Néolibéralisme et conséquences

Mondialisation et protectionnisme : Le patriotisme economique au XXIe siècle


« L’Angleterre n’a pas d’amis ou des ennemis, elle n’a que des intérêts permanents. »

Winston Churchill


vdida2003@yahoo.fr
Lundi 20 Juillet 2009

Mondialisation et protectionnisme : Le patriotisme economique au XXIe siècle
Faits anodins passés inaperçus mais symboliques d’une prise de conscience que le scénario actuel de fil de l’eau et d’installation dans les « temps morts » ne peut plus durer. Il s’agit de l’accord conclu sous l’égide du ministère de l’Intérieur entre l’administration et les sociétés Snvi et autres pour l’équipement de 800 communes. Ce fait nous a amenés à réfléchir d’une façon plus large à la notion de patriotisme. Pour Gustave Le Bon « le patriotisme est la plus puissante manifestation de l’âme d’une race. Il représente un instinct de conservation collectif qui, en cas de péril national, se substitue immédiatement à l’instinct de conservation individuelle ». Pour Romain Gary, le patriotisme c’est l’amour des siens.
Le nationalisme c’est la haine des autres. C’est peut-être dans ce sens qu’il faut interpréter le Deutschland uber Alles (L’Allemagne au-dessus de tout) du IIIe Reich. « La France, disait François Mitterrand est en guerre économique contre les Etats-Unis, une guerre sourde, une guerre sans morts »
 
 Quel patriotisme économique au XXIe siècle ? Qui contrôle nos emplois ? Où se prennent les décisions les concernant ? La mondialisation des marchés de capitaux nourrit chez nos concitoyens des frustrations très vives. Le « patriotisme économique » peut-il constituer une réponse appropriée à ces anxiétés ? Comment peut-on définir le patriotisme économique ?
L’encyclopédie Wikipédia en donne la définition suivante : « Ensemble des mesures prises par les pouvoirs publics, les entreprises ou les particuliers pour favoriser les produits ou les services issus de leur propre pays. » Le patriotisme économique est donc un sentiment qui se matérialise dans des actes et il ne concerne pas seulement l’Etat mais aussi les citoyens dans leurs gestes au quotidien et dans leur façon d’appréhender l’avenir du pays.
 
 Le 23/09/2005, le Premier ministre, Dominique de Villepin déclare : ´´Je suis convaincu que la France a des atouts exceptionnels et qu’elle n’a rien à craindre de la compétition internationale´´. « Je souhaite rassembler toutes nos énergies autour d’un véritable patriotisme économique. Je sais que cela ne fait pas partie du langage habituel mais il s’agit bien de (...) défendre la France et ce qui est français » A cette fin, il entend doter la France ´´de procédures spécifiques´´ pour protéger les secteurs sensibles. ´´Nous avons besoin de consolider nos entreprises par un actionnariat français´´ a ajouté le Premier ministre. Par la suite, le gouvernement français a dû revoir son discours sur le ´´patriotisme économique´´ à la baisse. Finalement, le gouvernement a dû réduire à onze le nombre de domaines d’investissements soumis à ´´autorisation préalable´´ pour toute entreprise étrangère à la Communauté européenne.
Après le yaourt et l’acier, les banques, écrit Nicolas Veron. Une nouvelle fois, le gouvernement français choisit d’intervenir dans le jeu des fusions-acquisitions du secteur privé. (...)En France, les grands ports sont des établissements publics d’Etat et la question de leur rachat par des étrangers ne se pose même pas. Il en va de même pour la plupart des grandes entreprises d’énergie. L’exemple d’EDF, inattaquable chez lui mais agressif à l’extérieur, a également pesé dans l’attitude du gouvernement espagnol sur Endesa l’an passé.(1)
 
