. Ce sont des récits, des témoignages, des chroniques, une prose poétique, discours, propagande, agitation, mémoire populaire. Tout cela sans parler du symbolisme qui reste encore caché à nos yeux et que les spécialistes et poètes devront nous apprendre à lire... Marcos laissera aussi le souvenir d'un écrivain » (Escarpit, 1999).

Ainsi de nombreux textes de Marcos ont été écrits et publiés. Plus récemment, « Ya Basta ! » est le dernier recueil de lettres du sous-commandant et de communiqués de l’Armée zapatiste de libération nationale. C’est la chronique de l’année 1994, l’une des années les plus intenses de l’histoire moderne du Mexique.





Liens utiles



Site de Chiapas watch : http://www.zmag.org/chiapas1/



Site de l’EZLN, l’Armée zapatiste de libération nationale : http://www.ezln.org/







Bibliographie



ABELLARD, Alain, « La représentativité du sous-commandant Marcos contestée », Le Monde, 9 mars 2001.



ABELLARD, Alain, « Marcos exige le reconnaissance du droit des Indiens », Le Monde, 12 mars 2001.



ABELLARD, Alain, « Le génie médiatique du sous-commandant Marcos », Le Monde, 24 novembre 2001.



BENKIRANE, Réda, « Marcos, l’insurgé masqué du Chiapas », 1998, disponible : http://www.archipress.org/press/marcos1.htm



BLANC, Jacques, « Marcos ou l’épopée des zapatistes », Libération, 26 mars 2001.



CANO-GARCIA, Daniel, « Sous-commandant Marcos/José Bové : même combat », disponible : http://www.lesverts-lorraine.org/camac/chiapas/canoart.htm



ESCARPIT, Françoise, « Les résistants d’aujourd’hui et de demain (III) : le sous-commandant Marcos », L’Humanité, 29 juillet 2000.



ESCARPIT, Françoise, « Mexique 1er janvier 1994 », L’Humanité, 2 octobre 1999.



ESTEBAN, José, « Ya Basta ! », disponible : http://pauillac.inria.fr/~maranget/volcans/avril/articles/ya.html



MARCOS, Sous-commandant, « La quatrième guerre mondiale a commencé », disponible : http://attac.org/maroc/document/marcosarticle.htm



RAMONET, Ignacio, « La longue marche du sous-commandant Marcos », Le Monde, 26 février 2001.



RENAUD, André, « Le sous-commandant Marcos annonce qu’il retourne au Chiapas », Le Monde, 20 mars 2001.



ZECCHINI, Laurent, « La lutte des zapatistes « était nécessaire », selon Jorge Castañeda », Le Monde, 2 mars 2001.



Site de La documentation française, « La contestation néo-zapatiste au Chiapas », http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossier_actualite/chiapas/chrono.shtml



Site de l’Ambassade du Mexique en France, « Chiapas une nouvelle donne », http://www.sre.gob.mx/francia/chiap.htm





Portrait réalisé par Céline Meli dans le cadre du cours GIE 64375 "Relations humaines dans les affaires internationales", Programme de MBA en gestion internationale de l'Université Laval, Professeur Gérard Verna,





Source:http://www.fsa.ulaval.ca/personnel/vernag/leadership/disk/mexique_meli.htm

La tour de Babel. Par le Sous-Commandant Marcos

La tour de Babel : se grimer ou s’enfermer dans un placard



XXIème siècle. Le siècle nouveau confirme et au delà la vocation du siècle précédent : les propositions politiques se fondent sur la domination ou sur l’exclusion de l’autre. Qu’y-a-t-il de nouveau ? Comme auparavant, on recourt aujourd’hui à la guerre, au mensonge, à la simulation, à la mort. Le pouvoir répète la même histoire et tente de nous convaincre que désormais il remplira sa page d’écriture en s’ appliquant.

Le projet mondial du néolibéralisme n’est rien de plus qu’une réédition de la tour de Babel. Selon le récit de la Genèse, dans leur volonté obstinée d’atteindre les hauteurs, les hommes s’entendent sur un projet extraordinaire : construire une tour si haute qu’elle atteindra le ciel. Le dieu des chrétiens châtie leur arrogance par la diversité. Parlant désormais des langues différentes, les hommes ne peuvent plus continuer l’édification de la tour et se dispersent.

