RELIGIONS ET CROYANCES

Monsieur Mustapha Chérif est dans une démarche qui rejoint celle du Pape

L'islam lui manquerait la raison et l'humanisme pour revenir à l'Ijtihad?


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Ci-dessous un texte qui est initialement un commentaire posté par zineomar@gmail.com, une réponse au texte de Monsieur Mustapha Chérif publié ce jour. Il serait dommage qu'il passe inaperçu et ne soit pas lu par un plus grand nombre, d'autant plus que des commentaires de cette qualité deviennent rares sur Alter Info.


zineomar@gmail.com
Samedi 18 Avril 2009

Monsieur Mustapha Chérif est dans une démarche qui rejoint celle du Pape
Nous tournons en rond dans une confusion entre Islam et musulmans, entre produire de la pensée et être un produit de la pensée, entre modernité et produits de la modernité.

Ainsi : " d’une vraie réflexion autour du Coran." Il convient donc d’examiner les possibilités d’un nouvel ijtihad et d’une réforme (islah) qui permettra à l’Islam de sortir des extrémismes" !

Comme si en 14 siècles il n y ' a jamais eu de véritables réflexions sur le Coran. Cet esprit rationnel nous le devons nécessairement à notre proximité au Vatican dans le cadre du dialogue des religions au lieu du dialogue des peuples, et de notre proximité à la culture occidentale oubliant que la notre est confisquée par la décadence, la colonisation et le despotisme politique qui interdit non seulement l'ijtihad mais la seule parole libre pour dire un fait social, politique ou écologique qui risque de paraître subversif pour les détenteurs du pouvoir.

Il y a fuite en plaçant le débat sur l'islam et non sur les musulmans qui produisent la pensée pour comprendre, interpréter et mettre en application l'islam.

Le premier Ijtihad n'est pas de demander l'ouverture de l'ijtihad comme si la porte est fermé et la clé jetée, mais de produire de la pensée. La pensée islahiste est celle du Prophète Choâïb : un logos et une praxis pour combattre la tyrannie, la perversion morale et intellectuelle de sa communauté et de ses dirigeants.

"L’intellectuel doit s’appuyer sur la raison" oui, rien de nouveau.
Aristote la plus grande encyclopédie humaine a montré par sa connaissance du monde grec que l'intelligence ne suffit pas pour promouvoir la pensée , il faut de la sagesse (sophia) et de la prudence (phronesis) dans la cité (la polis qui donne à la communauté humaine un caractère politique dans la manière de rendre la justice). Le langage de la cité doit être vertueux.
L'islam a montré que tout ceci n'est pas suffisant s'il n'y a pas une foi.
Les musulmans ont la foi mais il leur manque la pratique de la vertu et la polis c'est à dire faire de la politique pour que la justice soit bien rendue.

Le rapport n'est pas, pour l'instant, dans un ijtihad dans un monde au demeurant figé dans une modernité dépassée, mais dans la réappropriation du musulman de ses devoirs politiques (citoyens) et de sa vocation de Khalife de Dieu sur terre dont la mission est d'agir et de témoigner.

Pour les arabisants je pose la question que les musulmans modernistes abordent sans y donner une réponse convaincante se concontentant de confondre l'ijtihad au tajdid : le terme tajadoud n'est-il pas plus approprié? Le Coran utilise le terme de changement " Dieu ne change point en l'état d'un peuple tant que celui-ci ne change pas ce qui est en lui". Ce changement est pluriel, ontologique, psychologique, social, politique, culturel, spirituel.
L'intellectuel organique, au service de l'islam ou plutôt au services des musulmans n'est il pas au service de leur libération de l'oppression et de la création des conditions objectives et subjectives pour que la communauté produisent une élite noble et généreuse qui peut agir comme des mouslihine, réformateurs, dans les interactions sociales, politiques, intellectuelles des musulmans entre eux et des musulmans au reste du monde.

