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FRANCE
Michel Rocard : nous n’aurions jamais dû céder sur la Banque de France
Michel Rocard mâche de moins en moins ses mots lorsqu’il s’agit de parler de la crise financière que nous subissons actuellement et des causes qui en sont à l’origine. Très présent à l’Université d’été du Parti socialiste à La Rochelle ce weekend, Michel Rocard a prononcé quelques paroles lourdes au cours de son intervention dans l’atelier consacré à ce que doit être aujourd’hui la politique économique et sociale.
Prenant la parole à la fin d’un panel de sept intervenants parmi lesquels Vincent Peillon, Michel Sapin, Gérard Colomb et Jean Marc Eyrault, Michel Rocard a d’abord insisté sur la gravité de la crise, estimant que ses prédécesseurs qui avaient tous pourtant traité de la crise, n’en avaient pas assez insisté sur sa gravité. Il s’en est pris à l’immoralité du capitalisme financier qui a mis fin aux « trente glorieuses » d’après guerre, comme étant à l’origine de cette crise. L’ancien Premier ministre n’a pas hésité à dénoncer « l’ordure morale » de cette forme de capitalisme qui endette délibérément des personnes incapables de tenir leurs engagements hypothécaires, se disant qu’il suffira de saisir leur bien pour se rembourser, en cas de pépin. A ce capitalisme financier prédateur à l’origine de crises spéculatives de plus en plus graves tous les cinq ans et qui portent désormais atteinte à l’ensemble du système, Michel Rocard a opposé la stabilité des « Trente glorieuses », une période de plein emploi qui n’a pas connu de crise financière et où la croissance oscillait entre 3 et 5.5%. Michel Rocard, qui avait cosigné un texte paru dans Le Monde du 11 mars, avec quatorze anciens chefs de gouvernement et responsables de grandes institutions, appelant à une conférence internationale de chefs d’Etat pour poser les bases d’un nouveau système monétaire et économique international, a évoqué le rôle nécessaire du crédit à bon marché dans le développement économique. Il ne peut y avoir de création de richesses sans anticipation monétaire, a dit l’ancien Premier ministre en substance, soulignant que les critères de Maastricht nous ont poussé vers une économie extrêmement malthusienne. Nous n’aurions pas du céder nos instruments d’intervention dans l’économie, a dit Michel Rocard, nous n’aurions pas du céder sur la Banque de France qui permettait à l’Etat d’émettre du crédit, alors qu’aujourd’hui il est contraint de l’emprunter aux banques privées… Michel Rocard a battu sa propre coulpe sur cette question où lui-même avait joué un rôle à l’époque, soulignant qu’il avait alors considéré que la création de l’euro, face au dollar, valait bien ce compromis et que l’Allemagne, de toutes façons, n’aurait jamais accepté de concessions sur l’indépendance de l’institut d’émission. Face à l’urgence de la crise, Michel Rocard a estimé que plutôt que de poser immédiatement la question du statut de la Banque centrale européenne, car cela exigerait de revoir les traités, il fallait utiliser, dans l’urgence, la Banque Européenne d’Investissement (BEI) a laquelle aucun statut n’interdit de faire du crédit pour des investissements dans d’importants projets d’infrastructures ou en faveur des PMI/PME innovantes. Selon ses statuts, la BEI dont les capitaux sont souscrits par les Etats, peut prêter à hauteur de 250% ses capitaux propres qui atteignent actuellement, près de 165 milliards d’euros. Elle aurait donc, en principe, un trésor de guerre représentant un peu plus de 400 milliards d’euros, ce qui est bien loin de ce qui est requis pour sortir de la crise que nous connaissons. Il n’a pas, cependant, précisé si elle a les moyens d’émettre du crédit public, à bas taux d’intérêt afin de rendre ces investissements intéressants, ou si elle est obligée d’emprunter sur les marchés aux taux élevés pratiqués par ceux-ci, cas dans lequel ces investissements ne pourraient pas représenter une sortie à la crise actuelle. Etant nous-mêmes à l’origine des propositions en faveur d’un nouveau Bretton Woods que nous avons très largement diffusées depuis des années dans tous les milieux politiques concernés, en France et au niveau international, nous attendons impatiemment des explications supplémentaires de l’ancien Premier ministre sur le mécanisme qu’il envisage. Pour creuser le sujet : focus François Hollande adopte le nouveau Bretton Woods !
A la surprise générale, le secrétaire général du Parti socialiste, que la presse française, contrôlée en grande partie par les milieux financiers ou ceux de l’armement, avait déjà enterré, s’est montré particulièrement vivace dans son discours de clôture de l’Université d’été du Parti socialiste à La Rochelle.