Le néolibéralisme s’attaque à la même tâche, mais non pas pour atteindre un ciel improbable, mais pour se défaire une fois pour toutes de la diversité, qu’il considère comme une malédiction, et pour assurer le pouvoir qu’il ne sera plus menacé. Le besoin d’éternité apparaît, dès le début de l’histoire écrite, avec ceux qui sont « le pouvoir ».

La tour de Babel néolibérale ne s’entreprend cependant pas dans le but d’arriver à l’homogénéité nécessaire à sa construction. L’égalité qui détruit l’hétérogénéité est en fait une égalité alignée sur un modèle. « Soyons pareils à cela », nous dit la nouvelle religion de l’argent. Les hommes ne ressemblent plus à eux-mêmes, ni les uns aux autres, mais à un schéma imposé par celui qui « hégémonise », celui qui commande, qui se trouve au sommet de cette tour qu’est le monde moderne. En bas se trouvent tous les gens qui diffèrent. Et l’unique égalité existant dans les étages inférieurs est le renoncement à la différence ou bien le choix d’une différence qui a honte d’elle même.

Le nouveau dieu de l’argent reprend la malédiction primitive, mais de façon inverse : que soit condamné celui qui est différent, l’Autre. Dans le rôle de l’enfer : la prison et le cimetière. Le boom des bénéfices des grandes entreprises transnationales est accompagné par la prolifération des prisons et des cimetières .

Dans la nouvelle tour de Babel, la tâche commune est l’allégeance à celui qui commande. Et celui qui commande le fait seulement parce qu’ il compense le manque de raison par l’excès de force. L’ordre est que toutes les couleurs se griment pour adopter la couleur terne de l’ argent, ou bien qu’elles ne se dévoilent que dans l’obscurité de la honte. Le maquillage ou le placard. Cela vaut également pour les homosexuels, les lesbiennes, les migrants, les musulmans, les indigènes, les gens « de couleur », les hommes, les femmes, les jeunes, les vieux, les inadaptés et tous ceux qui sont autres, quel que soit leur nom, en tout lieu du monde.

C’est cela, le projet de la mondialisation : faire de la planète une nouvelle tour de Babel. Dans tous les sens du terme. Homogène dans sa façon de penser, dans sa culture, dans son modèle. Homogénéisée par qui n’a pas la raison mais la force.

Dans la tour de Babel de la préhistoire, l’unanimité était possible grâce à une parole commune (un même langage). Dans l’histoire néolibérale, le consensus s’obtient par la force, les menaces, l’ arbitraire, la guerre.

Puisque vivre dans le monde implique de cohabiter avec celui qui est différent, nous n’avons de choix qu’entre dominer ou être dominé. Mais la sphère des dominants est pleine et la qualité de dominant héréditaire. Au contraire, il y a toujours de la place chez les dominés : pour y entrer il suffit de renier sa différence ou de la cacher.

Il existe pourtant des différents qui veulent le rester. Pour les habitants de la tour qui ne se trouvent pas à son sommet, il est plusieurs manières d’affronter ces « inadaptés » : par la condamnation ou l’indifférence, le cynisme ou l’hypocrisie. Dans les lois de la tour néolibérale, accepter la différence est un délit sanctionné. Le seul chemin autorisé est la soumission.

A l’époque moderne, l’Etat national est un chateau de cartes face au vent néolibéral. Les classes politiques locales jouent à décider souverainement de la forme et de la hauteur de la construction, mais le pouvoir économique a cessé depuis longtemps de s’intéresser à ce jeu-là et laisse les hommes politiques locaux et leurs partisans s’ amuser.. avec un jeu de cartes qui ne leur appartient pas. Après tout, c’est la construction de la nouvelle tour de Babel qui est intéressante, et tant que ne manquent pas les matériaux de construction ( c’est-à-dire des territoires détruits et repeuplés par la mort), les contremaîtres et les commissaires des politiques nationales peuvent continuer leur spectacle ( sans aucun doute le plus cher au monde et celui dont le public est le plus clairsemé).

Dans la nouvelle tour, l’architecture est la guerre faite au « différent », les pierres sont nos propres os et le mortier est notre propre sang. Le grand assassin se dissimule derrière le grand architecte (qui ne se donne pas le nom de « Dieu » parce qu’il ne veut pas pêcher par fausse modestie).

