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Medvedev: la crise, une chance pour le système international


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L'Américain Barack Obama, qui vient d'être élu au poste de président des Etats-Unis, et le Russe Dmitri Medvedev, également président depuis quelques mois, sont quasiment dans la même situation. Ils seront (et Medvedev l'est déjà) confrontés à des problèmes on ne peut plus sérieux. C'est pourquoi les deux hommes seront souvent obligés de faire preuve de rudesse. Cela transparaît déjà dans la première partie (internationale) du message présidentiel que le chef de l'Etat russe a prononcé devant l'Assemblée fédérale (parlement russe).


Vendredi 7 Novembre 2008

Medvedev: la crise, une chance pour le système international
Par Dmitri Kossyrev, RIA Novosti



Cette partie est extrêmement âpre. Il est évident qu'elle est adressée à George W. Bush et non à Barack Obama. Le président russe a rappelé l'empreinte laissée par Bush junior sur le système financier international, dans les relations russo-américaines et, plus largement, sur la sécurité euro-atlantique.

D'un certain point de vue, le message du chef de l'Etat russe évoquait les motifs déjà connus (notamment le déploiement du bouclier antimissile américain en Europe). Mais, chose inédite, il a réuni en presque une seule phrase les crises financière et caucasienne. M. Medvedev a dit en particulier: "Nous ne fléchirons pas dans le Caucase. Nous surmonterons les conséquences de la crise économique mondiale et nous en sortirons plus forts".

Deux citations montrent également que la Russie perçoit ces deux crises à peu près de la même façon et établit des parallèles entre elles. "La tragédie de Tskhinval est avant tout une conséquence de la politique de l'administration américaine, politique présomptueuse, ne tolérant pas la critique et préférant les décisions unilatérales", a indiqué le président russe. "Il est indispensable de créer des mécanismes susceptibles de bloquer les décisions fausses, égoïstes et parfois dangereuses de certains membres de la communauté mondiale", a-t-il ajouté. La deuxième phrase a été prononcée dans un contexte plutôt économique. Cependant, elle pourrait être traitée dans d'autres contextes.

Barack Obama sera témoin de l'entretien qui aura lieu dans dix jours entre son prédécesseur, lequel ne quitte pas encore la Maison Blanche, et 19 autres leaders mondiaux. Cette rencontre portera sur l'assainissement de l'économie mondiale. On pensait auparavant que c'était le président français Nicolas Sarkozy qui se montrerait le plus radical en la matière. Mais voici que Dmitri Medvedev nous dit: "Les leçons des erreurs et des crises de 2008 ont montré à toutes les nations responsables que le moment était venu d'agir, qu'il était nécessaire de réformer le système politique et économique international de manière radicale. La Russie, de son côté, insistera sur cela, coopérera dans ce domaine avec les Etats-Unis, l'UE, les Etats du BRIC, avec toutes les parties intéressées".

Une fois de plus, il ne s'agit pas d'une seule, mais d'au moins deux crises, y compris la caucasienne. Sinon, d'où viendrait le mot "politique"?

On peut conclure que la Russie - et elle n'est pas la seule - craint que les Etats-Unis ne tentent de sortir de la crise actuelle par une voie pas tout à fait financière mais plutôt militaire. Où le feraient-ils? Dans le Caucase? On peut supposer que les dix-neuf invités de George W. Bush feront tout le possible pour le dissuader de prendre de telles décisions. La crise financière "asiatique" de 1997-1999 avait d'ailleurs montré que les systèmes financiers de divers Etats peuvent être la cible d'attaques monétaires de l'extérieur. Cette variante représente également une sorte d'agression qu'on ne peut exclure.

Le message du président russe ne permet pas de prévoir ce que Dmitri Medvedev dira à Washington le 15 novembre. Il a cependant prononcé une phrase extrêmement intéressante: dans un proche avenir, la Russie formera "un système financier indépendant". Qu'entend-il par là? Plusieurs réponses sont possibles.

Le message laisse comprendre que la Russie ne fléchira pas dans le Caucase. Elle ne renoncera pas à sa reconnaissance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie et ne tolérera pas de nouvelles démarches agressives de la part de la Géorgie. Mais serait-ce le seul sens des propos de Medvedev selon lesquels "il ne faut jamais oublier: il y a des choses auxquelles on ne peut pas renoncer"?

Son idée est donc claire: Moscou estime que les deux crises, financière et caucasienne, doivent être utilisées pour améliorer le système international, et non seulement économique. Obama devra bientôt participer à ce processus (notons au passage que ce n'est pas la Russie qui l'a lancé, elle n'a fait que se joindre aux autres pays).

Par la suite, les Etats-Unis devraient "rafraîchir les approches" de l'ensemble des problèmes les plus complexes, y compris ceux de la politique extérieure, comme l'a annoncé le premier vice-ministre russe des Affaires étrangères Grigori Karassine.

Si un tel processus est amorcé, les discours prononcés à Moscou perdront de leur rudesse.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.


Vendredi 7 Novembre 2008


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