Je ne veux pas monopoliser le forum et je me contenterais d'une dernière remarque sur la phrase : "l’ijtihad ne peut être efficace, utile et agissant sur la vie de la société islamique que s’il est pratiqué dans le respect des visées générales de l’humanité" Est-il nécessaire de faire tant d'effort intellectuel pour venir "lamentablement" opposer l'islam à l'humanité? L'islam n'a t-il pas vocation à se présenter comme l'alternative la plus crédible pour l'humanité en sa qualité d'occurrences d'Adam et en sa qualité d'entités plurielles et divergentes. Le problème urgent n'est pas de rendre l'islam conformes aux humanités (humanitas des latins ou polis des grecs) mais de créer les conditions de liberté, de progrés social et de reconnaissance mutuelle pour que le musulman, le fellah du nil ou l'expert en énergie nucléaire d'Iran, puisse exprimer leur talent et leur humanité au sein de la gande famille humaine alors que l'impérialisme et la dictature veut les maintenir en marge de l'histoire des hommes, des asservis au capital mondial, des indigènes travaillant dans les comptoirs commerciaux.

Les extrémismes que vous dénoncez sont le produit du système d'exclusion et de monopole et non de l'islam. Ce sont les principes de liberté et de justice de l'islam lui-même, même s'il est appliqué à la lettre et non dans l'esprit de la Sorbonne ou du MIT, qui sont les garants du juste milieu.
Bien avant l'UNESCO Aristote a montré que la vertu est une affaire de pathos.
Mohamed (saws) nous a laissé le Coran comme référence et non la recommandation de l'Unesco et son propre exemple : je suis envoyé pour
parfaire les moeurs.

Sur quelles valeurs et quels critères Ibn Sina et Ibn Roshd ont étudié, commenté et diffusé la pensée aristotélicienne à l'Occident? Le Coran et la Sunna! Quel est leur mobile : la foi et la curiosité intellectuelle.
Pourquoi : la société civile, politique et marchande musulmane était lettrée et suffisamment forte sur le plan de la foi et du Thamkine (position sur terre) pour aller vers l'autre et l'étudier. Ce sont tous ces éléments dont nous avons besoin pour produire de la pensée autonome et objective et tous ces éléments exigent le retour vers l'islam tel qu'il est et non tel qu'on se l'imagine. Le retour à l'islam n'est pas retour au passé mais retour à la vie selon l'expression coranique, à la vie sociale, intellectuelle, économique, culturelle, scientifique, spirituelle, des musulmans. Même s'ils le veulent ils ne peuvent vivre en autarcie. Il ne s'agit pas de leur dire de vivre avec les autres mais de leur donner les moyens de vivre comme les autres.


Hélas, nous parlons tous du même islam mais nous ne percevons pas l'ijtihad de la même façon car l'islam nous le percevons pas de la même façon et cela revient à la différence de notre background intellectuel et de notre conscience sociale et politique. En effet " l’Islam est venu libérer, non point asservir l’humain" . . Notre ijtihad est de chercher la voie de la libération, la notre et celle des autres et non de se présenter comme censeur ou détenteur de la vérité qui nous échappe par sa complexité sociale et historique.


Samedi 18 Avril 2009


Commentaires

1.Posté par tipaza le 18/04/2009 21:30 | Alerter
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Mustapha Chérif a fait des chroniques vidéos sur le site oumma.com, à voir absolument...

2.Posté par loubna le 18/04/2009 22:50 | Alerter
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bravo pour ce beau commentaire

3.Posté par Tekbir le 18/04/2009 23:22 | Alerter
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Barakallahoufik frère omar, très bien résumé.
Malheureusement beaucoup de musulmans sont emportés par la vague du dialogue interreligieux moderne avançant droit vers le syncrétisme religieux, c'est à dire l'union des 3 religions monothéistes, chose tant voulu par le cartel au service du diable..

4.Posté par dik le 19/04/2009 00:38 | Alerter
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Omar Zine (Ism 3ala moussamma) est une Tour Eiffel de la pensée islamique. Le débat qu'il suscite, à juste titre, s'adresse aux musulmans, pas à l'islam. A ce titre, le dialogue interreligieux serait hors sujet. C'est le dialogue entre musulmans de nos jours qui préoccupe. La vision du frère Omar est de mon point de vue capitale pour sortir les musulmans de leur léthargie.

