EUROPE

Mène-t-on en Europe une guerre en vue de s’approprier les réserves de matières premières?


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Nous vivons dans un monde dangereux. L’heure est grave car, pour citer Shakespeare, «il y a quelque chose de pourri au royaume de Danemark». Nous devrions être interpellés par le fait que le sénateur américain Richard Lugar se soit, en 2006, lors du sommet de l’OTAN de Riga, prononcé en faveur d’un complément à l’article 5 du Traité de l’Alliance atlantique (clause de défense mutuelle). Selon lui, il faudrait considérer un embargo énergétique imposé à un des Etats membres de l’OTAN comme une agression. Conformément au Traité, l’OTAN pourrait réagir alors par la force des armes. Cette proposition a été émise après qu’on eut appris que les Russes avaient installé au centre de l’Europe leur plus puissant «canon à énergie».
Autrefois, on menait des guerres pour conquérir des territoires, pour les piller ou pour soumettre des peuples. Nous sommes témoins qu’on mène aujourd’hui des guerres pour conquérir des sources d’énergie et les dominer. On se sert pour cela d’une abondante rhétorique destinée à faire croire aux gens que l’on cherche à empêcher la fabrication d’armes de destruction massive (Irak) et de matériels nucléaires illégaux avec lesquels des terroristes sont supposés pouvoir fabriquer une «bombe nucléaire», comme si c’était possible dans un garage ou un atelier de bricoleur (Iran). Ou encore – quelle ironie! – on fait croire qu’il faut empêcher une «catastrophe humanitaire» (Serbie – Kosovo-Metohija).

par Velimir Nedeljkovic, Serbie


Mardi 22 Juillet 2008

Les réserves mondiales de pétrole s’amenuisent

On sait que les réserves mondiales de pétrole – énergie qu’on n’a pas vraiment économisée entre 1975 et 2005 – s’amenuisent et que l’Irak, l’Iran et la région caspienne ne pourront plus approvisionner le monde que pendant quelque 30 ans, ce qu’indique clairement le bilan des réserves énergétiques mondiales. Et qu’en est-il du Kosovo-Metohija? Est-ce que cela sent également le pétrole là-bas? Et quelles autres richesses minières cette province recèle-t-elle? On sait peu de choses à ce sujet (cf. carte des ressources minières). Il devait exister de vraiment «bonnes» raisons pour qu’en pleine période de paix, sans l’accord du Conseil de sécurité, on bombarde pendant 78 jours un Etat souverain. Cette opération militaire impitoyable baptisée cyniquement «Ange de miséricorde» n’avait pas pour but d’empêcher une «catastrophe humanitaire» mais de permettre l’entrée des troupes de l’OTAN au Kosovo-Metohija. Elle permit de réaliser ce que les Accords de Rambouillet n’avaient pas réussi à obtenir.
Le bilan de cette opération déclenchée sans aucune raison valable est terrible:
– plus de 2000 civils tués
– plus de 6000 civils blessés
– plus de 700 000 réfugiés
– plus de 30 tonnes d’UA et d’autres déchets nucléaires
– plus de 150 000 tonnes de pétrole échappé des raffineries bombardées de Novi Sad et Pancevo
– plus de 300 kg de pyralène échappé de transformateurs bombardés
– destruction de 5 aéroports, 60 ponts, 30 cliniques, 20 hôpitaux, 190 écoles, 300 usines, 2 raffineries de pétrole, 4 tours de télévision, 3 studios de télévision, 15 chars et quelques avions.
Les conséquences de cette opération barbare en Serbie sont: un environnement contaminé jusqu’à la fin des temps, une forte augmentation du nombre des cancers, des gens vivant dans la misère, la pauvreté et un stress continuel. L’agresseur devait avoir de bonnes raisons de procéder à des destructions aux effets si graves. Quelles pouvaient-elles être, à part les intérêts géostratégiques bien connus et le rapprochement des frontières russes?
Les premiers qui en ont parlé sont les Américains, et cela dès 1999, peu avant l’attaque de la Serbie.
Un des premiers à avoir mentionné le mot «pétrole» est John Pilger, lorsqu’il parla du projet des USA et des multinationales grâce auquel les Etats-Unis, après l’effondrement de l’Union soviétique et la fin de la guerre froide – obtenue sans un seul coup de feu – voulaient créer un protectorat pétrolier du golfe Persique à la mer Caspienne.
Nous sommes les témoins de la mise en œuvre de ce projet. Et comme la Serbie est le seul pays de la région qui ne faisait partie d’aucune alliance militaire et qu’elle tient à conserver sa neutralité, elle constituait manifestement un obstacle à la réalisation de ce projet.

