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«Médiacratie»


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Une étude Univox sur les médias vient d’être publiée. On y relève que le désintérêt pour la politique est de plus en plus prégnant. Quelles sont les causes?

Si elles sont multiples il en est qui touchent intrinsèquement les médias. Il en est une notamment qui doit particulièrement nous interpeller, il s’agit de la qualité de nos médias, à tout le moins de certains.

par André Sprenger, journaliste RP, Ecublens, Suisse


André Sprenger
Lundi 12 Février 2007

«Médiacratie»
Le journalisme est-il le lieu d’une crise profonde, d’une perte de repère et d’identité dans un monde où il y a de plus en plus de médias, mais paradoxalement de moins en moins de réel pluralisme.

On peut rétorquer que l’arrivée des journaux gratuits a favorisé la diversité et le pluralisme. Billevesées car la majorité ne livre que des textes d’agences, des événements people. Encore faut-il préciser qu’un fort pourcentage de ces journalistes n’est en réalité que des pseudos journalistes, ils sont tout au plus des «copieurs(ses) – colleurs(ses).» Aucune analyse ou rarement, sur des sujets de fond. A leur décharge, formés à la culture de la pensée unique et de l’inféodation aux pouvoirs en place on leur enseigne principalement le copinage, le narcissisme et le «je te tiens, tu me tiens par la barbichette». Les principes de base de «médiacratie».

A partir de ces éléments la quantité et la qualité du contenu informatif des médias dépendent moins aujourd’hui de facteurs idéologiques que de facteurs socio-économiques. Dans un contexte de concentration importante et de concurrence féroce, les médias recherchent le plus haut niveau de consommation possible et choisissent des options consensuelles, finissant tous par se ressembler.

Marketing et contenu rédactionnel

Le «marketing rédactionnel» désigne cette tendance omniprésente à laisser les stratégies commerciales de l’industrie des médias influencer le contenu même de l’information.

Les méthodes sont bien connues: l’obsession de la «proximité», le façonnage de «stars», l’atténuation des controverses au profit du consensus. Ces dérives sont omniprésentes au sein des rédactions et les armes à utiliser pour les contenir paraissent dérisoires: une plus grande implication des pouvoirs publics pour garantir la qualité de l’information serait appréciable et la réaffirmation de la déontologie professionnelle serait salutaire à la réhabilitation des principes fondateurs.

Il est un autre facteur qui influe sur la qualité journalistique, les «communicateurs». Une grande partie des informations qui circulent est en fait incitée, fabriquée par des agences ou officines de communication. La communication peut être excellente, professionnelle, elle peut même être honnête, mais elle n’est jamais de l’information. Des «paras-journalistes» travaillent comme des journalistes, menant des investigations poussées sur des question stratégiques et cruciales (pillage des ressources naturelles au Congo, trafics d’organes en Chine …) mais ne font pas partie de la profession. Cette information produite devrait être passée au crible de la vérification journalistique avant d’être livrée au public des médias.

Moi par exemple, je suis frappé de l’étonnement de nombreuses personnes lorsque je sollicite de leur part un rendez-vous pour un entretien. Elles semblent tomber de la lune tant l’entretien face à face a été remplacé par le courriel en trois questions lacunaires et trois réponses sibyllines. Souvent non accompagné du simple merci et d’une formule de politesse. Or qui a un peu de pratique connaît la valeur de la discussion homme à homme.

Du courage

Sans une presse libre, indépendante, sans des journalistes qui osent pousser leur cri et ne pas suivre aveuglément la pensée unique et son corollaire la logorrhée bien pensante, notre démocratie est en danger. Lorsque les médias, à tout le moins la majorité, sont inféodés aux pouvoirs en place, à l’argent, à l’économie ou aux religions nous courrons de grands risques. La «médiacratie» est à notre porte. Notre espace de liberté est sans cesse réduit. Nos moyens d’expression sont de plus en plus limités. Plus grave est le fait qu’une frange importante de la société ne puisse plus s’exprimer. Qui la défend? Ce ne sont certainement pas certains journalistes à la solde des pouvoirs en place formés dans le moule de la pensée unique et de la pensée convenue et dont la seule qualité ou presque, est celle d’absence de sens critique.

Nous avons également la chance d’avoir certains médias indépendants, d’un niveau rédactionnel de qualité mais qui sont finalement peu nombreux il faut l’admettre, aussi le public doit-il se battre pour les défendre et les préserver.

Si l’on observe un peu la vie du monde, on doit admettre que nous avons la chance de pouvoir vivre encore dans un pays relativement libre. Alors c’est à nous seuls qu’incombe le pouvoir de ne pas nous laisser submerger par les discours nébuleux et les poncifs ressassés par de nombreux médias de caniveau. Nous qui avons la chance de disposer encore de moyens afin de pouvoir nous exprimer, alors utilisons-les. Si l’on veut que l’intérêt pour la politique reprenne force et vigueur il faut avoir des médias qui osent pousser leur cri. L’heure n’est plus aux silences lâches et hypocrites, ni à se draper dans l’habit du faible et du chétif. Le journaliste, aujourd’hui, ne doit plus être un serviteur, mais doit être une lumière. Le journaliste recueille la vérité du citoyen, vient évoquer la rumeur diffuse d’une société. En son nom, il la rassemble, la synthèse, l’explicite. Il défend les humiliés et soutient les opprimés. Il explique la position des puissants et de ceux qui, ayant le pouvoir, n’écoutent pas assez la voix sociale. Il rend le discours pluriel sensible et audible en facilitant la compréhension par le citoyen de la démocratie et de ses rouages. Le journaliste doit donner au citoyen l’image la plus exacte, la saveur la plus fine de ce que peut être la liberté. C’est à ce titre qu’Horizons et débats a sa place dans le paysage médiatique.

(Horizons et débats, 2 février 2007, 7e année, N°5)



Lundi 12 Février 2007

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