Conflits et guerres actuelles

Mort de Zarkaoui : satisfaction mesurée et faux débat


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Mardi 13 Juin 2006

 

Décryptage

Depuis le jeudi 8 juin 2006, le visage d’un cadavre désigné par les forces états-uniennes d’occupation et le gouvernement irakien de collaboration comme étant Abou Moussab al-Zarkaoui s’étale en une des journaux du monde entier. Celui qui fut présenté comme la nouvelle incarnation de l’« hydre Al Qaïda », du grand complot islamique mondial, n’est plus. Il est probable que beaucoup de questions le concernant resteront sans réponse, mais une chose est certaine : en déclarant Abou Moussab al Zarkaoui mort, la Coalition tue moins un adversaire qu’elle ne se prive d’un objet de propagande.

Observons en premier lieu que le récit officiel de son assassinat pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Avec l’aide des services de renseignements jordaniens, les forces de la Coalition auraient localisé al Zarkaoui. Elles auraient alors décidé de ne pas l’arrêter, mais de l’éliminer en bombardant lourdement son refuge. Elles auraient pulvérisé les bâtiments, mais l’auraient retrouvé vivant sous les décombres. Il n’aurait pas tardé à succomber à ses blessures. Cependant, les services jordaniens ne sont pas certains d’avoir participé à cette opération. Et personne n’a touché la formidable prime promise aux indicateurs. Enfin aucune autorité indépendante n’a été autorisée à vérifier quoi que ce soit sur le terrain et le corps ne sera pas rapatrié en Jordanie empêchant ainsi toute identification indépendante.
Dans ces conditions, il n’est pas illégitime de se demander si tout cela n’est pas une mise en scène, et si ce sont bien les forces de la Coalition qui ont tué al-Zarkaoui. On se souvient en effet que fin mai, dans une cassette audio, al Zarkaoui a tenté d’exporter la guerre civile musulmane vers le Liban en accusant de manière grotesque le Hezbollah de faire le jeu d’Israël. Dès lors, le parti chiite libanais devait à tout prix l’éliminer. Et chacun sait qu’il avait la capacité d’intervenir, au moins indirectement, en Irak.
Peu crédible ? Peut-être mais cette hypothèse qui est ni plus ni moins plausible que la version officielle, elle colle cependant beaucoup mieux aux réactions des protagonistes, comme au mythe Zarkaoui.

Rappelons, en effet, que, comme nous l’avons déjà expliqué dans nos colonnes, Zarkaoui est avant tout un mythe utile pour les forces d’occupation, servant à accréditer la thèse bushienne de l’importance de la présence états-unienne en Irak pour lutter contre le terrorisme. Depuis son émergence médiatique lors de l’allocution fantaisiste de l’ex-secrétaire d’État états-unien Colin Powell devant le Conseil de sécurité de l’ONU pour convaincre la communauté internationale de l’existence d’armes de destruction massive irakiennes et de liens entre le régime de Saddam Hussein et les attentats du 11 septembre 2001, les faits et gestes attribués à Zarkaoui ont toujours, sans exception, servi les desseins des néo-conservateurs.
La mémoire médiatique étant courte, on a tendance à oublier aujourd’hui que la notoriété de M. Zarkaoui provient exclusivement de la publicité que les Etats-Unis lui ont faite. Jusqu’à ce discours à l’ONU, ce personnage était inconnu du public, hormis des Jordaniens qui se souvenaient de son arrestation et de sa condamnation pour avoir fomenté un attentat jamais réalisé, puis de sa grâce par le nouveau roi Abdallah II et de sa libération.
C’est le général Powell qui a publicité la figure d’un Zarkaoui officier de liaison entre Saddam Hussein et Oussama Ben Laden, et d’un spécialiste des poisons en général et de la ricine en particulier. Puis, c’est la CIA qui a révélé divers complots à la ricine ourdis par Zarkaoui, suscitant une série d’interpellations aux Etats-Unis et en Europe. Toutes affaires qui s’avérèrent par la suite totalement imaginaires. C’est à nouveau la CIA qui vit la main de Zarkaoui derrière les attentats de Madrid et de Londres, avant que ces accusations, elles aussi, ne fassent long feu. En quatre ans, quantité de crimes ont été attribués hors d’Irak à Abou Moussab al Zarkaoui. La justice l’a blanchit de toutes ces accusations.
Reste la figure de Zarkaoui en Irak. Elle avait une double utilité en dehors d’Irak et en Irak. Elle servit à dénigrer la Résistance dans les médias occidentaux en réduisant l’insurgé à l’image d’Épinal du barbu égorgeur. Zarkaoui fut ainsi accusé d’être celui qui décapita Nicholas Berg dans une cassette vidéo qui fit le tour de toutes les télévisions, qui ne s’étonnèrent pas de ce que la grande majorité des victimes de kidnapping étaient des adversaires de la Coalition. En Irak, la figure de Zarkaoui servit aux partisans du démantèlement de l’Irak à dresser les communautés les unes contre les autres. En effet, il ne visait pas les forces d’occupation et ne cherchait pas à libérer l’Irak, mais il signait des attentats contre des civils, sur des marchés ou dans des lieux de culte. Il était devenu le principal ennemi de la Résistance nationale, l’agent le plus visible de la politique impérialiste du « diviser pour régner ».