Dans le récit de la Bible, le dieu chrétien châtie l’arrogance des hommes en leur imposant la diversité. Dans l’histoire moderne du pouvoir, dieu n’est rien de plus que l’agent de relations publiques de la guerre (qui n’est moderne que par le nombre de morts et le volume de destruction qu’elle réclame à chaque minute).

II - LA GEOGRAPHIE DES MOTS

Il n’est pas très important de savoir si la préhistoire s’est terminée il y a trois ans ou vingt siècles. Tout en haut, ceux qui incarnent le pouvoir et le destin s’acharnent à nous convaincre que l’histoire se répète, quoi qu’en dise le calendrier. Anihiler l’ « autre » est une mode toujours renouvelée. Bien que par nature il n’y ait rien de différent entre les catapultes de l’Empire Romain et les « bombes intelligentes » de Bush, l’avancée technologique fonctionne de nos jours comme le nouvel aumônier des troupes d’occupation ( elle humanise ce qui demeure un crime à distance) et sa mise en scène spectaculaire (les bombardements à la télévision deviennent un divertissement pyrotechnique « fascinant » - CNN dixit -).

Peu importe que nous nous en rendions compte ou non, le pouvoir construit et impose une nouvelle géographie des mots. Les noms sont les mêmes, mais ce qu’ils désignent a changé.

C’est ainsi que l’erreur devient doctrine politique et la vérité devient hérésie. Le « différent » devient maintenant le « contraire », l’ « autre » est l’ « ennemi ». La démocratie est l’unanimité dans l’ obéissance. La liberté se limite à celle de choisir la façon de cacher notre différence. La paix est la soumission passive. Et la guerre est maintenant une méthode pédagogique d’enseignement de la géographie.

Où les raisons manquent, les dogmes pullulent. Le dogme renforce d’ abord la cause, il la déforme ensuite et la convertit en destin. Dans la longue-vue du pouvoir, l’horizon est toujours le même, immuable et éternel. La lentille du pouvoir est un miroir. Le « différent » sera toujours inattendu et à l’inattendu on opposera toujours la peur. Et la peur sera toujours fortement présente dans le dogme, afin d’écraser ce qui est inattendu. Dans la longue-vue du pouvoir, le monde est plat, sale et délavé .

Si l’on ne peut se souvenir d’un homme d’Etat pour son oeuvre humanitaire, alors que ce soit pour ses crimes. C’est ainsi que l’ histoire du pouvoir se répète : les « hommes illustres » d’hier se parent aujourd’hui de toutes leurs bassesses et leurs rancoeurs. Les « illuminés de Dieu » d’aujourd’hui seront les hérétiques de demain.

Les mots changent et les images aussi. Auparavant, le dogme se faisait pierre dans la géographie des statues, afin d’honorer ses fanatiques. Aujourd’hui, c’est sur la couverture des revues, des quotidiens et des journaux télévisés et radiophoniques que le dogme se perpétue dans la section « périodiques » , et qu’il s’assure de servir d’alibi à ceux qui perpétuent les cauchemars fondamentalistes.

Dans la théorie moderne de l’Etat, les êtres humains naissent différents. Leur incorporation à la société se fait par un processus d ’éducation qui ferait l’envie de la maison de redressement la plus cruelle. L’effort de l’ensemble de l’appareil de l’Etat vise à « égaliser » cet être humain, c’est-à-dire à l’homogénéiser sous l’ hégémonie de celui qui a le pouvoir. Le degré de réussite sociale se mesure alors à la proximité ou à l’éloignement du modèle. Homogénéiser ne signifie pas que nous soyons tous pareils, mais que nous tentions tous de nous assimiler à ce modèle. Et ce modèle est construit par celui qui détient le pouvoir. L’hégémonie ne signifie pas seulement que quelqu’un détienne le pouvoir, mais qu’en plus nous nous efforcions tous de lui obéir.

Voilà ce qu’est l’homogénéité. Nous n’avons pas tous les mêmes richesses (sans même parler du fait que certains détiennent leurs richesses aux dépens de beaucoup d’autres) ; nous n’avons pas les mêmes chances, mais nous avons bien tous le même maître et la même volonté de lui obéir ( une autre façon de dire de « le servir).

