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Mahathir Mohamed : La tolérance, la participation et l’imagination sont le secret de la réussite Malaisienne.


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La Malaisie: un pays musulman qui a décollé


tunisielibre@yahoo.fr
Jeudi 15 Février 2007

Malaisie : un pays musulman qui a décollé !

Kuala Lumpur : Aljazeera : Mohsen Salah :

http://www.aljazeera.net/NR/exeres/E844F0A8-52ED-4A92-86C0-114A8477437F.htm/


Mahathir Mohamed : La tolérance, la participation et l’imagination sont le secret de la réussite Malaisienne.


Il faut trois ascenseurs pour monter au 86ème étage de la plus haute tour du monde, la Pétronas ou Twin Tower, et arriver au bureau de TUN Docteur Mahathir Mohamed.
Mahathir Mohamed a été premier ministre de Malaisie pendant plus de 22 ans (1981-2003), c’est l’un des dirigeants les plus en vue du monde musulman, une de ses figures les plus marquantes et aussi l’artisan du développement économique de la Malaisie moderne.
Mahathir Mohamed est une personnalité dont le contact inspire le respect et s’impose à ses interlocuteurs par son franc parler, son audace et sa clairvoyance.
L’homme a 81 ans. Il est né en 1925, a encore une mémoire d’éléphant, une grande vitalité, la réplique rapide et les idées claires. Il a adhéré en 1945 à l’UMNO, parti au pouvoir depuis l’indépendance de la Malaisie en 1957 et obtînt son doctorat de médecine en 1955.
Mahathir Mohamed a eu une position très forte dans la défense du peuple Malais. Il a été exclus de ce parti en 1969 à la suite des heurts entre chinois et malais, mais il y revient en force en 1972, devient ministre de l’éducation nationale en 1974, puis vice-premier ministre et ministre de l’intérieur en 1976 et enfin chef du gouvernement en 1981.
Il a eu le plus haut titre honorifique de son pays, TUN, à son départ du gouvernement en 2003.
Le thème de l’interview est l’expérience malaisienne, les secrets de sa réussite et les possibilités offertes au monde arabe de s’en inspirer.

Al Jazeera : Le monde arabe connaît, comme vous le savez, de graves problèmes et nous aspirons à connaître l’expertise économique et l’expérience politique de la Malaisie afin de percer les secrets de sa réussite. Quelle est l’essence du succès de l’expérience de votre pays

Mahathir Mohamed : Je crois que notre problème réside dans le fait que nous ne suivons pas les enseignements de notre religion. Nous nous combattons les uns les autres et les gens ont une très curieuse approche de la religion. Il en résulte des exégèses diverses, certaines sunnites, d’autres chiites et alaouites. Quand nous devenons les adeptes d’écoles différentes, nous perdons le sens de la tolérance alors que l’islam réclame de nous d’être tolérants. Il en résulte que nous nous combattons les uns les autres et que nous nous entretuons. Cela fait un pays instable et quand le pays devient instable, il perd les moyens de se développer.
La première chose qu’il faut assurer donc, c’est la stabilité, puis éviter de nous diviser et de nous entretuer.
En Malaisie, il y a une grande diversité religieuse, ethnique, culturelle et linguistique. Nous avons aussi de grandes disparités économiques. Mais nous avons considéré que la chose la plus fondamentale était de garantir avant tout les conditions de la stabilité. Puis nous avons opté pour la participation au pouvoir et à la fortune. Personne ne peut tout accaparer pour soi-même et si elle le fait, il va en résulter de l’instabilité, un non développement et par conséquent une baisse de la part de chacun. Par contre si cette personne accepte de partager avec les autres, elle les met en confiance et du coup, les gens sentiront qu’eux aussi, ils auront leur part. Il va en résulter une stabilité et un développement économique, la part de chacun devient plus grande et chacun peut en tirer un plus grand profit.
Ainsi quand on accepte la participation, on obtient la stabilité et tout le reste devient affaire d’administration et d’imagination.