Un an après le début de la crise des « subprimes », François Hollande devient le premier chef d’un grand parti à oser non seulement une analyse de la crise financière qui secoue le monde depuis l’été dernier, mais à avancer des solutions hardies, notamment l’organisation d’une nouvelle conférence de « Bretton Woods », pour créer les bases d’un ordre financier et monétaire stable et orienté vers l’investissement productif, en faveur des populations. Nicolas Sarkozy s’est beaucoup agité à propos de cette crise, mais au final, il n’a appelé concrètement qu’à un plus grand contrôle des agences de notation, sans lesquelles les produits « structurés » qui sont à l’origine de la crise n’auraient jamais pu prospérer. C’est avec grand plaisir que les militants de Solidarité et Progrès, qui, depuis des années, font passer très précisément ce message à l’Université d’été de La Rochelle et dans d’autres enceintes où l’on trouve les responsables et les militants socialistes, ont écouté le discours de François Hollande, ainsi que ceux d’autres responsables socialistes qui, a l’instar de Solidarité et Progrès, s’attaquent désormais au capitalisme financier, prônent contre une économie de finances et de services, la production, et osent même songer à ce pays « où fleurit l’oranger » que furent les 30 glorieuses de la reconstruction après la guerre ! « Il faut prendre la dimension de la gravité de cette crise, ne pas la sous-estimer comme la droite l’a fait depuis un an », a assené François Hollande, après avoir décrit les multiples facettes de cette crise globale. « Nous vivons une crise multiple, générale, globale. » (…) « Elle est d’abord financière, elle est née il y a un an avec les subprimes, qui ont fini par contaminer l’ensemble du système bancaire, par provoquer des pertes comptables qui finalement se sont traduites par une injection des liquidités des banques centrales et la crise est devenue monétaire avec des mouvements de parité qui affectent l’euro et le dollar et bougent les taux d’intérêts. De monétaire, elle est devenue économique, avec le ralentissement de la croissance dans les pays émergents et l’entrée en récession d’une partie de l’Europe. Elle est devenue aussi énergétique, avec la multiplication par cinq des prix de l’énergie ; (…) alimentaire, avec la progression des cours des matières premières ; immobilière dans les pays les plus développés, avec la baisse des prix des actifs. » « La crise est donc générale, elle touche tous les domaines, tous les continents. » (…) « Elle est globale parce que c’est le capitalisme mondialisé qui est frappé dans toutes ses dimensions, parce que tous les marchés en sont affectés. » (…) « Les dérèglements que nous vivons », a continué Hollande, « sont la conséquence de choix politiques : dérégulation des marchés, financiarisation de l’économie, désengagement des autorités publiques, privatisations, mises en concurrence des services publics. » Et le dirigeant socialiste de prononcer les mots qui fâchent : « Et si le temps des régulations était venu, le temps du droit, le temps du partage de la redistribution… » Même s’il n’en est pas encore au protectionnisme, François Hollande a quand même revendiqué le droit à « justifier l’intervention de l’Etat, la coordination, la régulation, bref, ce qui fait une politique économique de gauche et de progrès ». Pour sortir l’économie mondiale des dérèglements dans lesquels elle a sombrée, François Hollande a proposé un programme en cinq points, dont la convocation d’une « conférence financière et monétaire, un nouveau Bretton Woods, permettant une stabilité des parités, la coordination des politiques monétaire et la régulation du système financier » ; « le renforcement des institutions financières multilatérales », pour leur permettre, « avec les banques centrales, de contrôler davantage le système bancaire et de le punir, sinon la spéculation trouvera toujours sa récompense » ; le soutien « de la production agricole des pays en développement », par une reforme de la PAC et la négociation à l’OMC d’une politique digne de ce que doit être le monde. Francois Hollande a aussi évoqué la nécessité de « réorienter la construction européenne, autour de la coordination des politiques économiques et le lancement d’un grand emprunt pour financer aujourd’hui (…) les PME, le logement et les investissements en matière de recherche et de technologie ». Au niveau national, François Hollande a aussi proposé une série de mesures visant à améliorer la compétitivité de l’économie française, insistant sur le fait qu’un simple plan de relance ne permettra pas d’améliorer le problème de fond, qui est celui de la production. Il a proposé une série de mesures visant à financer les PMI/PME innovantes et un plan négocié entre l’Etat et les gouvernements régionaux, pour lancer de grands projets d’infrastructure. Il ne nous reste qu’à espérer que cette crise gravissime permette aux Socialistes de transcender les querelles de personnes et d’être à la hauteur d’un moment de l’histoire qui définira si la France et une Europe réformée – car celle que nous avons est devenue l’instrument de ce néo libéralisme débridé par lequel Saturne mange ses propres enfants – pourront jouer un rôle positif dans la construction d’un XXIème siècle digne de ce nom. De toutes façons, Jacques Cheminade et les jeunes de Solidarité et Progrès poursuivront ce combat, à coup de « canons » musicaux et en mettant leurs pieds dans les assiettes du politiquement correct. Pour creuser le sujet : focus Mardi 02 Septembre 2008
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