 La France championne du patriotisme économique
 
 Le ´´patriotisme économique´´ a largement fait les preuves de son efficacité dans le passé. Qu’on ne se leurre pas, le patriotisme économique existe pour atténuer les effets de la dérégularisation, Les champions du protectionnisme sont les Etats-Unis qui prônent l’ouverture des marchés chez ses concurrents, on l’a vu récemment à l’OMC dans les dernières discussions du cercle de « Doha » où ils ont défendu comme à l’accoutumée bec et ongles leur agriculture refusant d’ouvrir avec réciprocité leur marché aux autres pays de la planète notamment les pays du tiers monde. L’amendement Exon-Florio de 1988, révisé l’an dernier, donne à l’Etat fédéral la possibilité de s’opposer à toute acquisition qui remettrait en cause la sécurité nationale De plus, les acquisitions de sociétés américaines font l’objet d’une étude de la Committee on Foreign Investment in the United States (Commission des investissements étrangers aux
Etats-Unis) dirigée par le secrétaire au Trésor, qui doit déterminer si la vente à un propriétaire étranger d’une entreprise ´´menace d’affaiblir la sécurité nationale´´. Le 11-Septembre et les craintes récentes d’une vague d’acquisitions par la Chine de grandes entreprises américaines ont renforcé les réflexes protectionnistes, notamment lors de la tentative d’offre publique d’achat (OPA) du chinois Cnooc sur la septième compagnie pétrolière américaine Unocal en juin 2005.(2)
 
 L’interventionnisme étatique prôné par le président américain pour relancer l’économie rappelle les discours de son homologue français. (...)En soutenant le principe du Buy American [acheter américain] pour que les milliards de dollars que le gouvernement investira suite au plan de relance de l’économie profitent aux entreprises nationales, l’administration Obama reprend une vieille tradition française de ´´patriotisme économique´´. Et, quand le nouveau président américain parle de limiter à 500.000 dollars [387.000 euros] le salaire des dirigeants des sociétés financières renflouées par l’Etat, il leur impose une réduction drastique que Sarkozy a déjà obtenue en janvier, lorsqu’il a convaincu les principaux banquiers français de renoncer publiquement à leurs bonus.(3)
 
 (...) Une des conséquences les plus durables de cette crise devrait être un glissement continu vers ce qu’on pourrait appeler une forme de gouvernance à l’européenne, mêlant réglementation et paternalisme. (...) Le plan de sauvetage des trois grands constructeurs automobiles de Detroit était essentiellement une mesure protectionniste prise aux dépens des fabricants étrangers (...) L’administration Obama a en outre annoncé des plans de soutien à la croissance et à la création d’emploi fondés sur l’investissement dans les technologies vertes. Il est également question d’une refonte globale du système de santé.
 
 Pour Holger Schmieding économiste en chef chargé de l’Europe à la Bank of America les modèles économiques britannique, américain ou même allemand ont tous échoué. Aujourd’hui, pour résoudre la crise, le dirigisme français a le vent en poupe. Pour le meilleur ou pour le pire, l’interventionnisme pragmatique à la française gagne du terrain, tandis que d’autres modèles économiques ont perdu toute crédibilité. (...) Lorsque les marchés financiers fonctionnaient bien, la propension de Paris à soutenir son industrie et à élaborer des objectifs de politique nationale suscitait un profond scepticisme à l’étranger. Mais, la crise aidant, l’habitude française d’intervenir promptement dans les mécanismes du marché est devenue la norme.
(...).(4)
 