5.Posté par JULLE le 19/04/2009 03:34 | Alerter
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je suis d'accord avec l'auteur de l'article,le dialogue entre les religions et les civilisation ne peut etre seulement culturelle,il doit etre aussi politique,car la penseée à besoin d'un d'un environement de justice sociale et politique pour se manifester,et ce n'est pas le cas acctuellement dans un monde musilman pris
en otage entre un oxident agressif et un pouvoir mafieux dans ces memes pays.
toute l' energie dont on a besoin pour inventer on l'utilise pour se defendre contre ceux qui veulent q'on soit moins eux,ceux memes qiu no us accusent injustement d'etre responsable des attentats du 11 septembre .

6.Posté par Le Kabyle le 19/04/2009 09:41 | Alerter
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C'est ce que j'aimerai entendre et pas les charlatans !Belle analyse .

7.Posté par Tumoi le 19/04/2009 20:55 | Alerter
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zineomar@gmail.com
tu veux dire que le CORAN et les HADITH du Prophète devront être la constitution de tout Musulman, et je suis d'accord avec toi.

8.Posté par M Seddik le 21/04/2009 00:26 | Alerter
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Salam . Le commentaire de zine omar au sujet de l'article du Professeur Mustapha Cherif falsifie injustement la pensée de l'auteur . Dommage que la polémique l'emporte sur les vrais arguments. Mustapha Cherif n'a jamais opposé l'islam à l'humanité, et il considère aussi que l'islam a vocation à se présenter comme l'alternative la plus crédible pour l'humanité. Il ne verse pas dans un vocabulaire pompeux de type que nous déverse Zine Omar en donneur de leçon qui ne reflète pas l'esprit de l'islam : " en sa qualité d'occurrences d'Adam et en sa qualité d'entités plurielles et divergentes". Bien sur que le problème urgent n'est pas de rendre l'islam conformes aux humanités, ni à la modernité pervertie, Mustapha Cherif est un penseur qui effectue une critique radicale de l'occident et sait que l'islam est un projet de société incomparable, il suffit de bien lire ses livres et son site. Mustapha Cherif pratique le dialogue des cultures et des religions pour présenter sans concessions le vrai visage de l'islam et démasquer tous les agents de la désinformation. Il prône naturellement l'ijtihad afin que les musulmans retrouvent l'islam de toujours et sortent des pièges de l'ordre désordre dominant. Oui les extrémistes sont le produit des injustices, Mustapha Cherif le dit clairement. Vous êtes en retard d'un guerre, et vous vous trompez d'adversaire, Mustapha Cherif est un penseur qui dénonce les oppresseurs et énonce des idées pour rouvrir l'horizon fermé, il ne fait pas d'apologie. Choukran

9.Posté par Mustapha CHERIF le 21/04/2009 21:00 | Alerter
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Qui a peur de la raison musulmane ?

Par Pr. Mustapha Chérif


Stupéfait de lire un commentaire fleuve empli de contre vérités, qui prétend faire un ijtihad sur ijtihad, au sujet de mon dernier article, je prends soin de vous répondre, car votre site dont je suis un lecteur fidèle, remplit souvent un rôle positif d’informations alternatives. Mon article paru sur le journal algérien l’Expression et disponible sur mon site www.mustapha-cherif.net s’intitule « Le monde musulman est t-il capable de progresser ? » il s’agit bien des musulmans et non de l’Islam qui est au dessus de tout. Reste qu’aujourd’hui nous ne sommes pas à la hauteur de notre religion, faute de fidélité à ce qu’elle nous exige et nous recommande. Le Saint Coran et le Prophete( QSSL) exigent de nous refléxion, tatabur, tafsir, tawil, ijtihad, tajdid, fikr, aql et tant d’autres actes intelligents pour assumer nos responsabilités. Le procès intenté contre mon article qui met l’accent sur la raison assimilée à une position proche de celle du Pape est un contre sens honteux et infantile, que les faits et les écrits contredisent. D’autant que paradoxe de l’histoire je suis le seul penseur musulman qui a prouvé au Pape face à face qu’il a tort sur toute la ligne. Mon prochain ouvrage relate tout cela. Mon travail d’islamologue est de sans cesse combattre l’islamophobie d’un part et le fanatisme d’autre part, d’où qu’ils viennent, et rappeler comme je le dis dans l’article que : « Au sujet de l’Islam, troisième rameau monothéiste, Message spirituel et civilisation, la désinformation bat son plein, dans un monde où les questions du sens de la vie et de la justice se posent. Seul le dialogue et le travail de la raison peuvent aider à rétablir l’équilibre. La méconnaissance ruine la relation entre l’Occident et le monde musulman.»

