Actualité en ligne

Mikhaïl Saakachvili accuse Moscou


La nouvelle révolution géorgienne n'a pas encore de nom officiel, mais elle possède déjà plusieurs noms informels: la "révolution des épines" (allusion à la "révolution des roses", signifiant qu'il ne reste de la révolution que des épines), la "révolution des clous" (l'opposition affirme que les autorités ont ordonné de disperser des clous sur les routes menant à Tbilissi afin que les éléments "antigouvernementaux" ne puissent pas pénétrer dans la capitale), la "révolution blanche" (les participants au meeting ont noué des brassards et des foulards blancs). En revanche, la nouvelle révolution, dont le début a coïncidé avec le quatrième anniversaire de la "première révolution géorgienne", a en plus du président, un autre ennemi: la Russie. C'est l'unique point sur lequel ceux qui sont réunis depuis plus de quatre jours sur l'avenue Roustaveli s'accordent avec Mikhaïl Saakachvili.


Elena Chesternina
Mercredi 7 Novembre 2007

Mikhaïl Saakachvili accuse Moscou
Par Elena Chesternina, RIA Novosti


Les leaders de l'opposition ont déclaré mardi qu'ils avaient l'intention d'étendre la géographie du meeting et ont envoyé une partie de leurs partisans vers l'ambassade de Russie où une manifestation s'est tenue sous le mot d'ordre non ambigu "Moscou, prends Saakachvili!" On ne comprend pas très bien ce que les manifestants voulaient obtenir des diplomates russes. Certes, pas ce qui a été officiellement déclaré: il est évident que Moscou n'a pas besoin de Saakachvili. On comprend d'autant moins la raison du brusque changement de leur position. En effet, avant le début des actions de protestation, les nouveaux révolutionnaires avaient tenté de s'arranger à l'amiable avec Moscou, lui promettant une "amélioration des rapports" en cas de victoire aux élections.

Est-ce possible que l'allocution inattendue d'Irakli Okrouachvili à la chaîne de télévision Imedi (retransmise sur un grand écran plasma installé devant le parlement) ait pu influer sur eux? Ancien compagnon du président en exercice, il a quitté la Géorgie pour Munich à la veille des manifestations et annoncé son intention de revenir pour rejoindre l'opposition. Couvrant de honte Saakachvili et le qualifiant "d'Hitler de notre époque", Irakli Okrouachvili n'a pas prononcé le moindre mot au sujet de la Russie, alors qu'il employait auparavant, en sa qualité de ministre de la Défense, une rhétorique antirusse aussi souvent que le président. Il se peut que l'apparition d'un des adversaires les plus farouches de Moscou en Géorgie ait influé étrangement sur les manifestants.

Mikhaïl Saakachvili n'est pas l'unique Géorgien que les participants au meeting sont prêts à envoyer à Moscou. Il y en a un autre: Kakha Bendoukidze, ministre d'Etat pour la coordination des réformes économiques. Les manifestants l'ont également rangé parmi les "agents du Kremlin" pour avoir "vendu la Géorgie à Tchoubais" (président de l'Electricité de Russie).

Mais, si la manifestation devant l'ambassade de Russie (elle n'a rassemblé mardi que 20 personnes) n'est qu'une "action d'ordre secondaire" pour l'opposition, Moscou est pour le président géorgien un ennemi juré, bien plus encore que les manifestants. Selon Saakachvili, la Russie est coupable de tout ce qui se produit en Géorgie. Elle soutient l'opposition. Les "oligarques russes" la financent.

Le président géorgien a consacré à la Russie presque la moitié de son interview retransmise par l'ensemble des chaînes géorgiennes (y compris Imedi: on dit que c'était l'exigence du service de presse présidentiel). "Un mécanisme mensonger a commencé à se mettre en place en Géorgie. Ceux qui l'ont mis en service avaient construit un mécanisme semblable en Russie à l'époque du régime faible d'Eltsine, a disserté Mikhaïl Saakachvili. A présent, les oligarques russes mettent en place une machine similaire en Géorgie. Ils veulent nous transmettre la même maladie que celle dont était atteinte la Russie". A qui pensait Mikhaïl Saakachvili en parlant d'oligarques? Certainement à Badri Patarkatsichvili, principal sponsor de la révolution géorgienne. Pourtant, le président a oublié que la Russie avait lancé un avis de recherche international contre celui qui finance les participants au meeting de l'avenue Roustaveli et qui est le plus proche ami de Boris Berezovski.

"Pourquoi les chaînes de télévision russes retransmettent-elles en direct les meetings qui se tiennent en Géorgie? a demandé le président en versant de l'huile sur le feu. Elles savent que les Géorgiens sont un peuple qui a eu le courage de résister à la politique agressive de la Russie". La mention de la retransmission en direct de ces meetings était d'autant plus étrange que les événements en Géorgie sont également retransmis par les chaînes de télévision occidentales qui débutent leur journal par ceux-ci. "Pour nous réprimer, ils (les Russes) ont introduit un embargo et fermé les frontières, a poursuivi le chef de l'Etat (sans rappeler la raison de cet embargo: l'arrestation scandaleuse d'officiers russes accusés d'espionnage). Ils veulent montrer à tous les pays de la CEI (Communauté des Etats indépendants) ce qui attend ceux qui ne veulent pas vivre sous la botte de la Russie". "Il existe une force oligarchique russe concrète qui coordonne ses actions avec un pays concret et ses forces politiques... en vue de déstabiliser la situation en Géorgie avant les élections en Russie", a déclaré Mikhaïl Saakachvili. Mais il n'a pas expliqué comment les événements en Géorgie pourraient influer concrètement sur les résultats, déjà évidents, des élections législatives en Russie.

Si deux personnes n'arrivent pas à s'entendre, elles cherchent un coupable. Telle est la logique de l'opposition géorgienne actuelle. L'image d'un ennemi extérieur est toujours efficace. D'ailleurs, les autorités russes n'ont réagi, pour l'instant, qu'à la déclaration faite par l'une des parties opposées. "Nous sommes préoccupés par ce qui se produit en Géorgie. Je ne souhaite pas commenter les propos tenus par cet homme politique (Saakachvili), a avoué le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. La farce qui accompagne les actions des dirigeants géorgiens est évidente pour tout le monde". L'essentiel reste que les actions des nouveaux révolutionnaires géorgiens ne deviennent pas une farce.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.


Mercredi 7 Novembre 2007

Actualité en ligne | International | Analyse et décryptage | Opinion | Politique | Economie | Histoire et repères | Sciences et croyances

Publicité

Brèves



Commentaires