Quand on fait une similitude entre la société et la famille, et que l’ on nous dit qu’il faut des règles pour cohabiter, on « oublie » que le problème, c’est justement « ces » régles particulières. Ici, les mots changent de géographie, ils ne signifient plus ce qu’ils signifiaient par eux-mêmes, mais ce que les gens au pouvoir veulent qu’ils disent.

A un certain moment de l’histoire moderne, la légalité supplée la légitimité ; quand la légalité est détruite par ceux d’ « en haut », ce sont les lois qu’il faut adapter. Lorsqu’elle est détruite par ceux d’ « en bas », les lois au contraire doivent être appliquées... il s’ agit de châtier leur absence d’exécution.

III - LA GEOGRAPHIE DU POUVOIR

Dans la géographie du pouvoir, on ne naît pas dans une partie du monde, mais plutôt avec la possibilité ou non de dominer une ou l’ autre partie du globe. Si autrefois le critère de supériorité était l’ appartenance à la race, aujourd’hui c’est la géographie. Par ceux qui habitent au nord, on entend ceux qui habitent non pas le nord géographique mais le nord social, c’est-à-dire ceux du « dessus ». Ceux qui vivent au sud sont « en dessous ». La géographie s’est simplifiée : il y a un haut et en bas. Le haut est étroit et ne peut contenir que quelques élus. Le bas est si vaste qu’il s’étend à toute la planète et peut contenir toute l’humanité.

Dans la tour de Babel moderne une société est dite supérieure si elle en conquiert d’autres, et pas si elle abrite davantage de progrès scientifiques, culturels, artistiques, de meilleures conditions de vie, une meilleure coexistence.

A l’époque moderne, le pouvoir mène de multiples guerres de conquête. Je ne dis pas « multiples » dans le sens de « nombreuses » mais dans le sens de « en de nombreux lieux et selon de nombreuses formes ». Ainsi, les guerres mondiales sont aujourd’hui plus mondiales que jamais. Car si le vainqueur continue à être unique, les vaincus sont maintenant nombreux et se trouvent partout.

Par l’argument des bombes on adjuge les espaces : les lanceurs de bombes sont au nord, en « haut » de la tour ; ceux qui les reçoivent sont « en bas », au sud.

Mais ce ne sont pas les bombes qui modifient la géographie. Les bombes modifient la répartition de la géographie, son domaine. Ainsi, dans cet espace limité par des points et des traits, aujourd’hui l’un domine, et demain ce sera un autre. C’est ce que l’on appelle « géopolitique ». En réalité les cartes géographiques ne montrent pas les richesses naturelles, les personnes, les cultures, les histoires, mais celui ou ceux qui en sont les maîtres.

Pour le puissant, l’humanité entière est un enfant, qui peut être docile ou rebelle. Les bombes rappellent à l’enfant humain l’avantage d’être l’un et l’inconvénient d’être l’autre.

Aujourd’hui, voilà que les civils en Irak, les hommes, les enfants, les femmes, les vieillards, ont quelque chose en commun avec le prospère entrepreneur américain. Ce dernier fabrique les missiles de croisière, eux les reçoivent. Les armées des Etats Unis et de la Grande-Bretagne ne sont que les aimables préposés des postes qui unissent deux points si éloignés géographiquement. De sorte que nous devons être reconnaissant à des personnes comme Bush, Blair, Aznar, d’ avoir pris la peine d’être nés à notre époque. Sans des gens comme eux, la géographie moderne serait impensable.

Mais cette guerre n’est pas contre l’Irak, ou du moins pas seulement contre l’Irak. Elle se fait contre toute tentation , présente ou future, de désobéir. C’est une guerre contre la rebellion, c’ est-à-dire contre l’humanité. C’est une guerre mondiale par ses effets, et surtout, par le NON qu’ils provoquent.

IV - LE DESTIN DE POLYPHEME

La guerre de l’axe tragi-comique Bush-Blair-Aznar et leurs machinistes des démocraties occidentales a déjà connu son premier échec. Elle a tenté de nous convaincre que l’Irak est au moyen orient, eh bien non ! Ainsi que le dit tout livre de géographie qui se respecte, l’Irak est en europe, dans l’Union américaine, en Océanie, en Amérique Latine ; dans les montagnes du sud-est mexicain, et dans ce « NON » mondial et rebelle qui dessine une nouvelle carte où la dignité et la honte sont notre foyer et notre drapeau.