Al Jazeera : Mais il est difficile de parvenir à un climat sain, sans corruption. Quelles sont les mesures que vous avez prises pour l’éviter ?

Mahathir Mohamed : Il vous faut disposer d’une administration excellente et lutter contre la corruption. Pour ce faire on peut adopter quelques lois rigoureuses, mais le plus important est de développer un système administratif d’une parfaite transparence.
En Malaisie nous avons défini avec précision les mesures administratives à appliquer en chaque situation. Par exemple, pour obtenir un lot de terrain à construire, les mesures à suivre pour obtenir l’accord officiel, le délai exigé pour chaque étape et les compétences des fonctionnaires sont définis avec précision.
Si l’on agit rapidement avec un délai maximum pour l’exécution de chaque mesure, il n’y aura pas de place pour la corruption. Mais si tu laisses les fonctionnaires retarder l’exécution de chaque opération, ils retarderont par la même occasion la mesure afin de contraindre l’intéressé à leur verser un bakchich. Au début, tout retard de la part des fonctionnaires ne serait que fortuit, mais quand ils s’aperçoivent que le retard peut leur générer des gains importants, ils le feront exprès.
Dans certains pays, les mesures administratives sont nombreuses ainsi que les fonctionnaires. Cela donne plus d’opportunités à la corruption. Par exemple, dans un pays, tous les ministres, y compris ceux qui n’ont rien à voir avec la question, doivent signer l’autorisation. Ce faisant, ils retardent la conclusion de l’affaire parce qu’ils ne voient aucun intérêt à l’accélérer, rendant ainsi la vie difficile aux gens.
Pour l’économie et les affaires, le temps c’est de l’argent et quand on retarde une opération on augmente du coup son coût et on cause du tort aux gens et à l’économie.
Aussi nous déterminons avec précision les compétences du fonctionnaire et s’il ne fait pas son travail dans les délais impartis, on en déduit qu’il serait corrompu et il fera l’objet des sanctions qui s’imposent en pareil cas.
Il est difficile cependant de se débarrasser complètement de la corruption simplement par l’existence de lois. Il faut des mécanismes permettant de faire le travail avec diligence et d’empêcher la corruption.
Nous avons en Malaisie un organisme de lutte contre la corruption « Agence anti-corruption », mais le plus important ce sont les procédures. Ainsi nous avons au gouvernement un manuel des procédures et chaque travail a ses procédures et des étapes bien définies.

Al Jazeera :

Ainsi le secret du succès Malaisien serait la tolérance et la participation. Existe-il d’autres facteurs ?

Mahathir Mohamed : Ces deux éléments sont les plus importants, mais il y a aussi les idées, ou comment motiver un pays ? Comment réaliser le développement ? Il y a des missions que tous les Etats accomplissent. Dans notre cas, nous avons regardé autour de nous et nous avons décidé que le Japon et la Corée du sud étaient d’excellents modèles.

Al Jazeera :

Est-ce l’idée de regarder à l’Est que vous avez adopté ?

Mahathir Mohamed : Tout a fait et c’est pourquoi nous nous sommes tournés vers l’Est.

Al Jazeera : Cela avait-il un rapport avec votre slogan du début des années quatre vingt, les Britanniques en dernier ?

Mahathir Mohamed : Les raisons pour lesquelles nous avions choisi ce slogan étaient que nous voulions leur démontrer que nous étions indépendants et qu’ils ne peuvent nous traiter sans le respect nécessaire. D’où le slogan !
Mais d’une façon générale, les Européens ont développé leurs pays depuis deux siècles et ils ont oublié, au cours de cette longue période, les difficultés qu’ils avaient rencontrées. Par contre les Japonais sont nouveaux dans leur marche vers le progrès et se souviennent très bien de leurs difficultés. Les Japonais et les Coréens sont dynamiques, ils veulent faire avancer leurs pays réciproques et ils ont des choses précises que nous voulions prendre chez eux.

Al Jazeera :

Est-ce que le rôle de la direction est déterminant dans ce succès ?