Ce n’est pas rendre service aux musulmans que de leur faire croire qu’ils n’ont aucune responsabilité dans les problèmes dans lesquels ils se débattent. Il clair que le commentateur semble aveuglé par sa version idéologique de l’Islam et n’a bien pas bien lu que j’écris sans l’ombre d’un doute que : « A l’heure des débats polémiques sur les causes des problèmes des sociétés musulmanes et leur aptitude au progrès et à l’heure paradoxale de leurs retards technoscientifiques et de leur résistance légitime aux injonctions extérieures, il est urgent de raisonner, d’interroger les sources fondamentales et d’étudier les facultés non pas seulement d’adaptation mais d’invention, offertes par la pensée islamique elle-même. Pour sortir des anathèmes, des lectures fermées et de l’islamophobie, et faire connaître la version civilisée de l’Islam, il faut se fonder sur la raison raisonnable, créative, étudier toutes les possibilités offertes par l’ijtihad, cet effort de réflexion, qui peut favoriser le renouveau de l’interprétation du Coran. Il faut revenir aux sources spirituelles, le Coran et la Sunna,.. » Sauf si le retour au Coran et à la Sunna lui pose problème ? Qui peut nier qu’il est légitime de tenter de: « montrer que l’Islam conserve la même et invariable aptitude à se développer, engendrer et innover. » Comme je l’écris et persiste et signe : « Un mujtahid est un porte-parole intellectuel des intérêts de son peuple et qui veille à la préservation scrupuleuse de ses racines, de ses intérêts et aspirations, qui ne s’en éloigne jamais et qui répond aux besoins des gens en leur balisant la voie vers l’avenir, une vie ouverte, équilibrée, responsable et digne. C’est non seulement possible, mais vital. »


Dans mon précèdent article, que certains semble ignorer, toujours dans les colonnes du journal l’Expression, intitulé Les puissants de ce monde et l’Orient article du 9 Avril je précise clairement, que les problèmes des musulmans sont politiques, car ce sont des musulmans qui posent problème et non pas l’islam : « Les musulmans doivent sortir de la léthargie et assumer leurs responsabilités pour se reformer, défendre leurs intérêts et contribuer à la paix équitable en Méditerranée….Rien de conséquent ne pourra se faire sans une démocratisation de ces pays, et la priorité donnée au savoir, car la crédibilité est à ce niveau. …Les problèmes réels sont politiques, économiques et culturels et non théologiques, même s’il est urgent d’apprendre à tous à lire et comprendre nos références spirituelles de manière ouverte, mesurée et raisonnable. Les injustices, l’ignorance et les instrumentalisations affaiblissent gravement nos sociétés. On doit apprendre à communiquer en direction de l’opinion internationale. Dans le danger il y a aussi le salut. »