Comble de cynisme, l’US Army a reconnu avoir volontairement diffusé de fausses « fuites » au New York Times pour développer le mythe Zarkaoui. Selon les documents et interviews rapportés par le Washington Post, du 10 avril dernier, l’essentiel de ce que l’on a dit et écrit sur ce personnage est le fruit de l’imagination d’une unité spéciale de guerre psychologique. Cette opération avait pour objectif de justifier a posteriori l’invasion de l’Irak en renforçant l’accusation de lien entre Saddam Hussein et les attentats du 11 septembre à défaut d’avoir trouvé des armes de destruction massive.
Des révélations qui, au demeurant, avaient pour objectif de « faire la part du feu » : admettre avoir gonflé l’histoire de Zarkaoui pour couper court aux affirmations de sa famille qui le déclarait mort depuis longtemps et avait procédé à une cérémonie funéraire. La thèse de la mort de longue date de Zarkaoui est aussi celle défendue par l’imam chiite irakien Cheikh Jawad Al-Khalessi, ne croyant pas à la culpabilité de ce dernier dans les attentats visant sa communauté

Quoi qu’il en soit, la mort de Zarkaoui devrait soulever des questions. S’il était si dangereux et que Colin Powell disposait de plan satellite de ses bases avant même l’invasion de l’Irak, pourquoi n’a-t-il pas été exécuté à ce moment là par une frappe aérienne ? Et si aujourd’hui, il était à la tête d’un vaste réseau de « jihadistes » et que la Coalition connaissait sa localisation précise, pourquoi le supprimer plutôt que de l’arrêter pour le faire parler et démanteler son réseau ?

Le débat médiatique occulte tout doute sur les faits et toute interrogation sur ces contradictions pour ne se concentrer que sur une illusion de questionnement fruit d’un pluralisme en trompe l’œil : la mort d’Abou Moussab al Zarkaoui aura-t-elle un impact positif sur la situation en Irak ?

Comme à son habitude depuis qu’il a viré de bord politiquement, l’ancien journaliste de la gauche états-unienne devenu éditorialiste à Vanity Fair, Christopher Hitchens, joue les thuriféraires de l’action de l’administration Bush dans la « guerre au terrorisme » et prépare les intoxications à venir. Dans The Australian, il se réjouit de la mort d’Abou Moussab Al Zarkaoui et estime que cela va grandement faire avancer l’action de la Coalition en Irak. Mais il pense qu’il faut désormais tirer les leçons de l’action du « super-terroriste » et conclue bien vite en multipliant les affirmations non-étayées que Zarkaoui a été aidé par Saddam Hussein (ce qui justifie a posteriori l’attaque de l’Irak) puis par l’Iran (ce qui justifie a priori une action militaire contre Téhéran). Il voit également dans cette mort la preuve de la justesse de l’analyse et de l’action du Pentagone et de la Maison-Blanche et de la vacuité des arguments des pacifistes qui souhaitent la fin de l’occupation.
Toutefois, l’éditorialiste de Vanity Fair est isolé dans son jusqu’au-boutisme et sa liesse.

