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Medvedev au Caire sur les traces d'Obama ?


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Maria Appakova, RIA Novosti
Lundi 29 Juin 2009

Medvedev au Caire sur les traces d'Obama ?
Malgré l'importance des documents signés par le président russe Dmitri Medvedev au cours de cette première tournée, historique, dans des pays d'Afrique, l'événement le plus marquant restera le discours qu'il a prononcé au siège de la Ligue arabe au Caire. Il y a exposé l'orientation de la politique étrangère proche-orientale, et non pas africaine, de la Russie.
Il n'est pas fréquent que les dirigeants russes exposent en détail leur vision du règlement du conflit au Proche-Orient. Bien que le discours de Dmitri Medvedev ne contienne rien de foncièrement nouveau, le fait de l'avoir prononcé est un événement en soi. On peut tracer, à cet égard, un parallèle avec la visite effectuée voilà exactement trois semaines par le président américain Barack Obama, et son discours à l'Université du Caire.
A Moscou, on affirme que la visite de Medvedev en Egypte et son programme avaient été concertés bien avant la visite d'Obama au Caire. C'est pourquoi il ne faut pas interpréter le discours du président russe comme une réponse de la Russie aux Etats-Unis. Mais il est impossible, malgré tout, de ne pas comparer ces deux nouveaux présidents de grandes puissances, leur première visite au Proche-Orient, leur comportement et le contenu de leurs discours.
Bien que ni le président russe, ni le président américain n'aient rien annoncé de sensationnel - ils se sont bornés à expliciter les points de vue de leurs pays, déjà bien connus, sur le règlement de la situation au Proche-Orient -, le discours de Medvedev n'a pas suscité, ni avant, ni après, autant de réactions que celui d'Obama. C'est naturel.
Barack Obama est arrivé au Caire pour se réconcilier avec le monde islamique, avec les Arabes en premier lieu. Après la guerre en Irak, après l'échec total de la politique américaine concernant la Palestine, après tous les durs propos tenus sous la présidence de George W. Bush, Obama juge nécessaire de regagner la confiance du Proche-Orient et du monde islamique dans son ensemble. Il en avait parlé depuis son investiture. Il l'a réaffirmé au Caire. L'Amérique est ouverte au monde islamique, elle fait partie de ce monde : tel était à peu près le sens de ses propos.
Dmitri Medvedev a également indiqué que la Russie faisait partie du monde islamique. « Depuis des siècles, des millions de musulmans vivent en Russie dans la paix et la concorde avec leurs voisins - les représentants de 160 peuples et ethnies et de plus d'une cinquantaine de confessions. L'islam fait partie intégrante de l'histoire et de la culture de la Russie. Le respect de la religion, des moeurs et des traditions de nos peuples constitue le fondement de la paix civile dans notre pays. Je peux affirmer que la Russie n'a pas besoin d'oeuvrer pour l'amitié avec le monde islamique. Notre pays fait organiquement partie de ce monde, car la Russie compte près de 20 millions de citoyens musulmans », a-t-il dit.
En évoquant les musulmans américains, Barack Obama a tenu des propos fort similaires. Mais quand Dmitri Medvedev dit que « la Russie n'a pas besoin d'oeuvrer pour l'amitié avec le monde islamique », il s'agit là d'une allusion évidente aux Etats-Unis. Car c'est pour rétablir l'amitié ou, plus précisément, la compréhension avec le monde islamique que Barack Obama s'est rendu au Caire. Il a promis de combattre les stéréotypes négatifs à l'égard de l'islam aux Etats-Unis et, en échange, a demandé aux musulmans de modifier leur attitude à l'égard de l'Amérique.
La situation des Etats-Unis rappelle quelque peu celle de la Russie au milieu des années 1990, lorsque la campagne militaire tchétchène avait demandé à Moscou de déployer le maximum d'efforts afin de ne pas détruire totalement l'amitié avec le monde arabe, déjà bien ébranlée après la désintégration de l'URSS. Il n'était pas facile de faire comprendre que la Russie ne menait pas en Tchétchénie une guerre contre l'islam. Dans le monde arabe, certains continuent de penser que c'était le cas, mais ils sont peu nombreux. Au niveau des élites et des dirigeants des pays arabes, la Russie a bénéficié d'une totale compréhension et d'un soutien. Dmitri Medvedev a remercié pour cela les personnalités présentes dans l'assistance, au Caire, au siège de la Ligue arabe : « La Fédération de Russie n'a pas oublié que, dans les années 90, difficiles pour notre pays, le monde arabe s'était prononcé en faveur de l'intégrité territoriale de notre pays. Nous aspirons à poursuivre nos traditions de coopération, à développer les liens avec les Etats qui font partie de votre Ligue ».
Dmitri Medvedev a été accueilli au Caire comme un vieil ami, dont les mérites et les défauts sont étudiés depuis longtemps. Barack Obama a été accueilli, lui, avec prudence et un espoir de changements. Pourtant, ce n'est un secret pour personne au Proche-Orient que le rôle de la Russie dans cette région passe au second plan par rapport à la politique américaine. A l'ONU comme dans le cadre du Quartette, Moscou peut, dans une certaine mesure, tempérer Washington, faire un travail de coordination et oeuvrer afin que les médiateurs du règlement du conflit au Proche-Orient adoptent des approches communes. Son rôle est important à bien des égards, mais il n'est pas déterminant. Alors que tout ce qui émane de Washington, même si cela ne contient rien de nouveau, fait l'objet d'une étude minutieuse.
La Ligue arabe a même convoqué une réunion spécialement consacrée au discours prononcé par Barack Obama au Caire. Elle s'est tenue au lendemain de la visite de Dmitri Medvedev à la Ligue arabe. Une coïncidence fortuite, mais symbolique. On n'attend tout simplement rien de nouveau de Moscou. Par contre, on attend d'Obama (non pas des Etats-Unis, mais d'Obama) qu'il fasse pression sur Israël et que la politique américaine au Proche-Orient soit plus équilibrée. La politique russe est déjà on ne peut plus équilibrée. La question est de savoir ce qu'il adviendra si Moscou et Washington parviennent à trouver un dénominateur commun dans leur politique proche-orientale. Est-ce que cela débouchera sur des résultats concrets pour la région, ou simplement sur des applaudissements en réponse aux discours des présidents ?
Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.


Lundi 29 Juin 2009


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