Les mobilisations sur toute la planète prouvent, entre autres choses, que ceci est une guerre contre l’humanité.

Si quelqu’un a bien compris que l’Irak se trouve maintennat en tout lieu de la terre, ce sont les jeunes. Quand d’autres regardent une carte et se consolent en mesurant les milliers de km qui séparent Bagdad de leurs propres territoires, les jeunes ont compris que ces bombes ( les explosives et celles de la désinformation) ne veulent pas seulement « casser » du territoire irakien, mais aussi le droit à être différent.

Et quand un jeune peint un « NON » sur une affiche, dans un graffiti, sur un cahier, dans une voix, il ne dit pas seulement « Non à la guerre en Irak » il dit aussi « Non à la nouvelle tour de Babel », « Non à l’homogénéisation »,« non à l’hégémonie », parce que les jeunes rebelles peignent avec ce « Non », et qu’avec ce « Non » à la fois à la main et dans le regard, ils dessinent et imaginent une autre géographie.

Comme le cyclope de la littérature grecque, Polyphème, le pouvoir voit par le seul oeil de la haine de l’ « autre ». Il est vraiment très fort, et il paraît invincible. Mais, tout comme à Polyphème, un fantôme nommé « Personne » lui lance un défi.

Quand le puissant se réfère aux autres, avec mépris il les appelle « Personne ». Et « Personne » , c’est la majorité de la planète. Si l’ argent veut reconstruire le monde comme une tour qui satisfasse son arrogance, le « Personne » qui fait tourner la roue de l’histoire veut aussi un autre monde, mais un monde rond, qui inclue toutes les différences avec dignité, c’est-à-dire avec respect. L’humanité n’ aspire pas au ciel mais à la terre.

Et ainsi , « Personne » érode le ciment de la nouvelle tour de Babel.

Parce que la terre est ronde pour tourner.

Dans le monde qui est à faire, à la différence de celui-ci et des mondes antérieurs, dont la fabrication s’attribuait à des dieux variés, quand quelqu’un demandera « qui a fait ce monde ? »la réponse sera « Personne ».

Et pour imaginer ce monde et commencer à le construire, il est nécessaire de voir très loin dans la géographie du temps. Celui qui est « en haut » a la vue courte et se trompe quand il confond un miroir avec une longue-vue. Celui qui est « en bas », « Personne », ne se hisse même pas sur la pointe des pieds pour savoir ce qui va suivre.

Parce que la longue-vue du rebelle ne servent même pas à voir quelques pas devant soi. Ce ne sont qu’un kaléidoscope où les formes et les couleurs, complices avec la lumière, ne sont pas des outils de prophète, mais résultent d’une intuition : le monde, l’histoire, la vie, auront des formes et des façons que nous ne connaissons pas encore, mais que nous désirons. Avec son kaléidoscope, le rebelle voit plus loin que le puissant avec sa longue-vue digitale : il voit le lendemain.

Oui, les rebelles marchent dans la nuit de l’histoire, mais c’est pour arriver au lendemain. Les ombres ne les empêchent pas d’agir maintenant et dans leur géographie locale.

Les rebelles n’essaient pas de procéder à une critique ou de réécrire l’histoire pour en changer les mots et la distribution géographique, ils cherchent simplement une carte neuve où il y ait de l’espace pour toutes les paroles.

Une carte où la différence entre les manières d’énoncer le mot « vie » ne dépende pas de celui qui les dit, mais de la totalité des différentes manières existantes de le prononcer. Parce que la musique ne se compose pas d’une seul note, mais de beaucoup, et que la danse n’est pas seulement le même pas répété jusqu’à l’écoeurement.

Ainsi, la paix sera un concert ouvert de mots et de regards sur une autre géographie.

Depuis l’Irak des montagnes du sud-est mexicain, et en voyant le ciel assombri par les avions et les hélicoptères militaires de l’opération Centinelle,

Sous-commandant insurgé Marcos
Mexico, mars 2003
Grano de Arena 188 - informativo@attac.org

Traduction. Coordination des traducteurs bénévoles
Reproduction autorisée sous couvert de la mention :
Courriel d’information ATTAC - http://attac.org/


Lundi 11 Septembre 2006


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