En effet, la presse dominante célèbre la mort du « super-terroriste » mais modère son enthousiasme en affirmant que cela n’empêchera pas vraiment les violences de continuer en Irak.

Ancien collaborateur de Paul Bremer et ancien directeur des politiques de sécurité de l’Autorité provisoire de la Coalition en Irak, David W. Brannan illustre, dans un texte publié par le Los Angeles Times, la position la plus consensuelle dans la presse : la mort de Zarkaoui est une bonne chose, un succès pour la Coalition, mais cela ne la tire pas d’affaire pour autant. Elle est comparable à l’arrestation de Saddam Hussein, une preuve de l’efficacité du travail des forces armées états-uniennes mais elle n’enlève rien aux difficultés actuelles en Irak.
On retrouve, avec des nuances, cette opinion dans de très nombreux médias. La journaliste indépendante britannique Gwynne Dyer affirme ainsi dans The Age que la résistance irakienne ne se résumait pas à Zarkaoui et qu’il n’y était pas populaire en raison de son acharnement anti-chiite. Malheureusement, selon elle, il a ouvert la boîte de Pandore des violences ethnico-religieuses et celles-ci vont continuer.
On retrouve ce point de vue dans le New York Times, sous la plume des démocrates Daniel Benjamin, du Center For Strategic & International Studies, et Steven Simon, de la Rand Corporation. Les deux hommes affirment que la mort de Zarkaoui est une grande nouvelle pour la Coalition et qu’il s’agit de la plus grande victoire depuis qu’Al Qaïda a perdu son refuge en Afghanistan. Toutefois, ils prédisent que la « jihadisme » poursuivra son œuvre en Irak et la lutte devra donc continuer.
Plus optimiste, Ahmed Hashim, vétéran de la Guerre d’Irak et professeur à l’US Naval War College, estime, lui aussi que la mort de Zarkaoui ne résout rien aux violences, mais voit quand même une lueur d’espoir. Dans le Boston Globe, il prédit un déclin du « jihadisme » et un renforcement de la résistance nationaliste. Or, il affirme que cette dernière peut être intégrée au « processus politique », c’est à dire convaincue des vertus de la collaboration.

Ce type d’analyse est une preuve supplémentaire de l’étrangeté que représente la médiatisation de Zarkaoui pour l’observateur critique. Si la plupart des analystes, experts médiatiques et éditorialistes sont aujourd’hui convaincus que la mort de Zarkaoui ne changera pas fondamentalement la situation en Irak, pourquoi, « de son vivant », lui ont-il consacré une telle importance dans leurs écrits ? Pourquoi sa figure a-t-elle occulté la Résistance ?

Dans El Periodico, la tribune publiée par Murad al Shishani, de la Jamestown Foundation, et Mohamed Abú Rummán, du quotidien jordanien Al Ghad, illustre par l’absurde la difficulté que représente désormais pour les experts médiatiques la publication de commentaires sur Al Qaïda et Zarkaoui collant avec les versions officielles des évènements. Ainsi, les auteurs voient dans sa disparition un événement qui va précipiter une réorganisation d’Al Qaïda, mais qui n’affectera pourtant pas les violences puisque ce groupe est avant tout une nébuleuse guidée par une idéologie. Mais en quoi une idéologie a besoin de se réorganiser ? Ils affirment que si la direction d’Al Qaïda reprend les choses en main, les actions contre les chiites vont diminuer, mais que si le mouvement local garde son autonomie, les actions continueront comme par le passé.
Bref, la mort de Zarkaoui va entraîner soit un changement, soit une poursuite à l’identique, et Al Qaïda est une idéologie qui n’est pas affectée par la disparition de ses chefs mais des modifications de sa direction peuvent entraîner des réorientations fortes… ce qui laisse entendre qu’il s’agit d’un groupe structuré.
Cette tribune est un bon exemple des affres des « experts » atlantistes pour expliquer l’inexplicable : Al Qaïda existe non parce qu’on en a des preuves matérielles, mais parce qu’on nous en parle ; ce n’est pas un groupe organisé, mais on en connaît l’organigramme etc…

Dans la presse arabe, les réactions à la mort de Zarkaoui sont évidemment bien différentes.

