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Mahmoud Abbas a besoin de souffrir


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Abbas aurait dû profiter du seul point de passage frontalier palestinien qui n'est pas contrôlé par Israël, pour rejoindre le flot des Palestiniens ordinaires qui rentraient à Gaza depuis l'Egypte - de préférence à pied, mais s'il le voulait en voiture, ou même sur l'une de ces chouettes charrettes tirées par des chevaux ou des ânes. Il aurait dû marcher vers Gaza pour partager la souffrance et les dures conditions de vie qu'Israël impose à la région, afin d'adresser un message fort à quatre publics distincts.

Par Rami G. Khouri


Rami G. Khouri
Lundi 4 Février 2008

Mahmoud Abbas a besoin de souffrir
Trois bouleversements simultanés liés à la Bande de Gaza ont fourni en début de semaine dernière une occasion historique et dramatique pour l'Égypte et les Palestiniens - en particulier pour le Président palestinien Mahmoud Abbas - qui n’aurait pas dû être manquée.

Les trois événements ont été les suivants : le gouvernement égyptien a discuté avec le Hamas et le Fatah de la réorganisation du passage frontalier de Rafah à Gaza qui avait été ouvert par des centaines de milliers de Palestiniens le mois dernier; Abbas s’est rendu au Caire pour aborder le même sujet, et, la Cour Suprême Israélienne a décidé d’autoriser Israël à réduire les livraisons d'électricité et de carburant à Gaza comme un moyen de pression sur la population pour qu’elle rejette le Hamas et revienne sous l’autorité du parti du Fatah d’Abbas. Les Israéliens ont également réduit les livraisons de nourriture et de médicaments.

Abbas avait la possibilité d'agir en tant que véritable leader, mais sa marge de manœuvre était très mince. Il a discuté avec le président égyptien Hosni Moubarak de la façon dont les présidents égyptiens et palestiniens et leurs énormes forces de sécurité pourraient servir collectivement les intérêts politiques israéliens et américains en fermant la frontière entre Gaza et l'Égypte. Dans le même temps, des dizaines de milliers de Palestiniens ordinaires continuaient de circuler entre Gaza et le Sinaï égyptien.

Abbas aurait dû profiter du seul point de passage frontalier palestinien qui n'est pas contrôlé par Israël, pour rejoindre le flot des Palestiniens ordinaires qui rentraient à Gaza depuis l'Egypte - de préférence à pied, mais s'il le voulait en voiture, ou même sur l'une de ces chouettes charrettes tirées par des chevaux ou des ânes. Il aurait dû marcher vers Gaza pour partager la souffrance et les dures conditions de vie qu'Israël impose à la région, afin d'adresser un message fort à quatre publics distincts.

D'abord et avant tout, il aurait envoyé un message au peuple palestinien qu'il est le président de tous les Palestiniens, et que, malgré une grave querelle idéologique avec le Hamas, il voulait être un symbole d'unité pour tous les Palestiniens. Il aurait indiqué qu'il était le dirigeant du peuple palestinien, et non le garçon de courses des services de sécurité israéliens ou américains. Il aurait aussi fait comprendre que les Palestiniens et les Egyptiens pouvaient contrôler conjointement leur frontière commune afin de permettre le retour à une vie normale aux 1,5 million de personnes de la Bande de Gaza,.

Deuxièmement, il aurait envoyé le message au gouvernement et au peuple israéliens que la direction et peuple palestiniens étaient unis et qu’Israël ne pouvait pas monter un groupe de Palestiniens contre les autres, que ce soit en poussant un groupe à la famine tout en offrant aux autres des avantages matériels tels que des laissez-passer de VIP, une aide militaire et de l'argent.

Troisièmement, aux gouvernements américains et européens qui soutiennent la tentative israélienne de destruction du Hamas en soutenant Abbas, il aurait envoyé le message que le peuple palestinien ne se livrerait pas à une guerre civile fomentée de l'étranger, en dépit de la querelle Fatah et le Hamas. Il aurait pû forcer les gouvernements étrangers à reconsidérer leur boycott du Hamas, par la reprise des négociations pour former un gouvernement d'unité nationale. Le Hamas et le Fatah auraient tous les deux admis leurs récentes erreurs, et ils auraient travaillé étroitement avec l'Égypte, l'Arabie saoudite et d'autres pour former un seul gouvernement.

Quatrièmement, il aurait montré aux peuples et dirigeants arabes un magnifique exemple de solidarité et de sacrifice face aux pressions d'Israël. Le message aurait été élégamment simple: le monde arabe doit soutenir les Palestiniens, et non appliquer les ordres israélo-américains.

La décision de la Cour Suprême israélienne donne un feu vert à Israël pour réduire la fourniture d'électricité par Israël, diminuer l'approvisionnement de Gaza en essence à 75400 litres par semaine (comparé aux 400000 litres fournis par semaine en octobre), et réduire les livraisons de diesel de 1,4 millions à 800000 litres par semaine.
Le Premier Ministre israélien Ehud Olmert a déclaré il y a 10 jours que les habitants de Gaza sans essence pour leurs voitures pouvaient marcher.

Abbas a eu une réunion la semaine dernière à Jérusalem avec M. Olmert, avant de se rendre ensuite au Caire pour discuter avec les Égyptiens. Il aurait dû quitter Le Caire et se rendre directement au poste frontière entre Gaza et Rafah, et de là il aurait envoyé un message à Olmert en faisant exactement ce que M. Olmert avait suggéré : Il aurait dû entrer à pied dans la Bande de Gaza comme la plupart des Palestiniens doivent le faire.

Abbas est le président élu des Palestiniens, et non pas le vice-roi des Israéliens ou le shérif adjoint des Américains.

Il est maintenant confronté à une situation dans laquelle il peut choisir d'atteindre simultanément trois objectifs importants: il peut partager la souffrance de ses camarades Palestiniens de Gaza, fournir une occasion de réconciliation et de pourparlers d'unité nationale avec le Hamas, et affirmer symboliquement qu'il est le Président de tous les Palestiniens et non pas seulement un tueur à gages politique pour Olmert et le gouvernement américain.

Président Abbas, votre peuple a démoli le mur israélien qui vous emprisonnait vous avec eux. Il est temps maintenant pour vous de marcher avec votre peuple, de montrer que vous êtes leur président, et non pas de leur geôlier.

Source : http://www.dailystar.com.lb/
Traduction : MG pour ISM


Lundi 4 Février 2008

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