Mahathir Mohamed : La direction est éminemment importante, parce que même si les malaisiens étaient des gens très intelligents et bien expérimentés, ils n’auraient pu réaliser leurs objectifs sans une direction. L’armée en la matière est un modèle du bon commandement surtout pour définir la direction à prendre.
Le chef doit se souvenir qu’il ne peut le demeurer longtemps s’il devance ses troupes et les laisse loin derrière lui, parce qu’il va se rendre compte au bout d’un certain temps que personne ne le suit.
Par contre, s’il marche derrière ceux qu’il est censé conduire, il ne sera plus commandant mais subordonné.

Al Jazeera :

Dans bon nombre de pays arabes, on rencontre des gens qui souhaiteraient être gouvernés par un homme comme Mahathir Mohamed, engagé au service de son peuple et ayant une vision claire. Croyez-vous que vos concitoyens soient conscients du privilège d’avoir eu des dirigeants aussi compétents?

Mahathir Mohamed :

Nous aussi nous avons quelques problèmes en Malaisie. Mais quand on se perd, on revient à la source. J’y crois personnellement en tant que musulman. Nous nous sommes longtemps perdus. Au cours des derniers 14 siècles, il y a eu beaucoup d’interprétations de l’islam. C’est essentiellement pour cette raison que nous devons revenir à la source et la source c’est le Coran et le Hadith authentique. Aussi je lis le Coran avec une grande application. Je ne le lis pas en arabe parce que je ne comprends pas la langue, mais en Anglais et en Malais. Je trouve dans le Coran une bonne guidance et chaque fois que j’y reviens je retrouve un nouvel esprit et je reprends un nouvel élan.
C’est pour cela qu’il faut revenir à la source chaque fois qu’on se perd. C’est ma profonde conviction et c’est aussi celle des gens simples. Mais si l’on se perd et que l’on commence à se débattre à droite et à gauche, alors ce sont les complications à coup sûr. Aussi il faut revenir à la source :

Al Jazeera :

Comment le gouvernement a géré le problème du discours religieux et des rapports de la religion à l’Etat, surtout que vous avez une société multi religieuse ?

Mahathir Mohamed :

En Europe, l’Eglise intervenait dans le passé dans les affaires de l’Etat et cela avait souvent des effets fâcheux. C’est pour cela que les européens ont séparé l’Eglise et l’Etat. Un certain nombre de musulmans penchent pour une séparation entre la religion et l’Etat. Cela ne peut pas se faire parce que l’islam est plus simplement un mode de vie imprégnant la politique, la législation et l’administration et couvrant tous les aspects de la vie. Le Coran touche à tout. Aussi il est pratiquement impossible de séparer ce qui relève du domaine religieux d’un autre domaine.
Le plus important est comment s’inspirer de l’islam, non pas selon les interprétations tendancieuses des uns et des autres, le chiite qui suit son imam, le chaféite suivant le sien, mais en retournant aux sources. En faisant ainsi il n’y a aucun risque de se perdre.
Notre problème est que certains musulmans veulent imiter les chrétiens et appellent à séparer la religion et l’Etat dès lors que ces derniers l’avaient fait et réussi à se développer. C’est une erreur et si les chrétiens ont mal compris leur religion, il ne faudrait pas que cela se passe de la manière chez nous.
Mustafa Kamel Ataturk pensait aussi qu’il suffisait à la Turquie de devenir laïque pour se hisser au niveau européen. Il croyait que la religion était un handicap sur la voie du progrès de son pays. En fait la religion n’était pas le handicap, mais c’était la manière d’interpréter la religion sous le règne des Sultans qui l’était. Dans leur erreur, ces derniers allaient à l’encontre des enseignements de l’islam.
Par exemple, si l’objectif est de protéger la Umma , la religion ne définit pas les moyens de cette protection. Du temps du prophète (SAS) cela se faisait par la cavalerie, mais de notre temps il faut des blindés, des avions et pour ce faire il faut disposer de la science.
L’islam te dit « Lis », non seulement les sciences religieuses mais tout d’une façon générale. Qu’avait-il le prophète à lire, alors qu’il ne savait pas lire ? Alors les musulmans de l’époque avaient lu ce dont disposaient les Grecs et les asiatiques et ils ont fondé une grande civilisation musulmane.
Mais vers le 15ème siècle après J.C. des exégètes ont réduit la science au savoir religieux et ce au moment où les européens entamaient leur renaissance. Nous, nous nous sommes occupés à nous entretuer.

