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Actualité nationale

Même l'ONU exige la fermeture de Guantanamo


Maintenant, même les Nations Unies demandent la fermeture immédiate de la prison de Guantanamo et la libération des prisonniers qui y sont enfermés, à moins qu'ils ne soient jugés immédiatement selon les critères internationaux de légalité. L'ONU est pourtant célèbre pour le tact avec lequel elle flatte les susceptibilités des superpuissances qui composent son Conseil de sécurité et payent le somptueux salaire de ses fonctionnaires.



Si les cinq inspecteurs de la Commission sur les Droits Humains ont dressé un acte d'accusation écrasant à l'encontre du gouvernement étasunien, alors la violation de tous les droits qui est perpétrée dans cette baie du sud-est de Cuba depuis quatre ans (les premiers détenus y furent déportés en janvier 2002) doit être vraiment impudente. Selon le rapport ONU, la branche exécutive de l'état Us s'arroge, à l'encontre des malheureux prisonniers, le droit d'agir « tout à la fois comme juge, ministère public et avocat de la défense, et viole ainsi le droit à un procès équitable » ; elle tente de redéfinir la torture de façon à permettre des techniques d'interrogatoire « qui ne sont pas autorisées par la définition internationalement acceptée de la torture » ; elle pratique « des conditions de détention indéterminées et d'isolement prolongé qui constituent un traitement inhumain », et ainsi de suite.

Aucune de ces accusations n'est nouvelle. Inédit, par contre, le ton sévère qui contraste avec le pèse-lettres linguistique habituel, exercice de prédilection, depuis toujours, au Palais de Verre. Ce qui veut dire que le scandale de Guantanamo est devenu insoutenable même pour la bureaucratie internationale la plus tartuffe (par pure coïncidence, le rapport a été divulgué juste après la publication des nouvelles photos sur les horreurs d'Abou Ghraib). D'ailleurs, la fermeture de cette prison a été demandée en personne à Georges Bush, même par l'allemande ultralibérale et proaméricaine Angéla Merkel, au cours de sa première visite officielle à Washington.

Certes, comme on pouvait le prévoir, la recommandation de l'ONU a déjà eu le même sort que la requête de Merkel : elle a fini au panier et la Maison Blanche l'a rejetée. Et pas seulement : elle augmentera la défiance de la droite Us à l'égard des Nations Unies.

Le fait est que pour la conscience publique étasunienne cette base militaire convertie en camp de concentration n'est qu'un désagrément agaçant que les étrangers ont la fâcheuse tendance à lui jeter à la figure à tout bout de champ. Dès qu'on dit Guantanamo, on voit suinter sur le visage de ses interlocuteurs Us, même de gauche, une impatience fataliste (« Bon… oui… »), un peu comme quand on nous parle à nous (italiens, ndt) des vulgarités de Silvio Berlusconi. Nous avons tous été mithridatisés : les Usa peuvent enlever des citoyens étrangers à Milan ou à Londres pour les faire torturer en Roumanie ou en Egypte ; ils peuvent exercer tous les sévices sur des prisonniers en Irak ou en Afghanistan, lancer des bombes au phosphore sur des civils, détenir dans des conditions inhumaines, sans procès, pendant plus de 4 ans, plus de 500 prisonniers (dont on peut relier seulement 8% à Al Qaeda), ils peuvent espionner leurs propres concitoyens sans autorisation légale. Et pourtant… Et pourtant ils se proclament les hérauts de la légalité internationale, les porte-étendards de la démocratie (ça dépend quand même de qui est élu), ils montent des tribunaux où juger le monde entier. Mais ce monde change. Il y a dix ans, celui qui aurait stigmatisé de telles pratiques aurait été taxé d'antiaméricanisme viscéral : aujourd'hui, c'est le contraire. Il faut reconnaître ça à Bush : il est arrivé à renforcer au moins une « coalition des volontés » (« coalition of will »), celles qui sont contre lui jusque au sein de la diplomatie d'équilibriste onusienne.

Editorial de vendredi 17 février de il manifesto
http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/17-Febbraio-2006/art23.html
Traduit de l'italien par Marie-Ange Patrizio
Marco d'Eramo, diplômé en physique (Rome) puis sociologie à l'EHESS (Paris), ancien élève de R. Barthes, M. Foucault et P. Bourdieu, est journaliste à il manifesto et auteur de plusieurs ouvrages sur la société étasunienne parmi lesquels : Il maiale e il grattacielo –Feltrinelli-(Le cochon et le gratte-ciel). Lo sciamano e l'elicottero,(Le chaman et l'hélicoptère) Via dal vento (Autant en emporte le vent. Voyage dans le sud profond des Etas-Unis) Ed. Manifestolibri…

Vendredi 24 Février 2006
christian.mac1@free.fr


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