 Pour Patrick Sabatier le ´´plan Obama´´ obéit à la ´´préférence nationale´´ malgré le refus du Congrès de lui voter des crédits. Le Congrès, dit-on, est hanté par le spectre de Smoot-Hawley. Pour rappel, la loi Smoot-Hawley avait pour but louable de protéger les entreprises et les salariés américains des effets de la crise et de la concurrence étrangère, en imposant la plus forte hausse des droits de douane de l’histoire du pays sur plus de 900 produits d’importation. Mais elle a déclenché une réaction en chaîne et une guerre commerciale générale, et a contribué à la Grande Dépression. Le ´´patriotisme économique´´ aux effets désastreux qui avait inspiré Smoot et Hawley a, par la suite, justifié les mesures très populaires prises en 1933 par le président démocrate Franklin D. Roosevelt dans le cadre du New Deal. Il a réservé les contrats publics aux entreprises américaines sous le mot d’ordre « Buy « American ! » (...) Les avocats du ´´Buy American !´´, au premier rang desquels on trouve naturellement les syndicats et les lobbies de l’acier et du textile, font valoir que les États-Unis ne sont pas les premiers à favoriser de la sorte leurs entreprises (et leurs salariés). Ils pointent du doigt l’Inde, qui a augmenté massivement fin 2008 ses droits de douane sur l’acier, le fer ou le soja, l’Indonésie, qui a instauré de nouvelles règles pour l’importation de textiles, chaussures et produits électroniques, la Russie, le Brésil et bien d’autres, dont la France, qui veut créer un fonds pour protéger ses champions d’éventuelles OPA, et l’Union européenne, qui vient de rétablir ses subventions à l’exportation des produits laitiers ». (5)
 
 Panorama du protectionnisme dans le pays industrialisés
 
 Qu’en est-il des autre pays ? Hormis les Pays-Bas, la Belgique et l’Autriche, les Etats membres de l’Union européenne ont tous mis en place des dispositifs de contrôle des investissements étrangers garantissant l’ordre public et la défense nationale. Au Danemark, l’acquisition de groupes spécialisés dans le transport maritime et aérien ou l’exploration pétrolière est interdite à toutes sociétés non danoises. L’Allemagne dispose d’un droit de veto pour tout investissement étranger égal ou supérieur à 25% dans des activités de défense et de cryptologie. En Espagne, les secteurs de la défense nationale, des jeux, de la télévision et de la radio sont aussi très protégés. Le Japon aussi est pas mal dans son genre, ainsi que la Chine etc. Tous ces pays commercent sur des règles du jeu qui sont faussées parce qu’il faut tirer son industrie selon son avantage et ses propres règles.
 
 En définitive, je fais mien l’analyse de Françoise Fressoz qui écrit : « Dans le mot patriote », il y a l’idée d’appartenance à une même collectivité. Ce n’est pas forcément négatif dans une société que l’on dit, par ailleurs, travaillée par l’individualisme et le communautarisme :
avec le sentiment d’appartenance peut, en effet, naître la volonté de mobiliser".
 
 « Dans le mot « patriote », il y a l’idée de fierté nationale. Là encore, ce n’est pas forcément mauvais au moment où l’autodénigrement pèse sur le pays comme une chape de plomb. Dans le mot « patriote », enfin, il y a une notion guerrière. Mais, transposée à la sphère économique, elle devient plus pertinente : dans la compétition mondiale, la France a effectivement une bataille à livrer pour rendre son territoire plus attractif
(...) La création de pôles de compétitivité, qui a fortement mobilisé le tissu local, les mesures prises en faveur de la recherche et de l’innovation, les différents plans visant à aider les créateurs d’entreprise s’inscrivent dans un patriotisme économique de type offensif ».(7)
 
 S’agissant de l’Algérie, doit-on ne rien faire au nom de l’orthodoxie capitaliste ? « Le patriotisme économique s’assimile-t-il au tout-Etat », est-il écrit dans une contribution de l’Association pour le développement de l’économie de marché ? Lorsqu’on sait que l’assainissement des entreprises publiques en Algérie a coûté au Trésor public plus de 40 milliards de dollars entre 1971 et 2008 sans résultats probants. La politique gouvernementale se trouvant ballottée entre deux forces sociales antagoniques, la logique rentière épaulée par les tenants de l’import (13.000 mais en réalité seulement 100 contrôlant plus de 80% du total) et de la sphère informelle malheureusement dominante et la logique entrepreneuriale minoritaire.
Cela explique également que l’Algérie est dans cette interminable transition depuis 1986 : ni économie de marché, ni économie administrée, expliquant les difficultés de la régulation, les réformes depuis 1986 étant bloquées ou timidement faites avec incohérence lorsque le cours s’élève.(6)
 