J’écris aussi : « Face aux nouvelles formes de menace, la solution réside dans l’ouverture politique, le dialogue interne et externe, l’éducation, l’élargissement des bases sociales, le pluralisme effectif, en somme l’Etat de droit civilisé. L’invention d’un nouvel ennemi par les islamophobes occidentaux, toutes les incompréhensions envers l’Islam et les archaïsmes des systèmes politiques arabes s’écrouleront le jour où de l’intérieur on comptera sur nos propres forces, en mettant la raison, la justice et nos valeurs spécifiques au centre de nos pratiques. L’Occident comprendra qu‘il n’y a pas d’alternative à la démocratisation des relations internationales, que ses préjugés et son soutien aveugle à l’Entité sioniste sont contraires à ses intérêts, alors qu’aujourd’hui il s’imagine qu’Israël défend ses intérêts et qu’il est une partie intégrante de l’Occident et que seuls des régimes arabes corrompus et faibles seront pro-occidentaux. Il est impérieux d’expliquer à tous les peuples et citoyens du monde que séparer la lutte contre la politique coloniale d’Israël et le sionisme de la lutte pour plus de justice c’est tomber dans une erreur fatale…Comment peut-on s’attaquer sans cesse à des effets sans tarir la cause, la source, l’origine des problèmes de notre temps? La féroce colonisation israélienne depuis plus de 60 ans, notamment depuis 1967 à ce jour, bafoue le droit international et tous les principes de la communauté internationale. Si le sentiment de révolte et de critique acerbe des Israéliens de la part des populations arabes s’est accentué ces dernières décennies, c’est une question politique. L’immense majorité des musulmans ne confond pas entre l’inadmissible antisémitisme et le devoir de s’opposer à la politique sioniste…Par notre résistance pacifique, réfléchie, le dialogue et la démocratisation de nos sociétés on peut faire reculer la folle logique du choc. »

Dans un autre article intitulé « Entre modernité et spiritualité » du 19 Février 2009, j’écris encore pour critiquer les dérives de la modernité occidentale que : « L’immense majorité des citoyens en Europe se considère émancipée à l’égard de la religion, désormais sortie de la vie. Mais de nouvelles idoles apparaissent. En retour, des croyants ont parfois des réactions inadéquates ou crispées. Tout le monde sait que nous sommes dans une phase de l’histoire de l’Europe en train de se mondialiser où la religion ne structure plus la vie des sociétés, ne définit presque plus rien, même si nous savons que la sécularisation ne signifie pas disparition de la foi religieuse. La religion continue d’exister, mais elle est inopérante. Les dérives de la modernité posent des problèmes de fond, et nos propres dérives internes tout autant. Face aux injustices, aux incertitudes, aux menaces, les musulmans, comme tant d’autres citoyens du monde, s’inquiètent. Ils s’inquiètent face aux risques de déshumanisation. »

Avec un sens objectif et clair, j’exprime mon souci de critiquer les problèmes internes et externes, car inutile de prétendre que des graves problèmes ne se posent pas pour tous: « Sans remettre en cause les acquis prodigieux de la modernité, nous sommes en droit de porter un regard critique sur ses dérives. Sans remettre en cause les bienfaits de la foi, nous sommes en droit de porter un regard critique sur les dérives de la tradition. Après la théocratie, la séparation outrancière, pas simplement la distinction logique mais l’incompatibilité décrétée entre le public et le privé, entre le temporel et le spirituel, ont abouti à la remise en cause de ce que j’appelle «les valeurs abrahamiques», à la «désabrahamisation» du monde, à la marginalisation de la dimension spirituelle de l’humain et à des impasses auxquelles nous sommes tous confrontés aujourd’hui. Comment respecter la sécularité - que je considère comme allant de soi même dans l’Islam, malgré les préjugés - sans déséquilibrer et déshumaniser? Comment participer de manière commune et publique à la recherche du vrai, du beau et du juste, qui ne sont pas donnés d’avance et dont nul n’a le monopole, sans nourrir le retour informe du religieux? Comment renforcer l’autonomie de l’individu sans perdre le lien social et l’être commun?