Dans un éditorial non signé, engageant toute la rédaction, le journal en ligne Alarabonline estime, lui aussi, que la fin de Zarkaoui n’aura aucun impact sur la situation en Irak. Mais contrairement à la presse occidentale dominante, le journal arrive à cette conclusion car il ne croit pas à l’importance de cet homme et de son mouvement. Alarabonline estime que les conditions de la guerre civile et les crimes commis contre les Irakiens sont le fait des occupants et non d’un jihadiste jordanien dont l’occupant a mythifié l’action pour dénigrer la Résistance et faire croire à la large présence d’étrangers fanatiques en Irak. Dans ces conditions, Zarkaoui est peut-être mort, mais pas les problèmes des forces de la Coalition.
Le journaliste irakien, Abdelhamid Al-Kateb, estime lui aussi, dans Alquds al-Arabi, que Zarkaoui était utilisé par l’occupant pour masquer ses propres crimes. Toutefois, partant du principe que Zarkaoui était un résistant réel que les États-Unis ont sali pour leur besoin de propagande, l’Irakien tente de renverser la figure stigmatisée de « super-terroriste » pour en faire une icône positive. Il conclut ainsi sa tribune sur l’inspiration que le « martyr » de Zarkaoui peut fournir aux résistants irakiens, ou aux volontaires musulmans, qui souhaiteraient combattre sincèrement les États-Unis pour mettre fin à l’occupation. Ce texte démontre que désormais la haine de l’occupant est si forte chez les Irakiens qu’ils se raccrochent parfois à des figures aussi douteuses que Zarkaoui, dans la mesure où celui-ci apparaît comme un adversaire de l’occupant.

Compte tenu de l’intérêt que la Coalition tirait de l’image de Zarkaoui, il est difficile d’analyser l’annonce de sa mort sans s’interroger sur les difficultés rencontrées par l’administration Bush qu’elle pourrait masquer. Après tout, à cinq mois des élections de mi-mandat, la côté de popularité de l’équipe dirigeante états-unienne est au plus bas et les difficultés sur la scène internationale se multiplient.
Dans le Boston Globe, l’ancien colonel et professeur de relations internationales à l’université de Boston, Andrew J. Bacevich, fait le décompte des difficultés de l’administration Bush. Il estime que la mort de Zarkaoui peine à cacher les errements de la Maison-Blanche qui a bien du mal à sortir du bourbier irakien, est confrontée aux pires difficultés en Afghanistan, est en passe de voir ses adversaires l’emporter en Somalie et ne semble plus parvenir à se montrer dur face à l’Iran. Bref, si la mort de Zarkaoui arrive à point nommé pour soulager l’image publique de l’administration Bush, les problèmes continuent de s’accumuler. L’auteur espère toutefois que ces difficultés permettront à l’administration Bush de cesser de prendre ses désirs pour des réalités et qu’elle reviendra à plus de réalisme.

Par un heureux hasard comme les aiment les cabinets de communication, la mort de Zarkaoui a été rendue publique le jour où Nouri al-Maliki, le Premier ministre irakien, annonçait enfin la formation définitive de son « gouvernement d’union nationale ». Le lendemain, il se félicitait dans le Washington Post des derniers développements dans son pays et assurait que son gouvernement travaillerait à la sécurisation de l’Irak, à la réconciliation nationale, au développement des forces armées et à la réforme de l’économie. Toutefois, cette confiance affichée sonne bien faux quand on se souvient qu’avant lui Iyad Allaoui, Ibrahim Al-Jaafari ou Jalal Talabani ont écrit des engagements en tous points semblables à ce pompeux satisfecit institutionnel, exercice obligé de tous les « dirigeants démocratiques irakiens » louant dans la presse occidentale sa collaboration avec l’occupant.