Bombardement de la Serbie

Voilà pourquoi la Serbie a été bombardée et qu’une partie de son territoire a été occupée de force. Lors des accords de Rambouillet, l’Amérique était d’accord sur tous les points mais voulait obtenir une contrepartie: que les troupes de l’OTAN puissent pénétrer en territoire serbe. La Serbie était également d’accord sur tous les points mais pas sur l’occupation de son territoire. Le bombardement de la Serbie était alors inévitable et fut le premier pas en direction d’un Kosovo indépendant et de la préservation du futur protectorat.
Dans ce contexte, il convient d’insister sur le fait qu’après le bombardement, le Traité de Kumanovo1 et la Résolution 1244 du Conseil de sécurité2, ce sont les troupes russes de Bosnie qui sont entrées les premières au Kosovo-Metohija, ce qui a manqué provoquer de nouveaux heurts. Les Russes ne s’intéressaient qu’à l’aéroport souterrain de Slatine près de Pristina où étaient stationnés des Migs. Du côté de l’OTAN, c’est le général Jackson qui fut envoyé avec son unité, en tant qu’avant-garde de la Kfor. Mais après lui, ce ne sont pas d’autres unités de la Kfor qui arrivèrent mais les représentants des multinationales, emmenés par la Brown & Root Company. Cette société a installé la base militaire géante de Bondsteel et elle est également connue pour sa participation à de nombreux marchés pétroliers.

Les ressources minières du Kosovo-Metohija

L’argent, le chrome, le bore, le tungstène, le plomb, le zinc (42,2 millions de tonnes), le nickel, le cobalt (13,3 millions de tonnes), la magnésite (5,4 millions de tonnes), la bauxite (1,7 million de tonnes), l’iridium et le germanium ne sont que quelques-unes des ressources minières constatées jusqu’ici au Kosovo-Metohija, dont l’existence continue d’être cachée à l’opinion.
Les seules réserves de lignite de qualité supérieure à faible teneur en soufre sont évaluées à 14 milliards de tonnes, ce qui, étant donné l’utilisation actuelle, suffira pour les 200 prochaines années et les réserves de chrome représentent 20% des réserves mondiales. En outre, on a découvert des réserves importantes de schiste bitumeux, réserves qui sont également abondantes dans le sud de la Serbie à proximité du village de Subotinac dans la commune d’Aleksinac. La technologie de l’extraction du schiste bitumeux est bien développée aujourd’hui dans le monde. Les spécialistes supposent la présence de pétrole et de gaz sous l’épaisse couche de schiste bitumeux et pensent qu’il s’agit d’un prolongement du «filon de la Caspienne» qui s’étend jusqu’à l’Adriatique en passant par l’Albanie. On en parle déjà ouvertement. Ainsi, dans un communiqué de presse du 10 janvier, la Manas Petroleum Company a rendu publics les résultats d’une évaluation des ressources effectuée par Gustafson Associates LLC: On aurait découvert dans le nord de l’Albanie d’importants gisements de pétrole et de gaz dont le volume est évalué à 2987 milliards de barils de pétrole et à 1004 billions de mètres cubes de gaz.3 On suppose que la moitié se trouve en Albanie et l’autre au Kosovo-Metohija.
On sait également que le nord de la Grèce et le Monténégro ne possèdent pas de gisements de pétrole et de gaz.
Avant l’occupation militaire du Kosovo-Metohija, on savait déjà, en Amérique, que cette région recelait du pétrole et du gaz. Sara Flounders, codirectrice de l’International Action Center américain, l’avait signalé en 1999 avant l’attaque de la Serbie dans un article du Washington Post intitulé «Kosovo: the War Is about Mines». Elle y évoquait le vif intérêt des multinationales pour les ressources minières du Kosovo-Metohija.
Ajoutons que la Serbie avait également entre­pris dès 1958 des recherches à proximité du village de Sumadija au Kosovo-Metohija. Plusieurs sondages furent effectués mais les détails n’en ont jamais été rendus publics. Nous savons uniquement qu’on a découvert à une profondeur de quelques centaines de mètres d’importantes couches de schiste bitumeux.