Al Jazeera :

La gestion de la question religieuse dans une société multi religieuse comme la Malaisie est sûrement difficile, n’est-ce pas ?

Mahathir Mohamed :
Pas du tout, l’islam nous indique la voie juste. Que chacun de nous prie à sa façon. Nous devons être tolérants. Eux disent que tu es un égaré et toi tu dis autant des autres… Si nous sommes tolérants, il n’y aura pas de conflit. Que chacun exerce ses propres rites, à sa façon, sans contraindre quiconque à suivre ta religion. L’islam ne les oblige pas à l’embrasser et on ne peut pas dire à quelqu’un si tu n’embrasses pas l’islam je te coupe la tête.

Al Jazeera : Qu’en est-il du dilemme du sous-développement chez le peuple Malayou ou Boumipoutra, cher aux Britanniques ?

Mahathir Mohamed
Durant leur présence dans notre pays, les Britanniques nous ont classés en 3 groupes différents : Les Malayou, peuple autochtone, majoritaire et musulman. Sa spécialité est de vivre dans les campagnes et de cultiver le riz. Certains d’entre eux pouvaient travailler dans les services officiels. Les Chinois, près de 30% de la population, des citadins, spécialisés dans le commerce et les services et enfin les Hindous, près de 10% de la population, servant dans la collecte du caoutchouc. Les Chinois ont vite fait de devenir les plus riches d’entre tous bien qu’à leur arrivée ils étaient les plus pauvres. Ils ont réussi à ramasser des fortunes.
Nous avions ce grave problème à gérer.
Il fallait apprendre aux gens à gérer l’argent parce que si tu donnais de l’argent à des gens qui n’ont pas l’habitude d’en gérer d’énormes sommes, ils vont vite le dilapider et redevenir aussi pauvres qu’auparavant. Si tu donnais un million de dollars à un paysan ou un vendeur ambulant, il va le dilapider. Donc il faut aider les gens à apprendre.
Pour cette raison nous avons dit aux Chinois que si les clivages sociaux avec les Malais sont grands, il y aura des luttes et qu’il fallait donc être tolérants et compréhensifs quand nous essayons d’élever le niveau des Malais en leur accordant quelques avantages.
Ainsi nous leur avons donné plus d’opportunités mais pas en retirant quoique ce soit aux Chinois. Chaque fois qu’il y a une croissance économique, les Malais en tirent un plus grand profit. Nous n’avons pas encore réussi à équilibrer la situation mais celle-ci s’est améliorée beaucoup depuis pour éviter les luttes interethniques.
Par exemple en Indonésie où il n’existe pas cette politique, quand il y a eu la crise de 1997- 1998, les autochtones en ont rendu responsables les Chinois et ont brûlé leurs commerces, leurs maisons et ont attenté à leurs vies, parce que les autochtones sont restés très pauvres. En Malaisie par contre nous avons réussi à atténuer les clivages sociaux même si ce n’est pas encore l’idéal.

Al Jazeera : J’ai lu qu’en 1970, les Chinois disposaient de 95% des richesses nationales ?

Mahathir Mohamed
La situation est meilleure aujourd’hui. Les Chinois comprennent très bien la nécessité de coopérer pour que les Malais aient le plus d’opportunités. Par exemple, dans l’enseignement les Malais avaient 1% des médecins du pays et les Chinois et les Indiens le reste. Actuellement 40% des médecins sont Malais. La situation s’est améliorée aussi pour eux au niveau des avocats. Nous donnons en tout cas plus de possibilités aux Malais dans l’enseignement et dans les affaires.

Al Jazeera Les statistiques montrent que le taux s’est amélioré et que la moyenne est de plus de 28% pour les Malais ?