Ainsi pour la rhétorique dominante la boucle est provisoirement bouclée : la concomitance entre la mort du super-terroriste et la formation du nouveau gouvernement d’union nationale permet de tourner la page. Le temps du désordre est fini, celui de la reconstruction commence.
Dans la vraie vie, il en est autrement : l’Irak est occupé par des armées étrangères qui n’ont aucun espoir de venir à bout de la Résistance. Comme au Vietnam durant plusieurs décennies, la violence y est générale et permanente. Elle ne peut prendre fin qu’avec le départ de la Coalition.

Réseau Voltaire



 

  

« La mort de Zarkaoui est du bon travail »

Auteur Christopher Hitchens


 Christopher Hitchens est éditorialiste pour Vanity Fair et auteur d’essais politiques. Il y a peu, très marqué à gauche, il a claqué la porte de The Nation, dont il était le journaliste vedette, pour passer dans le camp Bush et devenir un thuriféraire de la guerre en Irak. Son dernier livre est Why Orwell Matters.

Source The Australian (Australie)
Référence « Zarqawi’s death part of a good day’s work », par Christopher Hitchens, The Australian, 12 juin 2006.

Résumé La mort de Zarkaoui est une excellente nouvelle et elle l’est d’autant plus qu’elle résulte d’informations provenant d’une taupe ayant réussi à s’infiltrer dans son cercle de proches. Il faut aussi se féliciter de la coopération jordanienne sur cette opération.
Zarkaoui en voulait aux chiites, aux sunnites non salafistes, aux chrétiens, aux juifs, aux hindous et aux laïques. Dire qu’en le tuant la Coalition a supprimé un ennemi de l’humanité n’est pas une exagération. Il contribuait beaucoup aux difficultés de construction d’un Irak fédéral et démocratique. Sa stratégie de déstabilisation visait les chiites, la composante la plus vulnérable de la société irakienne, pour saper l’autorité de l’ayatollah Sistani et renforcer les escadrons de la mort chiite. Cette stratégie est très bien pensée pour un homme semi-illétré et il faut donc se demander de quel appui étatique ou semi-étatique il a disposé. Il faut aussi s’interroger sur les liens qu’il avait avec Ben Laden.
Pour les pacifistes et défaitistes, Colin Powell a eu tort dans son rapport à l’ONU d’assimiler Zarkaoui à Al Qaïda. Il n’aurait rejoint cette organisation par opportunisme qu’après l’invasion et ce serait donc l’invasion qui aurait provoqué son ascension. Mais à croire ces gens là, affronter le terrorisme est toujours une erreur. En fait, les hommes de Zarkaoui ont sans doute était formés par Saddam Hussein pour assassiner les dirigeants kurdes. C’est comme cela qu’ils ont appris à manier les explosifs de grande qualité qui ont servi à attaquer le siège de l’ONU à Bagdad. Zarkaoui avait en revanche des relations ambiguës avec Ben Laden bien qu’il ait reconnu partiellement son autorité. Plus surprenant, il a reçu l’aide de l’Iran, qui lui a permis de traverser son territoire bien qu’il s’en prenne aux chiites. Cela prouve le cynisme de l’Iran qui est prêt à laisser massacrer ses coreligionnaires pourvu que cela détourne l’attention de son programme nucléaire.
Si, comme le demande les pacifistes nous avions quitté l’Irak, ce tueur psychopathe sévirait encore.
 

« Nous n’avons pas tué Al Qaïda »

Auteur David W. Brannan

Ancien collaborateur de L. Paul Bremer et directeur des politiques de sécurité de l’Autorité provisoire de la Coalition en Irak (2003-2004), David W. Brannan est enseignant à la Naval Postgraduate School de Monterrey et collaborateur de la Rand Corporation.