Des réserves plus importantes qu’en Azerbaïdjan

L’existence de pétrole et de gaz dans le sous-sol du Kosovo-Metohija est donc bien prouvée. Des photos satellite et d’autres données permettent de constater que ces réserves sont plus importantes que celles d’Azerbaïdjan. L’occident, mené par les Etats-Unis et soutenu par la globalisation veut montrer sa puissance à la Orwell en divisant tout ce qui formait une unité. Ensuite, il regroupe les parties à son idée – sans se préoccuper de morale ou de justice.
Peu nombreux sont ceux qui se risquent à prédire ce qui, après la reconnaissance de cet Etat boiteux qu’est le Kosovo-Metohija, se passera là-bas et dans le monde. Les premières conséquences sont déjà connues: Le gouvernement de Belgrade a échoué, celui de Skopje est instable, etc. L’épicentre de ce mal est partout le même. Le Kosovo va déstabiliser la plupart des gouvernements de la région. Tout le monde sait que l’énergie sous forme de pétrole et de gaz est un puissant levier politique à l’aide duquel on peut facilement déstabiliser le monde. C’est l’Ukraine qui l’a ressenti le plus nettement et elle a compris que le pétrole et le gaz russes ne sont pas compatibles avec l’appartenance à l’OTAN.
La région de la Caspienne possède presque la moitié des réserves mondiales de pétrole. Là-bas, l’Ossétie du Sud veut se détacher de la Géorgie, comme le Kosovo l’a fait de la Serbie. Et puis ce sera le tour de l’Abkhazie, etc.
Va-t-on mettre un terme à cette folie mise en scène par les Etats-Unis et appuyée par ses figurants européens, laquelle ne cesse d’augmenter le risque de conflits? Un jour, cela va éclater et la seule question est de savoir quand et où. Europe, entends-tu cette question? Elle s’adresse à toi. •
(Traduction Horizons et débats)

1 Kumanovo: ville du nord de la Macédoine où des négociations ont eu lieu pour mettre fin à la guerre du Kosovo et qui ont abouti à la signature du Traité de Kumanovo.
2 La Résolution 1244 du Conseil de sécurité (10 juin 1999) «[réaffirme] l’attachement de tous les Etats membres à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la République fédérale de Yougoslavie et de tous les autres Etats de la région» et parle, à propos du Kosovo, non pas d’indépendance mais d’une «autonomie substantielle et d’une véritable auto-
administration».
3 Manas Petroleum Corporation press release: www.manaspetroleum.com/s/NewsReleases.asp?ReportID=280518&_Type=News-Releases&_Title=Independent-Resource-Evaluation-Confirms-Existence-of-Giant-Oil-and-Gas-Pro

«Le canon à énergie» russe

La Russie possède plus de 130 000 puits de pétrole, quelque 2000 gisements de pétrole et de gaz dont au moins 9000 n’ont pas encore été exploités. Ses gisements de pétrole sont estimés à 150 milliards de barils, ce qui correspond au volume du pétrole irakien. Ils n’ont pas été exploités jusqu’ici en raison de difficultés d’extraction, mais cela pourrait changer à la suite de la hausse des prix.
Lorsqu’en 2001, Moscou se rendit compte que Washington trouverait un moyen d’intégrer les républiques baltes à l’OTAN, Poutine fit aboutir un projet de construction d’un nouveau grand port pétrolier de 2,2 millards de dollars à Primorsk au bord de la Baltique. Ce projet – le Baltic Pipeline System (BPS) – réduit considérablement la dépendance des exportations de la Lettonie, de la Lituanie et de la Pologne. Il s’est achevé en mars 2006 et peut acheminer quotidiennement plus de 1,3 millions de barils de pétrole russe vers les marchés européens et au-delà.
En mars 2006 également, l’ancien chancelier fédéral allemand Gerhard Schröder a été nommé président d’un consortium germano-russe pour la construction d’un gazoduc qui doit parcourir 1200 km sous la Baltique. L’actionnaire majoritaire à 51% de ce projet de Gazoduc nord-européen (GNE) est la société Gazprom, contrôlée par l’Etat russe, la plus grande compagnie de gaz naturel du monde.
Le gigantesque gisement de gaz naturel de Chtokman situé dans la partie russe de la mer de Barents au nord de la ville portuaire de Mourmansk fera à long terme transiter son gaz par le GNE. Lorsque celui-ci sera achevé et grâce à ses deux conduites parallèles, il fournira chaque année jusqu’à 55 milliards de mètres cubes de gaz russe supplémentaire à l’Allemagne.
En avril 2006, le gouvernement Poutine a commencé la construction de l’oléoduc Sibérie orientale – océan Pacifique (ESPO), qui va coûter 11,5 milliards de dollars et reliera Taïchet, dans la région d’Irkoutsk, à la côte russe du Pacifique. Une fois achevé, il pourra transporter quotidiennement 1,6 millions de barils de la Sibérie orientale à l’extrême Est de la Russie et de là dans la région asiatique du Pacifique, qui est avide d’énergie, surtout la Chine.