 Les chantres de l’économie capitaliste et de la mondialisation pourraient voir dans cet accord avec la Snvi une régression et un mauvais point pour la négociation à l’OMC. Qu’en est-il de cette doxa capitaliste et de cet « intégrisme du marché » qui commande de démonter l’outil national par pans entiers et de licencier par milliers des travailleurs au nom d’un
assainissement- certes nécessaire- mais qui ne doit pas emporter tout sur son passage et ceci dans l’hypothétique entrée dans la mondialisation qui nous fait saliver à distance mais qui, entre-temps, fait que nous ne savons plus rien faire, dépendants plus que jamais de l’étranger, tant que nous pomperons encore du pétrole. Dans ces conditions donner du grain à moudre à nos entreprises nous paraît comme un devoir ; bien entendu, il n’est pas question de farniente et de permettre une productivité algérienne de loin plus faible que celle d’un Chinois ou d’un Japonais. Nous devons compenser notre déficit technologique par un travail acharné pour diminuer les coûts de production et augmenter ce faisant notre compétitivité. Ceci étant, le mot d’ordre français : « Nos emplettes sont nos emplois » est plus que jamais d’actualité.
 
 Qu’est-ce qu’être patriote au XXIe siècle ? Le patriotisme dit-on, s’apprend à l’école par l’apprentissage de l’amour de la patrie, la notion de devoir et d’appartenance à une communauté de personnes qui partagent les mêmes valeurs sociales et culturelles, il faut renforcer l’idée de la spécificité pour lutter contre la dilution induite par une mondialisation des identités et un laminage des savoir-faire locaux. Cela ne veut pas dire pour autant le ghetto. Pour cela, il y a urgence à mettre en place un système d’éducation évolutif s’adaptant à la nouvelle conjoncture internationale. Il nous faut dans le calme et la sérénité, faire le point, à titre d’exemple, de l’apport réel de l’entrée dans l’OMC.
Nous avons un échantillon de ce que c’est le désarmement tarifaire avec le fiasco de l’accord avec l’OMC dont on n’a pas fini de mesurer les retombées négatives pour le pays. Voilà des études que devraient faire nos universitaires, nos centres de décision Cnes et ISG et tous les centres de recherche qui devraient s’investir. Il faut naturellement qu’il y ait un projet de société auquel les citoyens adhèrent mais pas seulement il est nécessaire qu’ils participent pleinement à sa réalisation. Nous ne pouvons nous battre pour donner une utopie de ce pays qu’en mettant tout à plat et qu’en faisant émerger de nouvelles légitimités capables de perpétuer la défense du pays sous d’autres formes. On l’aura compris, l’université a un rôle central dans le désir d’avenir de cette jeunesse qui a perdu ses illusions mais qui garde intact son dévouement.

 Pr Chems Eddine CHITOUR
   Ecole Polytechnique Alger
 
 1.Nicolas Véron : Patriotisme économique : l’exception française La Tribune du 4 février 2008
 
 2.Jacques Follorou : La France revoit à la baisse son ´´patriotisme économique´´Le Monde mardi 3 janvier 2006,.
 
 3.Sarkozy inspire Obama : Michael Freedman et Tracy McNicoll
Newsweek10.02.2009
 
 4.Holger Schmieding : Eloge de l’interventionnisme à la française Newsweek
29.01.2009
 
 5.Patrick Sabatier. Les tentations protectionnistes du ´´plan Obama´´ Le Point 30/01/2009
 
 6.Adem : Le patriotisme économique et l’Algérie alter-info Dimanche 05 Juillet 2009
 
 7.Françoise Fressoz:L’étroite frontière du patriotisme économique. les Echos.fr 14/03/2006
 



Lundi 20 Juillet 2009


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