Source Los Angeles Times (États-Unis)
Référence « We didn’t kill Al Qaeda », par David W. Brannan, Los Angeles Times, 12 juin 2006.

Résumé Le 13 décembre 2003, les responsables de la Coalition se félicitaient, derrière L. Paul Bremer de l’arrestation de Saddam Hussein. Elle intervint alors que je me rendais en Irak pour travailler à la formation des forces de sécurité et elle me réjouit. Toutefois, je savais que cette arrestation ne mettrait pas fin aux violences. Deux ans et demi plus tard, l’insurrection se poursuit.
En fait, il faudrait plutôt parler « des » insurrections. Autour de Falloudja, on assiste en effet à une insurrections tribaliste sunnite, à Bagdad à une insurrection salafiste sunnite et dans le Nord, nous avons Al Qaïda. La mort de Zarkaoui est une bonne chose, mais elle affectera peu les violences car Zarkaoui était à la fois le chef et le problème d’Al Qaïda. En effet, son action contre les chiites et sa cruauté dans les exécutions filmées isolaient l’organisation. Zarkaoui va être remplacé et il va devenir un martyr de la cause, il a donc malgré sa mort une capacité de mobilisation intacte.
La situation ne se calmera pas, mais cette exécution montre bien que les troupes états-uniennes ont les moyens de faire mal à Al Qaïda.
 

« La succession de Zarkaoui »

Auteurs Murad al Shishani , Mohamed Abú Rummán

Collaborateur de la Jamestown Foundation, Murad al Shishani est un analyste politique jordano-tchétchène. Il est l’auteur de The Islamic Movement in Chechnya and the Chechen-Russian Conflict 1990-2000.
Mohamed Abú Rummán est éditorialiste au quotidien jordanien Al Ghad.

Source El Periodico (Espagne)
Référence « La Sucesion de Zarqaui », par Murad al Shishani et Mohamed Abú Rummán, El Periodico, 12 juin 2006.

Résumé Le Premier ministre irakien a annoncé jeudi la mort de l’islamiste Zarkaoui. Cette annonce est une surprise et elle a suscité un grand nombre de réactions sur l’avenir du mouvement jihdiste salafiste et d’Al Qaïda.
Sa mort sera présentée comme un succès et Al Qaïda va tout faire pour la surmonter. Elle ne mettra pas fin au salafisme jihadiste qui est plus une idéologie qu’un simple mouvement et qui a trouvé dans l’invasion de l’Irak une occasion en or de mettre en pratique sa théorie de la confrontation avec les États-Unis. La détérioration continue de la situation en Irak devrait leur permettre de poursuivre leur action malgré la mort de leur dirigeant.
Il existe différents scénarios sur ce que va devenir Al Qaïda. Soit la direction du mouvement autour de Ben Laden va reprendre la direction des opérations en Irak et utiliser l’Irak comme rampe de lancement pour d’autres opérations contre les États-Unis mais va diminuer le nombre d’attaques contre les chiites, soit Abou Mohammed al Maqdisi, le second de Zarkaoui, va reprendre les rennes de l’organisation et va continuer l’action de l’ancien dirigeant.
Al Qaïda va poursuivre son action et cela n’affectera pas la résistancfe irakienne, mais Al Qaïda va devoir se réorganiser.
 

« La mort d’Al-Zarkaoui ne signifie pas la fin des malheurs »

Auteur rédaction d’Alarabonline


  

Source Alarabonline.org
Référence « نهاية الزرقاوي ليست خاتمة الأحزان », par la rédaction d’Alarabonline, Alarabonline, 8 juin 2006.