Source: www.engdahl.oilgeopolitics.net/Auf_Deutsch/Russ­land/russland.html

L’Eurasie et les projets de suprématie mondiale des Etats-Unis

Pour mémoire

«C’est en Eurasie que se trouvent les pays politiquement les plus dynamiques et les mieux capables de s’imposer. Tous les candidats historiques au pouvoir mondial venaient d’Eurasie. Les candidats à l’hégémonie régionale les plus peuplés, la Chine et l’Inde, sont situés en Eurasie, comme tous les challengers politiques et économiques potentiels des Etats-Unis. C’est là que se trouvent les six plus importantes puissances économiques et militaires après les Etats-Unis, toutes les puissances nucléaires déclarées sauf une et toutes les puissances nucléaires non déclarées sauf une. L’Eurasie représente 75% de la population mondiale, 60% du produit mondial brut et 75% des ressources énergétiques mondiales. La puissance potentielle de l’Eurasie prise dans son ensemble dépasse celle des Etats-Unis.
L’Eurasie est un supercontinent qui constitue un axe du monde. Une puissance qui dominerait l’Eurasie exercerait une influence décisive sur deux des trois régions du monde les plus productives économiquement, l’Europe de l’Ouest et l’Asie de l’Est. Un coup d’œil sur une carte suggère également qu’un pays dominant l’Eurasie contrôlerait presque automatiquement le Moyen-Orient et l’Afrique. L’Eurasie représentant maintenant un échiquier géopolitique déterminant, il ne suffit plus d’élaborer une politique pour l’Europe et une autre pour l’Asie. Ce qui se passe dans la répartition du pouvoir sur le continent eurasien aura une importance décisive sur la suprématie mondiale de l’Amérique et son héritage historique.»

Extrait de Zbigniew Brzezinski,
A Geostrategy for Eurasia, Foreign
Affairs, septembre/octobre 1997

Les Etats-Unis à la veille de parvenir à la suprématie nucléaire

«Aujourd’hui – pour la première fois depuis près de 50 ans – les Etats-Unis sont à la veille de parvenir à la suprématie nucléaire. Ils seront probablement bientôt en mesure d’anéantir au moyen d’une première frappe l’arsenal de missiles longue portée de la Russie et de la Chine. Ce tournant radical dans l’équilibre des forces nucléaires est dû à une série d’améliorations de l’arsenal nucléaire, à la brusque dégradation de l’arsenal russe et à la lenteur que mettent les Chinois à moderniser leur armement nucléaire. Si Washington ne modifie pas sa politique et si Moscou et Pékin n’entreprennent rien pour augmenter l’importance et l’état de préparation de leurs forces armées, la Russie et la Chine – et le reste du monde – vont vivre pendant un grand nombre d’années dans l’ombre de la suprématie américaine.»

Source: Kier Lieber und Daryl Press.
The Rise of US Nuclear Primacy.
In: Foreign Affairs, mai / avril 2006.
Hrsg. v. Council on Foreign ­Relations

http://www.horizons-et-debats.ch/ http://www.horizons-et-debats.ch/



Mercredi 23 Juillet 2008

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