Mahathir Mohamed
Vous voulez transformer des paysans en hommes d’affaires ? C’est une transformation totale et ce n’est pas facile. Vous leur dites de faire ceci ou cela et ils refont la même erreur. Mais nous avons au moins réalisé quelque chose.

Al Jazeera : Les gens dans notre monde arabe sont très dynamiques et très actifs mais beaucoup de leurs efforts se perdent parce qu’ils ne sont pas suffisamment coordonnés. Les Malais ont sûrement leurs défauts mais ils ont au moins une grande propension à la discipline et à l’obéissance. Ne croyez-vous pas que ce facteur est de nature à aider un gouvernement ?

Mahathir Mohamed
Nous sommes en effet de nature très pacifique, non violente et modérée et nous ne réagissons pas aux événements par la violence. Nous encourageons les investisseurs à venir chez nous et notre plus grande préoccupation est de créer des emplois à nos concitoyens. C’est pour cette raison qu’il n’y a pratiquement pas de chômage en Malaisie. En fait nous avons un million de travailleurs étrangers chez nous.

Al Jazeera : Quel est le rôle de l’enseignement et du service civil ?

Mahathir Mohamed
Très important. L’Etat réserve près de 25% de son budget à l’enseignement.

Al Jazeera C’est le plus haut taux au monde ?

Mahathir Mohamed
Oui, en effet, c’est un taux très élevé. Quand nous n’avions pas encore des universités, nous avons envoyé nos étudiants partout dans le monde, parce que l’enseignement est très important.

Al Jazeera : Quand est-ce que vous avez pris cette orientation ?

Mahathir Mohamed : En fait dès le début.

Al Jazeera : Certains estiment que les agents du service civil sont derrière le succès Malais ?

Mahathir Mohamed :
Ils sont en effet bien entraînés et se perfectionnent en permanence. Nous avons des organismes de formation très performants, dans tous les domaines, de la diplomatie à l’administration et nous recevons beaucoup d’étudiants étrangers pour se former dans ces domaines.
Il est important de s’assurer qu’un ordre donné est suivi d’effet et c’est pour cela que nous avons une unité spécialisée dans la coordination et l’application/ IMPLEMENTATION COORDINATION UNIT.

Al Jazeera : Comment vous avez réussi à traiter avec les pressions étrangères et les grandes puissances ?

Mahathir Mohamed :
Comme vous le remarquez, nous critiquons l’Amérique, mais nous avons encore beaucoup d’investisseurs américains. Ces derniers sont occupés à gagner de l’argent et ne s’occupent pas de politIque. Il est certain que leur gouvernement voudrait nous faire faire telle ou telle chose. Mais comme nous ne lui empruntons pas d’argent et que nous n’avons pas besoin de leur soutien, nous ne subissons pas leurs pressions. Ainsi quand on ne demande rien aux autres, ni argent ni soutien, il est possible d’être indépendant. Il suffit de le faire pour perdre son indépendance.

Al Jazeera : Mais il y a par exemple les pays du Golfe qui sont riches et ne manquent pas d’argent…mais…

Mahathir Mohamed
Oui, mais ils déposent leur argent aux Etats-Unis et utilisent le dollar américain dans leurs transactions et c’est ainsi qu’ils sont obligés d’avoir une bonne conduite vis-à-vis des américains. Il suffit de les contrarier pour qu’ils risquent de confisquer votre argent et de ne pas vous le rendre.

Al Jazeera : C’est une crise de confiance ou une crise d’orientation ?

Mahathir Mohamed :
Aux Etats-Unis il y a une grande influence des Juifs. Les arabes placent leur argent dans ce pays et il est utilisé pour financer l’industrie des armes et des bombes destinées à tuer ces mêmes arabes ! Alors je leur demande pourquoi placez-vous votre argent là-bas ? Pourquoi vous utilisez le dollar US $ ? Ne gardez pas le dollar US !