Résumé Le jour où Abou Moussab al Zarkaouia trouvé la mort sera-t-il historique pour les Irakiens ? Une personne au moins le pense. Il s’agit du nouveau Premier ministre, Nouri al-Maliki, qui n’a pas tardé à adresser ses remerciements aux forces états-unienne pour avoir abattu le jihadiste jordanien.
L’assassinat de ce dernier ne peut surtout pas annoncer la fin du désordre que vit le pays du Tigre et de l’Euphrate, et la fin de la résistance irakienne. Puisque Abou Moussab n’est ni le cerveau qui a orchestré la guerre civile, ni le responsable des milliers d’attaques terroristes. Le responsable de la torture et des assassinats est l’occupant états-unien et ses alliés. Le désordre que vit l’Irak est dû évidement à une guerre injuste contre le pays. Donc, pour que l’ordre reprenne sa place, les forces d’occupations doivent rentrer chez elles.
Le décès d’Abou Moussab aujourd’hui n’empêchera pas l’apparition demain d’un autre Al-Zarkaoui sous un autre nom. Car les raisons ayant formé la mentalité du Jordanien sont toujours valables. Le jihadiste jordanien n’aurait pas pu rencontrer un tel succès s’il n’avait pas été entouré et soutenu par ses partisans irakiens. Sa mort pourra-t-elle être considérée comme un pas décisif dans le rétablissement de la paix et de la stabilité dans le pays de Tigre et d’Euphrate ? Certainement pas.
L’occupant a tenu à présenter une image mythique du Jordanien, lui attribuant des faits divers pour faire croire au monde entier que la résistance en Irak est menée par des étrangers. L’assassinat d’Al-Zarkaoui va permettre à George W. Bush et à Tony Blair de sauver leur popularité qui ne cesse de se dégrader depuis le début de la guerre contre l’Irak. Cela permettra aussi au nouveau Premier ministre irakien de sauver son gouvernement pro-occupation.
Bush, Blair et al-Maliki connaissent bien le nouveau Al-Zarkaoui. Il s’agit du peuple irakien avec ses différentes communautés. Abou Moussab n’était qu’un mythe dont la mort ne signifiera pas la fin des obstacles. Quant à la réalité, elle est incarnée par l’occupation états-unienne.
 

« Et après Al-Zarkaoui ? »

Auteur Abdelhamid Al-Kateb

Abdelhamid Al-Kateb est écrivain et journaliste irakien. Il est correspondant de plusieurs journaux arabes dont Alquds al-Arabi et Albasrah.

Source Al Quds Al Arabi (Royaume-Uni)
Référence « وماذا بعد الزرقاوي؟ », par Abdelhamid Al-Kateb, Alquds al-Arabi,12 juin 2006.

Résumé Enfin, Al-Zarkaoui a trouvé la mort, c’est ainsi que les forces d’occupation en Irak ont annoncé la nouvelle. Une fin que l’occupant a qualifié de logique après avoir, pendant longtemps, tué des milliers d’Irakiens innocents et attaqué maintes villes et villages sous prétexte de vouloir enterrer le terrorisme incarné par ce fameux « terroriste ».
Il me semble très important d’identifier ce dernier. S’agit-il de ce résistant là qui a tout laissé derrière lui pour aller faire face à la tyrannie états-unienne en Irak, ou du terroriste qui a joué le rôle principal dans la guerre communautaire au pays du Tigre et d’Euphrate ? De toute manière, la page d’Abou Moussab est tournée, sans pouvoir par ailleurs prévoir le sort de la région en entier.
Le scénario états-unien, quant à lui, n’a certainement pas atteint son terme, permettant ainsi au terrorisme états-unien de continuer. Mais une telle continuité nécessite la création d’un autre Al-Zarkaoui pour justifier leurs faits. Tous les résistants arabes en Irak doivent savoir que le peuple irakien leur souhaite la bienvenue tant qu’ils y viennent pour défendre sa cause. Celle de libérer le pays sans aller au-delà de cet objectif, en déclenchant des guerres civiles par exemple.
L’assassinat d’Abou Moussab pourra-t-il faire oublier les crimes états-uniens ? Et les dirigeants irakiens oseront-ils demander des comptes aux forces d’occupation ? Nous rappelons à celles-ci que la mort d’Al-Zarkaoui ne signifie pas la fin de la résistance en Irak. Nous leur rappelons aussi que la résistance coule dans le sang des musulmans, et que la fin de celle-ci ne peut avoir lieu qu’avec le départ du dernier soldat états-unien de l’Irak. Il faut savoir qu’Al-Zarkaoui n’est qu’une partie de la résistance et ne représente pas la résistance en entier. Sa mort pourra, au contraire, renforcer la volonté et la détermination des autres résistants dans leur combat contre l’occupant.
 

