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Médias occidentaux et guerre à l’universel : le cas Euronews


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Si la guerre de l’information a toujours fait partie des confrontations militaires à travers l’histoire des conflits modernes, elle a surtout concerné les sociétés impliquées dans ces conflits avant de finir par devenir une guerre mondiale pour le contrôle de l’opinion mondiale.


Farid@evhr.net
Lundi 7 Août 2006

Médias occidentaux et guerre à l’universel : le cas Euronews
Si en la matière, le camp sioniste dispose d’une force de frappe inégalée sur la planète grâce à la puissance des communautés juives et la maîtrise parfaite des processus de communication, l’information distribuée par l’armée et les autorités israéliennes dans leur guerre d’agression du Liban n’aurait pas autant d’impact s’il n’existait pas, en Occident, un environnement favorable à l’acceptation des préjugés et poncifs les plus racistes à l’égard du monde arabe et musulman. Un arrêt sur la couverture de l’agression contre le Liban par la chaîne de télévision européenne Euronews nous permet de confirmer complètement nos dires.

Cette chaîne financée par des capitaux de l’Union européenne fait en effet transparaître un parti pris stupéfiant en faveur de l’agression israélienne.

En premier lieu, dans sa lecture des évènements, Euronews ne voit pas une agression de l’Etat israélien sur la population civile sans défense d’un autre Etat (le Liban) mais une guerre équilibrée entre un Etat (l’Israël) et un mouvement de miliciens (le Hezbollah). Ce point est particulièrement important car il légitime dès le départ les thèses de l’armée israélienne quand elle affirme faire la guerre à un mouvement «terroriste» dans le but de «restaurer l’autorité de l’Etat libanais»...

Cette lecture scandaleuse des faits ne s’interroge pas sur la nature barbare des agressions israéliennes sur la population civile libanaise (bombardements ininterrompus sur des cibles non militaires, massacres en série) mais au contraire devient une lutte juste ayant pour effet de causer des victimes collatérales «non désirées». De même, lorsqu’il s’agit d’évoquer l’armée israélienne d’agression, la dénomination hébraïque de «Tsahal» est constamment utilisée par Euronews. Créant de fait une familiarité et une proximité naturelle entre le spectateur et cette armée d’agression qui deviendrait en quelque sorte son armée. D’ailleurs, le nom «Tsahal» n’évoquerait rien en lui-même s’il n’était pas devenu une entité connue et «légitimée» dans les imaginaires occidentaux.

Au contraire de la dénomination «Hezbollah» ou «Parti de Dieu» qui évoquerait directement pour l’Européen moyen, une entité négative voire diabolique car avant tout issue de l’univers étranger arabe et islamique. Le terme juste de résistance libanaise n’est d’ailleurs jamais utilisé par Euronews qui a choisi d’entretenir volontairement cette confusion dans l’esprit du téléspectateur.

Lorsqu’il s’agit d’évoquer le nombre de victimes libanaises, la chaîne européenne utilise toujours le conditionnel et éprouve toujours le besoin d’indiquer qu’il s’agit de sources libanaises, de manière ainsi à discréditer indirectement la crédibilité de ces informations.

Au contraire, pour les victimes israéliennes, les chiffres officiels avancés par l’armée israélienne sont repris tels quels sans en préciser leur source. L’on doit comprendre ainsi que seul l’Israélien (comprenons donc comme Occidental) dit vrai, alors même que les pertes israéliennes militaires réelles sont sous-estimées par ce même média. Pour ce qui est des victimes des deux camps, l’on ne peut que regretter la compassion sélective d’Euronews qui montre constamment et en longueur la douleur des familles des victimes israéliennes quand elle ignore superbement la détresse des innombrables victimes civiles libanaises.

L’on aurait certainement voulu voir derrière ce double traitement une négligence des journalistes européens qui n’auraient pas voulu prendre le risque de s’aventurer en terre libanaise mais il n’en est rien. La vérité étant que le traitement de l’information de la chaîne de télévision européenne ne respecte plus vraiment les règles de l’éthique journalistique lorsqu’il s’agit de parler d’Arabes et de musulmans. Le grand intellectuel américano-palestinien Edward Saïd a parfaitement décrit dans son oeuvre admirable «Orientalisme» les mécanismes d’exclusion et de rejet par l’inconscient occidental du sujet arabe qui devient en réalité une entité infrahumaine à qui l’on ne doit plus aucune considération.

Pour illustrer cette idée, notons qu’Euronews n’a jamais donné la parole dans ses bulletins d’information aux représentants de la résistance libanaise quand les porte-parole de l’armée israélienne d’agression ont carte blanche pour distiller librement leur propagande. Sachant que la première leçon donnée dans les «écoles occidentales» de journalisme insiste sur l’obligation du média à donner la parole à toutes les parties, l’on doit en tirer comme conclusion que pour certaines télévisions du nord, il ne doit pas exister de partie libanaise mais des ersatz de groupes humains pour qui les règles de l’universalité n’existent plus.


Hicheme Lehmici
Le Quotidien d'Oran.




Lundi 7 Août 2006

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