J’ajoute sans confusion que : « Religion et monde, l’Islam est préoccupé par cette problématique. Cependant, sur le terrain, le retour des religions semble marqué moins par le renouveau que par des formes rétrogrades qui n’effacent pas l’image d’un système (chrétien…) opposé à la liberté. » Qui peut nier aussi le fait, comme je l’écris, que : « Dans ce contexte des dérives de notre temps, les sociétés musulmanes subissent aussi les réactions négatives du dedans, de mouvements extrémistes. Pourtant les citoyens de confession musulmane, attachés à leurs références et à l’ouvert, aspirent tout autant à la pratique religieuse et à la démocratie. » Je précise que l’islam est l’idéal en écrivant que : « La foi en Islam oeuvrait à la possibilité de vivre ces deux dimensions sans antinomie, à la possibilité de vivre aussi le présent. » J’ajoute que : « Les contradictions internes de nos sociétés et les ruptures modernes posent problème. Les religions, par-delà leurs situations hétérogènes, semblent aux yeux de beaucoup perpétuer leurs traditions dans le dogmatisme figé ou dans la dilution, dépassées par la raison instrumentale. Je critique de manière radicale la dite raison moderne qui est mortifère : « De notre point de vue, la raison moderne n’a pas su saisir la place des valeurs de l’esprit, qui animent le coeur de l’homme qui risque de s’enflammer sur une mesure néfaste. Cela est une menace. Les conditions semblent réunies pour un délire réactionnaire irrationnel au nom de la foi que certains semble ignorer, ou un vacarme antireligieux au nom de la raison. Délire et vacarme qui se propagent dans le désert de sens que le monde moderne a laissé faire, sous prétexte de liquider ce que les antireligieux nomment l’aliénation par excellence: la religion. Contre-tradition, comme le laïcisme outrancier, et tradition fermée, comme l’extrémisme politico-religieux suscitent des désordres… »

Je défends nettement le fait qu’il : « est injuste de considérer que l’Islam porte intrinsèquement en lui le mouvement de la confusion, du repli et de la violence, alors qu’il a participé à l’Occident, cet Occident qui a été judéo-islamo-chrétien et gréco-arabe…Ce que le moderne de son côté doit comprendre, c’est que l’islamisme est un anti-islam et que le musulman a participé, et le peut encore, à la civilisation dans la Cité.
Humaniser les rapports humains, a été possible grâce au monothéisme. Je n’ai pas découvert la liberté au XVIIIe siècle. Les monothéismes, notre source commune, les valeurs abrahamiques, contrairement aux préjugés, sont une des sources essentielles de la démocratie et de l’humanisme. Ce qui pose problème pour un musulman, c’est d’une part, la représentation actuelle du monde qui suscite des formes de dépendance, de déshumanisation, de déséquilibres, par-delà des opportunités, et d’autre part, l’instrumentalisation de la religion en réaction à ce risque.. »…

J’écris toujours comme dans cet article que : « Pratiquer l’autocritique au sujet des dérives de sa propre tradition et la critique des dérives de la modernité est un devoir. Reste à discerner, à ne pas faire endosser, pour les uns à la religion, à l’Islam en particulier, ce qui relève des incohérences de la politique, et pour les autres à la raison, sous prétexte des risques qu’elle fait encourir.
Aujourd’hui, nous sommes confrontés à la déspiritualisation, la dépolitisation, la déraison: trois figures du non-monde qui se profile. Il est urgent de rappeler ces défis auxquels la foi doit répondre pour redevenir une chance.
Sur le plan du sens, le fait est que le citoyen sujet du monde a de moins en moins de lien avec la vie religieuse à laquelle les monothéistes en général et les musulmans en particulier sont attachés…Les musulmans recherchent la cohérence. Ils s’inquiètent - et je m’inquiète - à la fois de la dépolitisation de la vie et de sa déspiritualisation. Des formules totalitaires «tout est religieux» et «tout est politique», on est passé à «rien n’est religieux, rien n’est politique, tout est marchandise!». L’Islam est inintelligible sans ce rapport fondamental que les extrémistes de tous bords défigurent. » Qui a peur de pluralité d’opinions et de la raison musulmane ?
A bon entendeur et sans rancune,
Salam
Pr. Mustapha CHERIF


10.Posté par Mustapha CHERIF le 21/04/2009 22:14 | Alerter
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Je souhaite que ma réponse soit publiée en Article
Merci

11.Posté par Mahmoud le 28/04/2009 22:21 | Alerter
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Mustapha Cherif est un grand penseur !

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