« Un moi de juin dont il faudra se souvenir »

Auteur Andrew J. Bacevich


 Ancien colonel de l’US Army, Andrew J. Bacevich est professeur de relations internationales à l’université de Boston. Il est membre de l’American Academy à Berlin.

Source The Boston Globe (États-Unis)
Référence « A June to remember », par Andrew J. Bacevich, Boston Globe, 12 juin 2006.

Résumé Bien que les historiens de l’avenir pourraient voir juin 2006 comme un tournant dans la guerre au terrorisme, ce ne sera sans doute pas dû à la mort de Zarkaoui. En effet, ce dernier n’est pas irremplaçable et Al Qaïda n’est pas la première source de violence en Irak.
les historiens verront peut-être le mois de juin 2006 comme le mois où l’administration Bush, confrontée aux pires difficultés, aura dû rompre avec sa politique, comprenant que sa posture adoptée depuis le 11 septembre n’était pas tenable. Notons ainsi les évènements suivants :
- Les États-Unis abandonnent leur attitude dure avec l’Iran comme ils l’avaient fait avec la Libye.
- Les Talibans reviennent en force en Afghanistan et le gouvernement afghan ne contrôle rien en dehors de Kaboul.
- Les islamistes ont pris le contrôle de la Somalie.
- La politique états-unienne dans le conflit israélo-palestinien est dans une impasse.
- Les États-Unis repoussent leur plan de retrait d’Irak, l’administration Bush laissant à ses successeurs le soin de régler le problème.
Cela ne veut heureusement pas dire que l’Occident est en train de perdre la guerre au terrorisme, cela signifie que l’approche idéologique est en passe d’être enterrée au profit d’une logique plus réaliste.
 

« Notre stratégie pour un Irak démocratique »

Auteur Nouri al-Maliki


 Nouri al-Maliki est Premier ministre d’Irak.

Source Washington Post (États-Unis)
Référence « Our Strategy for a Democratic Iraq », par Nouri al-Maliki, Washington Post, 12 juin 2006.

Résumé La formation du gouvernement d’unité nationale en Irak jeudi marque le point de départ vers la démocratie dans le pays. Nous le devons aux soldats, policiers et citoyens qui ont payé le prix fort pour la liberté. Nous leur rendrons hommage en restaurant la sécurité. Nous profiterons pour cela de la mort de Zarkaoui.
Nous allons mettre en place une stratégie en trois étapes :
- Nous allons reconstruire les infrastructures irakiennes en nous appuyant sur l’énergie et les qualités des jeunes Irakiens.
- Nous allons lancer une initiative de réconciliation nationale et mettre fin aux divisions provoquées par la dictature de Saddam Hussein et par le terrorisme.
- Une fois unis, nous pourrons combattre le terrorisme plus efficacement. Dans cette lutte, Bagdad sera le front central. Nous allons développer nos forces de sécurité et y introduire progressivement les milices. Nous allons également développer nos services de renseignement.
La sécurité est prioritaire, mais notre action ne se résumera pas à sa restauration. Nous allons également lutter contre la corruption et réformer l’économie. Avec nos alliés, nous allons faire de l’Irak un pays libre et prospère.

http://www.voltairenet.org/article140469.html http://www.voltairenet.org/article140469.html



Mardi 13 Juin 2006



Commentaires

1.Posté par Banzaï le 13/06/2006 17:49 | Alerter
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Joli décryptage de l'histoire de la mort de Zarkaoui. Il est vrai que bien des questions se posent à son sujet.
Et encore une fois, il s'agit d'un individu formé à la lutte armée en Afghanistan quand les US aidait les "combattants de Dieu".

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