Al Jazeera : Qu’en est-il du projet Wawasan malais en 2020 (perspectives 2020) pour réaliser l’essor Malais ?
La vision est importante et il faut savoir où l’on se dirige sinon on se retrouve à reculer alors qu’on croyait avancer. C’est pour cela qu’il faudrait définir un objectif et notre objectif est que la Malaisie devienne un pays avancé à l’horizon 2020. Nous avons défini nos objectifs depuis 1991 et défini les moyens d’y parvenir. Il ne s’agissait pas seulement de la manière de gouverner le pays et de gérer les affaires courantes, mais de connaître les handicaps et de les surmonter.

Al Jazeera : Comment on définit la voie et quel est votre bilan des quinze dernières années ?
Mahathir Mohamed

Si vous avez un taux de croissance de 7%, le PNB est multiplié par deux tous les dix ans. Au début, nous avions une croissance très rapide, de près de 8,5% par an. Evidemment c’est le gouvernement qui définit l’orientation.

Al Jazeera : Comment avez-vous géré la crise de 1997-1998 ?

Mahathir Mohamed
Le plus important est de comprendre le problème et si vous ne le comprenez pas, consultez les spécialistes.
Nous avons constaté que les gens spéculaient sur notre monnaie, si bien que sa valeur baisse chaque fois que l’offre augmente. Alors pour les empêcher de continuer à pousser notre monnaie vers la baisse, il nous a fallu les empêcher de disposer de notre monnaie et c’est ainsi que nous avons interdit aux banques de faire des transferts dans notre monnaie dans les opérations commerciales. Quand les spéculateurs ne peuvent plus vendre la monnaie, sa disponibilité diminue, son offre aussi et on ne peut plus spéculer sur sa valeur.

Al Jazeera : Vous avez aussi pris des mesures pour augmenter les exportations et diminuer les importations ce qui a entraîné une baisse de vos besoins en devises étrangères ?

Mahathir Mohamed

C’est vrai, mais nous étions convaincus de la nécessité de continuer à importer, ce qui nous a obligé à stabiliser le cours de la monnaie pour pouvoir maîtriser la gestion de l’économie. Comme chacun sait, les changements du cours de la monnaie influent beaucoup sur l’estimation du budget et toute baisse monétaire entraîne une baisse du pouvoir d’achat. Au contraire, une monnaie stable permet d’équilibrer le budget du début à la fin de l’année budgétaire.

Al Jazeera : Enfin quelle est votre vision de la question Palestinienne et de la gestion du conflit avec Israël ?

Mahathir Mohamed/

Le problème est que nous gérons la question avec la colère et la réaction nerveuse. Quand on est en colère, on ne prend pas la mesure qui convient. Nous devons nous arrêter pour réfléchir et faire évoluer notre stratégie en prenant en considération les facteurs de notre force et de notre faiblesse. Nous devons promouvoir le moyen de nous protéger et même pour attaquer l’ennemi.
Mais actuellement on s’énerve beaucoup et on réagit en se munissant d’une ceinture explosive et en se faisant exploser. Vous pouvez faire cela pendant cinquante ans, la situation restera au même niveau.
Nous soutenons les Palestiniens en permanence, mais nous ne sommes pas très satisfaits parce qu’ils sont très passionnés et réagissent avec colère, alors qu’ils s’adonnent moins à la planification de ce qu’ils pourraient faire. C’est pourquoi quand tu construis sur la colère, la déception et même le pessimisme, tu ne pourras pas faire évoluer une bonne stratégie.
Dans les forces armées par exemple, il ne suffit pas d’avoir du courage pour combattre l’ennemi, il faut aussi disposer des outils adéquats pour mener ce combat après avoir estimé correctement ce dont dispose l’ennemi.

Al Jazeera : Merci beaucoup pour l’opportunité que vous nous donnez !
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13/02/07 Traduit de l’arabe par Ahmed Manai : www.tunisitri.net/

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Jeudi 15 Février 2007


Commentaires

1.Posté par karim le 08/08/2008 20:26 | Alerter
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mohamed mahathir un exemple a suivre par tous les dérigents musulmans

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